Yves Bonnefoy & Rodica Draghincescu

 

 

« La poésie est associable à l’enfance,

et même à la toute petite enfance. »

 

 

 

 

Entretien  avec  Yves Bonnefoy

 

 

 

 

 

R.D.: Monsieur Yves Bonnefoy, est-ce que la poésie est en quelque sorte un jeu « enfantin »? (J’ai mis des guillemets.)

 

Y.B.: Je n’aime pas la poésie parce que ce serait un jeu, mais je ne refuse pas pour autant le mot « enfantin ». Et retirez-en les guillemets, s’il vous plaît: car il est temps de ne plus avoir peur de cette référence à l’enfance, qui permettrait, si on la prenait au sérieux, de comprendre ce qu’est la poésie, tout d’abord, mais même aussi d’accéder à une meilleure idée de ce que la vie devrait être. La poésie est associable à l’enfance, et même à la toute petite enfance, d’une façon absolument essentielle, pourquoi? Parce que vers sept ou huit ans la cristallisation des grandes articulations conceptuelles de notre rapport au monde substitue à l’expérience ouverte et directe des êtres et des choses qui prédominait chez l’enfant, une représentation d’un grand nombre de leurs aspects qui sera désormais abstraite, et donc partielle, si bien qu’ on ne pourra plus rester avec eux dans l’intimité d’avant, on ne les éprouvera plus de cette façon immédiate qui en faisait des présences pleines, qu’elles soient amicales ou ennemies. C’est de cette présence – si intensément vécue, dans ces « années profondes », qu’on en éprouvait parfois de l’angoisse – que la poésie va se souvenir plus tard dans la vie, avec nostalgie. Et elle aura alors le désir de la faire revivre, c’est ce rapport au monde on dirait perdu qu’elle entendra recréer par ses moyens propres. Voilà pourquoi on peut donc bien dire que la poésie est enfantine. Il suffira d’ajouter cette précision que, du fait de cette intuition, l’enfance est aussi intense, aussi véridique, qu’elle peut sembler puérile au regard des catégories de la pensée et de l’action comme les pratiquent les adultes.

Et je me demande même si avec la fin de la petite enfance, à ce moment décisif de la coagulation de la pensée conceptuelle, une clef ne s’est pas perdue, depuis longtemps dans l’histoire de l’Occident, une clef qui aurait pu nous ouvrir une autre sorte de monde, si on avait su la préserver, et nous assurer une existence bien supérieure à celle que nous devons à notre idée «adulte » de la nécessité, et à notre valorisation en somme exclusive de la logique et des lois que celle-ci découvre dans le monde ou plutôt peut-être produit. « Soyez pareils à des enfants », cette injonction n’a pas été assez méditée, à travers l’histoire de l’Occident.

 

R.D.: Mais quelle a été, pour vous, la conscience de ce passage, où se perd une forme d’intelligence, où commence en revanche, diriez-vous, le projet et la sensibilité proprement poétiques? Quel a été votre premier « désir poétique »? Pourriez-vous vous en souvenir pour vos lecteurs?

 

Y.B.: Mon premier, mon tout premier « désir poétique », je ne sais pas véritablement. Mais c’est une époque de ma vie que j’ai souvent à l’esprit; et j’ai évoqué ici ou là dans mes livres quelques-unes de ces situations où soudain l’on prend conscience de ce qu’auparavant on éprouvait de façon instinctive, sans y penser un changement qui tient au fait que maintenant c’est comme si une chose, une seule, semblait se détacher de la masse ouverte et mouvante des impressions vécues à l’époque précédente pour se signifier comme une présence encore mais cette fois isolée parmi d’autres réalités dont la lumière intérieure s’est affaiblie; et cette solitude, c’est alors ce qui fait signe à la personne particulière que l’on devient soi-même, c’est ce qui lui parle de ce que va être sa propre solitude dans les années qui suivront, c’est ce qui lui intime de garder en mémoire ce qui est en train de se perdre.

Par exemple, j’en parle dans l’Arrière-pays, ce fut à partir d’un certain jour, dans le pays des étés d’enfance, un arbre vu au sommet de la colline d’en face; et cet arbre, ce n’était pas simplement une part de l’horizon, il se dressait là-bas comme un être, il semblait m’indiquer qu il avait avec moi un rapport tout à fait personnel, me promettre qu’il allait m’accompagner dans ma vie, et je pouvais ainsi l’aimer comme un compagnon, sentiment nouveau, sentiment jusqu’à ce jour inconnu. Et par exemple encore, la grande rivière calme de ce même pays, venue de je ne savais quel amont chargé de mystère, et allant vers des lieux également inconnus mais dont la pensée me fascinait, sans doute parce qu’elle se confondait avec celle de l’avenir, de mon propre avenir encore inconnu. C’est dans de tels lieux de campagne

que j’ai le meilleur de mes souvenirs proprement poétiques, je m’en rends compte, aujourd’hui encore, à cause de quelques mots qui reviennent dans mes poèmes avec une insistance qui signifie à mon sens l’importance qu’eurent pour moi dans ces premiers temps et dans ce pays les réalités qu’ils dénomment.

Mots en somme originels, piliers de l’être au monde fondamental. Le mot pierre, par exemple, parce que j’aimais autour de moi la vaste étendue des causses, ces champs d’herbe rare et de pierres sèches du sud de l’Auvergne, mais parce qu’aussi je voyais dans le petit cimetière du village de vieilles pierres tombales où couraient des fourmis, des lézards, cependant que dans les cassures des dalles poussaient des orties, de la mousse. Ces stèles funéraires, d’ailleurs très humbles, ne me parlaient de la mort qu’en se déclarant des formes de vie encore, et c’est bien cette leçon-là que donne toute réalité qui n’est pas vécue par nous comme simple chose, qui est présence. Toute réalité, autrement dit, comme la poésie la reconnaîtra, la cherchera, la poésie qui n’est qu’un pays natal préservé, non pas nécessairement dans une région précise mais dans et par quelques grandes réalités élémentaires qu’on a appris à aimer.

 

R.D.: Vous parlez cependant volontiers d’une poésie d’essence métaphysique, celle que représente Scève ou Valéry, par exemple. Cette poésie-là n’est-elle pas en désaccord, cependant, avec la conception que vous venez d’exposer?

 

Y.B.: C’est vrai qu’il existe une poésie qui semble s’adresser d’abord à l’esprit, comme ferait le philosophe et se chercher parmi des idées plutôt que parmi des choses. Mais je ne la ressens pas pour autant comme nécessairement différente de celle que j ‘ai définie par l’intensification de notre regard sur les choses simples du monde, et cela dans notre existence de tous les jours. Car la métaphysique, dans les plus belles des œuvres dont vous parlez, ce n’est nullement une spéculation abstraite mais le pressentiment de l’unité qu’il y a par-dessous les aspects changeant de l’apparence, et cette unité, Scève a beau la nommer de façon qui paraît abstraite, il l’a vue affleurer dans le visage de Délie, un visage de femme bien réelle, et Valéry a beau avoir écrit dans le Cimetière marin quelques-unes des strophes les plus « philosophiques » de la poésie moderne, il a son désir fixé sur la mer dans laquelle il va se jeter, à midi, en plein soleil. Ce dont il faut se garder, c’est des poèmes qui exposent des systèmes de pensées, philosophiques ou politiques ou autres, non de ceux qui vivent en eux le débat de l’esprit et de la réalité sensible, du corps, des désirs. Il y en a eu de grands poètes pour exposer de tels systèmes philosophiques, à preuve Lucrèce, mais ce n’est pas par cet aspect de leurs poèmes qu’ils sont poésie, c’est par ce qui reste vif au dessous, c’est par leur expérience directe de la réalité la plus immédiate.

 

R.D.: Vous dites cela, et pourtant votre poésie se caractérise par la présence obsédante d’images « noires » et de mots aux préfixes négatifs.

Vous parlez d’ailleurs quelquefois de « théologie négative », et dans Pierre écrite encore, en 1965, vous écriviez « Je suis venu au lieu de nul soleil ».

 

Y.B.: Il se peut que dans mes premiers livres, c’est-à-dire jusque vers le milieu des poèmes de « Pierre écrite », précisément, aient prédominé des visions qui paraissaient noires, mais vous en trouveriez beaucoup moins dans mes écrits ultérieurs. Et surtout il ne faut pas croire que ces perceptions des aspects tragiques de la vie aient signifié pour moi, même en ces débuts, une quelconque prédilection, car elles n’avaient pour raison — en permettant à mon écriture de prendre conscience, vraiment conscience, de la finitude de l’existence, du lien intime de celle-ci avec le fait de la mort — que de m’aider à établir le rapport de l’esprit avec la réalité comme elle est. Et ce qu’est celle-ci, ce qu’on y découvre quand la lucidité existentielle l’a dégagée des voiles dont la recouvrent nos peurs, c’est la vie, c’est la plénitude rayonnante des beaux moments de la vie. «Il te faudra franchir la mort pour que tu vives », écrivais-je dans Douve, et peu à peu c’est un fait que, par cette voie que vous dites « noire », je me suis retrouvé davantage « au monde », davantage en mesure d’aimer le monde pour ce qu’il est.

«Théologie négative », certes. Mais n’oubliez pas que le but de la théologie négative, c’est en constatant ce que Dieu n’est pas, d’assurer le champ libre au rayonnement de sa présence. Je n’ai pas de dieux pour ma part, mais ce que ces mystiques disaient de Dieu, cela me paraît applicable à la vie, rencontrée dans les arbres, les pierres, les chemins, autant que dans les êtres que nous aimons.

 

R.D.: Pouvez-vous préciser ce que vous dites là de la relation du poétique et du religieux? Et définir, de ce fait, ce que peut être aujourd’hui ce lyrisme qui a toujours été le lieu de la poésie?

 

Y.B.: Utile est-il de le préciser, en effet, ce rapport du poétique et du religieux, parce que simplement l’évoquer suscite souvent des réactions hostiles, et des soupçons de toute nature, alors pourtant qu’il peut ne s’agir, dans ce rapprochement, que de quelque chose de très simple, qui a trait au plus naturel, au plus immédiat de notre rapport au monde.

Il est vrai que le mot « religieux » peut créer bien des malentendus, étant donné ses emplois par les Églises. Lesquelles ont eu tant à se reprocher, à travers les siècles, qu’il est normal que « religieux », cela sonne mal. Et pour ma part je n’ai « aucune religion », comme on dit, je ne crois en aucune surnature, en rien qui soit autre que la matière, et tout particulièrement l’idée du dieu personnel me semble inutilement occulter la relation d’exigence que l’on doit avoir avec soi-même. Si bien que vous allez vous demander pourquoi j’accepte d’avoir recours à ce mot, qui crée tant de malentendus dont je pourrais être la première victime.

Mais tout de même, aujourd’hui, avec vous, je l’emploierai volontiers, parce qu’il permet de poser un problème qu’il serait dommage de perdre de vue, celui de la place de la poésie dans la société, celui aussi de son avenir. Quand je vous disais tout à l’heure que l’objet de la poésie c’est la présence pleine des choses, je faisais apparaître un niveau de réalité qui par rapport aux représentations simplifiées et abstraites que notre pensée conceptuelle nous donne des choses et des êtres peut être dit transcendant, aussi transcendant que Dieu l’est pour les croyants. C’est simplement que la transcendance est une expérience toute simple, que l’on peut faire quand on regarde un rocher, ou un nuage, ou ces visages qui ne sont nullement, vous le savez bien, la somme des traits physiques de la figure, mais le regard, le sourire.

La transcendance est donc vécue par la poésie, alors qu’elle est aussi ce dont parlent les religions, et voilà qui pourrait donner à croire que la poésie et la religion sont des intuitions de même nature. Mais ce n’est nullement le cas. Car les religions se caractérisent par des croyances, qui substituent à l’expérience directe de la transcendance des représentations qui la conceptualisent, qui en font de la pensée —ce que l’on appelle les dogmes —, ce qui fait qu’il n’y a plus de réalité vraiment vécue dans le rapport au monde qui en résulte. Ce qui reste au même niveau d’expérience sensible que la poésie, c’est la façon d’être des mystiques, qui perçoivent l’unité dans la gorgée d’eau qu’ils boivent, dans le soleil sur le seuil de leur cellule, dans tout instant de leur vie, mais la mystique n’est pas la poésie pour autant.

Pourquoi? Farce que le mystique va si près de son grand objet qu’il laisse derrière lui le langage, et avec le langage la pensée de la société, l’intérêt pour les autres êtres, dont il n’attend que le même mouvement vers l’absolu. Et c’est là quelque chose de tout à fait extraordinaire, certainement, mais peut-on s’en contenter. Si nous percevons la pleine réalité sous les représentations simplifiées que nous en donne la pensée conceptuelle, cette réalité, cet absolu, ne vont-ils pas se manifester aussitôt dans les autres êtres, ceux qui composent notre société humaine, et nous demander de rester solidaires d’eux, pour une rénovation collective de notre rapport avec le monde? La poésie regarde au-delà du langage, mais elle cherche à rapporter cette expérience à la société par la voie de sa parole. Elle est fondamentalement cette ambiguïté, et c’est cela qu’il faut reconnaître, pour bien apprécier ses apports. D’un mot, la poésie, c’est ce qui pourrait et devra délivrer la transcendance de l’emprise du religieux, et reconduire le mystique au sein de la société, pour en faire un être simplement aimant, désireux d’établir avec ses proches ce rapport plein qu’est l’affection.

 

R.D.: Est-ce que c’est cette conception de la poésie qui explique votre intérêt pour certaines œuvres, qui sont souvent évoquées par vous, en peinture ou littérature? Piero della Francesca ou Poussin ou Giacometti, Shakespeare ou Baudelaire ou Rimbaud?

 

Y. B.: Sans doute. Je vois dans certains grands artistes ce regard généreux qui rend à autrui le plein de son être, et du coup le laisse montrer des aspects de soi qu’aucune psychologie ordinaire ne serait capable de découvrir. Pourquoi Shakespeare est-il si extraordinaire, capable d’accéder à la vérité des êtres, dans son théâtre? Farce qu’il les aime, parce qu’il ne se laisse rebuter par aucun préjugé à leur encontre. Et qu’est-ce qui caractérise Giacometti? Le besoin de faire apparaître dans sa sculpture ou dans sa peinture non pas les traits du modèle mais son regard, le fait qu’il existe, en cet instant, devant lui. Je pourrais en dire autant de Poussin et de Baudelaire. Ce sont eux aussi des révélateurs du regard de l’autre. Et je suis heureux de les rencontrer, heureux de vivre dans la familiarité de quelques grandes œuvres de cette sorte, parce que cela me donne confiance, encourage.

 

R.D.: Mais ne craignez-vous pas que ces intérêts, qui vous tournent vers des œuvres d’autres époques, ne vous fassent passer pour un poète « anachronique ». C’est un mot lu dans un compte-rendu de votre livre, Lieux et destins de l’image, qui recueille les résumés de vos cours au Collège de France, cours où, c’est un fait, l’on voit beaucoup de réflexion historique.

 

Y.B.: Anachronique, la poésie l’est d’une façon absolument fondamentale puisqu’elle est cette intuition de présence qui a toujours existé, toujours sollicité les poètes, ce qui d’ailleurs explique pourquoi nous pouvons lire aujourd’hui Homère, par exemple, avec le sentiment qu’il est notre proche, par-dessous toutes les différences qui résultent des changements de la société. Je ne vois donc que des avantages à se préoccuper des autres époques, c’est faire couler parmi nous un grand fleuve qui fertilisera le présent, qui en a bien besoin. Il faut être « absolument moderne », comme dit Rimbaud, c’est-à-dire savoir se débarrasser de tout le bois mort des idéologies, mais il n’y a de modernité véritable que si elle sait préserver les richesses de la poésie du passé. Voyez le surréalisme. il se détournait résolument des sottises et des horreurs de l’histoire récente, mais c’était en redécouvrant toute une lignée d’artistes et de poètes, dans le passé, qui lui paraissaient notre bien possible, et qu’il désignait. La poésie est une perpétuelle renaissance. Et vite périt l’avant-garde qui ne regarde pas derrière elle si les poètes du passé la suivent.

 

R.D.: Ceci dit, qu’en est-il de la poésie française de notre époque? Qu’est-ce que vous en aimez?

 

Y.B.: Je ne puis en quelques mots vous dire ce qui me paraît valoir, sur la scène poétique en France, qui est variée et même riche en contrastes, car ce serait me vouer à des omissions et des simplifications également fâcheuses.

Et je me contenterai donc de vous dire que ce qui a le plus compté pour moi personnellement, à travers ma vie depuis l’après-guerre, ce sont les quelques écrivains avec lesquels, à un certain moment, il y a déjà bien longtemps, j’ai collaboré au sein de la revue L’Éphémère. Cette revue était née de l’amitié, mais, de ma part en tout cas, cette amitié c’était aussi la reconnaissance de l’exigence poétique, et de sa qualité, dans ceux qui allaient être les compagnons du voyage. Ces proches, qui étaient-ils? La revue résulta d’un projet commun à André du Bouchet et moi, projet auquel s’associèrent Louis-René des Forêts, Jacques Dupin, puis Paul Celan et Michel Leiris. A proximité il y avait André Frénaud, notre aîné, que nous respections et aimions, Philippe Jaccottet, Pierre-Albert Jourdan, Christian Dotremont. La plupart de ces noms ne vous surprendront pas, j’imagine, car ils évoquent des oeuvres qui sont désormais appréciées. Mais j’aimerais attirer votre attention sur celui de Pierre-Albert Jourdan, parce que ce poète, qui est mort prématurément il y a déjà une dizaine d’années, n’a pas encore été reconnu dans toute son importance. Des livres comme Les sandales de paille ou Le bonjour et l’adieu comptent pourtant parmi les plus véridiques, les plus profonds, les plus émouvants, de la poésie française contemporaine. Et aucun autre n’illustrerait mieux ce regard intensifié jeté sur la chose simple que je disais tout à l’heure le vœu de la poésie.

 

 

 

 

 

 

 

 

_______________________________

 

Yves Bonnefoy est né à Tours (Indre-et-Loire) le 24 juin 1923.

Ses parents, originaires du Lot et de l’Aveyron, étaient, l’un, ouvrier monteur aux ateliers de chemins de fer, l’autre, institutrice. Après des études de mathématiques dans les classes préparatoires du lycée Descartes de Tours et à l’Université de Poitiers, il décida en 1943 de s’installer à Paris et de se consacrer à la poésie. Il étudia alors la philosophie et l’histoire des sciences à la Sorbonne, auprès de Jean Wahl et de Gaston Bachelard. Malgré une période de proximité avec le surréalisme, il s’en éloigna rapidement, refusant en 1947 de signer le manifeste de l’Exposition internationale du surréalisme. Dans les années cinquante il effectua, grâce à des bourses, divers voyages en Italie – ce qui l’amena ensuite à suivre le séminaire d’André Chastel à l’École pratique des Hautes Études. Puis il fut durant trois années attaché de recherches au CNRS, menant une étude de la méthodologie critique aux États-Unis.

En 1953, le recueil Du mouvement et de l’immobilité de Douve, publié au Mercure de France qui restera son éditeur, le fit connaître comme poète. Suivirent Hier régnant désert, Pierre écrite, Dans le leurre du seuil aujourd’hui réunis, avec Douve, sous le titre Poèmes (Poésie/Gallimard) ; puis Ce qui fut sans lumière (1987), Début et fin de la neige (1991), La Vie errante (1993), Les Planches courbes (2003), La Longue Chaîne de l’ancre (2008). Les proses poétiques, dont une des premières est L’Arrière-pays (1972), autobiographie sous l’angle du rapport à l’œuvre d’art, se sont développées depuis les Récits en rêve (1987).

Publications historiques et critiques à partir de 1954, avec une monographie consacrée aux Peintures murales de la France gothique. Ces travaux ont pris ensuite la forme de recueils d’essais critiques (L’Improbable et autres essais ; Le Nuage rouge ; La Vérité de parole ; Entretiens sur la poésie ; Remarques sur le dessin ; Dessin, couleur et lumière ; Sous l’horizon du langage) ou de monographies (Rome, 1630 ; Giacometti. Biographie d’une œuvre ; Goya, les peintures noires ; Breton à l’avant de soi ; Notre besoin de Rimbaud). De même visée que les poèmes, ils portent sur les diverses formes et époques de la création artistique, éclairant la conscience que l’activité poétique y a d’elle-même. Ils vont de pair avec une activité de traducteur de Shakespeare (à ce jour, une quinzaine d’œuvres de Shakespeare ont été traduites, précédées de préfaces), de la poésie de Yeats (Quarante-cinq poèmes de Yeats), de Keats, Leopardi et Pétrarque, et avec des études sur la création poétique et la lecture critique ainsi qu’avec une pensée de la traduction : Théâtre et poésie. Shakespeare et Yeats ; L’Imaginaire métaphysique ; La Stratégie de l’énigme ; L’Alliance de la poésie et de la musique ; La Communauté des traducteurs ; La Communauté des critiques.

À partir de 1960, Yves Bonnefoy a été régulièrement l’invité, pour des périodes d’enseignement, d’universités françaises ou étrangères. C’est ainsi qu’il a été professeur associé au Centre Universitaire de Vincennes (1969-1970), à l’Université de Nice (1973-1976) et à l’Université d’Aix-en-Provence (1979-1981), et qu’il a enseigné aussi à la City University of New York, à Brandeis University, à l’Université Yale, à Williams College (Williamstown, USA) ou à l’Université de Genève.

Élu en 1981 professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’Études comparées de la fonction poétique, il y a enseigné jusqu’en 1993. Les résumés de ses cours ont été rassemblés aux éditions du Seuil dans Lieux et destins de l’image : un cours de poétique au Collège de France (1981-1993) de même qu’une anthologie de la série des colloques fermés sur « la conscience de soi de la poésie » que durant ces années il a réunis à la Fondation Hugot du Collège de France : La Conscience de soi de la poésie, anthologie des colloques de la Fondation Hugot.

Il a été co-rédacteur de la revue L’Éphémère pendant sa durée d’existence (1966-1972). Il a dirigé chez Flammarion la collection « Idées et Recherches » et fut chez le même éditeur le maître d’œuvre du Dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique.

Yves Bonnefoy a reçu de nombreux prix, parmi lesquels on peut relever le Prix des Critiques (1971), le Grand Prix de poésie de l’Académie Française (1981), le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres (1987), le Grand Prix national de Poésie (1993), le prix de la Fondation Cino del Duca (1995) et dans d’autres pays le Prix Montaigne (1978), le Prix Balzan (1995) et le Prix Kafka (2007).

Il a été fait docteur « honoris causa » par l’Université de Neuchâtel, l’American College à Paris, l’Université de Chicago, Trinity College (Dublin), les Universités d’Edimbourg, de Rome, d’Oxford et de Sienne.

Son œuvre est traduite en plus de trente langues. Elle a fait l’objet d’expositions à la Bibliothèque Nationale en 1992, au Musée du Château de Tours en 1993, au musée Jenisch à Vevey (Suisse) en 1996, au Musée des Beaux-Arts et au Château de Tours en 2005. Un Cahier de l’Herne Yves Bonnefoy est sorti en 2010.

 

 

Ouvrages récents

2006 : L’Imaginaire métaphysique ; La Stratégie de l’énigme ; Dans un débris de miroir ; Le Secret de la pénultième ; Poésie et université ; Goya, les peintures noires.
2007 : Ce qui alarma Paul Celan ; L’Alliance de la poésie et de la musique ; Raymond Mason, la liberté de l’esprit.
2008 : La Longue Chaîne de l’ancre ; Aller, aller encore ; Traité du pianiste et autres écrits anciens ; Les Sonnets [de Shakespeare], précédés de Vénus et Adonis et du Viol de Lucrèce.
2009 : Notre besoin de Rimbaud ; Art et nature, les enjeux de leur relation ; Deux scènes et notes conjointes.
2010 : Pensées d’étoffe et d’argile ; Genève, 1993 ; La Beauté dès le premier jour ; La Communauté des critiques.

 

 

Principaux ouvrages

– Du mouvement et de l’immobilité de Douve, poème, Mercure de France, 1953.
– L’Improbable, essais, Mercure de France, 1959.
– Peintures murales de la France gothique, Paul Hartmann, 1954.
– Hier régnant désert, poème, Mercure de France, 1958.
– Rimbaud, Le Seuil, 1961.
– Pierre écrite, poème, Mercure de France, 1964.
– Un rêve fait à Mantoue, essais, Mercure de France, 1967.
– Rome, 1630 : l’horizon du premier baroque, Flammarion, 1970.
– L’Arrière-pays, prose, Genève, Albert Skira, 1972.
– Dans le leurre du seuil, poème, Mercure de France, 1975.
– Le Nuage rouge, essais sur la poétique, Mercure de France, 1977.
– Rue Traversière, récit, Mercure de France, 1977.
– Poèmes, Mercure de France, 1978.
– Entretiens sur la poésie, Neuchâtel, La Baconnière, 1981.
– La Présence et l’Image, Mercure de France, 1983.
– La Poésie et l’Université, Fribourg (Suisse), Éditions universitaires, 1984.
– Ce qui fut sans lumière, poèmes, Mercure de France, 1987.
– Récits en rêve, proses, Mercure de France, 1987.
– Là où retombe la flèche Mercure de France, 1988.
– Une autre époque de l’écriture, Mercure de France, 1988.
– La Vérité de parole, Mercure de France, 1988.
– Sur un sculpteur et des peintres, Plon, 1989.
– Entretiens sur la poésie, nouvelle éd., augmentée, Mercure de France, 1990.
– Début et fin de la neige, Mercure de France, 1991.
– Alberto Giacometti. Biographie d’une uvre, Flammarion, 1991.
– Alechinski, les traversées, Montpellier, Fata Morgana, 1992.
– Rue Traversière et autres récits en rêve, Poésie/Gallimard, 1992.
– L’Improbable et autres essais, nouvelle édition, Folio/Gallimard, 1992.
– La Vie errante, suivi de Une autre époque de l’écriture, Mercure de France, 1993.
– Remarques sur le dessin, Mercure de France, 1993.
– La petite phrase et la longue phrase, TILV, 1994.
– Dessin, couleur et lumière, Mercure de France, 1995.
– La Journée d’Alexandre Hollan, Le Temps qu’il fait, 1995.
– Théâtre et poésie : Shakespeare et Yeats, Mercure de France, 1998.
– Alberto Giacometti, éd. Assouline, 1998.
– Remarques sur le regard, Picasso, Giacometti, Morandi. Calmann-Lévy, 2002
– La hantise de Ptyx, un essai de critique en rêve. William Blake o. Edit., 2003
– Le poète et « le flot mouvant des multitudes », bibliothèque nationale de France, 2004

 

 

Traductions

– William Shakespeare, Henri IV (première partie), Jules César, Hamlet, Le Conte d’hiver, Vénus et Adonis, Le viol de Lucrèce, Club Français du Livre, 1951-1961.
– William Shakespeare, Le Roi Lear, Mercure de France, 1965.
– William Shakespeare, Roméo et Juliette, Mercure de France, 1968.
– William Shakespeare, Macbeth, Mercure de France, 1983.
– William Shakespeare, Vénus et Adonis, Le Viol de Lucrèce, Phénix et Colombe, Mercure de France, 1993.
– William Shakespeare, Le Conte d’hiver, Mercure de France, 1994.
– William Shakespeare, XXIV Sonnets de Shakespeare, Les Bibliophiles de France, 1994.
– William Shakespeare, Jules César, Mercure de France, 1995.
– William B. Yeats, Quarante-cinq poèmes de Yeats, suivis de La Résurrection, Hermann, 1989. Poésie/Gallimard, 1993.
– William Shakespeare, La Tempête, Gallimard, 1998.

 

 

Éditions

– Stéphane Mallarmé, Igitur, Divagations, Un coup de dés, Gallimard, 1976.
– Dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique, sous la direction d’Yves Bonnefoy, Flammarion, 1981, 2 vol.
– Marceline Desbordes-Valmore, Poésies, Gallimard, coll. « Poésie », 1983.
– Stéphane Mallarmé, Poésies, Gallimard, coll. « Poésie ». Édition B. Marchal, préface d’Yves Bonnefoy, 1992.
– Stéphane Mallarmé, Correspondance, Lettres sur la poésie, Gallimard, coll. « Poésie ». Édition B. Marchal, préface d’Yves Bonnefoy, 1995.
– Stéphane Mallarmé, Vers de circonstance, Gallimard, coll. « Poésie ». Édition B. Marchal, préface d’Yves Bonnefoy, 1996.

 

 

 

  

 

Articles similaires

Tags

Partager