Werner Lambersy

 

WERNER LAMBERSY

 

(Belgique-France)

 

 

 

Dieu est de retour !

 

Pas celui dont on ne sait rien sauf qu’il devrait être amour, mais celui qui sert de prétexte aux fanatiques pour dominer par la terreur sur ce qui reste libre et insoumis.

Il n’y a qu’à voir grandir et prospérer en son nom massacres, génocides et violences de toutes sortes où l’on jette dans la mort des populations entières !

Celui dont nous avons inventé la tutelle, la parole et les décrets vengeurs, ce dieu-là est de retour. Il aime la paix des cimetières, et ses guerriers, gavés de slogans imbéciles, de promesses creuses et abreuvés de haine, en sont les jardiniers enthousiastes.

L’homme est un singe que l’idée d’absolu a rendu fou ! Toute « révélation » est d’abord une idée reçue, son message prêté à un dieu muet dont la prévoyance est de n’écrire jamais dans aucune religion.

La loi divine est ainsi devenue une arme sacrée ; ceux qui l’écrivent en demeurent les juges suprêmes, les exécutants sans pitié. Son pouvoir se fonde sur la peur, le remords et l’or !

Aucun dieu proclamé n’aime le partage et ne pas le servir, les yeux fermés et les oreilles bouchées, est trahir et mérite la mort.

Aux terrorismes, rampant ou non, des sociétés cotées en bourse, des oligarques divers ou d’un clergé tout puissant, répond le terrorisme aveugle et brutal  des sociétés féodales que menacent la modernité, les sciences et la création artistique.

Jamais pourtant le génie ne fut plus ouvert à tous les possibles, à la grandeur microscopique et universelle de l’être humain. Dont acte. Que cela plaise ou non, la vie gagne toujours…

Lambersy Werner, 2016.

 

 

 

Le 11 mai 1868, G.M. Hopkins, après avoir détruit tous ses poèmes, notait « temps gris. Bel après-midi. Massacre des Innocents ».

L’avantage quand, sur le tard, on commence à tenir un journal, c’est qu’on peut supposer qu’il ne sera pas long !

L’écriture du poème tient du saut à l’élastique, sans qu’on puisse en mesurer la distance par rapport au sol.

La femme est le fond. L’homme, la surface. Partageant la même réalité, ils n’en retirent pas le même comportement.

Joubert, dans son journal : « Il ne faut pas s’exprimer comme on sent mais comme on se souvient », mais attention à l’angle mort du rétroviseur !

En littérature, on se retourne souvent sur soi-même pour ne pas voir ce qui se passe devant et va nous arriver!

Le journal, comme le jambon de Parme, se sert en tranches fines pour en savourer plus longtemps le fragile bouquet.

Les passions tuent sans nécessité ; donne un sens, une raison à ce qui s’en passe et une vie à ceux qui n’en espèrent plus autant.

Le néant comble la distance qui sépare les mots et les morts de la mémoire qui les confond dans une même absence insupportable.

Mirabilia, notaient les scribes en marge de l’inexplicable !  Ainsi du poème dont j’use puisqu’il n‘est rien pour le remplacer.

Nos plaisirs occupent l’essentiel et le centre du sacré, ainsi que les dieux que nous leur consacrons pour nous donner de l’importance.

Sans la couverture des paupières, les morts auraient froid aux yeux ! Laissez-les retrouver le regard  doux des baleines.

Dans la nouvelle église, on inaugura par un feu d’artifice l’Esprit Saint peint au plafond ; l’incendie qui suivit détruisit tout : voyez et comprenez !

Jugement de Salomon : qu’on coupe les bavards en deux dans le sens de la longueur, qu’on prenne le temps qu’ils nous ont pris !

Qu’on coupe au milieu par la taille les menteurs, que leurs pieds et leurs mains aillent dans des sens différents !

Qu’on garde le supplice de l’eau et l’estrapade pour ceux qui prétendent connaître la vérité et nous guider pour nous sauver !

Obstinément, nous nous entêtons à vivre pour nous convaincre d’exister, nous dont l’âme minérale, végétale et animale est faite pour l’estomac de l’univers !

Union sacrée : le Sacré Cœur de Montmartre sur le sacré cul de Pigalle ! Ma poésie est faite d’éléments qui s’opposent et finissent par s’arranger (Calder).

Les dieux sont morts. L’arbre dans lequel nous avons taillé nos violons a servi surtout pour des bûchers et des cercueils.

Quand on lit un poème, on lit beaucoup de livres ! A un très jeune poète : ne vous inquiétez pas ! Vous êtes là ; simplement ils ne le savent pas !

Les artisans de la paix font des traités. Les artistes font de la prison. Il ne faut pas confondre l’ordre des mots avec les mots d’ordre !

Ceux qui ont mis des chaises dans les églises ne croyaient pas en dieu ; ce sont les mêmes qui éteignent avant de faire l’amour.

Il n’y a pas de chats d’aveugle ! Pourtant, la nuit ils voient mieux que les chiens !

New York, 11 septembre : deux petites tours puis s’en vont !

La bonne conscience se donne toujours de bonnes raisons : c’est le même mur au pied duquel on prie comme on tue.

Pour sortir du néant, on a droit à une leçon mais c’est aussi la dernière !

La prose, c’est du bouche à oreilles ! La poésie, du bouche à bouche.

Les artistes « inspirés » me gonflent ! Je préfère rester plein d’idées toutes fêtes !

La malbouffe, le fastfood est une révolution de palais ; le parfum d’une orange qu’on pèle la remplace et promet du bonheur !

Dans le monde, Il y a ceux qui pissent debout et les autres ! Trouvez les raisons, bonnes ou mauvaises, les conséquences (question du bac).

Chez certains peuples, on ne doit écrire que dans la maison commune des morts : vieille sagesse ancestrale !

Depuis toujours, les dieux que nous nous sommes attribués sont restés analphabètes : vieille prudence sacerdotale !

Par grand vent, les arbres font un bruit de papiers froissés : comme un brouillon recommencé du jardin d’Eden.

Petit matin frisquet, la pie chante mais qui est-elle pour chasser la brume, ouvrir l’éventail d’azur et réchauffer le monde en chantant?

Jadis, on parlait chez moi des « transparents », ces vagabonds qui traversaient le village avant l’aube : on pense à Rimbaud, à Verlaine…

Trouvé ce colophon : qu’on le veuille ou non, ce livre a été tiré ; il est réconfortant de penser que les imbéciles n’en sauront rien !

Ma mère m’apprit à reconnaître quand une femme est amoureuse, quand elle ddésire, et dans quel ordre…ou non.

Entendu : « Mademoiselle, je filme sans pellicule » et : « Nous sommes tous deux proches du paradis, vous parce que belle et moi, vieux »

Et à quatre-vingt ans, du superbe poète Robert Goffin : « madame, il y a longtemps que la procession est rentrée »

« Un bon poète est un poète mort », ne me contredites pas ! Cela donne une certaine liberté, une forme d’éternité aux poèmes !

Devant l’immensité de l’océan, l’homme se souvient qu’il a été un dieu puissant. Dès qu’il nage ou navigue, le doute s’installe.

Au plus profond de certaines grottes, l’ombre est plus que millénaire : un seul rayon de lumière la détruirait à jamais ! Ô psychanalyste !

L’azur, c’est l’azur, pas de pluriel ! Il est orphelin, porte un deuil discret ; les étoiles se perdent dans son vide, le néant s’y cache.

A marée basse, la mer a l’air de faire une fausse couche ou de laver un fond de caque ! On n’en sort pas ! Sinon en écrivant…

Tout parle, hurle, fait vacarme, c’est pourquoi nous nous accordons un peu de cette surdité qu’on appelle silence.

On le sait : beaucoup se vengent d’eux-mêmes en voulant à toutes forces faire le bonheur des autres.

Les hommes et les femmes sont faits pour s’entendre ; les uns font tout pour se détruire et les autres pour les y aider.

On a toujours un bel avenir derrière soi ! Ce matin, la lumière semble brancarder les blessés du sommeil !

Quand le disciple est prêt, il n’y a plus de disciple ; quand le maître est proche, il n’y a plus de maître !

Lorsque les filles grandissent, on leur apprend à faire les confitures et aux garçons, à mettre les doigts dedans.

Dans chaque mot, il y a la corde pour se pendre et le couteau pour la couper.

« On dit peu de choses solides lorsqu’on cherche à en dire d’extraordinaires » (Vauvenargues).

Ceux qui parlent avec les mains, souvent finissent par se mettre le doigt dans l’œil !

A force de fixer la nuit, de contempler des ténèbres, on est heureux du collyre de l’aube…

Si la valeur absolue est l’argent, la morale sera celle de la force et du mensonge ; la religion, l’esprit de sacrifice et la mort !

C’est l’absence d’amour qui fait le charme redoutable des grandes courtisanes et des grands prêtres prostitués au pouvoir !

Elle s’est tue, la fontaine de l’enfance qui tranquillement parlait au village casanier des longs voyages de l’eau.

Le mythe dépend de l’habilité du bonimenteur et du bonneteau : la Joconde a simplement oublié ses lunettes de myope !

Que c’est bête un torero surpris par la pluie et trempé jusqu’aux os au milieu de l’arène et des tribunes vides !

Tu peux toujours écrire ton nom et celui de Liberté dans la poussière mais la poussière aura toujours le dernier mot.

Après son travail de tapisserie, Pénélope se mit à réparer les trous dans les chaussettes du ménage d’Ulysse.

L’âme est ce centimètre d’eau dans lequel elle arrive encore à se noyer en criant qu’on l’assassine !

Je suis connu de qui, pour quoi, pour combien de temps : ce ‘est pas une occupation. (Montherlant)

Si tu es mort : pas la peine de répondre ! Si tu te vantes de n’avoir rien, c’est que tu tiens encore à quelque chose !

La jeunesse, c’est piloter sans visibilité, la vieillesse, c’est piloter sans avion ; de toute façon, il n’y a pas de parachute !

Tout le monde connaît la fin ; seuls les moyens pour y arriver varient : la mort est donc seulement littérature.

La patience est un rouleau de papier toilette : on en prend toujours trop, puis soudain il n’y en a plus.

Ce que je dis et ne dis pas doit rester inséparable, comme le tas de pierres d’en haut et le tas de pierres d’en bas.

Quand les gens se parlent, on entend surtout le silence qu’ils font : le bout de fil de l’infini cherche de quoi faire un nœud !

Il faut toujours garder deux phéromones au feu ; le thermomètre de l’amour ne guérit pas du temps qui passe !

Le progrès, semble-t-il aujourd’hui, consiste en littérature à sauter de plus en plus haut mais sur place.

Homme libre toujours tu chériras l’enfer, l’anarchie  est un état d’esprit contre l’esprit d’Etat ; pas de poème sur papier couché !

Les « froids » ont souvent raison ! Mais les « chauds » ont toujours chaud ; « je t’aime » doit rester un néologisme !

L’univers est une formidable course d’obstacles, mais jamais on n’aperçoit la moindre ligne d’arrivée.

Une vérité absolue suppose un mal absolu : « le vin nouveau fait exploser les vieilles outres » (Marc).

Le vingtième siècle nous a jeté dans la jungle, le suivant ramènera le désert : le monde n’a pas de sortie de secours.

Il faut enculer les mouches car bientôt elles nous le rendront ; il est trop tard pour mourir, le mal de vivre est fait !

Tout vient à point à celui qui sait se montrer tendre : le temps d’aimer n’enfonce que des portes ouvertes.

Il a soixante ans et des poussières, mais on ne voit que les poussières : du verbe poussif, il est passé au passif !

Le racisme vient de l’entrecuisse, rien n’y fait ! On peut juste croiser les jambes comme on croise les doigts !

C’est à l’odeur qu’on reconnaît les petits chefs : ils descendent tout juste du fumier où paradaient les grands.

L’Amérique est passée de la barbarie à la décadence, sans connaître la civilisation qu’on croyait leur apporter !

Tous les jours, la Terre dévore, mâche, avale et recrache le soleil : étonnez-vous après cela du goût amer de vos nuits !

Le sentiment du Beau vient de notre besoin de perfection idéale, moins quelque chose de l’ordre de l’humain.

Il n’est pas sec derrière les oreilles ! Quand on ne sait vers quel point tendre, on n’a jamais bon vent, (Sénèque).

Une phrase me poursuit : il pleut des enclumes ! Souviens-toi des yeux coptes et des sourires étrusques…

Il est temps de casser la marchandise des médias : le poète est un mal voyant qui regarde les mots à la loupe.

En conquérant les espaces infinis, nous avons perdu, en quelque sorte, le ciel au-dessus de nos têtes.

Tardieu, à celui qui demande : et les samouraïs ? « Ils tranchent ! Ils tranchent ». Soleil, cou coupé ! (Apollinaire).

Sire, ils n’ont plus rien à dire ! Hé bien ! Qu’on leur donne du disco et qu’ils dansent ( La Fontaine ? ).

La Nuit sans âge donne naissance au Temps, dont les enfants prennent aussitôt la fuite (Héraclite).

Le printemps sonne toujours deux fois car l’hiver a  l’oreille dure, c’est pourquoi les oiseaux chantent.

Quand on parle, on parle une langue qu’on connaît ; quand on écrit, c’est toujours dans une langue étrangère.

La pornographie et le poème ne s’adressent qu’à ceux qui ne peuvent plus se passer de l’une ou de l’autre.

Tremblements de terre « tout volcan ! Cher monsieur ! » ; Il n’est pire sourd que celui qui croit entendre.

Le ciel écrit avec la pluie, l’homme avec de l’encre et même de la lumière : les trois s’effacent facilement.

 

 

 

 

 

 

 

 

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BIO WERNER LAMBERSY

 

Né à Anvers, (16/11/41) vit à Paris depuis 40 ans. Bien qu’il soit issu d’un milieu néerlandophone, son histoire  le conduit à faire acte de résistance et d’antifascisme en choisissant d’écrire en français. Sa biographie est à rapporter à ses livres, qui constituent la «trace d’un voyage intérieur emblématique.» Longtemps attaché littéraire du Centre Wallonie Bruxelles à Paris (jusqu’en 2002), il est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages traduits en plus de 20 langues, dont  Conversation à l’intérieur d’un mur, La Toilette du mort (L’Age d’Homme)  et une trilogie majeure : Architecture nuit (prix Yvan Goll), Coimbra (grand prix SGDL Paris) et DERNIERES NOUVELLES D’ULYSSE (prix Pierrette Micheloud, éd. V. Rougier, 2015) précédés de Maîtres et Maisons de Thé ( prix triennal et prix Canada/communauté française), Noces noires , ou  Journal d’un athée provisoire, divers livres d’artiste, des anthologies personnelles (Actes Sud: L’éternité est un battement de cils, Les Vanneaux, Nu(e), à l’Index, Sapriphage, 6 titres chez La Porte, 5 aux éditions du Cygne, Cadex, l’Amourier, et Phi) lui donnent une place significative dans la poésie contemporaine. Variant le ton et la forme, son œuvre poursuit une méditation sur le dépassement par l’écriture et l’amour. Son écriture est un heureux amalgame entre deux sensibilités: l’occidentale, où la pensée philosophique et l’aphorisme qualifient le style, et l’orientale, où le poète puise le sens d’un formalisme et d’une pensée paradoxale. En 2015, à signaler:  La perte du temps ( éds Castor astral), Pina Bausch (en 13 langues), Escaut, salut (éds Opium, prix Académie royale 2015), In angulo cum libro (éds Al Manar), La dent tombée de Montaigne (Dumerchez) , Un requiem allemand, 1986 ( Caractères, 2014), Les cendres de Claes (Transignum), les rééditions d’ Anvers ou Les anges pervers ( poche espace nord)  et du nouveau  Rubis sur l’ongle (Rhubarbe 2016), ainsi que Yawar Fiesta puis Déluges et autres péripéties, opéra acousmatique par Annette Vande Gorne ( CD Musiques et Recherches) Prix Mallarmé 2015 et Pierrette Micheloud 2015.

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