Walter Ruhlmann

 

(France)

 

 

 

Post Mayotte Trauma

2012

 
PMT 5 – août 2010

 

Chemin tortueux,

troué,

cailloux, hiboux, genoux,

poux

dans les cheveux crépus

sur les têtes entêtées des enfants des rues

aux sourires retenus,

aux bras tendus,

vers d’impossibles rêves et les richesses espérés de nos poches vides, livides et trempées.

 

Des gouttes de sueur, des flots d’incertitude

et le paradis pourtant

sous le vent

de l’hiver

du sud

de l’hiver

austral

de l’australe hiémalité d’un rêve presque encore entier

pas encore désillusioné.

 

Chemin boueux lorsque l’averse déverse ses flots d’eau sur le terrain.

Poussiéreux lorsque le vent du lagon bleu souffle sur l’île d’airain.

Attention pente savonneuse,

terrain glissant,

passant

passe

ton chemin

devant

ces gamins

aux sourires lointains,

aux sourires certains,

cachant le dédain.

Tente l’impossible et fuit en avant.

Lagon bleu

ouvre les yeux

du passager clandestin

prend ses mains

emmène-le sur un autre terrain:

un terrain plus propice aux ébats, plus serein pour un être sensible

risquant sa vie à chaque instant qu’il gémit dans les bras de l’autre

sur le lit de coton.

 

 

PMT 8 – septembre 2010

 

Moya

Mayotte

Malice et magnifique merveille

perdue en plein océan

à l’ouest de Madagascar

dans le canal du Mozambique.

 

Arythmique

la musique entrave les tympans

et noircit les soirées ;

elles se prolongent à l’infini

dans la nuit

tropicale

interminable.

 

Mama brochetti

Magnégné marché du port de Mamoudzou

poutou

ces mots et ces saveurs, ces couleurs et ces odeurs

me font saliver

mais le cauchemar rend impossible

tout ancrage à cette île de malheur

tantôt poussiéreuse,

tantôt boueuse ;

toujours malheureuse.

 

 

PMT 11 – décembre 2010

 

Joyeux Noël au tropique du capricorne,

en attendant notre cancer,

et bonne année sous l’équateur paralysé.

 

Les disparus

dans les nuits mahoraises,

dans les nuits de fournaises.

Elles s’allongent et l’île, vide,

nous tient serrée sur elle.

 

Des avions nous emmèneraient

loin de cette prison,

de cette illusion de bonheur

tropical,

fatal.

Mais nous manquons d’oser

et nous manquons d’oseille.

 

Bientôt,

nous l’avons programmé,

nous serons les zoreilles

sur une autre île à l’est

du non-éden

embaumé

de nos nausées.

 

 

PMT 12 – janvier 2011*

 

L’éclair

a frappé

les bananiers

les cocotiers

les vergers.

 

J’ai oublié Rilke

dans cet enfer de pacotille

de carton pâte et de papier mâché.

 

Helen C.

enceinte,

estomaquée

a bondi sur sa chaise

au déjeuner.

J’ai sursauté

et me suis imaginé

la fin du monde,

d’un monde en danger

où Rainer Maria

trouva

de quoi nous fasciner.

 

 

* Poème inspiré d’un poème plus ancien, écrit en 1995,

 extrait du recueil Les chants du malaise,

publié dans RAL,M 73/74, juillet 2011.

 

 

PMT 15 – mars 2011

 

haut,

à Cilaos,

entouré par le cirque

les îlets, les briques blanches

les biquettes, les taureaux et le

vent, les enfants nés de la consanguinité

saluent les étrangers en créole réunionnais

et les insultes ocres et provocantes, méchantes

sifflent dans mes oreilles et me font deviner le doute amer

et sombre d’un paradis perdu, objet flottant non identifié. J’entends

encore résonner le son de la cloche de l’église et le signal inquiétant de ce

paradis haut perché est à jamais enregistré dans la boîte noire contenant tous les autres secrets.

 

 

 

 

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Walter Ruhlmann est professeur d’anglais. Il publie mgversion2>datura (ex-Mauvaise Graine) depuis plus de quinze ans. Walter est l’auteur de recueils de poèmes en français et en anglais et a publié des poèmes et des nouvelles dans diverses publications dans le monde entier. Il est nominé au prix Pushcart 2011 pour sa traduction en anglais du poème de Martine Morillon-Carreau « Sand début ni fin, ce rêve » publié dans le numéro de janvier 2011 de la revue canadienne Magnapoets.
Son blog : http://lorchideenoctambule.hautetfort.com

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