UN GROUPE DE LYCEENS LUXEMBOURGEOIS dirigé par DAVID Da Cruz Ferreira : Yacouba et le mangeur d’âmes

 

Yacouba                      http://www.bilifou.ch/?page_id=440

 

  • Pièce de théâtre inspirée d’un fait réel qui s’est passé au Burkina Faso !

 

  • Auteurs : un groupe d’élèves de la classe de 5e 8 – 9 e P- prof. Pascale Diederich, Lycée Bel-Val, Belvaux, Luxembourg ! Responsable du groupe: David Da Cruz Ferreira

 

david

 

4 PERSONNAGES :

 

  • Yacouba, jeune agriculteur
  • Eveline, la sœur de Yacouba
  • Le sorcier du village
  • Azaan, l’ami-ennemi

 

Décors :

– la pièce se passe dans un décor africain ; c’est la cuisine d’une famille modeste qui vit à la campagne ; la fenêtre occupe un rôle important dans le décor ! au milieu de la pièce, une table, 2 chaises, une télé ; sur la table, deux tasses de café, des fruits, un cendrier et un journal; la fenêtre est ouverte ; de temps en temps, on entend une musique bien rythmée ;

 

 

 

Yacouba2

 

 

 

Costumes : vêtements de Burkina Faso

Observation : les personnages utilisent souvent des mots d’origine burkinabaise ; ces mots sont en rouge dans le texte ;

 

 

 

ACTE I

Scène 1

 

Eveline : – T’en as pas marre de regarder les actus, le matin?

Yacouba : – Les actus, c’est voir comment va le monde !

Eveline : – Le monde ? Quel gros mot ! Le monde,  c’est nous, ici et là-bas (elle montre avec la main), sous cette chaleur torride, sur ces terres sèches, arides, sans pluie!

Yacouba : – Moi, j’ai fait un cauchemar mais toi, ma sœur, tu vis mon cauchemar, les yeux ouverts…

Eveline : – J’sais pas ce que j’ai aujourd’hui ! Ta mauvaise humeur m’a contaminée…

Yacouba : – Assieds-toi, et prends un fruit! Ça remonte le moral ! (il met la TV plus fort)

Eveline : – Voilà ACTUS HEBDO sur la RTB. C’est niok niak ! Les journalistes  prennent les gens pour des nez percés!

Yacouba :Yèè ! Fais un peu plus fort, s’il te plaît ! (elle met la télé plus fort)

Eveline : – Encore plus fort ?

Yacouba : – Non, ça va! Eveline, si les actualités ne t’intéressent pas, choisines dans la maison…

Eveline : – Ca va, c’est caillou de te tenir compagnie surtout quand  t’as un truc dans la tête ! Et n’oublie pas, moi j’attends de connaître ton … mauvais rêve !

Yacouba  : –   Waouh, regarde l’info ! Il y a un concours pour les jeunes agriculteurs ! Passe-moi le crayon ! (il prend un bout de papier) ! Je dois noter tout ça ! Ce concours tombe du ciel ! Trop bien…

Eveline :  Voilà de quoi écrire ! (elle lui donne un crayon)

Yacouba : – Je voudrais participer à ce concours! Allez, moi je note l’adresse !

Eveline : – Presse-toi, ça passe vite !

(Yacouba écrit vite-vite)

Eveline lui dicte :  – Le  Ministère de l’Agriculture des Ressources Hydrauliques de l’Assainissement   et de la Sécurité Alimentaire organise un concours de jeunes chercheurs, dans le cadre de ses politiques et plans sectoriels. Cette compétition est ouverte à toute personne qui veut sauver nos champs, nos arbres, nos animaux, nos greniers de sécurité alimentaires. Nous sommes à la recherche de systèmes autochtones de développement et d’innovation agricole ! Pour s’inscrire envoyez votre candidature, ainsi que le résumé de votre projet à M.Koné Cheik Oumar, responsable des travaux Pratiques auprès de notre ministère ! Adresse pour les candidatures :………… Dernier jour pour les inscriptions : …

Yacouba :– J’y participerai ! J’ai tout noté !

Eveline : – Tu participeras à ce concours ????

Yacouba :– Bien sûr, c’est encourageant ! C’est une belle occasion de montrer ce que je peux …Je veux sortir de l’anonymat !  On vit dans ce coin de monde perdu ! Nassoumbou c’est pas la capitale, et dans la région du Sahel, à part quelques  petits champs de maïs dévastés par les oiseaux, il n’y a rien, même pas une tête à idées qui puisse nous sauver !

Eveline : –  Eh bien ça c’est vrai ! Tu as raison ! Je te souhaite BONNE CHANCE !

Yacouba : – J’ai tout ici, dans ma tête !

Eveline : –  Et maintenant, raconte-moi ton rêve, et tout  ce qui t’a troublé !

Yacouba : – Bon, alors, viens à côté de moi et écoute l’histoire de mon rêve…, tu verras pourquoi je dois participer au concours…

Eveline : – Je t’écoute…

Yacouba : – Toute la nuit j’ai été en nage… Il se faisait que j’étais dans les champs et que des oiseaux noirs volaient à l’envers … J’avais découvert l’impossible !

Eveline : – Vraiment ? Ce n’est pas  bon signe!

Yacouba : – Tout d’un coup, les oiseaux se sont changés en un drôle d’homme. Il était de dos… Cheveux noirs, rastas, longues jambes, larges épaules, bras tatoués… Grand…. Presque 2 m…. Flippant… Un mage ou un guerrier ou un guérisseur !

Eveline : – Je vais  raconter ça au sorcier du village, lui c’est le grand << mangeur d’âmes >>, le wak le plus connu du << pays des hommes intègres >> !

Yacouba : – La sorcellerie est interdite ! Ça peut te coûter cher…, même une condamnation… Ne vas pas chez lui !

Eveline : – Si tu as peur de l’appeler <<sorcier>>, appelle-le <<le grand voyant>> et tout ira mieux ! En tout cas, tout le monde y a va en cachette…

Yacouba : – Bon, écoute la suite de mon rêve …

Eveline : – Dis…

Yacouba : – L’homme de mon rêve, ce mage étrange dansait la danse des masques funèbres ! Les masques avaient des couleurs violentes. La créature dégageait une immense puissance/ on aurait dit qu’une grosse vague d’air chaud provoquait une médiation entre l’être supérieur, les ancêtres,  et moi, le petit rêveur mortel… Et puis, quand j’ai voulu partir. Le mage a crié mon nom :

Le sorcier :  Yacoubaaaaaaaaaaa.

Yacouba : – Il a crié mon  nom ! Yacoubaaaaaa ! Dans sa bouche infinie, mon nom  devenait un ouragan… Et stupeur, le mage s’est retourné et là, Eveline, j’ai vu le visage sans masques d’un  homme très âgé… Son regard était glacial… Ses yeux brillaient comme deux couteaux en or !

Eveline : –  Dans les rêves, tout est à l’envers, même les oiseaux volent à l’envers… T’as bien vu, non ? !

Yacouba : – Brusquement, cet  homme a commencé à me parler… Au début, les paroles n’étaient pas compréhensibles…

Eveline : – C’est comme ça dans le sommeil … On n’arrive pas à bien parler …

Yacouba : – Il m’a tendu la main, comme pour me saluer ou pour m’écraser les doigts et …

Eveline : – C’est le salut du diable…

Yacouba : – Ensuite, le mage m’a montré un lieu au milieu du champ, où la terre était marécageuse, pleine d’odeurs étranges. Ça sentait tellement fort que j’ai même vomi. Comme si un danger menaçait mon rêve, le guerrier s’est mis à genoux et il a prié jusqu’aux larmes. Il disait de longs mots. Il me parlait dans une langue inconnue! Après, il a creusé avec ses mains la terre tout autour de moi. Comme s’il voulait m’enterrer ou me protéger ! Il a sorti de sa bouche quelques graines rouges et il les a enterrés sous mes pieds ! Puis, il s’est mis à  courir. Il courait comme un fou, en rond ! Dans ce tourbillon de pas poussait de manière ininterrompue une belle plante verte.

Eveline : – Ça c’est joli…

Yacouba : – La plante grandissait vite, devenait un arbre, un magnifique arbre, un baobab quoi ! Il poussait dans mon corps, il sortait de mon ventre et prenait l’allure d’un arbre divin ! Beau et robuste. Immense et fantastique.

Eveline: – Waouh , t’es l’envoyé de Dieu!

Yacouba : (…) le mage m’a dit :

Le sorcier  (on l’entend mais on ne le voit pas): – Voilà le secret des arbres de nos vies dans les terres mortes de nos âmes! Il faut les planter toujours en septembre ou en octobre quand le vent se réveille de sa somnolence d’été ! Il faut creuser un trou avec le cœur et y mettre de la bouse de vache, et de l’eau !

Eveline rit et dit : – De la bouse de vache ??? ! Pouah ! Excuse-moi, continue…

Yacouba : – Le mage-guerrier, de plus en plus calme, fit :

Le sorcier : – Si tu es en plein désert, utilise l’eau de tes larmes, et la nature reviendra chez toi ! Si tu aimes ta terre natale, elle survivra et se développera ! Si tu l’aimes, protège-la et aide-la à s’accoutumer aux temps et aux époques !

Eveline : –  Je me perds un peu dans ces détails qui me laissent croire que ce rêve a déjà été vécu ou qu’il est sur le point d’être vécu ! On est en plein réel, c’est fou!

Yacouba : – Le vieil homme a rajouté à la fin :

Le sorcier : – Ne plantez pas un arbre durant l’été ou à la fin du printemps, car la chaleur peut le brûler.

Yacouba : – Et il s’est envolé, comme il est venu ! Sans laisser la moindre trace derrière ! A sa place, une rose noire. En contemplant les pétales de cette fleur, j’ai eu un vertige si fort  que je suis tombé de mon lit ! En tombant, je me suis heurté le front contre la table de nuit ! Regarde cette bosse, ce gros bleu …

Eveline: – Quel rêve rusé !Il faut en faire quelque chose ! Il ne faut pas rester les bras croisés !

Yacouba : – Ce rêve m’a permis de mieux penser à ma méthode originale de planter des arbres … C’est moi l’envoyé de Dieu ! Je désire participer à ce concours, je veux gagner!

Eveline: –  Je te conseille d’aller à la rencontre du sorcier du village

Yacouba : – Pfff, j’y vais ou je n’y vais pas… (il commence à se promener dans la chambre) ?!

Eveline : – Allez, vas-y ! Courage, ce n’est pas parce que tu es un jeune homme moderne que tu ne dois plus faire confiance aux rêves et à nos anciennes traditions. Tu n’as rien à perdre…  Le sage du village est le grand spécialiste des faits, de l’avenir !

Yacouba : – Comment faire ? (Il a l’air nerveux) Je…, je ne sais pas…

Eveline: –  Si tu ne veux pas être repéré par la police, attends que le soir tombe ! Tu files par le sentier le plus court de la nuit chez le wak. Lui, il ne dort jamais ! C’est au moins ce que les gens disent! Il faut y aller! Allez, ce soir, tu lui rendras visite!  Pour être sûr que les signes de ton rêve ne sont pas faux ! Comme dans le proverbe : «  dans le noir, le noir ne se fait jamais blanc ou jaune ! », le noir te sera un bon confident !

(Elle sourit et se met debout, en ramassant les tasses de café. Elle ajoute) : Comme ça tu pourras déchiffrer les mystères de ce que tu as rêvé!

Yacouba (se promène dans la chambre, il se gratte la nuque) : – Eveline, dis-moi, est ce que tu as déjà été chez lui ?

Eveline :-  Oui, avec notre tante Oula. Pas pour moi mais bien pour elle. Chaque jour, elle trouvait une poule morte sur le seuil de sa maison ! Elle n’en pouvait plus. Les mauvais esprits rodaient autour de sa maison! Quelqu’un lui avait jeté un sort !

Yacouba : – Donc, tu as pu assister à une de ses séances de magie blanche ?!

Eveline :Ah non, j’ai attendue Oula devant la maison sacrée du sorcier. Mais la voix du wak fut si forte que j’ai tout entendu ! Durant une semaine, je n’ai pas dormir la nuit. Ensuite, un samedi, j’ai cherché au marché, un livre sur la magie, pour mieux connaître ce monde plein de signes et de mystères.

Yacouba : – Tu ne m’en as jamais parlé !

Eveline: – Je ne croyais pas que cela pouvait t’intéresser !

Yacouba :Et que dit ce bouquin si précieux?

Eveline : – Il dit des choses, plus compliquées les unes que les autres … nous ont envoyé à l’école pour mieux comprendre les mots !

Yacouba :Ouais, tu dis vrai, tu es intelligente, tu es ma sœur, je te reconnais (il lui caresse la tête) !

Eveline: – Dans les lois de la magie africaine, il est reconnu que l’Homme porte en lui trois dimensions !

Yacouba :C’est-à-dire ?

Eveline: – L’homme est une créature divine ayant en son sein trois vibrations différentes les unes les autres. Ces trois vibrations forment une seule entité : Corps – Âme – Esprit.

Yacouba : – C’est joliment dit ! C’est comme une poésie !

Eveline: – Dans nos croyances, chaque humain est créé par une divinité. Chaque force divine a un corps divin (l’Esprit).

Yacouba : – Comme par exemple ?

Eveline: – Il y a les grandes divinités de la forêt, des cours d’eau, des animaux, de la pluie, du tonnerre, mais, aussi, il y a la divinité des rêves, une divinité très intelligente et très forte. Pour parler à ces divinités, il faut passer par le sorcier ! Et bien sûr, il faut être croyant !

Yacouba : – Le grand Esprit  a-t-il un passe-partout ?

Eveline :  –  Le grand sorcier est le seul qui ait parlé aux divinités. Pour moi, pour toi, pour tata Oula, il joue le rôle du bon esprit, de l’interprète  du chemin entrouvert!

Yacouba : – Je verrai bien… , peut-être que je n’irai pas seul chez ce grand sorcier…

Eveline: – As-tu besoin de moi ?

Yacouba : – Non, pas de toi, plutôt de … (il hésite, se gratte la nuque, se met debout et allume une cigarette, il se promène dans la chambre, il regarde par la fenêtre).

Eveline: – Si vraiment tu as l’envie de gagner ce concours de chercheur en agriculture biologique, vas-y,  ne fais pas de retours en arrière, il faut aller de l’avant !

Yacouba : – Pour le moment, j’hésite, alors j’aimerais me promener pour prendre l’air, je me sens très tendu…

Eveline : – D’autres sont passés par là ! Ça va bien se passer… Il te mettra juste à prier, à te purifier. I fait toujours comme ça. Il t’apprendra à parler la langue des sorciers (elle fait une voix douce, mystérieuse) :

« Bonsoir êtres magiques,
Me voici en cette nuit,
J’aimerais comprendre mes derniers rêves, l’avenir, aussi. »

Bref, quelque chose dans le genre…  Et puis, les dernières nuées de fumée vont disparaître. Pendant que le grand sorcier discute avec la divinité du rêve, tu arriveras aux signes de ton cauchemar !

Yacouba : Ces pouvoirs inconnus !  L’on en parle de plus en plus souvent au Burkina, au Bénin, aussi ! Et ce n’est pas que les femmes ! Non ! Même les politiciens en usent pour se faire élire et pour mieux exploiter le peuple.

Eveline : – Oh oui ! Le recours aux forces de l’invisible se pratique dans la plupart de nos villes et villages !

Yacouba : – Tu sais, je suis plutôt « pieds sur terre et tête, dans le réel ! » ! Malheureusement, tes explications m’embrouillent.

Eveline : – Notre pays et notre peuple adulent la sorcellerie et les sorciers ! On a grandi avec la peur des mauvais sorts ! Frère, rassures-toi, ce sera de la magie blanche, rien de criminel ! Il ne voudra pas te manger et prélever tes organes ! La rencontre avec le bon sorcier  peut guider ton chemin vers une vie meilleure. Tu mérites d’avoir une nouvelle vie!

 

 

 

Scène 2

 

 

 

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(Chez le sorcier ; un homme habillé de blanc, le visage peint, le corps tatoué, chante autour d’un petit feu)

 

 

 

Le sorcier : (chante un rituel de chanson magique, il tend un verre d’eau à Yacouba et lui fait signe de la main de s’asseoir) : – Jeune homme, tenez le verre, buvez  l’eau de vos rêves jusqu’à la dernière goutte. Buvez-en ! Au début juste une goutte ! Mettez – vous à genoux, les yeux fermés, ensuite commencez à revivre votre rêve ! Racontez-moi  jusqu’à la moitié ! Ensuite, doucement, avec une larme de votre paupière gauche, avalez une deuxième goutte magique ! Allez, doucement, allez plus loin dans votre rêve, toujours les yeux fermés ! Et quand vous vous approchez de la moitié, videz le verre, buvez tout ! Dites-moi quelle sensation vous ressentirez sur votre peur, à la fin du rêve. Elle indiquera le moment quand votre âme reprendra le chemin du retour.

Yacouba : – Oui, oui, oui… (D’une voix cassée, il se soumet, il se met à genoux et fait exactement ce que le sorcier lui indique ; alternativement, il boit et il raconte, les yeux fermés).

Le sorcier (agité, il chuchote à l’oreille du jeune homme) : – Vous avez découvert, grâce à votre rêve, un don qui était enraciné en vous dès vous plus tendre âge ! Vous avez trouvé l’espoir, la solution miraculeuse de faire pousser des plantes dans le désert ! Et avec ce savoir vous pouvez donner un nouvel espoir à notre terre, à notre pays! Votre solution a une raison d’être : aider le monde à survivre, aider la nature à reprendre ses droits là où elle les a perdus ! Avec ce don, vous participerez à une confrontation et vous serez presque…

Yacouba : – Presque ?

Le sorcier : – … sur le point de le gagner mais, mais…

Yacouba : – Mais ? Mais, dites la suite, s’il vous plaît !

Le sorcier : – Debout maintenant ! Précisez-moi ce que vous avez senti à la fin de votre rêve.

Yacouba (fait des grimaces) : – Une brûlure et une odeur ! Une puanteur de cadavre… ! On dirait que mon corps est entré en état de putréfaction… Ou, je n’en sais plus, un truc horrible, nauséabond, une puanteur de bouse, d’excréments d’animaux ! J’sais plus ! Une fois les yeux fermés, j’ai perdu mon équilibre, j’ai perdu la raison ! Ma tête tournait ! Mon corps tremblait. Et dans cet état lourd, je vous racontais, je disais et redisais mon rêve. Une nausée infernale montait de mon ventre jusqu’ à ma nuque !

Le sorcier : – Oh, pauvre jeune homme ! Vous serez trahi, menti, escroqué, volé, dépossédé de votre don ! Méfiez-vous de vos proches et amis ! Et surtout d’un ami d’enfance! Quelqu’un vous suit de l’ombre et… (il commence à tousser et à tourner en rond). Je ne peux plus vous garder ici ! Ce rêve, ce maudit rêve me fait du mal, à moi aussi !

Yacouba : S’il vous plaît, aidez-moi jusqu’au bout, dites-moi qui veut me faire du mal ? Qui ?

Le sorcier : – Il faut payer mon rituel. Votre présence ici, a pris fin ! Les grands esprits m’interdisent d’en parler davantage ! Donnez-moi une somme, combien vous pouvez, pour que le mal de votre rêve ne devienne pas monstrueux !

Yacouba : – C’est bon comme ça ? (il lui tend un billet de …100 francs)

Le sorcier : – Mmm, les esprits ne sont pas très contents, je crois qu’ils en veulent davantage.

Yacouba : – Tenez le reste. C’est tout ce que je peux vous donner, je n’ai pas beaucoup d’argent, je suis jeune et je débute ma vie à peine ! Je suis un simple travailleur de la terre (il rajoute un billet de 20 francs) ! S’il vous plaît, dites-moi, je vous supplie, qui est mon ami ennemi ? Qui veut voler mon secret ? Qui veut profiter de ma découverte ?

Le sorcier : – Votre ennemi est votre meilleur ami ! Votre ami est votre meilleur ennemi ! Il n’y a pas de bons amis quand il s’agit de gagner, d’être heureux, d’avoir la joie au cœur… Retenez cela! Les esprits ne sont pas si méchants que cela, ils me disent de vous le dire, de vous conseiller… Et maintenant, partez, retournez chez vous et prenez soin de vous !

Yacouba (en penchant la tête) : – J’en tiendrai compte ! Merci. (il s’en va)

 

 

 

Yacouba4

 

 

 

Scène 3

 

(Yacouba rentre chez lui, il est seul, il prend une feuille de papier, un stylo, une enveloppe et un timbre ; il écrit une longue lettre, et il est tout seul, parle à voix haute)

 

Yacouba : – Je vais envoyer ma candidature au concours du ministère de l’agriculture. Je veux gagner ce concours national avec ma méthode de planter des plantes et des arbres dans une terre morte.  Mon invention est la plus originale ! Je suis sûr qu’elle  est efficace ! Je serai primé et je pourrai aider mon pays à développer l’agriculture biologique, et à vaincre la pauvreté ! Si les Dieux m’aident, je pourrai nourrir mon peuple ! A partir de ma méthode, on pourra développer les branches de l’agriculture ! La bouse de vache ne sera pas seulement un bon et naturel engrais biologique mais aussi un fertiliseur incroyable ! Les Dieux m’aideront ! (Il écrit, il met le papier dans l’enveloppe, il colle le timbre  et sourit  joyeusement): Ça y est ! J’ai fini, j’irai la mettre à la poste ! Il ne me restera qu’à attendre après, le résultat de ce concours ! (il sort en vitesse de la maison, il est dans la rue et il rencontre un ancien ami)

 

 

 

Scène 4

 

(Yacouba va à la poste et il croise Azaan, son meilleur ami)

 

Azaan : Hé, hé ! Salut ! Comment ça va ? J’ai l’impression que tu vas à la poste ?

Yacouba : – Oui, oui, c’est vrai, oui,  je cours à la poste !

Azaan: – Quelle coïncidence ! Moi aussi je vais à la poste ! (l’ami a, lui aussi, une lettre à la main mais lui, il cache sa lettre)

Yacouba : – Moi, j’envoie ma participation au concours du plus jeune chercheur en agriculture biologique ! Tu te rappelles notre discussion, samedi soir dernier, au bistrot «  La gazelle » ?

Azaan : – J’sais plus, on a discuté mille choses! Et moi j’avais un peu bu, alors vraiment je ne sais plus exactement…

Yacouba : – Au moins on a passé un bon moment ensemble… Et dis donc, je vois que toi aussi tu as une lettre! Si tu veux, je peux te la poster …

Azaan : –  Non, je le ferai moi-même ! Comment te dire ? Je réponds à une fille qui m’écrit depuis des mois, une belle fille européenne (il rigole et presse le pas) !

Yacouba : – Tant mieux, si tu as trouvé le grand amour… Je suis content pour toi, mon ami !

Azaan (il hésite et fait deux pas en arrière) : – Merde ! Excuse-moi, je dois te laisser ! Imagine-toi que j’ai oublié la petite carte de vœux à la maison ! Je suis obligé de te laisser et de retourner à la maison ! C’est l’anniversaire de cette fille, je ne veux pas passer pour un plug ! Il faut que je lui envoie une carte de vœux ! Salut !

Yaouba : – C’est comme tu veux ! Salut !

Azaan : – A bientôt !

 

 

 

Scène 5

 

( Yacouba est à la maison, avec sa sœur)

 

Eveline :Nous sommes déjà mercredi. Qu’est-ce que le temps passe vite !

Yacouba : – Oui, et moi j’attends le résultat de mon concours ! As-tu vu passer le facteur, aujourd’hui ? ! C’est le jour où je devrais recevoir la réponse du ministère !

Eveline :Ne stresse pas !

Yacouba : – En fait, j’ai oublié de te dire que j’avais croisé Azaan, mon bon ami.  Hm ! Si le sorcier avait raison ?! Si mon cauchemar disait vrai ?!

Eveline : – Quand cela ?

Yacouba : –  Mmmmm, il y a  un mois  déjà. Il allait, tout comme moi, à la poste, à pied, et il cachait un drôle de lettre !

Eveline : – Une lettre… ? Il cachait une lettre ?… ! Intéressant ! Ton pote, ton meilleur ami, Azaan, te cache des choses ! Attention ! Joue pas avec le feu ! Azaan Battuli, c’est un riche, un manipulateur, lui c’est pas un vrai ami!

Yacouba : – Bon, il m’avait parlé d’une fille européenne, qu’il avait rencontrée sur facebook ! Cette fille lui envoyait des messages et des lettres d’amour !

Eveline : – Des lettres ? Par la poste ? Ha ha ha, je n’y crois pas ! Elle peut lui envoyer des mails, elle peut lui parler sur le skype, pourquoi lui envoyer des lettres classiques ?!  C’est du temps et du papier perdus !

Yacouba : – Moi je trouve que c’est sympa de recevoir des lettres parfumées ! Des lettres sur papier !

Eveline : – Je m’en méfie !

Yacouba : – Et pour ne pas manquer l’occasion de draguer, de chatter, il répondait à cette amoureuse…

Eveline:  – Et tu le crois ?

Yacouba : – Pourquoi pas ?!

Eveline : – D’accord, bref ! Mais pourquoi cacherait-il une lettre pour une fille ?!

Yacouba : –  Le seul problème c’est que dès qu’il m’a vu, il a eu l’air très inquiet …

Eveline: – L’ami-ennemi dont parlait le sorcier, peut-être ?! (elle rit) Jure que tu ne lui avais jamais parlé de tes découvertes…

Yacouba : – Ben, je ne peux pas le faire car, voilà, je le croyais un super ami et je lui faisais souvent confiance… Merde ! Je lui ai confié tous mes secrets, même mes convictions, les étapes de ma recherche  et mon envie de gagner ce concours ! Il n’avait pas l’air de trop m’écouter, il s’en foutait ! Son père est le maire de notre village, il est gâté pourri, il a du fric, il a toutes les filles à ses pieds et une belle vie, alors je ne risque rien avec lui !

Eveline (regarde par la fenêtre, elle voit le facteur) : – Ah, le facteur… Il a une lettre ! Il la dépose dans notre boîte ! Va la chercher !

Yacouba : – Ah, je meurs de curiosité! Bon Dieu aide-moi… (il sort en claquant la porte et revient plus tard avec un grand sourire, la lettre à la main) ! Cette lettre contient mon futur ! (il joue avec la lettre, il l’a fait tourner autour de sa tête)

Eveline : – Tu l’ouvres ? (elle se frotte les mains) ! Allez, courage ! J’ai des fourmillements dans les doigts ! Ouvre-la !

Yacouba (déchire l’enveloppe, se concentre et lit d’un air très malheureux, il jette la lettre et hurle) : – Nooooooooooooooooooooooooooooooooon ! Nooooon ! Nooooon ! C’est pas possible !

Eveline (se dirige  vers lui) : – Comment ça ? C’est pas juste ! (elle récupère la lettre et lit !)Au diable ! Ils ne t’ont pas primé ! C’est impardonnable !  C’est une tricherie !

Yacouba (se met par terre, il frappe avec ses poings le plancher, il est déçu ): Azaan Battuli ! Le fils du maire, la canaille, c’est lui le gagnant du concours !

Eveline: – Le misérable…

Yacouba : – Comme le wak l’a dit : mon ami d’enfance, ce traître, ce chien, cette pourriture qui a volé les secrets de ma méthode, il s’est mis en candidat ! Tu réalises ça ? Il a participé  avec ma recherche, avec ma découverte, et c’est sûr qu’avec l’influence de son père, monsieur le maire, il a été cru, il a été choisi, et moi j’ai dû passer pour un imposteur ! C’est toujours les riches qui gagnent au Burkina ! Terre des Hommes Intègres ?! Tu parles ! La trahison et l’arnaque ! Nassoumbou ? Au diable, cette terre de l’arnaque ! ! (il cache ses larmes et sort en courant) ! Je quitterai ce pays, je le quitterai, je partirai en France, en Allemagne, au Luxembourg, je verrai bien où…

Eveline (Elle n’arrête pas de lire et de relire la lettre !) : –  Le guérisseur n’a rien pu faire, il s’est contenté de te mettre en garde et tout ! Et Azaan, ce  menteur, ce voleur d’espoir ! Attends-moi, attends-moi… (Elle court après lui)…

 

 

 

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FIN

 

 

 

 

 

 

 

 

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Yacouba6LYCEE BEL-VAL, BELVAUX, LUXEMBOURG

www.lbv.lu

 

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Bienvenue au Lycée Bel-Val !

 

Le Lycée Bel-Val est un lycée public qui offre au cycle inférieur tant les classes de l’enseignement secondaire que celles de l’enseignement secondaire technique et qui propose une vaste gamme d’activités scolaires et parascolaires.

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