Tudor Arghezi

 

 

(Roumanie)

 

 

 

Traduit et présenté par PAULA ROMANESCU

 

 

 POURQUOI SERAIS-JE TRISTE ?

 

 

 

 

Le Poète des Fleurs de Moisissure

 

Si Charles Baudelaire avait chanté les fleurs du mal d’un siècle qui n’avait connu ni les malheurs des deux guerres mondiales, ni la peste rouge du communisme, ni la souffrance inimaginable de la fleur de la nation roumaine jetée dans les bagnes comme «ennemis du peuple» par des «libérateurs» criminels au nom de la … raison du plus fou, Tudor Arghezi (né le 21 mai 1880 – décédé le 14 juillet1967), poète roumain représentatif du XX-e siècle, fit fleurir la moisissure de tous les malheurs des siens et la changea en poésie.

Soyez donc béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance !

 

Tour à tour, journaliste, horloger, moine, écrivain, prisonnier politique, il débuta en poésie à l’âge où Baudelaire finissait sa vie.

Après la Guerre sa signature était interdite, la presse et les maisons d’édition des années ’50  lui étaient interdites aussi, des voix endiablées de « écrivains sans œuvre », apprentis à l’école de Marx, traitaient la poésie de Tudor Arghezi de « putréfaction ». Mais le temps n’arrête jamais de tourner. La mémoire des lecteurs n’a pas retenu les noms de dénigreurs. Le nom d’Arghezi leur reste encore très bien connu. Sa place dans la littérature roumaine est bien large.

Retiré à Martzishore – quartier situé dans la banlieue de Bucarest, non loin du monastère de Văcăreşti (démoli par le régime de la terreur athéiste) – le poète continua à … cultiver son jardin.

Sa cerisaie continue à fleurir – Ô ses fleurs de pureté ! –, la porte de sa maison reste à jamais  ouverte à tous ceux qui aiment la poésie.

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez à la langue roumaine des fleurs de moisissure qui chantent ! 

 

 

Paula Romanescu

 

 
 

Fin d’automne

(Sfârşitul toamnei)

 

Ô! Qui pourrait dire qu’hier encore

Il y avait par là des fleurs,

Des rossignols,

Des livres lus les yeux mi-clos

Où des rubans larges et beaux

Tournèrent tant et tant de fois ?

 

Pourtant, nous fûmes deux antan

Comme deux malades se promenant

Bras dessus, bras dessous ;

Comme deux esclaves tendres et doux

Sous les peupliers sévères et noirs

À l’heure de la tombée du soir.

 

Il faut partir ! Je suis seul

Et étranger parmi les tilleuls

Gris eux aussi,

Mais quelque chose comme un destin

Me pousse de m’attarder en chemin

Parmi les feuilles mortes des allées.

 

Là, où le cher passé mourut

Je me promène comme dans une tombe

Où je suis lié

Pour écouter la terre se taire,

Quand dans mon âme file le muet

Regret que les vents emportèrent.

 

 

 

L’heure est venue peut-être

(Poate că este ceasul)

 

L‘heure est venue peut-être, puisque les feuilles pâles

Hier encore éclatantes commencent à tomber,

De regarder franchement, en face, le passé

Quand l’ombre de son ombre commence à nous faire mal.

 

Et sans humiliation et sans nulle fierté

Rappelons-nous de nous petit à petit, fil à fil,

En regardant les roches au zigzag de porphyre

Où le pas imprima l’aveu-fragilité.

 

Brûlés par les étoiles une nuit, un jour petits,

Tantôt crucifiés, tantôt libres et grands,

Avec au-dessus de nous des vautours en volant – 

Pasteurs des chrysanthèmes, prophètes des fourmis.

 

Si on a les genoux meurtris par les épines

Ce n’est que pour souffrir ? Ce n’est pas pour de la joie?

C’est l’automne! Allons faire de nous-mêmes un toit

Pour que tout le désert y entre et illumine.

 

Prenons la cendre éteinte des anciens autels,

Redonnons-lui la flamme, une fumée à mûrir,

Éparpillons-la, semence, sur le champ à venir

Espérant pour plus tard la moisson du chagrin.

 

 

 

Vêpres au son des cloches

 (Denie cu clopote)

 

Tais-toi. Ne bouge pas.

L’aigle du souvenir s’est réveillé

De ma nuit

Et vole dans l’espace étoilé.

 

Ne trouble pas l’aurore.

Ô, d’où vient-il

Cet aigle bleu qui a tellement grandi?

Je l’ai laissé sans ailes, dans son nid, tout petit.

 

Je ne me suis donc jamais égaré

De mon passé.

Il y a encore de l’espoir, il y a encore de la douceur,

Une ombre blanche passe à travers le silence.

 

Le nuage qui m’avait ravi s’est dispersé!

Chaude pluie, riche pluie,

Tombe généreusement sur mon champ

Où toutes les morts de la pensée

Ont ressuscité.

 

Crayon

(Creion)   

 

J’aime ton visage

Et tes yeux de lac pur

Où se reflètent

L’arbre et l’azur.

 

J’aime ton sourire

Comme la pierre du tréfonds

Où nagent de longs poissons

Blancs, à l’œil rond.

 

Ta tête je l’aime, tu sais,

Rivage plein de roseaux

Où dorment les araignées

Sur les duvets des cieux.

 

Ton être tout entier

De chagrin et de joie,

Pourquoi devrais-je l’aimer?

Il ne le faudrait pas…

 

 

 

Homme par homme

(Om cu om)

 

Un homme n’était qu’une feuille

Mais plus tard homme par homme

Se sont mis à grandir et devenir arbre aux pommes.

 

La feuille des branches se meurt, légère fragilité,

L’arbre se multiplie et devient forêt.

Chacun sa destinée; l’existence éphémère

Devient humanité par l’homme fait de la terre.

 

 

Inscription

(Inscripţie)

 

Quand la rivière me rencontra

Elle me dit :

Viens avec moi,

Mais moi, je ne l’ai pas suivie.

Quand le vent sur les rives passa,

Il me dit :

Viens avec moi,

Mais moi, je ne l’ai pas suivi.

Quand le faucon des cieux vola

Au-dessus de moi, autour de moi,

Les ailes tendues, il me dit :

Viens avec moi,

Mais moi, je ne l’ai pas suivi.

Les eaux, le vent, les étoiles, le faucon,

Après m’avoir frôlé

S’en sont allés

D’outre bord.

 

 

 

Inscription d’homme

(Inscripţie de bărbat)

 

Fais ton devoir comme il faut, pas à pas.

La peine, l’idéal, c’est du devoir aussi

Sourire aux gens, défendre ton pays

Et attendre ton heure. Car ça viendra.

 

N’aie pas peur, car c’est la destinée,

Que tu sois lâche, infâme ou vaillant,

Il faut lutter courageusement ;

On porte dans l’âme toute l’humanité.

 

De porter des fardeaux c’est ton droit.

Un autre bien plus lourd t’attend. Ça ne fait rien.

Ne t’en plaints pas, vas-y! Continue ton chemin

Et, la tête haute, attends bienla fin. Car ça viendra.

 

 

 

Inscription de femme

(Inscripţie de femeie)

 

La nature a dicté que la fille diaphane

Soit à l’homme femme.

La frêle demoiselle dans sa main se pose

Mince comme un brin de lys et de tubéreuse.

 

Elle l’aime puisqu’il est fort et, saint d’esprit et, droit,

Il n’hésite jamais, il rentre tôt chez soi.

Il marche tout droit, il arrive droit au bout,

Sa parole est parole, il est sage d’amour fou.

 
Son dur labeur, sa peine, c’est pour que tu

Aies des jours meilleurs et riches de plus en plus;

Ses genoux sont meurtris, il a le dos brisé

Afin de mériter ta bonne soupe, ton baiser.

 

Du fond des mers il cueille des perles en colliers

Pour le cou de sa belle et svelte fiancée.

Il cueille dans la nuit des grappes d’étoiles de feu

Pour en faire des bracelets, des boucles, des anneaux.

 

Il fait jaillir des astres dorés du dur rocher

Dont les dents le déchirent, sans s’en plaindre jamais.

Son sacrifice suit l’appel d’une idée-flamme:

L’idée, la lutte, la vie, c’est toujours une femme.

 

Tout t’appartient et tout n’est que pour toi aussi.

Sinon, alors pour qui?

Tous les biens du monde c’est pour te les offrir

En échange d’une fleur – ton tendre doux sourire.

 

Créature de pétale et d’un grain de rosée,

Donne-lui à chaque jour de la joie au lever.

Cette douce récompense c’est son poème à lui.

D’autre plus douce encore, il n’en sait dans la vie.

 

 

 

Inscription sur la Bible

(Inscripţie pe Biblie)

 

Mille peuples t’amassèrent le long du temps

Et te transmirent ensuite dans le sommeil

Cueillie vers le couchant en fruit merveille

De l’arbres de l’espoir aux feuilles de vent.

 

Cent siècles reliés en cuir

Témoignent qu’à travers temps quelques élus

En habit de soleil et de brouillard t’avoir vu

Et tous les autres répétèrent leurs dires.

 

Le sentier des âmes traverse l’espace

Pareil au champ de seigle aux épis

Le pouvoir germe dans le grain tout petit

Le champ attend que la moisson commence.

 

Mille peuples obéissants et impavides,

Te cherchent dans les cieux, dans le rêve, dans la terre.

Enfermé dans le Verbe ils te trouvèrent,

Cassèrent le Verbe : tous les mots étaient vides.

 

 

 

Inscription sur la porte du poète

   (Inscripţie pe uşa poetului)

 

Dans une vie d’une seule durée

Tu mourus à quatre fois.

C’est pourquoi tu ne mourras

Une nouvelle fois jamais.

 

Mort, quand tu voulus savoir,

Mort, quand tu voulus la vie,

Mort, en rêvant d’infini,

Morts tardives, morts au printemps.

 

[…]

 

 

 

Inscription sur le drapeau

(Inscripţie pe steag)

 

Pourquoi t’avais-je cru un lambeau

Flotter sous un ciel de cendre,

Sous un ciel étrange et gros,

Une loque suspendue bonne à pendre ?

 

De tous les ouragans, tempêtes et guerres,

Il n’en resta qu’un bout de soie sacrée

Que ma mère avait mis en signet

Dans son livret de prières.

 

 

 

Inscription sur une porte

(Inscripţie pe o uşe)

 

Lorsque tu pars, que le bon augure reste

Anneau de fiançailles à ton doigt

Ne sois pas triste, n’hésite pas, ne doute pas

Marche, la tête haute, que rien ne t’arrête !

 

Lorsque tu rentres, sois libre, chante et ris.

Laisse toute ton amertume devant l’entrée

Car tous les tiens, tu dois bien les aimer

Et ta maison doit être lieu bénit.

 

 

 

Inscription sur l’oratoire

(Inscriptie pe paraclis)

 

À l’autel finit et commence

Tout ce dont on ignore le sens.

 

 

 

Inscription sur l’église

(Inscripţie pe biserică)

 

Pour quelque temps tous y passèrent.

Moi, je suis dans le ciel,

Eux, engloutis par la terre.

 

 

 

Inscription sur le tambour

(Inscripţie pe tobă)

 

Cet instrument jouit de grande valeur :

Jamais le vide n’a sonné si fort.

 

 

 

Inscription dans l’anneau

(Inscripţie în inel)

 

Trois mots pour toute la vie.

Deux points : Je te chéris.

 

 

 

Inscription sur un crâne

(Inscripţie pe un craniu)

 

Son pantin porte un nouveau masque –

Pour les pleurs, pour la fête,

La trame de la comédie reste secrète.

Il joue le même rôle sous mille visages –

Drôles de masques

Dans lesquels le Bouffon divin

Naïvement se démasque.

Amour, lutte, sacrifice – costumes,

Damnés qui rient,

Bourreaux.

Il a toujours le tout dernier mot.

 

 

 

Inscription de retable

(Inscripţie de catapeteasmă)

 

Sur l’icône impériale

Noire comme le bois d’amadou,

Il y a une tache là où

Se posa ta bouche.

Pourtant

Tant de milliers de lèvres

S’y sont posées

Le long du temps !

 

 

 

Inscription votive – 

Donnez-moi de la souffrance

(Pisanie – Dă-mi durere)

 

Donnez-moi de la souffrance

Outragez-moi, puis après

Donnez-moi du poison si ça vous plait.

Voici de l’amour et de la charité,

Voici de la grâce, voici de la paix !

 

 

 

Inscription votive –

Entre les chemins et les châtaigniers

(Pisanie – Între drumuri şi castani)

 

Entre les chemins et les châtaigniers

Depuis des milliers d’années

Je ne fais que passer.

Tends la main ! La porte écrite

Reste toujours ouverte. Tu hésites ?

Entre ! Ne t’ai-je toujours reçu

Tantôt vainqueur, tantôt vaincu ?

Toute grandeur se soumet à ma loi –

Trône, pouvoir, habits de soie.

Qui dans ce monde guère ne fut

Prêt à tomber à genoux !

 

 

 

Inscription sur le grand miroir

(Inscripţie pe oglinda mare)

 

Caché pour tout le monde, devant mes yeux vaincu –

Mes yeux profonds et grands – Tu ne Te caches plus,

Tu Te montres sans peur, sans honte, sans hésiter,

Tantôt nu, tantôt richement paré.

Il n’y a pas d’indécence que Tu ne me poses en face,

Indifférent à mon reflet de glace.

Tu nages dans mes espaces

Comme dans l’eau du lac, claire.

Toi – ma caricature et, moi – Ta lumière.

Tu connais le pouvoir dont je puise l’éclat :

Ma lumière te reflète mais elle ne te voit pas.

 

 

 

Inscription sur la tombe

(Inscripţie pe mormânt)

 

Celui qui y gît fut un homme,

Un rocher à la tête, sans nom,

Avec, tout autour un jardin de fleurs,

Loin de tout mort, loin de toute mort.

 

Pour exaucer son vœu j’ai fait

S’écrouler de la haute montagne

Un petit rocher.

Aucun ciseau ne mordit dans sa chair

De pierre.

 

Qui dort là-bas ? Seule une fleur le sait.

Le monde ne le saura jamais.

Ne priez pas, me pleurez pas, ne baissez pas le regard !

A-t-il vécu ?

Exista-t-il vraiment ?

À quoi bon le savoir ?

 

 

 

Homme

(Omule)

 

Une folle convoitise démesurée.

Ramasse, homme, ramasse sans arrêt.

Sue du sang et de l’eau, vole, écrase, donne la mort.

Il te faut du pouvoir, des trésors,

Il te faut des palais, des vêtements

Y reposer ton corps, tes ossements.

Des tombes, homme, des tombes tout simplement.

 

Avide ta main s’enserre sur de l’or

En le pressant, le sang s’écoule encore.

Espoir, grâce divine, félicité,

L’or les absorbe tout assoiffé;

 

Dans ta cave emmurée refroidit

Toute pureté de la vie,

Tout élan, toute joie

De ta charogne, gardés pour toi.

J’ai honte, homme, j’ai tellement honte pour toi.

 

 

 

J’ai soif

(Mi-e sete)

 

Je languis, doux chagrin.

Et j’ai soif, et j’ai faim,

Mais comment demander et à qui

La manne dont je rêve d’être nourri ?

 

J’ai du pain, des vivres et du vin.

Mon grenier est plein.

J’ai des fruits au verger

Que je laisse tomber

Des branches dans les allées.

 

Mes troupeaux meuglent, les pis gros

On en trait des seaux et des pots.

Le vieux rucher aussi

C’est de miel rempli,

Dans ma resserre

Il y a du miel amer

Et d’autres fruits de terre.

 

Je n’en veux rien ;

Le mal, le bien

C’est tout un pour moi.

 

J’ai faim et j’ai soif de toi.

 

 

 

Jamais l’automne

(Niciodată toamana)

 

Jamais l’automne ne fut plus beau

Pour notre âme parée de mort.

Le pré est soie de pâle couleur,

Les arbres ourdissent brocarts aux cieux.

 

Les maisons comme des cruches en terre

Remplies de bon vin vieux restent sur

La rive bleue du soleil-rivière

De la boue dont j’ai bu de l’or pur.

 

Des oiseaux noirs en vol vers le couchant

Ressemblent aux feuilles malades de charme bleu-gris

Qui se défeuille tout seul, en secouant

Ses feuilles dans le bleu infini.

 

Qui voudrait gémir, qui voudrait ou pleurer,

Qu’il y vienne écouter l’indicible appel,

Et, les yeux aux flammes célestes des peupliers,

Qu’il enterre son ombre dans leur ombre au ciel.

 

 

 

Les cendres de nos rêves

(Cenuşa visărilor)

 

Les cendres de nos rêves tombent

Comme les pétales bleus qu’une abeille

Frôle quand elle suit la ronde

De son large vol parmi les feuilles.

 

Le vent s’ébroue, le vent gémit.

C’est tout un le ciel, la terre,

Les villes sont des pelotons maudits

Et l’air est froid comme le fer.

 

La terre est un moulin désert

Avec des larves en quête d’abri

Bougeant dans la poussière morte

Qui dans le chaos remonte –

La poussière des rêves finis.

 

 

 

Le tout

(Cuprinsul)

 

Tout fut posé en fardeau

Sur mon dos:

La terre, le pré, les vivres,

Les hommes, le bétail, les troupeaux,

Les sillons labourés,

L’éteule, les sentiers,

Les chagrins, les tourments,

La pluie, les brumes, le vent,

Le sanglot, la peur, le souci.

 

Comment entra-t-il en moi tout le pays ?

Tout un pays peut entrer dans une pelle ?

Toutes les forêts peuvent-elles entrer dans un pot en terre ?

L’eau des mers – dans un verre ?

Alors avec tout ça, dans ma boue,

Sous forme de larme des cieux

Y entra certainement Le Bon Dieu.

 

 

 

Mélancolie

(Melancolie)

 

Pour l’attendre j’ai choisi

L’heure où le lac bleu s’endort

Et l’étoile plonge son aiguille

Dans le rideau des ondes d’or.

 

Pendent que je l’attendais,

Je languissais de la source

De ses yeux. Les heures nattaient

Leur long fil à la Grande Ourse.

 

Alors pourquoi de la voir

Venir au long du sentier

Je voudrais, ô, drôle d’histoire,

Que mes yeux s’en soient trompés ?!

 

 

(1927)

 

 

 

Ne le dis à personne

(Nu spune nimănuia)

 

Ne le dis à personne ce que tu sais, ce que tu vis :

Il y a pour le comprendre une plus triste voie – la vie.

Pour combien de fois l’espoir t’avait trahi

Ne le dis ni aux frères, ni à tes ennemis.

 

Si tu as des ailes, cache-les, si tu as des nimbes – aussi.

Ne repends pas ton parfum comme les roses et les lys.

Enferme ton étoile au cœur même de la pierre.

On sait que les étoiles sont mystères de jadis.

 

Construis ta vie, mon frère, avec des grottes dans l’âme,

Loin d’autre vie, loin d’autre flamme,

Et, carrelant ta nuit avec des dalles de rubis

Tu verras de tes yeux si elles s’éteignent ou brillent.

 

Un pont mène dans la nuit mise sous le verrou –

Brise-le, détruis le pont, jette l’outil ensuite.

Toi seul tu connaîtras en vainqueur ou vaincu,

Dans les jours qui s’en suivent, les gouffres et le vide.

 

 

 

Jusqu’à la fin

(Până atunci)

 

Jusqu’à la fin des jours, n’oublie pas la grande fête

Où, de la poussière tu en levas la tête.

Ton regard rampant, empâté de la terre

Reçut dans le lointain sa première lumière,

 

Et, une fois délié de boue et de poussière,

Devint perçant, dominant et serein.

Tu n’étais que racine, pas encore un tronc :

Tu l’arrachas de toi, tu la brisas d’un bond,

 

Et, libre de ta peine d’esclave pétrifié,

Tu quittas le gîte noir pour ensuite t’en aller

Dandinant sur la plante du pied, sur le talon

Vers la haute verticale : tu fus le premier homme.

 

Toi, tu levas la tête, par le soleil appelé

Et, tout d’un coup le vol a gagné ta pensée.

Tu as vaincu la terre, la tombe et le destin.

Et l’homme, être étrange, s’était vaincu soudain.

 

 

 

Offense

(Jignire)

 

Méprisant le granite, ô, jeune fille,

Dont j’aurais pu sculpter ton corps lyre,

J’ai déniché dans la terre du pays

Ta forme svelte au parfum de cire.

 

J’ai pris de la terre vierge de forêt,

Je l’ai pétrie d’une main de potier,

J’en ai fait chaque partie, une à une,

De ton corps frêle de pierre et d’écume.

 

Pour faire tes yeux, modèle fut la verveine,

Les feuilles de rose – modèle pour tes paupières,

Et les brins d’herbe qui percent la lumière

Pour la ligne des sourcils m’inspirèrent.

 

Pour faire ton corps, je m’inspirai d’ la cruche

Et, si ma main brûlante s’attarda

Sur les seins, sur les hanches, sur la bouche,

Le péché de continuer ne fut qu’à moi.

 

Je voulais que ton corps en vibrât,

Qu’il pliât sous mes mains, sous mes doigts,

De la douce torture que Dieu nous donna,

Qui me parcourt et qui s’arrête en toi.

 

Ma douce femme, ma douce tentation,

Amer fardeau du jour où je te perdis,

Pourquoi te fis-je alors de la terre, dis,

Au lieu d’en faire des vases et des pots ?

 

 

 

 Ossements perdus

(Oseminte pierdute)

 

Notre amour mourut un jour ici.

Toi, feuille, tu tombes, toi, branche, tu montes depuis.

Tant d’années s’écoulèrent depuis lors.

Glycine, toi, tu laisses choir tes fleurs.

 

Sera-t-elle y revenue vous écouter

Vous, peupliers au feuillage murmuré ?

Vous restez droits, la cime vers le couchant,

Le ciel vous attire incessamment.

 

Du haut de votre cime la voyez-vous ?

Du mot « hier », en savez-vous le goût ?

Le même chêne tend son ombre à l’entrée.

Monsieur le jardinier, puis-je entrer ?

 

Coule la fontaine toujours, comme avant.

Fontaine, tu coules sous l’ombre épaisse du temps.

Tout y resta comme dès le premier jour

Rien n’a changé et pourtant, ô, amour…

 

Je lui disais d’être venu chercher

Une tombe que j’y avais un jour creusée

Tout en chantant et, il m’a répondu

Que dans son jardin personne ne repose plus.

 

 

 

Pourquoi serais-je triste?

(De ce-aş fi trist?)

 

Pourquoi serais-je triste? Mon automne est parfait,

Mes terrasses – des corbeilles des fleurs de mariée.

Ma fenêtre est pleine

De glycines et lierre.

Le fil d’or des rayons se délie

Quand le soleil entre dans mon abri.

Une nouvelle fraîcheur me sourit et renaît

Comme pour des noces, baptême, virginité.

 

Pourquoi serais-je triste? Une paix douce, tendre et frêle,

Me porte comme une barque sur des mers de lumière.

Dans la pile des livres un sourire m’accueille,

Des vies nouvelles se lèvent des ossements feuilles.

 

Les feuilles des branches tombent une à une

Fanées par les brumes, argentées par la lune.

J’entends le roucoulement d’amour – chagrin et joie –

Des pigeons qui s’arrêtent sur le faîte de mon toit.

Les étoiles de la nuit, brillantes, je les ramasse

Du ciel – queue de paon ouverte dans l’espace.

 

La solitude dort dans mon lit près de moi

Glissée entre mes draps.

De temps en temps, du rêve réveillée,

Elle me demande : «Tu es toujours là? Et, toujours enfermé?’’

Je ne me cache pas d’elle, elle n’a pas honte non plus

D’avoir fui le monde, à mon âme suspendue.

 

Pourquoi serais-je triste? Puisque je ne puis pas faire

Du son de violon de belles cruches en terre ?

N’ai-je la maison en bois près du Trotuş* coulant

Dans le pré, dans le bois?

Pourquoi serais-je triste?

Et pourtant…

 

 

*Trotuş, rivière de Roumanie

 

 

 

Psaume – Que Vous ai-je demandé?

(Psalm – Nu-ţi cer un lucru prea…)

 

Que Vous ai-je demandé? Presque rien!

Ma souffrance est trop froide, trop vif mon chagrin;

Mais si je Vous encombre trop souvent c’est

Que j’aimerais tant que Vous me parliez.

 

Depuis que le Saint Livre fut écrit

Vous n’êtes jamais venu sous mon abri.

Les années passent et les siècles meurent

Là-bas sous Vos larges cieux, Seigneur.

 

Lorsque les mages guidés par une étoile

Partirent, Vous leur parliez sans faire des histoires.

Lorsque Josèphe dû partir lui aussi

C’était prévu, c’était écrit;

 

Un ange le chercha et l’éclaira,

Un ange de par Vous le conseilla.

Et tous Vos anges du temps d’antan

Gardaient la femme, l’homme et l’enfant.

 

Mais depuis que je prie, le Dieu de l’Infini

N’envoya jusqu’à moi,

Aucun ange, pas même le plus petit…

 

 

 

Psaume de mystère

(Psalmul de taină)

 

Ô, toi, image du bonheur

Qui t’enfuis dans le mystère,

Tu as mis ton front sur mon cœur

En y prenant la place de la mère.

 

Femme répandue dans tout mon être

Comme la fragrance dans une forêt,

Inscrite dans le rêve – clair verbe être

Et, dans mon corps, hache enfoncée,

 

Toi qui changeas ma vie en chant

Rien qu’à mettre autour de mon cou

Le collier de tes bras en me poussant

De la chercher aux pommes d’ tes joues,

 

Toi que je t’ai portée, bracelet

À la main gauche de la raison,

Avec laquelle j’aurais bercé

L’enfant du monde de la passion,

 

Rose pure clouée sur ma croix

Avec des clous de diamant

Et qui à chaque mouvement

De chaque pétale tu perds l’éclat,

 

Toi, port d’attaches de tous mes vœux,

Puits de ma soif inassouvie,

Terre promise par les cieux

Avec des troupeaux et des fruits,

 

Toi qui changeas mon sentier

En ondoyante vague de mer

Portant ma voûte solitaire

De gouffre en gouffre sans arrêt

 

Quand la terre tourne autour de moi

Et la lame hésitante erre

Dans la large mer du mystère

Et que mes ondes souffrantes se noient…

 

Où sont tes mains pour qu’elles renversent

Dans l’air les voies de la lumière ?

Où sont tes doigts pour qu’ils cherchent

Dans ma couronne les épines amères ?

 

Où est ta hanche couchée dans l’herbe

Que les plantes tiennent jalousement

En écoutant le soupir-verbe

De l’amour sur ton dur sein blanc ?

 

Toi pour laquelle les peupliers tremblent

En te voyant passer, toi qui

Accroches à tout ce qui te ressemble

Une splendeur de fraîcheur de vie,

 

Toi qui, les seins à demi nus

Sous le feu des lèvres qui les embrassent

Et sous les mains qui les caressent,

Plonges dans le désert parcouru

 

Par les cendres et les vautours

Au fil des jours, au gré du temps,

Jusqu’à l’espace où le vent prend

Une belle image sans contour,

 

Tu disparus du monde de songes

Comme une flèche égarée sans but

Et ta céleste beauté ne fut

Qu’une autre face du mensonge.

 

Mais puisque tu ne sus tuer

Le destin qui guettait ton corps

Sans même l’avoir pu l’affronter

Avec la haine, avec la mort,

 

Lève de la terre ton oreille

À l’heure maudite de la nuit,

Pour écouter, ô, douce merveille,

Cet anathème, mon rêve fini !

 

 

 

Psaume (Errant par les prairies…)

(Psalm – Pribeag în şes)

 

Errant par les pairies, par les montagnes, sur l’eau,

Je ne sais pas fuir le grand détour.

Plus devant moi l’espace est sans contour,

Plus ses confins m’attirent de leurs échos.

 

La cime finit au point où elle commence,

La mer m’enferme, la terre m’a arrêté.

J’ai tant couru, je me suis révolté,

Prisonnier de la bleue steppe immense.

 

De quatre coins on m’attaque, on m’appelle

Même si je crois être toujours vainqueur.

J’ai connu les blessures, la douleur

Et, la souffrance m’accompagne, fidèle.

 

De mes exploits passés, de mes victoires

Je n’en ai rien gagné, hors le pouvoir

De suivre incessamment ma destinée,

Pas à tâtons, vigoureusement, d’un trait.

 

Ne fais pas attention à ces chansons

Qui troublent le silence éternel ;

Ce sont d’anciens remèdes contre douleurs nouvelles

Et la mort chante au son de mes clairons.

 

 

 

Psaume  – Seigneur, muette est ma prière

(Psalm  – Ruga mea e fără cuvinte)

 

Seigneur, muette est ma prière,

Mon chant muet aussi, Seigneur.

Je ne demande rien, guère je ne Vous appelle ;

Dans Votre éternité je dure moins qu’une heure.

 

Peut-être ma prière ne soit-elle pas prière,

Peut-être que mon être ne soit-il de la terre ;

Comme un tison je brûle infiniment

En Vous cherchant, en Vous imaginant.

 

Mon œil est vif, mon bras sans défaillance ;

De ma raison pour en pouvoir comprendre

Fièrement la loi de l’existence,

Je Vous scrute à travers l’habit-cendre.

 

La flèche des nuits se casse de jour en jour

Et tous les jours elle renaît du métal.

Mon âme ouverte comme sept coupes d’azur

Attend une renaissance de cristal

 

Sur une toile rayée de lumière.

Dis-moi, nuit, cher témoin d’émeraude,

Dans quelle fleur, dans quelle tige éphémère

Fermente le jus bénit de Sa pomme chaude ?

 

La table pour la cène est déjà mise

Dès le matin. Seigneur, pourquoi suis-je

Comme un jardin

Où broute un poulain ?

 

 

 

Psaume – Pour pouvoir Vous atteindre…

(Psalm – Ca să Te-ating…)

 

Pour pouvoir Vous atteindre rampant sur la racine,

Des dizaines de fois j’ai donné tige et tronc

Dans les champs, aux ravins, aux monts, sur les collines,

Heureux quand je me lève et triste quand je me romps.

 

J’étais brin frêle, j’ai gagné la montagne,

J’étais sapin fier, je suis devenu pont

Entre les crêtes du temps et celles du monde

J’écoutais l’heure sonner longuement la bataille.

 

Nourri de pierre et abreuvé de vent,

Je crains de ne pas devenir indifférent ;

J’ai faim de sable et de terre perdue,

J’ai soif de l’eau que je n’ai jamais bue.

 

Prêt à m’humilier, je lève ma prière :

Rebroussez mon chemin du ciel vers la terre,

Déplacez du brouillard ma main prise par les monts

Et, recueillie, portez-la à mon front !

 

 

 

Psaume – À cheval sur le vent

(Psalm – Călare-n şa…)

 

À cheval sur le vent, en selle, en prince charmant,

J’ai traversé les bois, j’ai parcouru les champs

Mais une fois arrivé sur les crêtes entourées

De gouffres, j’ai vu que l’infini je ne l’aurais jamais.

 

Les grandes étoiles aveugles dans l’éclat de la nuit

M’appellent vers les cieux, le gouffre m’engloutit ;

J’ai choisi du désert la plus longue et large voie

Mais aucun sentier ne mène jusqu’à Toi.

 

Par des syllabes, des mots et des vers, suffoquant,

Je T’ai suivi à genoux, à quatre pattes, rampant ;

De voir mon humiliation, ma grande servilité

Recevrais-Tu peut-être, me dis-je, l’égaré.

 

J’essaie depuis toujours de Te voir, Te parler

Mais Tu Te caches bien du jour où je suis né.

Où que je touche Ton seuil de ma triste prière,

Je ne trouve que de froids verrous et des fers.

 

Je voudrais ces obstacles les mettre aux éclats

Mais je dois, parait-il, commencer avec Toi.

 

 

 

Psaume – En bruit et en silence

(Psalm – Te drămuiesc în zgomot şi-n tăcere)

 

En bruit et en silence je Te pèse avec soin

Et je Te guette – gibier dans le temps :

Serais-Tu mon faucon longtemps cherché ?

Devrais-je Te tuer ? Devrais-je m’agenouiller ?

 

Preuve de croyance, raison de doute,

Je Te cherche jour et nuit sans repos.

De tous mes rêves Tu en restes le plus beau.

Comment pourrais-je Te chasser de Ta voûte ?

 

Comme un chemin qui se reflète dans l’eau,

Tantôt Tu disparais, tantôt Tu Te dévoiles ;

Je T’avais vu entre poissons, étoiles,

En taureau qui s’abreuve au ruisseau.

 

Seul maintenant dans Ton histoire si triste,

Je reste avec Toi pour T’affronter encore

Sans trop vouloir en être le vainqueur.

J’aimerais bien Te toucher et hurler : Il existe !

 

 

 

Psaume – De ne pas avoir pu  …

(Psalm – Pentru că n-a putut…)

 

De ne pas avoir pu Te comprendre,

De toute leur vanité de rêve et de poussière,

Tous les saints de la terre témoignèrent

De T’avoir vu porter barbe blanche de cendre.

 

Tu T’es montré de temps en temps aux gens

Et, à chaque fois en habit d’empereur,

Toujours sévère et toujours menaçant

Que les vautours mêmes en avaient peur.

 

Dans le Paradis d’Ève, dans la forêt,

Dans les espaces de l’infini, bien grave,

Ta sainte bouche, tous les Parents le savent,

Ne s’est ouverte que pour invectiver.

 

Ô, Toi, Dieu, vraie source de mes chansons,

Toi, mon unique espoir et ma raison !

Du magma bouillonnant de Tes étoiles

Comment pourrais-je en glacer une perle rare ?

 

Tu es depuis toujours, ayant pu vivre

Même dans notre délire démesuré,

Tu es, Tu ne l’es pas, comme une pensée

Qui erre entre possible et impossible.

 

 

 

Psaume –  Je suis coupable

(Psalm – Sunt vinovat…)

 

Je suis coupable d’avoir voulu

Goûter au fruit défendu.

Tous les fruits je les voulais.

J’entrais avec la nuit dans la cité,

Je la pillais en rêve dans son sommeil,

Le bras tendu, le poing fermé.

Sur le marbre, furtivement

Le pas glissait tout doucement ;

Le voile de la nuit d’étoiles, démailloté,

Cachait mes actes et endormait les guets

Appuyés contre leurs épées.

 
Quand je passais à cheval dans les rues,

Chargé de trophées,

Je volais une femme aux cheveux de café,

La mure du sein, noire, l’œil de martinet.

Les tentations futiles, sans éclat,

Ne furent jamais et ne sont pas pour moi.

Je garde dans ma jatte, dans ma pensée aussi,

Le goût empoisonné et âpre de la vie.

Je me baigne dans la glace, je me couche sur le sel,

Quand la nuit se lève, j’y pétris étincelles,

Quand le silence croit, j’y brise des fers,

J’abats les portes avec des chaînes.

Quand je me retrouve au sommet,

Je cherche et j’invente le danger.

C’est le chemin étroit que je préfère

Pour porter sur mon dos la montagne toute entière.

Mon grand péché, insoupçonnable,

Est bien trop lourd, impardonnable :

J’ai essayé, Dieu,

De T’abattre bien et beau

De mon arc. Bandit des cieux,

J’ai envoyé les vautours

Pour voler de Ta voûte tout l’azur.

 

Mais quand secrètement je rêvais de Tes biens,

J’ai entendu Ton Verbe : Mon enfant, c’est en vain.

 

 

 

Psaume – Je pourrais le temps…

(Psalm – Aş putea vecia…)

 

Je pourrais le temps, en camaraderie

Le faire répondre à toutes mes pensées ;

Des nouveaux violons une nouvelle mélodie

Je pourrais en trouver sur vers graves ou légers.

 

Le luth sait bien parler selon la façon

Dont l’archet le touche, par le frisson des cordes.

Une céleste, inquiétante passion

Fait bondir mes bras et brûler l’âme du monde.

 

Je sais que notre étoile qui luit dans le Temps

Grandit et attend dans mon violon.

Je porte dans mon âme en témoignage vivant

Le signe du salut de ce monde – la mort.

 

Pour qui donnerais-je, Seigneur, et pourquoi,

Le son de la grande fête du bronze frappé ?

Je ne gagne pas mon pain à Vous chanter,

Je ne veux pas que toute étoile jatte me soit.

 

Le corps de la femme, bien tendre et tout blanc

Que j’ai embrassé, je ne l’oublierai jamais

Mais la peur de le perdre, toute l’eau du Jordan

Ne pouvant l’apaiser, serait-ce un péché ?

 

Je voudrais périr dans la pourriture,

Dans la nuit, sans gloire, férocement, sans joie.

Que personne ne connaisse la caresse-blessure

Que Vous m’avez donnée et, que l’on ne sache pas

Que Vous vivez en moi.

 

 

 

L’automne

(Toamna)

 

À pas lent nous passons par le parc. Comme avant

Les allées sont couvertes de pâles ossements.

Le même banc sous les feuilles nous attend à la fontaine,

Deux anges tiennent les fils d’or de la source dans leurs mains.

 

Assis l’un contre l’autre, elle me prend dans ses bras.

C’était comme si le jour s’assombrissait en moi.

Je me perds et je reste l’âme tendue à l’écoute,

J’entends de tout mon être le son au creux d’ la flûte,

 

Je voudrais de mes yeux  en caresser les siens…

Mon regard s’attarde sur sa robe aux dessins.

Je veux prendre sa main et la lui caresser…

Tout ce que je veux  me reste à peine imaginé.

 

Elle pleure ? Donc mieux que moi elle le sait, elle comprend…

Les troupeaux du ciel rentrent dans le couchant.

Je me lève… Ô, comme j’aimerais maintenant l’embrasser

Mais les bras, des épaules, je me les sens tomber.

 

Si nous y sommes revenus c’était pour y trouver

Le miel de jadis de ma bouche maculée,

Pour boire le fiel du temps, enfin pour faire revivre

Les sources de rosée dont un jour nous fûmes ivres.

 

Et comme la nuit tombait – ô, nos anciennes nuits ! –

La lune me semblait vieille, notre étoile aussi :

Panoplie de vieilles armes pour une chasse oubliée…

Et muets, comme la lune, tous deux, on s’est levé.

 

 

 

Je ne vois plus

(Nu mai văd)

 

Je ne vois plus, j’aimerais m’y attarder.

C’est encore pour longtemps mon sentier ?

 

Et qui l’aura tracé dans les herbes folles

Pour un seul voyageur ?

 

Les eaux ne l’arrêtent pas, le vent non plus.

Ce sont des pas des saints ? Des pas de loup ?

 

C’est un sentier qui mène tout droit.

Fut-il choisi seulement pour moi ?

 

Je le suis sans arrêt, sans détour ;

Je voudrais m’arrêter, il m’emmène toujours.

 

J’aimerais me reposer et, petit à petit,

Mon sentier se perd dans l’infini.

 

 

 

Prière

(Rugăciune)

 

Pourquoi de la poussière m’en avoir fait

Si Tu donnas une fin à tout commencement

Bien avant de l’avoir commencé ?

 

Une fois les doigts salis de poussière,

Tu me fis périssable, éphémère.

Pourrait-on demander que dure à l’infini

La vie de ceux dont l’âme soit esprit

Et le corps poussière, dis!

 

En filant de la soie, Tu en fis du duvet

Et déchiras ainsi toute la beauté.

Du bois mort Tu en fis du violon

En y mettant la corde de la mort

 

Qui se casse dans la nuit blanche d’émeraude

Dans le cri, dans le vol le plus haut.

Tu donnas au vautour des ailes de cieux

Qui s’entremêlent dans mes lambeaux.

 

Tu es Eternité, nous – petits feux.

Tu Te contentes de si peu :

Être dans le néant le Seul qui dure

Selon les dires de tous ceux qui moururent.

 

 

 

 Retour

 (Întoarcere)

 

Hier soir l’arbre et le vent sont arrivés

En appelant dehors ma pensée fatiguée.

Ça fait longtemps que l’on ne s’est plus vu

Errer dans la nuit au long des rues.

 

– Dites-lui, ma tante, que nous sommes là!

– Je vais voir si …enfin, attendez là…

 

– Le vent et l’arbre te demandent, pensée.

– Je suis malade. – Que dois-je leur dire?

– Ô, si je le savais? Dites-leur, maman,

  Qu’il n’a plus sa pensée …

Dites-leur qu’ils m’ont longtemps trompé,

Que d’arbres, de chemin, de vent, j’en ai assez,

Que je suis infirme, infâme, affligé…

Ou bien, non!

Attendez!

Donnez-moi les béquilles, la mousseline blanche,

L’épingle en or à la tête bleue,

Une fleur du pot aux fleurs de la fenêtre !

Vite ! Vite !

Et dites-leur que j’arrive tout de suite.

 

 

 

Testament

(Testament)

 

Tout ce que je te laisserai après ma mort,

Ce sera, sur un livre, un nom.

Dans la nuit de révolte qui viendra

De mes ancêtres jusqu’à toi

Par des ravins et des gouffres inouïs

Que mes ancêtres ont gravis

Et qui attendent, jeune homme, tes pas,

Mon livre est une marche, mon fils, ne l’oublie pas.

 

Pose-le fidèlement à ton chevet.

Il est le parchemin le premier

Des esclaves qui laissèrent leurs ossements

Dans mon âme.

 

Pour que maintenant nous puissions changer

La bêche en plume, le champ en encrier,

Parmi les bêtes, nos aïeux amassèrent

La sueur de leur peine séculaire.

 

De leur langage, pour les bêtes adapté,

J’en ai fait des paroles ajustées

Et des berceaux pour les maîtres nouveaux.

Des milliers de semaines de chagrin

J’en ai fait des poèmes, des icônes ;

De haillons –  des bourgeons, des couronnes.

 

J’ai fait du miel de tout le fiel

En y gardant son doux pouvoir entier.

J’ai pris l’insulte, et, de ses ronrons

J’en ai fait mi- caresse, mi- juron.

J’ai pris les cendres des morts de ma terre

Et j’en ai fait un Dieu de pierre –

Haute frontière, avec deux mondes aux pieds,

Veillant à ton devoir de Son sommet.

 

Notre douleur amère, sourde, monotone,

Je l’ai amassée sur un seul violon

Qu’en l’écoutant, le maître a joué

Comme un chamois poignardé.

De la glaise, moisissure et des plaies

J’en ai fait des trésors, des beautés.

 

Les coups de fouet rentrent dans les paroles

En délivrant leur sens – doux châtiment,

Enfant du crime du monde de tous les temps.

C’est le droit du rameau de misère

De se lever du bois vers la lumière

En y faisant pousser – grappe de verrues –

Le fruit de la souffrance, non défendu.

 

Mollement étendue dans son fauteuil,

La dame souffre en tournant ces feuilles.

Le verbe de feu épouse le verbe du fait

Comme le fer rouge de pincettes embrassé.

 

L’Esclave l’écrivit, le Maître le lit

Sans savoir qu’au tréfonds de son être

Gît la fureur de mes ancêtres.

 

 

 

Transfiguration

(Transfigurare)

 

Même si je lui ai dit de ne pas le vouloir,

Dans mon sommeil l’obscurité m’a fait boire

De la nuit noire et, je l’ai bue toute entière

Que pourra advenir, vienne…

 
Comment pouvais-je savoir que sa boisson

D’azur blanchâtre n’était que poison?

M’en serai-je enivré? En serai-je mort?

Je redeviens enfant… Silence… Je dors…

 

Si l’on frappe à ma porte, je ne suis pas là,

Si l’on me demande, je ne le crois pas…

Qui pourrais-je accueillir maintenant

Avec mon âme de brouillard?

 

 

 
Tu venais de partir…

 (De-abia plecaseşi…)

 

Tu venais de partir, car je te l’ai demandé,

Je te suivais des yeux au long du sentier

Jusqu’au bout, perdue dans les luzernes.

Tu n’as pas regardé une seconde en arrière.

 

Je t’aurais fait peut-être un petit signe d’adieu.

Mais qu’est-ce qu’un signe d’ombre sous les cieux ?

Je voulais que tu partes mais je voulais aussi

Que tu restes avec moi…tu ne l’as pas compris.

 

La pensée sans paroles ne t’arrêta même pas.

Pourquoi es-tu partie ? D’ailleurs, rester pourquoi ?

 

 

 

Amertumes

(Mâhniri)

 

Iakint le diacre est bien triste,

Ses doutes ne le trompent guère.

Brigand et voleur de Christ,

Craintif, il passe parmi les frères.

 

Car son corps blanc de condamné,

Contre la loi il s’est  levé

Et malgré prières et rosaire,

Il se sent charogne entre fauves de la terre.

 

Et tous les saints du porche, peints

À l’aquarelle froide gris-vert

Et ceux de l’ordre monacal,

Tous le regardent méprisamment.

 

Car pendant que ses frères en ascèse

Se châtient en voleurs crucifiés

Toute la Semaine disant des messes,

Tenant jours maigres et toujours prier,

 

Chez lui, dans la cellule, une nuit,

S’est attardée une vivante fille,

Le sein rond dur et la hanche en arc fin

De violon florentin.

 

Et, Dieu qui ne dort jamais,

L’a vue de Ses yeux se faufiler

Derrière le rideau quand elle partit 

À l’aube, à cinq heures et demie…

 

 

 

Sainte terre

(Sfântule)

 

Que tiens-tu dans ton poing

Toujours fermé ?

Du bien, du mal,

Des rêves, de la vie ?

Dis !

Y tiens-tu des cendres, du feu,

De la fumée ?

Moi, j’ai charmé ta main

Comme on charme une coquille de mystère,

Sainte terre !

 

Ni chant, ni prière,

Ne purent défaire

Tes mailles de granit.

Seulement tes doigts

On les ouvrit 

Sans bédane ni tenailles.

 

Serais-tu le Sphinx de l’histoire

Qui sait tout ce qu’il y a

Et tout ce qu’il n’y a pas

Au-delà des mots, au-delà des lois,

Immense nuit noire ?

 

L’homme, les bêtes, le vent,

Te grattent de leurs griffes

Vivantes,

Toi, tu n’en sais rien,

Ignorante !

 

 

 

Retour à la terre

(Întoarcere în ţărână)

 

Du fond de la nuit, dans la lumière

Rentrent tous les oiseaux que j’avais vu partir

Et, du silence de la pensée – corde-lyre,

Leurs chants se font entendre sur la terre entière.

 

Ils reviennent des paradis sacrés

En traversant le monde des étoiles,

Fidèles au clocher abandonné

Et à la vieille église du large val.

 

Et dans mon âme malade d’ossements

Des dieux, dans les temples étrangers,

Résonne un appel âpre et brûlant

Et des ailes y commencent à pousser.

 

 

 

Fiançailles

(Logodnă)

 

Veux-tu être ma terre

Avec des vignes, des champs, des étangs,

Des forêts, des bêtes, des rivières ?

 

Les vaches aux pis gros

Meugleront autour du feu

D’acacias aux fleurs bleues.

 

Les belettes dans la basse-cour

Joueront avec les canes et les gorets tour à tour.

 

Les poussins d’or

Compteront les grains de mil

Et chasseront leurs cousins.

 

Devant la porte de la maison

Les faux platanes trembleront

 

Et le coq chantera.

Nous, on cueillera des fleurs et,

Des rameaux entrelacés

Nous en ferons dot nattée,

 

De la laine des moutons –

Lit aux chatons.

 

Veux-tu être mon jardin d’azur,

D’herbe et de velours ?

 

 

 

Sainte Grossesse

(Sarcină sacră)

 

Je me sens lourd, comme la Vierge Mère

Enceinte du Saint-Esprit. Je souffre, je suis triste.

La pensée me fait mal, j’ai mal à l’aisselle

Comme si en moi se tortillait Christ.

Et son rayon me pique, me transperce,

Et sa lance me torture

Et chaque clou me brûle

Quand en moi on l’enfonce.

 

La tombe me fait mal,

J’ai mal d’épines, de croix,

J’ai soif comme Lui aussi

Il devait en avoir – soif d’eau.

L’éponge me trempe les lèvres, j’en frissonne,

L’éponge m’abreuve de son maudit poison.

………………………………………………

 

Moi aussi, je suis mort comme toi, mon fils, mon frère ;

Toute Ta souffrance je l’ai vécue, Petite Mère.

Je pleure. Je ne sais plus quand tu pleurais aussi

Mais vois-Tu, cet Enfant Tu pouvais L’embrasser

Mais mon Jésus à moi ce n’est pas Jésus-Christ,

Je ne peux pas le connaître, je ne peux pas le porter.

 

 

 

Le doux pas

(Pasul dulce)

 

À Paraschiva*

 

La solitude est depuis toujours

Et en tout lieu, ma plus fidèle compagne.

Elle prend mon âme pour un rayon de lune

Qui fait glacer la vie dès qu’il s’éloigne.

 

Autour de moi tout est au ralenti,

S’amoindrissent les routes, les cités,

Et les hommes qui remontent vers midi

Ont des mots, des pensées égarées.

 

À qui pourrais-je parler de mes blessures ?

Qui peut comprendre mon âme et mon cœur

Rien qu’à me regarder, le doigt dans la ceinture,

Sans me demander guère de parler plus fort ?

 

Tu me comprenais d’un geste. Dans ton regard

Tu enfermais le bien qui me manquait

Et tu savais, en les imaginant,

Quelles voûtes bleues au-dessus de moi veillaient.

 

Mais quand le doute se montrait à ma porte

Entrouverte pour mes rêves égarés,

J’entendais ton doux pas dans l’allée

Et le doute s’enfuyait de ma porte.

 

 

*Paraschiva, la femme du poète (1890-1966), née en Bucovine. Ils reposent dans le jardin de leur maison, à Martzischore – Bucarest.

 

 

 

Vent d’automne

 (Vânt de toamnă)

 

Le monde de lumière est carrelé

Comme une église, de fumée et d’encens ;

Et les hommes par les cieux subjugués,

En habits de prophètes se balancent.

 

Froide et fragile, nouvelle et virginale,

La lumière tient le monde dans son pan

Et de ses doigts d’azur lui met au cou

Ainsi qu’à l’âme, des atours, des bijoux.

 

Le gravillon rouge – grains du jardin,

Reflète les grappes du raisin.

De lourds tapis s’ourdissent peu à peu

Pour que les feuilles y trouvent leur repos.

 

Les chevreuils des souvenirs viennent boire

De l’âme de la source et, vers le soir,

Sur le chant cristallin des oiseaux

Les chatons jouent avec les chevreaux.

 

Dans le vent on devine l’appel d’un enfant,

De la terre se lève une sorte de doux chant.

L’enfant qui naît en moi reste enfant. Moi,

La gerbe de lumière, je la pose dans ses bras.

 

 

 

Tu te tais

(Tu taci)

 

Tu te tais, tu te caches, tu disparais

Avec toutes tes affaires et tes délices.

On t’appelle des églises, des prisons, des hospices,

Tu ne réponds à la souffrance jamais.

 

Dans quel endroit, de quelle lime de forgeron

En affiles-tu tes ciseaux de cristal ?

Je crois les avoir entendus par hasard

Dans un amandier aux feuilles d’or.

 

Surtout la nuit quand se taisent les oiseaux,

Les peupliers au feuillage d’incendie,

Je t’entends quand le temps se délie

De l’heure qui sonne et de tous les fardeaux.

 

 

 

Sonnet de victoire

(Sonet de izbândă)

 

La victoire réunit les héros au festin.

En cuirasse, sous les casques et avec des épées,

Les mailles éclatantes soigneusement frottées

Se reflétant dans chaque goutte de vin.

 

Les martyrs défendirent leurs fronts, leurs champs de blé

De l’insolence des étrangers malins

Ils leur coupèrent la tête aux grands yeux de venin

Et mirent des mors à leurs lèvres ensanglantées.

 

Maintenant tous regardent le brave commandant

Et chacun d’eux admire son épée fameuse.

À ses ordres tremblait tout l’enfer de Satan.

 

Mais ce gars triomphant et sans peur, en délire

Regarde au fond du verre où les lèvres se posent,

Le brise dans ses mains et crie : Je veux mourir !

 

 

 

Altesse*

(Alteţă)

 

Altesse, tu t’es trompé de carrière

Car d’être beau et fier en selle, ça va ;

Tous les sergents majors le savent déjà

Car ils t’ont vu à cheval à Pipère**.

 

Tu es célèbre aussi jusqu’à Madère

Au sud, où les marins te tendent les bras –

Fêtards eux-mêmes comme Son Altesse le Roi

Et comme les Grecs dans les ports – kalispère

 

À Bucarest tu ne fais que briser

Les palis de la haie, les murs et les lanternes

Et te battre avec tous les cochers.

 

En voiture, à l’abri, que tu sois courageux,

Je le sais, mais j’aimerais que ta tête discerne :

Être cocher ne l’aimerais-tu pas mieux ?

 

 

* Carol II (1893-1953), roi de Roumanie (1930-1940) célèbre par ses aventures.

** Pipera, forêt près de Bucarest où, avant la Guerre, la haute société organisait des courses de chevaux.

 

 

 

Exista-t-il vraiment ?

 (A fost, n-a fost ?)

 

L’histoire raconte qu’il y avait une fois

Un roi. Lequel, comment ou quand ? Je l’ai cherché

Même dans le sac de maïs et de blé ;

J’ai demandé partout, je ne l’ai pas trouvé.

 

À y croire à l’histoire c’était assez bizarre :

On en parlait des faits dont il n’était pour rien.

Comment le présenter – ombre errante, poussière,

Moisissure, balle de grains?

 

Fuyard du peuple, du pays, du temps,

Éteint comme un cierge, indifférent,

Il n’arrêtait sa fuite nullement.

 

Exista-t-il vraiment ? Qui me le dit ?

De toujours s’enfuir, il disparut complètement

Du pays gouverné par une photographie.

 

 

 

Évolution

(Evoluţie)
 

Cette vieille dame en haillons, émaciée,

Je la connais bien. Regardez comme elle prie !

Hier maîtresse adulée, aujourd’hui chipie

Ô, quel grand rôle celle-là a-t-elle joué !

 

Ministres, chefs et princes, jour et nuit

Elle en faisait, au club, au bal ; le clergé et l’armée

Tous lui obéissaient, on la craignait ;

Elle portait par le licou tout leur monde de brebis.

 

Concessions, monopoles, fournitures,

Tout passait par son lit d’hétaïre

Et sortait du bassin aux ordures.

 

On le savait mais on n’en disait rien.

Maintenant on se demande mi- pleurs, mi- rires,

Pourquoi cette bourbe lie qui nous tient ?

 

 

 

Chant pour faire dormir Mitzura

(Cântec pentru adormit Mitzura)

 

Seigneur, faites-lui hutte de soleil

Pas plus étroite qu’une oreille

Et pas plus haute qu’une fleur

Au pied d’un pays de dor*.

 

Sur la terrasse un peu d’eau,

Une barque en boite d’allumettes

Pour qu’y entrent tous Vos cieux

Leur immensité avec.

 

Donnez-lui un papillon blanc

Et une grenouille d’émeraude

Pour que sa hutte reste chaude

Au bois d’absinthe tout le temps.

 

Donnez-lui encore, Seigneur,

Du papier et des couleurs

Pour qu’elle gribouille en barbouillant

À Votre gloire innocemment.

 

Et quand tout sera fini,

Papa y viendra aussi.

 

 

*dor, mot roumain intraduisible qui renferme de la joie, du chagrin, amour, espoir, désespoir…

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

BIO

 

Tudor Arghezi (né Ion Nicolae Theodorescu le 21 ou le 23 mai 1880 à Bucarest, mort le 14 juillet 1967 dans la même ville) est un écrivain roumain principalement connu pour ses œuvres poétiques et sa littérature pour enfants.

 

Avec Mihai EminescuMateiu Caragiale, et Lucian Blaga, Tudor Arghezi est considéré comme l’un des plus importants écrivains de littérature roumaine du xxe siècle.

 

Ion Nicolae Theodorescu naît le 21 mai 1880 à Bucarest de Rozalia Arghesi et Nicolae Theodorescu senior. Jugeant son patronyme trop banal, il prend le pseudonyme de Tudor Arghezi.

 

Surdoué, il obtient son baccalauréat en octobre 1891, à onze ans, au lycée Saint Sabbas. En 1896, à 16 ans, il publie sous le pseudonyme Ion Theo dans le magazine Liga Ortodoxă dirigé par Alexandru Macedonski.

 

Pour son travail exceptionnel dans la littérature il reçoit pour la première fois en 1936, à égalité avec George Bacovia, et de nouveau en 1946, le Prix National de Poésie. En 1955, il a été élu membre de l’Académie roumaine, et en 1965, a reçu le Prix international Johann Gottfried von Herder. On a dit que Tudor Arghezi était un Baudelaire roumain. Ce genre d’analogie, fallacieux le plus souvent, n’est acceptable que dans la mesure où certains poèmes – les « Fleurs de moisissure » (Florile de mucegai), notamment – rappellent la manière des Fleurs du mal, de même que certains poèmes très crus évoquant la sexualité (Rava, Tinca).

 

Le paradoxe est que cet écrivain revendicatif, âpre dans la lutte pour la justice sociale ou même pour la vengeance de classe, capable par exemple de narrer comment des paysans tuent un boyard, piétinent son cadavre de leurs pieds nus toute une nuit jusqu’à le réduire en bouillie, savait trouver des accents d’une exquise fraîcheur pour célébrer les jeux et les ris de son petit garçon et de sa petite fille.

Le travail de Tudor Arghezi.

 

Il affirme que son nom d’artiste provient d’Argesis, le nom latin pour la rivière Arges.

Selon Petre Raileanu, Arghezi « opère dans son œuvre poétique et une synthèse entre tradition et modernisme, avec, tout de même, une forte option en faveur du renouvellement du langage poétique ».

 

Tudor Arghezi est aussi traducteur en roumain. Ecaterina Cleynen-Serghiev affirme cependant que « ses traductions de La Fontaine ou de Baudelaire sont très libres, le génie arghezien est perceptible dans chaque vers, ce sont donc davantage des variations sur un thème donné que de vraies traductions ».

 

Enfin Arghezi était aussi chroniqueur satirique, auteur de pamphlets et d’articles polémiques ; devenu communiste pendant la guerre mais resté d’esprit rebelle, son esprit acéré était craint jusque dans la bureaucratie du Parti unique, qui monta contre lui un procès littéraire (devant aboutir à son renvoi, mais qui échoua) en l’accusant d’être un « poète putride, d’esprit bourgeois et écrivant pour la bourgeoisie ». Le principal accusateur, Sorin Toma, rédacteur en chef du journal communiste officiel « L’Étincelle » (Scînteia) en 1947-1960, se trouva ridiculisé car Arghezi sut trouver en défense de ses textes des extraits de LénineStalineMaïakovski et Gorki qui exprimaient les mêmes choses, et dans les publications de Sorin Toma des phrases pontifiantes et molles qu’il publia sans aucun commentaire personnel, pour « laisser les camarades lecteurs en tirer collectivement les conclusions ».

 

 

Publications :

 

Cuvinte potrivite, poezii, 1927

Icoana de lemn, tablete, 1929

Poarta neagră, tablete, 1930

Flori de mucegai, poezii, 1931

Cartea cu jucării, poezii, 1931

Tablete din Țara de Kuty, povestiri swiftiene, 1933

Ochii Maicii Domnului, 1934

Cărticica de seară, poezii, 1935

Cimitirul Buna-Vestire, roman parabolic, 1934

Versuri, 1936

Ce-ai cu mine vântule?, 1937

Lina, roman, 1942

Eminescu, étude critique, 1943

Versuri alese, 1946

Bilete de papagal [Billets de perroquet], 1946

Una sută una poeme, 1947

Prisaca, 1948, poeme pentru copii

1907-Peizaje, 1955

Pagini din trecut, publicistică, 1955

Cântare omului, 1955

Frunze, 1961

Poeme noi, 1963

Cadențe, 1964

Silabe, 1965

Răzlețe, 1965

Versuri lungi, 1965

Ritmuri, 1966

Litanii, 1967

Noaptea, 1967

Etc.

 

 

 

____________________________________________

 

BIO

 

PAULA ROMANESCU

(n. 20 octobre 1942, Ţuţuleşti, Argeş, Roumanie)

Membre de l’Union des Écrivains de Roumanie

Le Mérite Culturel en grade de Chevalier – Roumanie

Membre de l’Académie Centrale Européenne des Sciences, des Lettres et des Arts – Paris, Sorbonne, France

 

Prix et distinctions :

Prix de l’Europoésie, France, 1997; 1996; 1994 ; 1993

Prix du Menhir de poésie, France, 1996

Prix de l’Académie Carpatica – Grandes poètes de Roumanie, 1998

Prix d’Excellence de traduction, Société Roumaine de Haïku, Roumanie, 1997

Prix M. Eminescu de traduction (Turnu Severin), Roumanie, 2004 – 2012

Prix L.Blaga de traduction, (Sebeş-Alba), Roumanie, 1996; 1998; 2004

Prix & médaille « L’Étoile du Nord », de poésie, Botoşani, 2016

Prix de traduction et poésie « Cafeneaua Literarǎ », Piteşti, 2016

Articles similaires

Tags

Partager