Thérèse Schabel

 

 

 

(France)

 

 

OSIERISTE

(Exercice de style qui arROSE le jardin de l’imagination…)

 

 

Une neige précoce et un vent piquant succédaient à un bel été. ..  Pour protéger les rosiers du gel, je les emmaillotais aussitôt l’alerte donnée,  dans des fourreaux de paille, avec délicatesse. Les roses étaient toute ma joie. Chaque matin je respirais avec délice le parfum  du nouveau bouton de la  rose, qui demain, serait éclose. Je passais une grande partie de mon temps dans ma roseraie. Sarcloir, binette, sécateur, bouillie bordelaise, arrosoir, faisaient de moi le parfait petit rosiériste.

Aux  premiers rayons du soleil levant la goutte de rosée déposée en leur cœur  scintillerait de mille feux, comme un diamant.  Fiançailles du Feu et de l’Eau, Divine Alchimie. 

Une douleur aigüe à l’annulaire gauche  m’arracha à ce délire quasi mystique.  J’avais oublié que les roses ont des épines. A mes pieds, la neige changea  de couleur. Le blanc s’empourpra, vira au  rose jaune, puis au rosâtre. Je rentrais  précipitamment pour  me soigner. J’aurais dû me méfier, me protéger. La  traîtresse allait le regretter. Je ne binerais plus le sol pour l’aérer. Je ne taillerais plus à quatre yeux, pour rajeunir le plant. Je laisserais les pétales tombés  pourrir à ses pieds. J’imaginais le pire scénario. Mon beau-père avait lutté contre le tétanos, en soignant  ses roses adorées. J e désinfectaient la plaie à l’alcool de roses et bu un petit verre de rosé pour me remonter. Le jour où on mettra des roses banches sur ma tombe n’est pas encore arrivé ! Comme par enchantement, je retrouvais une certaine légèreté et me surpris à fredonner «  la vie en rose ». Je m’installais devant l’âtre. Les flammes rosissaient  mes joues.

Les yeux fixés sur la braise, je regardais sans voir. J’entrais en méditation. Qui m’a blessée, la rose ou les épines ?  Il n’y a pas plus de roses sans épines que de Yin sans le Yang …que de bien sans le mal. Je me suis blessée.J’ai roséifié mes idoles. La couleur rose elle-même est incertaine. Elle est née d’un croisement  entre le  rouge et le blanc. Et alors ?

Quant aux roses des jardins, Rimbaud lui-même était sans illusion :

Roses elles vivent ce que vivent les roses,

l’espace d’un matin

Et qui ne les eût à ces vêpres cueillies,

Chutées à terre elles fussent demain

J’espère juste qu’elles résisteront à l’hiver. – Je crois vous en vouloir moins  – je propose une rosalliance…

Ma petite fille Rose-Marie me regardait, les mains dans le dos. Depuis quand était-elle plantée là ? Le rose aux joues, elle s’écria : «  Bon Anniversaire ! », en déposant un bouquet de roses multicolores  sur la rosace brodée du tapis de soie…

 

 

 

 

 

 

 

 

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Thérèse Schabel a travaillé un certain temps comme journaliste à  (Metz).

www.radiojerico.com

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