Sigurdur Pálsson

 

 

 

(Islande)

 

 

EXTRAITS

 

Traduits de l’islandais par Henrý Kiljan Albansson

 

 

L’oubli qui efface,

la mémoire qui transforme.

Milan Kundera

 

 

Contacts éditeur :
vala@forlagid.is et ua@forlagid.is

 

 

LIVRE DE MÉMOIRE

 

 

 

 

Sigurdur Pálsson

 

 
Grand Prix Littéraire Islandais 2007

 

 

UN FILS DE PASTEUR RUE VAVIN

 

À l’automne 1967, juste après mon baccalauréat, je suis parti pour la première fois à l’étranger, j’ai pris l’avion jusqu’à Londres et puis continué directement vers Paris. J’ai passé quelques jours là, avant de poursuivre ma route vers le sud jusqu’à Toulouse.
Je venais juste d’avoir dix-neuf ans et j’en paraissais quatorze. Je ne connaissais rien à rien.
La navette me déposa aux Invalides après son trajet depuis l’aéroport d’Orly. Là, j’aperçus une enseigne de tête de taxi et me plantai raidement devant le panneau. C’est alors que la première phrase sur le sol français résonna à mes oreilles :
– Pouvez pas faire la queue comme tout le monde !
Si, si, ça je le pouvais, mais je ne savais simplement pas que cet attroupement était une file d’attente et je ne pouvais bien évidemment pas expliquer cela à ces gens sympathiques, alors je me contentai de me frayer un chemin compliqué en clopinant avec mon sac entre les piquets reliés par des chaînes jusqu’à l’extrémité de cette queue interminable.
Cela ne se passa pas mieux lorsque j’obtins enfin un taxi. Je ne savais absolument pas où j’allais, n’avais réservé aucun hôtel. Je connaissais Montparnasse de par les livres et j’avais simplement l’intention d’aller là-bas.
– Boulevard Montparnasse ? Rue Montparnasse ? demanda le chauffeur de taxi, pas immodérément patient.
Je décidai d’être prompt à trancher et optais pour le boulevard. Boulevard Montparnasse.
– Quel numéro?
Le chauffeur de taxi était devenu stressé, on le klaxonnait pour qu’il démarre.
Comme un éclair, les nombres français défilèrent dans ma tête, je me revis mes professeurs de français, Vigdís Finnbogadóttir – qui deviendrait plus tard la première femme au monde élue Présidente de la République, et Magnús G. Jónsson, je me souvins combien Vigdís s’y entendait pour nous faire réciter les ridicules combinaisons de chiffres de quatre-vingt-dix-sept à quatre-vingt-dix-neuf, ce quatre-vingt-dix-sept si concis en islandais, níutíu og sjö, qui est un assemblage de quatre, vingt, dix, sept et puis ainsi de suite, et Vigdís sourit de sorte que cela devint tout merveilleux, rejaillit en une fraction de seconde de ma mémoire et je dis ce qui me vint à l’esprit :
– Quatre-vingt-dix-sept.
– Quatre-vingt-dix-sept, Boulevard Montparnasse, répéta le chauffeur pour confirmer et il démarra en trombe, me projetant brutalement en arrière dans le siège, c’était avant l’époque des appuie-tête généralisés dans les voitures.
Mon étonnement fut près de confiner à la révélation lorsque je sortis du taxi devant le 97, Bd. Montparnasse. Là juste à côté se trouvait le café Le Sélect, au numéro 99, et La Coupole directement en face. J’avais entendu parler de ces endroits dans les livres ou les récits, pour moi ils étaient Paris.
J’étais arrivé.
Je bénis chaleureusement Vigdís dans mon esprit, cela tournait apparemment bien de penser à elle.
Il me restait alors à trouver un hôtel. Il y en avait suffisamment dans ces parages et je trouvai rapidement une chambre bon marché à l’Hôtel de l’Espérance, l’espoir lui-même ni plus ni moins, au 23 de la rue Vavin.
Le soir était tombé et il n’y avait maintenant rien d’autre à faire que d’aller découvrir les alentours. Il y avait là trois ou quatre établissements à la file depuis l’Hôtel de l’Espérance jusqu’au coin de la rue Vavin et du boulevard Raspail, je me souviens des noms de deux d’entre eux : Le Carrousel et Elle et Lui. Le manège et le couple. Le Carrousel jouxtait l’hôtel, je fonçai tête baissée dans le manège.
Je m’attendais à ce que ce fut un de ces cafés typiques de Paris, mais là à l’intérieur c’était en fait étroit et sombre. Avec un long bar et des femmes déambulant, amicales, qui me demandèrent avec douceur ce que je voulais. J’avais fort envie de commander une bière, c’était la preuve magnifique que j’étais arrivé à l’étranger car la bière n’était pas autorisée dans les lieux publics dans mon pays. Et c’est ce que je fis, une bière s’il vous plaît. Cela suscita quelque remous et je saisis dans le flot de paroles le mot âge. Mon âge ?
Je sortis mon passeport et leur montrai que j’avais dix-huit ans et une année de mieux. Le prix de la bière par ailleurs me sembla un véritable sujet d’inquiétude et je me mis à compter en toute hâte, en rapport avec le transfert bancaire pour trois mois que j’avais avec moi, combien je pouvais fréquenter ces délicieux cafés français. Ce n’était pas brillant.
Ces charmantes femmes s’étaient quelque peu apaisées lorsque je leur avais montré mon passeport, mais j’entendis malgré tout qu’elles continuaient à parler de moi et je réussis à capter le mot parents. Il me sembla alors que la circonstance se prêtait pour mentionner que mon père était pasteur, je trouvais cela tout à fait approprié pour calmer leurs inquiétudes.
C’est ce que je n’aurais pas dû faire.
Car il en va ainsi, dans un pays catholique, qu’il est en soi un petit peu plus singulier d’être fils de pasteur que sur notre terre luthérienne. Et puis la situation ne s’améliore pas lorsque le chaland a l’air d’avoir tout juste fait sa communion et se trouve de plus au Carrousel, un établissement de strip-tease bien connu.
Il se déclencha alors un tel éclat de rire général parmi ces belles femmes que je l’entends encore. Elles se tordirent en se tenant le ventre, me serrèrent affectueusement dans leurs bras avec une joie sans borne en piaillant : Fils de pasteur ! Il est fils de pasteur ! Et on rit encore, et maintenant avait commencé un spectacle sur une petite scène au fond de la salle, une typique et délicieuse, démodée, séance d’effeuillage à la française.
La gaieté et la joie générées par ce fils de pasteur qui avait échoué sur leurs rivages étaient telles que lorsque je refusai une autre bière – je n’avais pas l’intention de repayer ce prix, j’en reçus alors une autre sur le compte de la maison. Telle était l’ambiance. Et après cela le fils de pasteur fut raccompagné à la rue avec de joyeuses exclamations.
Je remontai directement vers Le Sélect et me rendis compte que la bière y était dix fois moins chère. Je me sentis soulagé. J’avais maintenant trouvé un vrai café français. Je pouvais maintenant me mettre à penser et à écrire.

Des années durant, je ne pus passer devant le Carrousel autrement qu’en étant interpellé par les filles dans l’entrée qui criaient avec un joyeux sourire : Fils de pasteur ! Je ne comprenais pas combien le souvenir du fils de pasteur qui était entré là un soir d’octobre 1967 et leur avait montré son passeport semblait avoir longue vie en elles.
Quelques années plus tard, je décidai de faire une investigation et passai devant pour avoir la confirmation que j’étais débarrassé du fils de pasteur. Dans l’entrée se trouvait une femme qui leva des yeux endormis, son visage s’éclaira un instant et elle lança joyeusement : Fils de pasteur !

Tout cela a maintenant disparu, les bâtiments sont sûrement encore là mais aucun de ces lieux n’est plus en activité et le petit hôtel non plus, l’Hôtel de l’Espérance, rue Vavin.
Espérance, von en islandais.
Vavin… vafinn, le doute, en islandais.
Von og vafinn.
L’espérance et le doute.
Mes deux lumières-guide s’allumèrent là, je n’ai pas réalisé avant maintenant qu’elles se nichent dans ces noms. Sautent aux yeux.
En addition avec les noms des lieux voisins, il n’y a alors rien de plus semblable que l’essentiel de ma vie s’est comprimée en quelque sorte de haiku japonais ou épigramme contemporain à quatre vers, dès mon premier soir à Paris :

Espérance
Doute
Carrousel
Elle et Lui

J’ai composé longtemps après la série de poèmes Hôtel de l’Espérance, lorsque tout cela avait glissé dans la nuit des souvenirs où rien ne subsiste sauf ce qui est vraiment important : l’atmosphère, la sensation.
La sensation est l’élément essentiel dans la littérature, a déclaré Claude Simon dans un entretien journalistique il y a quelques années. Je suis de tout cœur d’accord avec ce remarquable initiateur du nouveau roman, qui a reçu le Prix Nobel en 1985.
Sensation est impression, sentiment, sens et autre qu’émotion, que l’on peut aussi traduire par sensation mais qui se rattache plus au trouble et au tumulte. Sensation est plus lié à ce que les organes sensoriels perçoivent, à l’ambiance et puis le temps entre aussi en jeu. Le souvenir se forme mais la mémoire est en perpétuel mouvement. Cela veut parfois se faire oublier.
La mémoire est toujours en activité. Elle remodèle en permanence notre vie et notre expérience. Recrée notre existence chaque nouveau jour.

Ceci est un livre sur quelques instants que la mémoire a perçus et créés. Recréés.
Un livre de mémoire.

 

 

COURS DE FRANÇAIS AU CAFÉ BULLIER

 

Café Bullier, peut-être s’appelait-il quelque chose d’autre. Un café dans la partie la moins noble du carrefour près de Port Royal, de l’autre côté se trouvait la splendeur de la Closerie des Lilas. J’avais échoué là par hasard dans ce café bon marché par une fin de journée des derniers mois de l’hiver 1968.
Je venais juste de réussir à grimper un étage dans l’étude du français, je m’étais réveillé un matin et étais devenu tout d’un coup plus délié dans les oreilles et la gorge avec la langue française.
Les progrès n’étaient pas égaux et denses, je progressais plutôt par bonds, c’était à proprement parler tout à fait étrange. À intervalles égaux, le désespoir se faisait assassin, l’angoisse enfonçait l’affirmation suivante comme un fer rouge luisant dans ma conscience : « Tu n’arriveras jamais à apprendre le français. »
Il en avait été ainsi tout l’automne à Toulouse, j’étais parfois allongé tard le soir et me sentais presque d’humeur à pleurer jusqu’à ce que sommeil s’ensuive, puis un jour nouveau entrait par la fenêtre de toit et la lumière m’appelait en bas pour prendre le café du matin et là, figurez-vous : je pouvais tout d’un coup parler bien mieux que dans l’obscurité le soir d’avant, je veux dire beaucoup mieux. Les oreilles plus affinées, la langue plus déliée. C’était une expérience bizarre, différente de celle à laquelle je m’étais attendu.
Mais c’est ainsi que ça avait fonctionné, j’avais commencé à m’y habituer, ne pas faire des progrès pas à pas mais plutôt prendre l’ascenseur pour s’élever d’un étage entier. Entre les étages on devenait par ailleurs victime de l’angoisse et de la claustration, puis les portes s’ouvraient et voyez : on avait grimpé un étage entier !
Et j’étais donc assis là dans ce café plus qu’ordinaire, je compris la question rapide du serveur, lui répondis à la bonne vitesse de marche comme si j’étais autochtone, je me sentais bien.
À la table d’à côté, il y avait une fille dans les mêmes eaux, en dessous de vingt ans plutôt qu’au-dessus. Les ongles laqués mauve et le rouge à lèvres du même style, mauve. Quelque peu anarchique, elle faisait penser à ce qui dix ans plus tard allait devenir le style punk.
Elle engagea la conversation avec moi et je fus optimiste au début de la discussion mais dans le feu de l’action, il devint clair que je ne comprenais presque rien.
Elle utilisait beaucoup si jamais, c’était partout dans son discours, si jamais. C’était d’une certaine façon la seule chose que je comprenais. Si jamais, si seulement…
Quelque chose d’autre était totalement et étrangement incompréhensible, son parler était rempli de mots que je n’avais jamais entendus. Elle n’utilisait pas chambre pour parler de son logement mais piaule, pas lit mais pieu, elle ne disait pas cigarette mais clope. Tous ces mots sortaient de ce qu’on appelait le langage populaire, autrement dit argot, la distinction entre les deux est souvent floue.
Au cours de cette conversation avec elle, je me rendis à l’évidence que je ne parlais pas français, c’était un total malentendu. L’affaire était que j’avais appris normalement le français classique et qu’il me restait encore à apprendre l’argot et la langue de tous les jours que tous ceux de mon âge parlaient.
Cette jeune fille me l’avait fait comprendre.
Puis elle se lança dans une longue narration sur sa famille, tout cela semblait tendu et accablé, je saisis peu de choses sinon à peu près qu’elle avait quitté la maison, s’était enfuie même. Elle n’avait pas du tout d’argent, cela je le compris, elle n’avait pas de quoi payer le café qu’elle était en train de boire, je sauvai promptement la situation, elle m’en remercia chaleureusement, commanda un calvados pour se remettre, – un schnaps à la pomme je crois, j’invitais.
Elle extirpa alors de son sac un paquet sur lequel était inscrit en jolies lettres décorées : Photos. Rien d’autre.
Elle se mit à parler abondamment du contenu de l’emballage à mi-voix avec haussements de sourcils et clins d’œil, il était clair comme un matin d’été qu’il s’agissait là de photos érotiques, car elle indiqua maintenant avec des mouvements sensuels des seins et des hanches que tout cela était à la frontière du plus torride, leva de nouveau les sourcils et murmura dans mon oreille. Elle désirait vendre le paquet.
Cela m’agréait merveilleusement.
Elle prononça le prix très rapidement, je le saisis à la troisième fois. Je ne me rappelle pas le montant, ce dont je me souviens est que c’était tout à fait et follement cher. Je remuai calmement la tête de chaque côté en signe de refus. Elle ne se laissa pas émouvoir, avala son calva à petites gorgées.
Finalement elle manifesta les signes du départ, elle voulut écrire quelque chose, je sortis mon ancre de vie, mon carnet de notes, elle prit son stylo-plume et inscrivit : Joëlle, hôtel, rue Malebranche, ch.11.
L’écriture était enfantine, elle faisait penser aux cours d’écriture, au modèle du professeur. Ch.11, abréviation pour chambre 11, supposai-je.
Puis elle se pencha sur moi, je sentis la chaleur de ses lèvres mauves et son haleine de calvados. Elle proposa le paquet de photos à moitié prix. Un prix moitié moins cher qu’auparavant. Et puis je pourrais lui rendre une petite visite rue Malebranche lorsque je passerais par là.
Il m’était impossible d’essayer de mégoter sur le biscuit, j’expédiai l’affaire et achetai le paquet. Elle m’embrassa tendrement et disparut.

Lorsque j’ouvris le paquet dans ma longue et étroite chambre de la résidence universitaire rue Dareau, il apparut alors que j’avais mal compris quelque chose.
Ce n’était pas du tout des photos déshabillées mais une série de vues de Versailles sur un épais papier brillant, de l’intérieur et de l’extérieur, magnifiques jardins, salles sans fin dans le palais, grandes et petites.
C’était là tout l’érotisme.
Sur les photos, il n’y avait pas le moindre être vivant à voir, ni avec des vêtements ni sans.
Je descendis jusqu’à la rue Malebranche, il y avait là un seul hôtel, personne ne connaissait de Joëlle dans la chambre onze ni dans aucune autre chambre. Je cherchai un autre hôtel dans la rue, ne trouvai rien, cela semblait être l’unique hôtel de cette courte rue.
Depuis lors, j’ai toujours fortement éprouvé la sensation, lorsque j’ai déambulé dans les salles et les jardins de Versailles, d’être pris pour un idiot. Peut-être était-ce un sentiment normal dans ces salles des glaces, quelques-uns essayaient toujours là de faire passer l’autre pour un idiot.

Je me suis réconcilié avec Joëlle cinq ou six années plus tard, lorsque j’ai pu placer cet incident dans un contexte cinématographique. Il venait alors tout juste de sortir le nouveau et magnifique film de Luis Bunuel, Le Fantôme de la Liberté, avec Michel Piccoli, Monica Vitti et Jean-Claude Brialy.
Il y existe une scène avec un paquet de photographies dont tout indique qu’il contient des photos érotiques mais qui s’avèrent être celles des principaux monuments de Paris.
Le tour semblait être plus commun que je croyais et avoir une longue tradition historique, car dès le premier chapitre de l’excellent livre de George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres, est racontée l’histoire des Rougiers, le vieux couple de taille presque naine, qui vendaient des cartes postales dans des emballages fermés pour des photos pornos, mais les-dites cartes ne montraient en fait que les châteaux de la Loire.

J’ai feuilletté ce vieux carnet de notes bien longtemps plus tard, vu cette écriture enfantine : Joëlle, ch. 11…
Mais c’était plus que l’écriture et les circonstances qui toujours me faisaient singulièrement de l’effet. Enfin j’ai compris ce que c’était.
C’était la couleur de l’encre de son porte-plume, mauve. La même couleur que sur les lèvres et les ongles de cette fille qui disait s’appeler Joëlle et parlait un langage populaire coloré d’argot.
J’ai alors compris que j’avais si peu compris.

 

 

ÉTÉ SOIXANTE NEUF

 

Serge Gainsbourg avait sorti une nouvelle chanson au printemps, 69 année érotique, que lui et sa femme, Jane Birkin, avaient enregistrée ensemble avec une nouvelle version de leur autre fameuse chanson, Je t’aime… moi non plus.
Je ne sais pas pourquoi les premières notes de Je t’aime… résonnaient toujours dans ma tête lorsque je descendais la rue des Canettes à Saint Germain. En bas du coin de la rue Dufour, il y avait un café plus qu’ordinaire. C’est là en premier que j’ai fait vraiment connaissance avec Lautréamont.
Je venais juste d’acheter le recueil complet en poche, tout ce qui avait été publié de lui, Les Chants de Maldoror et Poésies I et II. Toute l’œuvre de sa vie tenait dans un volume de taille moyenne du fait que l’auteur était mort à l’âge de vingt-quatre ans.
Je rentrai m’asseoir là avec le livre odorant tout nouvellement acheté. Je lus jusqu’à ce que j’aie des larmes d’allégresse dans les yeux. Ce moment bénit transforma le petit café en un asile de paix.
Par la suite, peu importait combien sans égards et insensible était le quotidien dans son épaisseur, c’était toujours comme pénétrer dans un sanctuaire que d’entrer là. Il n’y avait malgré tout moins que rien de particulier avec ce bienheureux café, il était vraiment des plus ordinaire.

J’avais certes lu quelques bribes de Lautréamont en Islande, dans une traduction de Jón Óskar, des extraits parus dans Traductions de poèmes du français, un petit livre qui avait été publié en 1963 et que j’avais lu au lycée jusqu’à émiettement des pages. Il y avait deux choses qui avaient enflammé mon véritable intérêt, l’une était l’histoire de ce jeune homme dont on ne savait rien, l’autre était l’invocation qui est répétée dans le Chant Premier :

Vieil océan, […] Tu ne laisses pas facilement deviner aux yeux avides des sciences naturelles les mille secrets de ton intime organisation, tu es modeste. L’homme se vante sans cesse, et pour des minuties.
Je te salue, vieil océan…

Vieil océan… Je te salue, vieil océan ; ces lignes s’ancrèrent profondément dans ma conscience et elles revinrent dans toute leur splendeur, là, dans les Chants de Maldoror tout entiers.
Les renseignements sur le déroulement de la vie du poète sont incertains et fragmentaires. Il s’appelait Isidore Ducasse et son nom de plume était Comte de Lautréamont. Né en 1846 à Montevideo en Uruguay, où son père était en poste au consulat. Et pour faire court, dire qu’en novembre 1870, il était déjà mort.
Et je suis maintenant devenu assez bon en français pour accueillir la beauté, la cruelle et véhémente beauté de ces Chants.

Mais il y en a d’autres que Lautréamont qui sont morts jeunes. Là-bas, au début juillet de ce même été 1969, on retrouva Brian Jones mort dans sa piscine. Rapidement après eut lieu un concert à Hyde Park en sa mémoire, on en a vu quelques morceaux à la télévision. À l’ouverture, Mick Jagger lut des extraits du célèbre poème Adonais de Percy Bysshe Shelley, que celui-ci avait composé pour John Keats qui mourut en 1821, alors âgé de vingt-cinq ans et qui repose dans le cimetière protestant de Rome. Shelley mourut lui-même un an plus tard, il était alors à un mois de ses trente ans.
Jagger lut les vers suivants :

Paix, paix ! Il n’est pas mort, il ne dort point –
Il s’est juste réveillé du rêve de la vie d’ici-bas –
Perdus dans d’orageuses visions, c’est nous qui loin
Poursuivons avec des fantômes un inutile combat.

Ensuite il était prévu de lâcher deux mille papillons blancs. Le temps était chaud et il y avait beaucoup d’humidité dans l’air, et il faisait encore plus chaud dans les boîtes étouffantes. Lorsqu’elles furent ouvertes, il apparut que la majorité des papillons avait pris le même chemin que Brian et que les autres étaient épuisés de chaleur, de promiscuité et d’enfermement mais quelques-uns s’envolèrent le temps de quelques battements d’ailes dans l’été.
Les spécialistes des Stones s’accordent sur le fait que ceux-ci n’avaient jamais joué aussi mal en public que lors de cet étrange concert commémoratif en l’honneur de leur plus talentueux et plus difficile camarade qui s’était maintenant « réveillé du rêve de la vie ».

Ce n’était naturellement pas la première chute mortelle dans la musique moderne, Otis Redding mourut à 26 ans dans un accident d’avion en décembre 1967. Mais c’était un accident, Brian fut de son côté victime des nouvelles et dangereuses façons de vivre.
J’ai vu les meilleurs esprits de ma génération détruits par la folie…
C’est le tout début de Hurlements, d’Allen Ginsberg, qui parut en 1956. Magistral commencement de son meilleur poème, qui convenait bien à sa génération et pas moins à la mienne. Peut-être que toutes les générations sont d’une certaine manière perdues ou du moins les meilleurs esprits que le trouble mental détruit.

Plus tard ce même été, je jouai le rôle principal dans un film d’une demi-heure qui était le travail de fin d’études des élèves de l’IDHEC, l’Institut des Hautes Études Cinématographiques. Une actrice française connue jouait le rôle de la mère de mon personnage. Le directeur de la Maison de Norvège de la Cité Universitaire était devenu fort affable et empressé – à l’opposé de sa première attitude glacialement hautaine envers “l’Islandais”, rien ne semblait plus vraisemblable que c’était un grand honneur pour lui d’habiter dans la même maison que moi.
Le metteur en scène s’appelait Slim, un gars de Tunis, et habitait aussi là dans la résidence. Ce fut lui qui eut l’idée de m’appeler Hamlet. Je ne me souviens pas pourquoi cela commença mais cet été-là je fus connu sous ce nom. Puis l’affaire devint tellement sérieuse que dans le générique du film se trouve le nom de l’acteur principal : Hamlet Pálsson.
J’avais fait honnêtement des tentatives pour convaincre mon ami, le metteur en scène, d’engager un autre acteur s’il prenait le film ainsi que lui-même à cœur. Mais cela ne le fit pas reculer et je décidai d’attaquer la chose comme une plongée en apnée, d’essayer de retenir ma respiration et de sortir vivant des journées de prises de vues. Je ne savais absolument pas ce que je faisais, Slim n’était pas particulièrement doué pour expliquer les bases du personnage, il faisait encaisser sa tension et son énervement à l’équipe de tournage mais les membres de celle-ci étaient tous extrêmement gais et gentils envers moi, ils ne me démontrèrent jamais rien d’autre que de l’amabilité, peut-être pour ne pas rendre les choses encore pire.
Probablement savaient-ils qu’il y a deux sortes d’acteurs sans talent, ceux qui savent qu’ils le sont et ceux qui ne le savent pas. J’étais dans le premier groupe, et cela peut rendre le mauvais encore pire de ne pas bien s’y prendre avec de tels acteurs. Particulièrement s’ils s’appellent Hamlet.

Mais mon esprit était tout entier avec Lautréamont, dans ce livre de poésie en prose parcouru de folie, Les Chants de Maldoror. Je passais toutes mes heures libres au petit café du bon vieux coin en bas de la rue des Canettes.
Il y avait là au service une jeune fille svelte aux cheveux noirs. Lorsqu’elle s’élançait, elle amorçait l’esquisse singulièrement fascinante de mouvements spasmodiques, puis venait alors un infime mouvement arrondi de swing et après cela elle maintenait son cap tout à fait normalement.
Mais je ne me lassais pas de la suivre des yeux, particulièrement si elle était tranquille parce que le mouvement de swing arrivait lorsque le calme était rompu et qu’elle s’élançait pour servir et s’affairer au bar. Elle souriait de la même manière, d’abord se dessinait l’esquisse d’un mouvement de sourire légèrement spasmique, d’un côté, et puis dans le sillage un sourire normal.
Il y avait, trouvai-je, quelque chose d’indescriptiblement beau dans le motif gestuel de la jeune fille, elle recelait de l’énergie poétique de Maldoror.
Un jour, pendant que se passait tout cela, des hommes réussirent à se poser pour la première fois sur la lune et marchèrent sur sa surface. Des ours en peluche vêtus de blanc, des hommes qui étaient les représentants de l’humanité. C’était en juillet et je suivis les évènements à la télévision dans le pavillon des États-Unis de la Cité Universitaire.
Mouvements lents comme des bébés emmaillotés de blanc en train de prendre pied sur le sol. Imperceptible esquisse de spasme.

À la fin de l’été, je rentrai chez moi, en Islande, juste pour deux mois. Ægissída, la rue aérée en bord de mer, et le fjord de Skerjafjördur encadrés dans la large fenêtre du salon chez mes parents à Tómasarhagi, une petite rue paisible.
Je te salue, vieil océan…
Les rayons du soleil du soir sur l’écran de télévision avec Magnús Bjarnfredsson, le journaliste vedette à la voix grave, en noir et blanc, de sorte qu’on l’apercevait tout juste derrière la lumière solaire qui se réfléchissait sur la surface. Mais la voix elle arrivait bien mieux à les percer.
On ne trouvait encore ici nulle part un café décent sauf à Mokka mais la glace à Dairy Queen, dans la petite boutique de Hjardarhaga, était toujours aussi bonne. Il fallait seulement d’abord bien regarder autour pour voir si Gunnar Huseby, l’ancien champion de lancer du poids devenu un agressif Hercule alcoolique rôdant dans ce quartier, n’était pas dans les parages.
On n’avait pas encore présenté l’œuvre de Jökull Jakobsson – un autre fils de pasteur, Chambre 213, le même numéro que ma chambre à la Maison de Norvège, vraisemblablement Jökull n’avait pas commencé à l’écrire car cette excellente pièce de théâtre ne fut présentée que cinq ans plus tard, en 1974, l’année où je rentrai vivre en Islande après mon premier séjour de six ans à Paris.
Mais là-bas, à l’automne 1969, j’obtins enfin une chambre dans la résidence étudiante française de la Cité, et ce fut le début d’une période glorieuse.
J’étais maintenant rendu dans la place, installé à MPF, la Maison des Provinces de France.

 

 

LA NUIT EST FAITE POUR PLEURER

 

Tard un soir, je sortis pour aller dans un club de jazz rue de la Huchette. J’y étais déjà venu auparavant et je connaissais le sympathique patron derrière le bar, un fêlé de jazz et un homme-orchestre aux cheveux noirs frisés, qui possédait derrière lui neuf ou dix mètres d’étagères de disques de jazz et en jouait en permanence de midi jusqu’au petit matin.
Mais ce soir-là précisément, c’était le dernier hiver de ma première époque à Paris, j’étais en route vers l’Islande. Angoissé et à demi triste de n’avoir pas terminé mon mémoire de maîtrise. Je n’était cependant pas certain que ce grade me serait d’une quelconque utilité, je ne me destinais pas à une carrière universitaire, mais malgré tout… J’allais par exemple enseigner à l’École Nationale d’Art Dramatique à Reykjavík et cela pouvait servir.
Mon ami le Frisé jouait toutes les catégories possibles et imaginables de jazz, il était satisfait pourvu que ce soit du jazz selon une définition qui était loin de toute orthodoxie.
Il savait tout sur tous les jazzmen depuis les balbutiements jusqu’à nos jours, connaissait toutes les histoires, avait tous les disques, même ceux qu’on ne trouvait nulle part.
Parfois il se lançait dans des histoires qui prenaient trois ou quatre faces de disques pour être racontées, on était peut-être alors encore dans une histoire de Charlie Mingus lorsque Count Basie tournait sur le phono, des informations sur la carrière de Miles Davis coulaient encore alors que John Coltrane avait pris le relais et puis les bluesmen arrivaient dans le jeu et ensuite Dave Brubeck ou Dexter Gordon si ce n’est Charlie Parker. Cet amalgame de musique et d’informations était très jazzy lui-même. Lorsque le chaos était devenu trop grand, il rafraîchissait l’ambiance un instant avec Stan Getz et Chet Baker.
Les noms célèbres étaient comme des poteaux pour des cordes à linge mais les musiciens moins connus étaient étendus entre eux comme la lessive, des noms dont seuls les initiés avaient connaissance. Cette sorte de mélange de notoriété et d’inconnu convenait également à cette serre du jazz.

Je ne réussis en aucune façon à sortir de là, le jazz avait pris le pouvoir, j’étais rivé sur mon siège dans le bar chez le Frisé, je sentais comment ce caveau de jazz fort étroit et long comme un couloir, disparu depuis longtemps, se transformait en un univers indépendant avec tous ses sons et un rythme qu’il est possible de jouer, possible de se figurer. Il était inutile de partir d’ici, tout était ici.
Et j’étais assis là collé contre le mur du fond, me laissant parfois glisser à demi sur la banquette comme un Romain dans le coin en écoutant l’univers qui était joué par les disques.

Vers cinq heures, j’arrivai enfin à sortir, totalement mariné dans le jazz ou jazzz. Il y avait à proprement parler plus de deux z dans la sensation.
Je ne pouvais plus marcher normalement, je dérivais en titubant par saccades dans un rythme de jazz qui s’était infiltré dans mon sang et la moëlle de mes os, mon cœur jouait avec, faisait parfois un solo, mon souffle aussi.
En chemin vers chez moi rue Santos-Dumont dans un taxi, je soupirai une ligne :

La nuit est faite pour pleurer…

La murmurai, chantonnai cette ligne, puis la griffonnai sur une feuille au sommet de la pile de papier A-4 sur mon bureau et m’écroulai dans le lit.
Au matin, je vis cette ligne, j’avais encore un corps de jazz. Me fis un féroce café, mon cœur démarra comme un cheval de course, je m’assis à mon bureau et écrivit d’un trait le poème “La nuit est faite pour pleurer”. Il parut dans mon premier recueil, Poèmes en Balance ou Le Sel des Chemins de la Poésie. Je ne le trouvais pas assez remarquable si bien qu’il atterrit dans un chapitre qui était dénommé “Minuties”. Là aboutissaient les poèmes que je ne trouvais pas assez hautement élaborés mais dont je ne pouvais malgré tout en aucune façon me séparer. Je me rendis compte plus tard que c’est peut-être le meilleur du livre.

La nuit est faite pour pleurer
Faite pour sourire et
Éternuer et hoqueter
Faite pour tituber
Et rouler jusqu’au bout des étoiles.

La nuit est faite pour pleurer
Faite pour déraisonner
Se bourrer de hot-dogs et
Faite pour songer
Et se réfléchir dans les vitrines.

La nuit est faite pour pleurer
Faite pour siffler du blues et
Tanguer et grogner
Faite pour draguer
Et piller la chair et s’envoyer en l’air.

La nuit est faire pour pleurer
Faite pour chavirer dans un fossé
Tout réduire en miettes et
Faite pour (oh pourquoi
Toi, ami) mourir.

 

 

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Synopsis:

Lorsque le jeune Sigurdur, fils de pasteur et poète en herbe islandais, débarque à Paris en 1967 avec pour tout bagage ses rêves et quelques mots encore maladroits de la langue de Molière, il est bien loin de se douter qu’il sera quarante ans plus tard un poète, écrivain et traducteur reconnu, fait chevalier de l’Ordre National du Mérite et de l’Ordre des Arts et des Lettres par ce pays de France si loin de son île au bord du Cercle Polaire.

À cette époque, quitter l’Islande pour la première fois, à 19 ans, tout juste après le bac, pour tenter l’aventure à Paris est une belle gageure aussi bien qu’une formidable aventure. Et au fil des pages de Livre de mémoire, feuilletant les souvenirs d’une vie autant que ceux d’une époque, c’est le tourbillon de cette découverte, mêlé à celui de « 68 », d’une culture et d’une jeunesse assoiffée de rêves que nous fait partager et vivre Sigurdur Pálsson sous sa plume légère, poétique et finement humoristique.

Il faut tout d’abord se débrouiller lorsqu’on arrive ainsi seul en terre étrangère, et le simple quotidien prend des proportions aussi dramatiques que drôles. Taxi, premier hôtel au hasard, première bière, premières rencontres, armé seulement d’un air naïf de grand adolescent, puis les chambres mansardées, les résidences estudiantines et d’autres rencontres encore, comme autant de pas dans la vie, dans ce long et passionnant cheminement qui même à la maturité. D’observateur démuni, l’auteur deviendra peu à peu acteur de sa propre vie dans ce décor tumultueux et fascinant, traversant les vagues de mai 68 en criant « Je ne suis pas protestant ! » pour se défendre d’être contestataire puis « Je suis protestant ! » dans le quartier juif du Marais ! Traversant tous les courants de rencontre dans sa barque lancée décisivement à l’aventure, de la Gauche Prolétarienne aux milieux de l’Art Dramatique, de l’univers d’André Breton au Théâtre de l’Absurde, il intègrera l’IET, l’Institut d’Études Théâtrales de Paris III. Et rencontrera même dans le milieu du cinéma une compatriote, Kristín Jóhannesdóttir, qui deviendra sa femme.

Et le lecteur se rend alors compte que ce livre mosaïque étonnant, frais et simple, représente bien plus que les souvenirs d’un jeune étranger à Paris : ce sont tous ceux d’un temps, d’une époque précieuse à la naïveté révolue et à l’atmosphère enflammée, d’une France de près d’un demi-siècle en arrière où flottent les rêves d’une jeunesse hésitant en fleurs hippies et pavés, où culture et révolution des cœurs foisonnent dans les cafés aux noms célèbres chers aux poètes et aux existentialistes, où se faufile l’ombre de Sartre.

Dans les yeux de ce jeune homme venant de quitter une île grande comme le cinquième de la France où vit une petite nation forte dans le grondement des tempêtes glacées et des volcans, Paris et son maelström culturel sont une fascination, une révélation et un émerveillement permanent animé de toutes sortes d’aventures tragicomiques et de rencontres, d’un des derniers sultans de Turquie à une jeune fille aux ongles mauves s’exprimant en argot, de Jacqueline Picasso aux jeunes américains joueurs d’échec et à un mercenaire qui lui enseignera sa maxime : « N’utilise jamais de formules de politesse avec la Mort »… Dévorant la littérature française autant que les croissants et la vie, se perfectionnant dans la langue, le théâtre et la poésie, Sigurdur Pálsson rentrera en Islande en 1974, à la mort de son père. Puis après un pause de trois ans, reviendra en France de 1977 à 1982 avec sa femme, Kristín Jóhannesdóttir, réalisatrice et metteur en scène.

Au gré de tous ces personnages d’un jour ou ombres d’un soir, Sigurdur Pálsson nous emmène sillonner le Paris de cette fin des années 60 puis 70, de Polly Magoo aux Halles, de la rue des Rosiers au Diplomate, de la rue Vavin au Théâtre du Soleil de Mnouchkine, de Brecht à Ionesco et Beckett, entre les voix de Boris Vian, Jane Birkin et Dutronc, la musique Beatles et des Rolling Stones, l’affaire Cohn-Bendit ou le cinéma de Robbe-Grillet… Quarante ans plus tard, l’auteur feuillette lui-même l’album de sa mémoire et ses écrits, distillant ses souvenirs vivants comme des cartes postales envoyées du bout du monde à un autre bout du monde, suivant sa progression autant dans la vie pratique qu’intellectuelle, la poésie et la langue française. Car le jeune poète islandais va mûrir sous le soleil français, dans ce qui n’est en fait rien d’autre qu’un parcours initiatique.

Dans cette aventure essentiellement parisienne, s’égrennent les souvenirs qui sont ceux de ces jours qui font un homme, sculptent son destin et qui rappelleront à tant de lecteurs leur propre parcours, leurs découvertes, leur France d’avant portable et internet où les rêves s’envolaient simplement de magiques disques noirs en vinyle rayés par un diamant. Dans ce pays, Sigurdur Pálsson trouvera son inspiration, sa force, écrira ses premiers poèmes comme « Soleils des saisons » ou « La nuit est faite pour pleurer », nous faisant glisser dans l’obscurité percée de rêves fous et des lumières de la ville, jusqu’au bout de la nuit comme aurait murmuré Céline. C’est aussi à Paris qu’il traduira avec passion son premier livre en islandais, La Dérobade de Jeanne Cordelier.

Et plus tard en Islande, riche de cette formidable expérience de vie, il traduira ces auteurs qu’il a tant lus : Camus, Genet, Adamov, Arrabal, Feydeau, Carrère, Queffélec, Schmitt, Prévert, Éluard, ainsi que deux pièces d’Arthur Miller, écrivant aussi plusieurs œuvres pour le théâtre dont l’inoubliable et émouvante « Edith Piaf ». Et si la nuit est faite pour pleurer, alors Livre de mémoire et les souvenirs de Sigurdur Pálsson sont faits pour être lus, pour nous souvenir, réentendre, ressentir, retrouver ou découvrir avec lui.

Henrý Kiljan Albansson.

 

 

 

 

 

 

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Sigurdur Pálsson est né en 1948 à Skinnastadur, Islande. Depuis quelques années Pálsson travaille surtout comme écrivain et traducteur. Il a enseigné à l’Université, travaillé dans le cinéma, au théâtre et à la télévision. Quatorze recueils de poèmes sont parus entre 1975 et 2009, trois romans, un livre de mémoires ainsi qu’une dizaine de pièces de théâtre entre 1975 et 2008, les deux dernières au Théâtre National d’Islande. Ses poèmes sont traduits en une quinzaine de langues. Les poèmes Des hommes et du sel en 1994 sont parus en français aux éditions de la Différence, coll. Orphée. Il a traduit plus d’une vingtaine d’œuvres du français vers l’islandais (Camus, Genet, Adamov, Arrabal…) ainsi que deux pièces d´Arthur Miller.

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