Séverine Le Burel

 

 

 

(France)

 

 

Mr Woodville, respectable propriétaire terrien, a épousé la fille d’un riche marchand de Londres, dont la dot lui a permis de rembourser de lourdes hypothèques. Peu à peu, l’homme en vient à se prendre d’affection pour sa jeune épouse.

 
De leur union naît une fille unique, Edith Woodville, future héritière du domaine. Chérie de ses parents, Edith grandit dans l’égoïsme, apprenant à vivre selon son caprice, ne considérant que l’utilité d’autrui. À moins qu’elle ne représente l’indépendance d’esprit d’une nouvelle de génération de femmes, dans une société patriarcale et conformiste…

 
Comment, devenue mère célibataire, éduquera-t-elle à son tour sa fille, Adeline, avec qui elle part vivre à Rosevalley, dans le Gloucestershire ?

 

 

 

 

De pages en pages, de mots en mots, tel une artiste peintre, Amelia Opie débute l’ébauche singulière du tableau d’une société croulant sous le poids des règles sociales. A travers ses personnages, elle nous laisse entr’apercevoir le combat des uns contre ses règles et l’assujettissement des autres. Muée par la même peur de la sanction sociale, la majorité se plie aux règles du jeu. Mais quel jeu ? Est-il juste ? Injuste ? Orchestré par qui exactement ? « Dieu » sans doute puisqu’il est partout : tantôt rédempteur, prêcheur, accusateur… mais toujours pendu aux lèvres des britanniques du 18ème et 19ème.

 

Pourtant, cette société décrite est vérolée jusqu’à l’os : une sorte de satyre ironique est visible à travers le récit des aventures d’Adeline Mowbray. Le règne de l’argent, les différences de classes sociales, l’indifférence face au malheur des autres, le sexe tabou, l’esclavagisme des parias… Finalement, cette société dépeinte est-elle si différente de la nôtre ? Le regard pesant d’autrui, la peur de l’humiliation, la dissonance entre nos actes et notre conscience, nos pensées, bref, ce qui fait le pourquoi de nos comportements reste régit par « les autres ».

 

Ce sont justement ces « autres » qui conduiront Adeline dans les tréfonds du malheur. Cette jeune fille, si brillante et aimable, se laisse bercée par des courants de pensées qui la dépassent. Aveuglée par l’amour et ce qu’elle croit être juste, elle ne se rend hélas pas compte du danger qu’elle court et qui risque de la mener à sa perte. A travers toutes ses péripéties, peu à peu, elle se rend compte de son erreur. En vérité, Adeline était trop avant-gardiste pour son époque : la réforme de l’institution sacrée du mariage choque encore les bonnes gens et l’écarte du cercle très fermé des gens « respectables ».

 

Adeline Mowbray est un classique de la littérature britannique, quasi inconnu en France, qui fait finalement réfléchir sur de nombreuses questions existentielles. De façon presque philosophique, l’auteur nous demande de réfléchir sur la vanité de la vie, sa fragilité. Face à toutes les maladies que devaient affronter les gens de l’époque, comment savoir ce qui importe vraiment ? Que faire pour atteindre le bonheur tant espéré ? L’amour, le mariage, l’argent sont-ils les seuls éléments qui participent à l’ « élévation de l’âme » ? Et surtout, quelle place donnée à la femme dans un monde dirigé par des hommes ?

 

D’autres thèmes essentiels socialement sont également abordés dans ce roman comme les relations mères/filles, l’orgueil maternel, l’importance de l’éducation… Bref, qu’est-ce qui fait tenir les gens unis entre eux et qu’est-ce qui les fait avancer ?

 

C’est avec une plume aérienne et délicate qu’Amelia Opie nous livre ce roman unique et génial. Un soupçon d’ironie et beaucoup d’humour so british sont les ingrédients du succès. Le style agréable et surtout très fluide de l’auteur ajoute au cachet de ce chef-d’œuvre.

 

 

 

 

 

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A 19 ans, elle a déjà participé en 2007, à la 5e édition du Festival International de Poésie « Teranova » de Metz, au Festival national « Lire en Fête » en région Lorraine, ainsi qu’à la première édition du Festival International de Jeune Poésie « Dante Alighieri » à Nancy.
Entre 2007 et 2009, elle a fréquenté un atelier d’écriture/lecture à la médiathèque Jean Morette d’Amnéville. C’est ici qu’elle a développé sa plume auprès d’adultes de tout âge.
Elle a collaboré en 2008 à la revue poétique Saltimbanques et au magazine RAL,M des éditions Le Chasseur abstrait.
L’informatique, la lecture et ses études occupent tout son temps.

http://s.ecriture.over-blog.com

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