Serge Basso

 

Serge Basso

 

(France)

 

 

 

TRIPTYQUE D’UN HORIZON APPERCU

Oratorio

 

 

Avec la mort, un vieux chat et quelques personnages mythologiques égarés.

 

Les vers n’ont su qu’ériger des pierres tombales aux assoiffés de la nuit.

 

CIORAN

 

Dans mourir, voir dormir ; dans le soleil couchant

Voir un or funèbre : telle est la poésie

 

JORGE LUIS BORGES

 

 

 

OUVERTURE

Récitatif

 

PRELUDE à UN HORIZON ANNONCE

 

 

Au delà des courbatures

il y a

comme des semblants de poèmes qui soupèsent les années

 

Ils se dressent

en contrepoint des pluies

et du feu sous les tempes

à chercher l’être à lettre chaque partition des mots

                                          chaque soupir éconduit

 

Il ne se savent pas

et je reste à l’écart sur les options du vent

                                          sur le fil à la patte

                                          sur mon baluchon pesant de souvenirs

 

S’il reste quelques ruines

tout au bout du voyage

il faudra les trouver sous des terres inédites

                                          sous il n’y a plus rien

qui ne soit de toujours

                                          et

                                          sous un ciel de traîne

qui ressemble à mes pas

 

En PRELUDE à UN HORIZON ANNONCE

ils tremblent du bout de l’encre

conscients des vacuités qui échoient au poète

quand il pète à la une de son humanité

 

Mais rien ne saurait dire le reliquat des rides

                                          l’échappée belle

                                          les cris de la Camarde

 

la queue de nos comètes

                                          la rognure de nos rêves

                                          la grandeur de nos ongles

                                          les tonsures abouties

                                          les nuits sans crépuscule

                                          les amours digérés

                                          les larmes au goutte-à-goutte

                                          les regrets sur la rive

et tout ce qui bascule sur les rebords du vide

de toute éternité

 

Heureusement qu’il existe des interludes

si concrètement abstraits

pour dissoudre

l’inexorable du temps.

 

 

 

PREMIERE PARTIE

Choeurs

 

J’AI LA MORT A NOS PAS

QUI ME SAIT

ET PUIS QUOI ?

 

Douze Poèmes au carré

 

 

J’AI tissé tant d’étés au jeu de mes secondes

que le ciel qui m’est du a sali mes chaussures

J’ai le j’ai qui me tu  J’ai le tu qui me nous

et des fleurs qui me poussent au jardin des rencontres

Sous le pavé des larmes et le vin des colères

j’ai peut être et pourquoi pour être concerné

Je cherche au quelque part de mes parts d’amertume

le goût amer du doute aux idées que je mange

Sur le ciel établi des dieux et des prières

au fil bleu des couteaux et du sang répandu

j’ai de quoi m’esclaffer à rire un millénaire

J’appelle à la raison pour la raison du rêve

 

Le soleil ne sait plus à quel bleu se vouer

et LA mer le tutoie dans ses soucis d’argent

Sous les ombres voulues les secondes se noient

de sueur répudiée et déjà tout se plie

à la lumière crue qui crucifie l’espace

Sous le vieil olivier la Mort a pris ses aises

 

sirotant ses secondes au fil du vent déchu

Elle attend que la nuit ait des envies pérennes

Si elle sait que demain n’est pas pour aujourd’hui

et qu’aux soleils couchants viennent d’autres matins

elle sait aussi la persévérance du temps

Ici tout est soumis au diktat des cigales

 

Le silence a des yeux éclairés de musique

dans l’absolu niché au-delà des portées

dans l’aMORTissement du temps qui se retourne

et rien ne peut savoir le comment du pourquoi

La trompette de Miles est comme un métronome

qui tutoie l’impossible au-delà des frontières

 

et dénoue sur le bleu la déraison des chaînes

D’où vient ce bois d’ébène et notre humanité

à laisser sur la boue des oraisons blessées

à laisser le fouet jusqu’aux marges du sang

et le coton pâlir bien au-delà des rêves

Au loin le vieux Satchmo a comme un rire énorme

 

Sur le bord du trottoir une jungle m’attend

j’y regarde passant ces passantes questions

La vie à double sens l’espoir en double file

je me perds A chercher mes mots sur le bitume

Les façades ternies crachent leurs oripeaux

Sous le couvercle usé de nos envies posthumes

 

 

(extraits)

 

 

 

 

 

 

 

 

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BIO

 

Fils d’immigrés italiens, Serge Basso de March est né en France, où son père travaillait dans la sidérurgie. En 1986, il termina ses études en sciences sociales et économiques à l’Université de Rennes. En 1991, il se spécialisa dans la promotion de projets socioculturels. Pendant trois ans, il occupa un poste d’attaché culturel à la municipalité de Longuyon. Après avoir dirigé le service culturel de la Ville de Longwy pendant sept ans, il fut nommé directeur artistique du Centre dramatique national de Béthune, où il passa cinq années. Depuis novembre 2002, il dirige la Kulturfabrik à Esch/Alzette.

 

Serge Basso de March  intervient dans le débat autour de projets culturels alternatifs et de possibilités de promotion culturelle. Il a publié Page blanche et Lettres senties mentales et recommandées. Dans ce dernier ouvrage, il adhère aux pratiques de l’Ouvroir de littérature potentielle (OULIPO) et prend ses distances par rapport aux principes dominants des discours littéraires et artistiques en utilisant systématiquement des combinaisons linguistiques et des jeux de mots expérimentaux. Quelques poèmes de Serge Basso de March ont été publiés dans le périodique Passerelles à Thionville. Contre-marges, son premier recueil de poèmes, est un plaidoyer en faveur des exclus de la société, à commencer par les poètes et les artistes. Plusieurs poèmes furent traduits en roumain. Son second recueil, L’envers du sable, qui s’attarde sur des souvenirs familiaux, a donné lieu à une pièce de théâtre du même nom.

 

Le roman noir Les dessous de la Vierge à l’enfant, écrit en collaboration avec Enrico Lunghi, expose des enquêtes sur le marché de l’art, l’antisémitisme et le néonazisme. L’auteur s’y sert de notes explicatives et de nombreux commentaires poétologiques adressés directement au lecteur. D’autre part, il exploite des procédés intertextuels, notamment en intégrant, dans le texte, le personnage de l’inspecteur de police licenciée Martine Martin que Tullio Forgiarini a  créé pour ses romans Miss Mona et La énième mort d’Ernesto Guevara de la Serna, dit le Che.

 

 

Frank Wilhelm / Pierre Marson

 

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