Şerban Foarţă

 

t

 

(Roumanie)

 

 

 

PUITS ARDÉSIEN

 

 

 « Les Chats du Levant  […]  ne sont pas plus beaux

que les  nôtres, & ces beaux Chats, couleurs d’ardoise,  y sont fort rares… »

(Moncrif)

 

« ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre »

(André Breton)

 

 

 

l’ardoise! l’art doit zébrer l’ardoise. une ardoise fut « l’institutrice de vieille roche » (couleur gris bleu-âtre) de l’enfant Francis Ponge : une vieille in-sti-tu-tris-te ! l’art doit être une lettre sans avenir, comme celles écrites sur son ardoise par le petit Ponge Francis. Tu dois être l’ami de Ponge et de l’ardoise : aimer donc en même temps le résistant et le fugace, le persistant et l’éphémère : la craie (cette ancre désencrée) et la crayeuse ardoise (de Francis Ponge) laquelle éveille en nous « le plaisir d’y passer l’é-ponge » ; « le plaisir d’y passer » ; « le plaisir »

 

 

 

Le plaisir de l’effaçable

les délices du lavage

ou d’écrire sur le sable

ou bien sur le gris pavage

 

le plaisir du palimpseste

volupté du nonchaloir

pour tout ce qu’après nous reste

au moment où vient le soir

 

 

 
Le livre est une roche méta-morphique qui s’est formée dans de fortes conditions de pression et de température. Elle appartient à la famille des schistes dont elle se distingue par la qualité de son grain très fin et sa fissilité. D’où la multitude de ses feuillets. Elle est résistante et sa couleur peut varier du blanc au noir, en passant par toutes sortes de gris, de rouges sombres et de verts. L’écriture peut s’effectuer à ciel ouvert, ou bien de manière souterraine. D’où parfois sa cou-leur terre d’ombre.

 

 

 

Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine

plus que les arbres j’aime à leur ombre d’Amboise

cueillir au mois de juin la drupe rouge (affine

au fruit de fraisier ardent) dite framboise.

 

 

 

1

 

 

 

Hereux qui comme moi peut te cueillir, framboise,

identique non pas au fruit de l’aubépine

mais au bouton d’amour comme on lit sur l’ardoise

du livre que j’écris pour toi, belle Agrippine.

 

 

 

Par sa durée de vie (de 70 à 300 ans), l’ardoise ressemble à la Dame Tortue, dont l’espérance moyenne de vie est de 150 à  200  ans. Évi-demment, la Dame Tortue est plus rapace. Mais sa durable carapace évoque l’ardoise, – ardoise à l’état brut, ardoise rugueuse. Bien sûr, la carapace cornée du chélonien est adornée dès sa naissance; tandis que notre roche, l’ardoise, naît absolu-ment nue, comme le papier, le pa-pier vierge, et se comporte en table rase. Du reste, les deux sont ca-ractérisées, selon toute apparence, par une modestie immémoriale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

BIO SERBAN FOARTA

 

Né en 1942, à Turnu Severin, sur le bord du Danube.

 

Études de philologie (roumain et allemand) à l’Université de Timişoara.

Doctorat ès lettres en 1978 (avec une thèse sur la poésie d’un grand écrivain roumain, Ion Barbu).

 

Directeur du Théâtre National de Timisoara (1990–1991).

 

Professeur à l’Université de Timisoara (1992–2005).

 

Il a fait paraître de nombreux (à peu près 80) volumes de poésie, essais, thèâtre, deux petits romans, traductions, critique d’art.

 

Il pratique, en amateur, le piano et la peinture.

 

 

Şerban Foarţă a traduit en roumain des textes de : François Villon (et autres poètes du moyen âge: Philippe de Beaumanoir, Bertran de Born, Bernard de Moralais, Eustache Deschamp, Charles d’Orleans, ou de l’époque de la Renaissance: Joachim du Bellay, Jehan Régnier, Amadis Jamyn, etc.), Victor Hugo, Nerval, Banville, Charles Cros, Verlaine, Laforgue, Jarry, Claudel, Max Jacob, Apollinaire, Paul Valéry, Giorgio Baffo, Edward Lear (Limericks), Joachim Ringelnatz, T.S. Eliot, Salvador Dalí, Hans Bellmer, Raymond Queneau, Pierre Louÿs, Georges Perec (La Disparition), Leonard Cohen, Serge Gainsbourg et, surtout, Mallarmé.

 

Il a publié un livre, ABC D’AIR (Éd. Vinea, Bucarest, 2012), et quelques poèmes directement écrits en français: v. Poésie 2003, revue trimestrielle de la poésie d’aujourd’hui, Théâtre Molière/Maison de la Poésie, Paris, septembre 2003, pp. 57–59 ; Le Blanc & le Noir ou La Craie & le Crayon, v. Le Blanc en Littérature, EST, Samuel Tastet éditeur, Bucarest, 2006, pp. 119–123 ; Ô maisons, ô gâteaux, Les Éditions Transignum (Salon du Livre Nord-Sud), Paris, 2010 ;

 

 

Livres traduits:

 

 

Paul Valéry, Degas Dans Desen/Degas Danse Dessin (Ed. Meridiane, Bucureşti, 1968)

 

Paul Valéry, Introducere în metoda lui Leonardo da Vinci/Introduction à la méthode de Léonard de Vinci (adnotată de trad., Ed. Meridiane, Bucureşti, 1969; ediţia a II-a, revăzută şi adăugită, Ed. Paralela 45, 2002)

 

Francis Carco, Prietenul pictorilor/L’Ami des peintres (Ed. Meridiane, Bucureşti, 1970)

 

Stéphane Mallarmé, Album de versuri/Album de vers (cu glose şi iconografie, Ed. Univers, Bucureşti, 1988; ediţia a II-a, revăzută şi adăugită, Ed. Institutul European, Iaşi, 2002; ediţia a III-a, definitivă, Ed. Art, Bucureşti, 2010)

 

Serge Gainsbourg, Evghenii Sokolov (adnotată de trad., EST, Bucureşti, 1996)

 

Salvador Dalí, Încornoraţii vârstnicei picturi moderne/Les Cocus du vieil art moderne (adnotată de trad., EST, Bucureşti, 1997; 2001)

 

Paul Verlaine, Invective/Invectives (Caietele Teatrului Naţional, Timişoara, 1998)

 

Guillaume Apollinaire, Cântecul celui neiubit/ La Chanson du Mal-Aimé (adnotată de trad., Ed. Brumar, Timişoara, 2000)

 

Victor Hugo, Balade/Ballades (cu adnotările traducătorului, Ed. Pandora, Târgovişte, 2002); ediaţia a II-a, revăzută şi adăogită, sub titlul de Balade şi alte poezii/Ballades et autres poèmes, Ed. Institului Cultural Român, Bucureşti, 2006)

 

Blazoanele anatomiei feminine/Les Blasons de l’anatomie féminine. Poeţi francezi ai Renaşterii (Gilles d’Aurigny, Eustorg de Beaulieu, Victor Brodeau, Lancelor Carle, Claude Chappuis, Maclou de la Haye, Clément Marot, François Sagon, Mellin de Saint-Gelais, Maurice Scève) în traducerea lui ~ (Ed. Humanitas, Bucureşti, 2004)

 

Hans Bellmer, Mică anatomie a imaginii/La Petite anatomie de l’image (adnotată de trad., Ed. EST, Bucureşti, 2005)

 

Charles Ferdinand Ramuz, Povestea soldatului/L’Histoire du soldat (traducere şi adaptare a libretului operei lui Igor Strawinsky, – Teatrul de Operă din Timişoara, stagiunea 2006-2007; spectacol experimental, Teatrul Odeon, Bucureşti, stagiunea 2008-2009)

 

Philippe Lechermeier, Prinţese date uitării sau necunoscute/Princesses oubliées ou inconnues (Ed. Vellant, Bucureşti, 2007)

 

Philippe Lechermeier, Seminţe de cabane/Graines de cabanes (Ed. Vellant, Bucureşti, 2008)

 

Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, Ars flatulatoria sau Meşteşugul bunei pârţâieli/L’Art de péter (Ed. Art, Bucureşti, 2008)

 

Pierre Bayard, Cum se ameliorează operele ratate?/Comment améliorer les œvres ratées (Traducerea prozei, Nicolae Bârna; traducerea versurilor, Ş. F. – Ed. Art, Bucureşti, 2008)

 

*** (Philippe de Beaumanoir, Watriquet Brassennel de Couvin, Jean Molinet, Guillaume Flamant, Pascal Kaeser), 33 de fatrazii/33 Fatrasies (Ed. Art, Bucureşti, 2008)

 

Georges Perec, Dispariţia/La Disparition (Ed. Art. Bucureşti, 2010)

 

Sonete XXX, traduceri din poeţi francezi, cu o serie de ilustraţii de Tudor Banuş, Ed. Eis Art, Iaşi, 2013

 

Raymond Queneau, O sută de mii de miliarde de poeme/Cent mille milliards de Poèmes (Ed. Art, Bucureşti, 2013)

 

Pierre Louÿs, Femeia (1889-1891)/La Femme (Ed. Adenium, Iaşi, 2014)

 

 

Extraits de presse :

 

 

  • E. M. Cioran (despre traducerea-i din Mallarmé, Album de versuri, Ed. Univers, Bucureşti, 1998) : « Un [livre] admirable. […] Şerban Foarţă s’est attaqué à l’impossible et a réussi grâce à son talent et aux vertus poétiques de la langue roumaine. »

 

  • Nicolae Manolescu (v. Istoria critică a literaturii române, Ed. Paralela 45, Piteşti, 2008, p. 1097) « Unicul mare manierist din literatura română, Şerban Foarţă este un poet extraordinar şi inventiv. »

 

 

 

(mai 2010)

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