Sarah Mostrel

 

Sarah MOSTREL

 

(Israël-France)

 

 

 

L’INDIFFÉRENCE DU MONDE PENDANT LA SHOAH : UNE PLAIE BÉANTE

 

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Photo : Sarah Mostrel

 

Dans les camps de la mort, vivre, une heure, un jour de plus était un acte de résistance. Sans la solidarité entre détenus, nul ne serait revenu. Sans une conscience en éveil jusqu’à l’éclair de lucidité le plus infime, nul déporté n’aurait survécu… Imaginez si le monde s’était levé unanime pour condamner l’ignominie !

 

Quand la haine s’est abattue sur eux, ils ne voulaient pas y croire. Qu’avaient-ils fait pour être maudits ? Ils se sont accrochés au bon sens, voulant croire qu’ils partaient travailler, car comment envisager le pire, une tentative d’extermination d’un peuple, par le gaz ? Ils étaient tant accablés que, hagards, ils ont mis du temps à comprendre ce qui leur tombait sur la tête, comment les hommes pouvaient être si fous, comment on a laissé faire… Ils ont eu beau crier, pleurer, demander de l’aide, nombreux sont ceux qui leur ont fermé la porte, et plus infâmes encore ceux qui les ont livrés. En échange de matériel, d’un tableau, d’un appartement, d’un statut ! Dans l’indifférence, la malveillance, l’abjection… Ils ont été dénoncés par un concierge, un voisin, jusque-là leur ami, faux ami bien sûr, antisémite, antijuif, jaloux, envieux, acteur de l’abominable et souvent, jamais repenti ou inquiété, même après la guerre…

Camps de travail, d’internement, camps de la mort, de la mise à mort, camps d’extermination, de concentration, tout était programmé pour se débarrasser du Juif en cette période terrible du Troisième Reich. En France, les Juifs furent raflés au Vélodrome d’Hiver ou à Marseille, puis déportés dans des wagons à bestiaux à partir de Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, Compiègne… Destination finale : Dachau, Auschwitz-Birkenau, Belzec, Chelmno, Majdanek, Sobibor, Treblinka… Des convois de la honte, qui parfois étaient interceptés par des actes de résistance entrepris par des cheminots. Si rare cependant ! Partout en Europe et autres pays, l’Allemagne nazie trouva une collaboration effective à sa politique de discrimination, persécution et déportation. Partout, la solution finale fit des adeptes. Faut-il rappeler que le Vatican resta silencieux ? Il ne reconnut la responsabilité de l’Eglise dans la Shoah qu’il y a 10 ans. La Croix rouge eut des relations sulfureuses avec la dictature nazie, et aida même, plus tard, la fuite de criminels de guerre comme Adolf Eichmann…

 

Comment concevoir que tant d’hommes prirent part à cette entreprise de la haine ? Comment saisir leur côté maléfique et imaginer leur collaboration au plus grand massacre organisé de l’Histoire ? Comment écrire ne serait-ce qu’un poème, une nouvelle ou un petit essai sur ce sujet sans être pris d’effroi, de dégoût, de nausée, brisé ? Où était la conscience en ces temps monstrueux ? Pourquoi tant d’institutions qui auraient pu, sinon intervenir, dénoncer l’innommable, refuser la barbarie, appeler à la révolte, se turent ?

La question reste sans réponse, à l’échelle individuelle comme collective. Tout comme l’antisémitisme ne tolère pas d’explication ou de justification. Horreur du négationnisme qui aujourd’hui vient se rajouter à la douleur des survivants, insultant jusqu’à la mémoire des victimes. Maladie des hommes à nier ce qu’ils rejettent…

 

A l’heure où toute la population juive civile – hommes, femmes et enfants – fut menacée d’exclusion puis de mort, des résistants juifs essayèrent cependant de contrer les Nazis. Parmi eux, des communistes des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans-Main d’œuvre immigrée) comme Rayman, Wasjbrot, Elek, Fingerweig et autres membres de l’Affiche rouge, qui tentèrent des opérations avant d’être tués. D’autres groupes de partisans juifs œuvrèrent à l’Est à Baranovichi, Minsk, Naliboki (Biélorussie), à Vilnius (Lithuanie). Dès 1942, des Juifs s’opposèrent aux Allemands lors de la mise en place de nombreux ghettos à Kletsk, Lachwa, ou Mir, en Ukraine (Tuczyn) et dans plusieurs autres villes de Pologne. En France, le maquis des EIF (Eclaireurs Israélites de France) et celui de l’Armée juive, le « Peloton Trumpeldor », combattirent et parvinrent à sauver des vies. Il y eut également, événement le plus emblématique, l’insurrection du ghetto de Varsovie qui, menée par les internés eux-mêmes, dura cinq semaines. Des révoltes éclatèrent à Treblinka, Sobibor, Birkenau, Janowska, Babi Yar… Quelle témérité pour ces hommes réduits à l’état de bêtes de s’élever contre une puissance aussi machiavéliquement élaborée que l’était la SS ! Faut-il rappeler le témoignage de ce médecin à Birkenau, sur les conditions d’habitation et sanitaires des plus effroyables dans lesquels vivaient les déportés ? « Les galoches à semelles de bois grossières, légèrement excavées, provoquaient chez presque tous des plaies et ulcérations des pieds et des jambes. Le mauvais état général aidant, les phlegmons des pieds et des jambes œdémateuses étaient une des grandes causes de mortalité, provoquée aussi par d’innombrables cas de tuberculose fraîche ou réveillée par les privations. Pneumonies et pleurésies se multipliaient. Au printemps 1944, il y avait un service spécial pour les pleurésies ; sur 1 200 malades, on comptait près de 100 pleurésies. Pendant l’hiver 1943-1944, une grave épidémie de typhus exanthématique fit de nombreuses victimes ; la fièvre typhoïde et la dysenterie sévissaient continuellement. À un certain moment, il y avait un Block entier de 300 à 400 diarrhéiques. En octobre 1943, l’infirmerie comptait une dizaine de petits Blocks de 100 malades et trois grands de 400 malades, soit une moyenne de 2 000 malades, avec un effectif de 50 médecins et de 120 infirmiers. La surveillance était exercée par un médecin allemand SS et un sergent infirmier SS. » « Combien de temps pouvait tenir un sursitaire de la mort ? À Birkenau, on comptait une survie de deux à trois mois au maximum pour un déporté travaillant dans un kommando. Au bout de ce temps, il était devenu squelettique. (…) Un coup de poing d’un SS ou d’un surveillant, un coup de gourdin sur la tête suffisaient à l’achever avant qu’il ait été happé par la prochaine sélection. » (Docteur Lévy).

 

Des non-juifs, qu’on distinguera plus tard comme « Justes », s’indignèrent aussi de ce crime contre l’humanité. Ils s’insurgèrent, protégèrent leurs concitoyens (par ailleurs souvent si exemplaires dans l’exercice de leur nationalité !). Eux se levèrent et non certaines grandes instances ou ONG qui avaient de la voix, du pouvoir, la possibilité d’arrêter le massacre qui a annihilé 40 % du judaïsme mondial ! Ces « Justes », disais-je, ont résisté de façon exemplaire, sauvant des centaines de milliers de persécutés avec de petites ou grandes actions, grâce à leur courage, leur humanité, leur conscience justement ! Comment ? En hébergeant chez eux, dans une ferme, dans une institution laïque ou religieuse, un Juif, en lui procurant des faux papiers d’identité ou des certificats de baptême, en cachant ou en adoptant un enfant, en aidant à traverser une frontière… Au péril de leur vie.

Ils étaient des gens simples, « normaux », pour qui l’éthique est une règle de vie, un comportement naturel. Des individus humbles souvent, pour qui tuer un innocent est insupportable, méprisable, contraire aux valeurs élémentaires qui font de l’homme un être « humain ». Ainsi, des personnes mais aussi des villages et des communes furent reconnues comme « Justes ». Une « juste » reconnaissance.

 

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Photo : Sarah Mostrel

 

6 Millions de Juifs furent assassinés lors du génocide, soit 50 % des Juifs d’Europe. Une perte incommensurable, orchestrée par des automates de la mort usant d’une technique industrielle et d’une machine administrative effarantes, tant dans le recensement de leurs cibles que par un système concentrationnaire édifiant, la construction de camps de détenus travaillant à leur propre fin et dans des conditions inconcevables : manque d’eau, de nourriture, d’hygiène, maladies. Shoah par balles… Chambres à gaz. Meurtres et stérilisation de masse. Expériences « médicales » : congélation de prisonniers pour étudier l’hypothermie, greffes d’os en vue de tester l’efficacité de médicaments, insufflation de phosgène et de gaz moutarde pour expérimenter des antidotes, expériences sérologiques et diverses sur des bébés, jumeaux…

 

Face à l’horreur, le monde, dans l’ensemble, s’est tu. La balle était pourtant dans le camp de chacun. Camp retranché, camp adverse, camp de la collaboration, camp de l’opposition, camp de la mort, camp de la résistance… Il fallait le choisir, son camp !

Chacun, sous son angle de champ, pouvait sur le champ créer un champ, décider de son champ, laisser le champ libre… Champ de manœuvre ou champ visuel, champ d’application, champ de bataille, champ d’honneur, champ d’action.

Champ de la vie.

Champ de la conscience…

 

 

©Sarah MOSTREL

 

 

 

SEMBLE VENU LE TEMPS DE NARRER LA LÉGENDE :

 

 

 

 

 

 

 

 

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BIO

 

De formation initiale ingénieur, Sarah Mostrel est écrivain, journaliste, musicienne.

 

MAJEURES PUBLICATIONS

 

ESSAI :

OSEZ DIRE JE T’AIME, éd. Grancher (2009)

 

RECUEIL DE NOUVELLES :

LA DÉRIVE BLEUTÉE, éd. L’Echappée Belle (2014)

RÉVOLTE D’UNE FEMME LIBRE, éd. L’Echappée Belle (2013)

 

RECUEILS DE POÉSIE :

CHEMIN DE SOI(E), éd. Auteurs du monde (2015)

TEL UN SCEAU SUR TON CŒUR, éd. Auteurs du monde (2012)

LE PARFUM DE LA MANDRAGORE, éd. Atlantica-Séguier (2009)

LA CARESSE DE L’ÂME, éd. La Bartavelle (2003)

LA ROUGEUR DES PENSÉES, éd. La Bartavelle (2001)

L’ABSOLU ILLUSOIRE, éd. La Porte des Poètes (2000)

 

LIVRES D’ARTISTE :

À MESURE QUE JE T’AIME, éd. Transignum (2015)

A CŒUR DÉFENDANT, éd. Transignum (2011), bilingue français/anglais

 

CD :

CES HEURES OÙ TOUT S’EFFACE

(texte-voix-chant : Sarah Mostrel, Musique : Jean-Pierre Brouard) (2015)

POSER LE MONDE (texte-voix-chant : Sarah Mostrel, Musique : Pierre Meige) (2011)

DÉSIRS PASTEL (texte-voix-chant : Sarah Mostrel. Musique : Pierre Meige) (2010)

 

DISTINCTIONS

Médaillée de l’académie ARTS-SCIENCES-LETTRES (2015)

Médaille du rayonnement culturel de LA RENAISSANCE FRANÇAISE (2014)

Prix de poésie néoclassique ANDRE OMBREUSE, SAPF (2014)

Grand prix international CHARLES LE QUINTREC (Mention spéciale), SAPF (2012)

Primée lors du 7e concours international de Poésie La Porte des Poètes (1999)

 

Quelques liens :

 

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