Sanford Fraser

 

 

 

 

(USA)

 

 

Un Pigeon sur le bord de la fenêtre

 

Allongé au lit ce matin

endormi  à moitié

je  m’éveille avec toi il y a des années de ça.

 

Est-ce ta voix qui rit?

 

Attends. N’arrête pas. Ne pars pas.

Dehors la neige tombe

et remplit la chambre de lumière.

 

Viens ici.  Serrés fort

ensemble, nos corps séparés

disparaîtront, avant

 

avant que l’hiver revienne

un pigeon sur le rebord

nulle autre voix.

 

 

A mon bureau

 

jambes de pierre gourde

esprit farci de mots

 

j’arrête de penser

je me vois courir sur le rivage

 

le sable chaud

les vagues froides approchent

 

se brisent

au-dessus de ma tête.

 

 

Métro Aérien

 

Au-dessus de la rue hurlante

le train me soulève

dans mon costume gris.

 

Sous les voies

une moto fonce

à travers le trafic.

 

Ma main agrippe la poignée.

Mes coudes s’incurvent

Telles des ailes de cuir noir.

 

 

Happy Hour

 

Devant le Café Riviera

une couche de sable

adoucit le trottoir.

5 parasols ombragent

des tables en fer.

 

Près du bord

une fausse tour de guet

surveille la 7ème Avenue.

Je suis là avec mon gin-tonic,

attendant qu’il se passe quelque chose.

 

Des vagues de voitures roulent

ou freinent brusquement au feu.

Est-ce toi dans le bus numéro 10?

Je vois la portière qui s’ouvre.

Je sens le goudron céder

sous mon pas.

 

Dans le bar, le piano joue du ragtime

les notes nous éclaboussent.

Tu es ici.

Nous sommes à la plage.

 

 

Dans Mon Jardin

                                   …il faut cultiver notre jardin.

                                   Candide, Voltaire

 

Dans mon jardin

je suis toujours rasé

et bien habillé

l’arbre toujours coupé

la haie bien taillée

 

chaque fleur étiquetée

avec son nom latin

un bouton de célibataire

(Centaurea Cyanus)

à la boutonnière

 

tout est organisé

comme une vitrine

le rire et les enfants

formellement interdits.

 

Et l’Amour? direz-vous.

A côté de moi

en robe du soir blanche

un mannequin

 

mince et

immaculé.

 

 

Macho

 

Je vois son visage

partout:

 

à la télé

dans la rue

son visage de bois

comme un mur

 

sans fenêtres

les yeux tournés

 

vers l’intérieur

me suivant.

 

Quelquefois je veux

être lui:

 

porter un tee-shirt neuf

soigneusement déchiré

 

prendre la drogue en vogue

conduire une Harley

 

allumer

une fille en cuir

 

la mettre sur moi

comme un gant.

 

 

Plastic Man

 

Par la fenêtre

les sacs poubelles du trottoir se répandent

dans ma chambre

des bouteilles en plastique roulent sous le lit

des vagues géantes coulent

dans la cuisine.

 

Je ferme les yeux, puis les ouvre à nouveau—

les bouteilles sont toujours là

mes céréales, tout ce que je mange

a le goût de plastique.

J’avale,  le  digère

mon visage, mon sourire

mes mots sont en plastique

Je suis indestructible

 

 

Elles

 

 

 

 

Elles défilent une par une

sur la passerelle

 

les top modèles ultraminces

au visage de glace.

 

Et pendant un instant

tu es là-haut avec elles

 

détachée:

 

tes hanches balancent au rythme du hip-hop

tes yeux crient aux applaudissements:

 

Regarde-moi.

Ne me regarde pas.

 

 

Traduction: Françoise Parouty

 

 

 

 

 

 

 

 

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http://www.sanfordfraser.com/

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