Sandrine Rotil-Tiefenbach

 

SANDRINE ROTIL-TIEFENBACH

 

(France)

 

 

 

LE PROBLEME AVEC LA NUIT

 
Le problème avec la nuit, c’est qu’elle est toujours la première de nous deux à arriver à la maison, après la Journée d’Activité. Ce ne serait pas important si je n’avais mes velléités. Mes velléités créatives. Peu se chaut, de quelle écorce sont-elles faites. Créatives ou non, des velléités sont des velléités. Pour d’autres, il s’agira de velléités de jardinage, de bricolage, ou des besoins de jouer, voire d’oisiveté ou de couture, la liste est aussi longue que celle de tous les morts tombés depuis le début de la Guerre-Sans-Nom. C’est dire ! Mes velléités à moi, elles sont créatives. C’est ainsi. Je ne sais pas d’où cela vient. Nous sommes apparues ensemble sur la Terre. Il me semble fort en tout cas, car aussi loin que je remonte dans ce qui me reste de souvenirs, elles ont toujours été là. Je n’ai pas la moindre idée de ce que serait mon existence si leur absence la comblait. Pas même une seule minute. J’ai tenté de me la figurer, ainsi nue, libre enfin de ces désirs de faire. Sans succès. On ne peut décidément rien fabriquer ex-nihilo avec la pensée. L’imaginaire n’est qu’un grotesque fatras de débris de mémoire de tous âges, dont rien ne certifie qu’ils soient fidèles. Honnêtes, encore moins ! Or, pour faire des œuvres, il faut de la lumière. Et, la lumière et moi ne sommes jamais présentes en même temps. Ce serait un véritable drame si l’état de vivre n’en amenait pas de plus prioritaires, et qu’il se perde ainsi parmi tant d’autres le ferait presque croire insignifiant. Mais c’est une erreur. Plus justement, c’est probablement une erreur. Car tout ne l’est-il pas ? Déjà ? Insignifiant ? Alors, qu’est-ce donc qui est important ? Rien ?

 

Rien du tout ?

 

Jamais ?

 

 

[extrait d’un roman dystopique qui est en cours d’écriture/montage]

 

 

 

SANDRINE ROTIL-TIEFENBACH2

 

 

 

« – J’encaisse tout de suite, madame. Vous êtes seule ?

Le serveur a fait de l’ombre en surgissant. Vite, les mots de formalité. Oui, l’établissement ne sera pas responsable en cas de problème. Oui, je veux bien s’il vous plaît qu’on laisse ma table et ma chaise ici […] car c’est pile dans le seul bras de soleil qu’il y a et non, je n’ai pas peur, enfin, je n’ai pas peur pour l’instant. […]

J’ouvre mon sac, en sors gouaches, feuilles à grain, trois petits pinceaux, et les pose à côté de mon verre. […] Je tremble un peu. C’est audacieux d’étaler ainsi devant tout le monde les outils d’une aussi hasardeuse confection. Peut-être, surtout, d’une confession, un instant sacré.

Le Sinteroz commence à chauffer, l’horizon de la cité, sculpté aux couteaux des immeubles, perd déjà de sa netteté et quatre personnes ont investi une table voisine à grands renforts de bris de voix. L’après-midi, en faisant attention, cela va encore…

“C’est toujours avec toi que je préfère être seule”, murmuré-je au soleil qui, étalé sur ma page, l’a éclaircie de quatre tons…

« […] Libres. Sans heurts ni explosions. Sans crainte que la pluie tombe.

Là-haut, derrière les maladies de l’air, si loin, le soleil est toujours le soleil. Il sera encore là lorsque nous aurons disparu. Lorsque l’atmosphère aura recouvré ses esprits, il sera encore là. […] »

 

 

 

SANDRINE ROTIL-TIEFENBACH3       Cats

 

 

[extrait d’un roman dystopique que en cours d’écriture/montage]

 

 

 

PETITES ANNONCES

 

 

Recherche portail vers réalités parallèles (dites aussi réalités alternées) – il y a deux-trois trucs qui me font penser que je ne dois pas me trouver dans le bon continuum espace-temps. Grand merci d’avance à qui pourra m’aider à retrouver mon monde.

 

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Recherche correcteur pour savoir combien d’ailes prend le mot envol en langage des cygnes.

 

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URGENT. Recherche île déserte auto-gérable. Accepte également offres d’autres planètes. Étudie toute proposition.

 

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Cherche Arche avec propriétaire portant un patronyme du genre Noé. Car j’ai besoin de réviser mes cours de fayotage. Merci.

 

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Recherche mécène pour recevoir un don d’environ 190.000 euros (faire changer toutes mes fenêtres, renouveler mon frigo, acheter un four -celui que j’avais est mort-, une cocotte-minute -digne de ce nom-, et puis tant qu’on y est rafraîchir tout l’appartement, et avec ce qui reste acheter quelques murs en ruine dans l’Hérault avec un peu de caillasse autour et entamer les frais de construction de la piscine. Pour commencer.

PS : j’accepte également les tickets-resto, les mèches à vape et les robes de luxe.

 

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J’ai l’impression d’attendre quelque chose mais n’ai pas la moindre idée de ce que c’est. Recherche une réponse. Etudie toutes propositions.

 

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Cherche tutoriel pour changer une brosse à dents en verre de vin rouge (et pas le contraire hein). Si possible avant 2017 (cause élections). Merci.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Sandrine Rotil-Tiefenbach, romancière, poète, illustratrice, peintre et photographe, est l’auteur de Sarah K. 477, roman (éditions Que); J’air, roman (éditions Michalon) ; Dernière fin du monde avant le matin, poésie & aquarelles (éditions Mélis) et Grise (éditions Sulliver). Elle signe également nouvelles, chroniques, poèmes ou images au sein de différents anthologies et collectifs, reconnus ou underground.

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