Sanda Voïca

 

 

 

(Roumanie-France)

 

 

 

 

L’oiseau multiple sandulis voïculis écrit :

 

L’oiseau de la paresse fait signe enfin : tzip-tzirrippp !

L’oiseau de l’amitié se défend de l’accusation : « traître ! »

L’oiseau léger de la correspondance par la poste se lie – frère de sang –,

avec celui de la correspondance électronique.

L’oiseau lourd du réveil après un cauchemar prend un café corsé dans son fauteuil.

Appel à l’oiseau du doute : pourquoi se faire une beauté en écrivant ceci ?

« Action servile ou souveraine ? » me questionne l’oiseau philosophe.

Les plumes d’un canard mandarin cachent ses vraies plumes – vraies jusqu’à quelle strate ?

L’oiseau de la sagesse veut que j’aille ramasser les feuilles tombées du tulipier.

Et quel oiseau résisterait à l’injonction : va te faire voir ?

Un oiseau peut-il se suicider ?

Ceci n’est pas un poème : c’est le battement d’aile, gauche, malhabile, mal-visant, mal-visible,

De restaurer un état de lieux bien délabrés, les ruines du jour d’hier.

 

Je n’ai pas le ton, la voix, les plumes, le bec, le cou, les pattes et encore moins le regard, ou le cœur, et jamais n’aurai le vol multiple d’un tel oiseau.

J’aurai juste un petit ordinateur, deux mains mal exercées et surtout très peu de perspicacité

Pour faire voler cet oiseau dans mes pages et ensuite le voir jaillir vers les autres :

Menaçant ou doux, je l’accueille dans le nid de mes faibles paroles.

Je l’ai dit. Je peux m’en aller.

 

L’oiseau du désir veut partager un gâteau avec sa femelle de la saison.

L’oiseau du rêve unique veut son clonage urgent.

L’oiseau du regard en train de cadrer, pour prendre des photos, se rappelle qu’à la naissance

Il a fait : tzip tzirrrip ! et non pas : clic clic !

 

Pourquoi s’entêter d’écrire quand on n’a rien à dire ?

Je me demande souvent, sans pouvoir arrêter cet élan qui me traverse : dire cette impuissance.

Et pour quand la puissance ?

Du logos à la logorrhée il y a un abyme,

dans lequel tombent mes pages écrites ici et ailleurs.

De la logorrhée au logos il y a mon regard dans l’abîme !

 

Devise du jour : ne jamais déravir, à la Huysmans – être privée de ravissement.

 

20 novembre 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

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Présentation

 

Née en 1962 en Roumanie. Etudes à la Faculté de langues étrangères de Bucarest. Travaillé pour la revue « Contemporanul-ideea europeanà » et « La Roumanie littéraire » comme correctrice, entre 1990-1997. Publié dans les plus importantes revues littéraires bucarestoises poèmes, nouvelles, fragments de roman. Publié en 1999 le recueil  « Le diable avait les yeux bleus »/ « Diavolul avea ochi albastri » sous le nom d’Alexandra Voicu, Editions Vinea, Bucarest.

 

Depuis 1999, arrivée en France. A présent, elle écrit directement en français.

Elle montre ses textes francophones depuis peu. Détails sur son blog, « Le Livre des proverbes nouveaux », rubrique « Présence ailleurs ».

 

Initiatrice et animatrice (avec Samuel Dudouit) depuis 2010, de la revue numérique, devenue entre temps, mensuelle, « Paysages écrits ».

 

 

 

https://sites.google.com/site/revuepaysagesecrits/archives/numero-4

 

http://www.le-capital-des-mots.fr/article-le-capital-des-mots-sanda-voica-111130033.html

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