Ron Whitehead

 

 

(USA)

 

Grand poète et artiste de la BEAT GENERATION

 

 

Interview avec Rodica Draghincescu

 

 

 

 
MOTTO : 

je vais lécher votre lèpre, nous sommes la tempête la tempête tempête !

 

 

RD: – On dit que le poète est une personne qui crée, de vive voix, ou écrit avec sa plume et son corps, de la poésie. Le poète a le don de combiner les mots, les sonorités, les rythmes, les sens, il possède la magie d’évoquer des sentiments, des situations, de provoquer des émotions chez  qui l’écoute ou le lit. On dit aussi que la poésie reste difficile à définir, à délimiter, car elle pénètre partout, elle influence à peu près tous les arts et toutes les disciplines, elle est onirique et réaliste, à la fois, sensible et sublime, compréhensible et chiffrée, sauvage et sage, pensive et subversive, câline et rebelle, dada, beat ou rock-and-roll, romantique, symboliste, textualiste, minimaliste, philosophique, libre ou condamnée, sociale et astrale, à tour de rôle. Bref, pour vous, qu’est-ce la poésie? Et pourquoi écrivez-vous?

 

RW: – L’art est une pulsion qui s’empare d’un être humain pour en faire son instrument. L’artiste n’est pas simplement une personne qui agit librement, à  la poursuite d’un but personnel, mais aussi quelqu’un qui permet à l’art de se réaliser à travers cette personne. Les artistes ont des humeurs, des buts personnels, ils ont leur libre arbitre… En tant qu’artistes, ils incarnent l’humanité, ils transmettent et forment inconsciemment la vie. D’un partage à l’autre, ils métamorphosent notre espèce. Le fonctionnement  psychique des créateurs nous intrigue. Les véritables réalisations artistiques sont le résultat de longues recherches. La création est liée à  la vision et à la compréhension de l’artiste. La disposition artistique va de paire avec un charisme qui renvoie  à la « fonction »  cathartique de la création et qui a des aspects collectifs.

 

 

 

 

RD : – Être poète veut dire…

 

RW : – Être poète veut dire voir, prévoir et entrevoir.

 

RD : – Un prophète ? Le poète serait-il un prophète ? Comment nait-il ?

 

RW : – Comment naît le Prophète ? Et le Poète? Quels outils utilise le Prophète ou le Poète pour mieux interpréter son travail? Un Prophète-Poète nous révèle quand, comment et où, comme individus et sociétés, nous nous sommes trompés, nous nous sommes égarés, dans le passé, et nous essayons de nous réorienter dans le sens/la direction/la position de l’avenir. Un Prophète-Poète est une personne qui suggère ce qui peut/pourrait se passer (présent et avenir). Un Prophète-Poète proclame ce qui est révélé par la petite voix insistante de l’intérieur. Le Prophète-Poète il regarde en lui. Il se tourne vers l’extérieur pour donner la voix à sa vision. Il prédit le sens de l’instant vécu ou à vivre à ceux et celles qui veulent l’entendre.

Le Poète-Prophète est un mystique qui expérimente tout ce qui est caché dans la signification des choses. Il analyse à travers ses pensées poétiques tout ce qui est énigmatique, ce qui est mystérieux, ce qui est inconnu, occulte, pour la plupart des gens. Un mystique est quelqu’un qui croit et qui sait qu’on peut connaître la vérité à travers un regard spirituel et intuitif. Ce regard regardant, cette méditation, en est indépendant(e). Il n’est traduit que par l’esprit.

 

RD : – Comment définiriez-vous le Mystique ?

 

RW : – On pourrait définir le Mystique comme le Sens secret préservé au-delà de l’Humain. A la fois, il est au centre de la raison et de la compréhension et de ce qui pourrait se traduire par le symbolique. Un mystique, à travers une vision éclairée (qui est naturelle), devient trans – substantiel, transmué alchimiquement d’une substance à une autre, capable de voir au-delà du phénomène de la substantialité et surtout de voir et toucher le transcendant. Grâce à la vision mystique transubstantielle, élaborée et initiée, actionnée, activée,  le pouvoir de l’Oeil du POETE règne sur le  sens de la vue et du discernement. Le Poète-Prophète peut atteindre  la clairvoyance spirituelle, l’illumination, l’exaltation. Tout esprit éclairé n’a rien de spécial, il est seulement naturel.

Certains individus ressentent un besoin profond de découvrir, autant que possible, les secrets et  les mystères de la vie. Pour certaines gens, la vie est une recherche incessante des profondeurs et des hauteurs de l’être, du matériel et du spirituel, de l’art et de la vie même. Ces gens  cherchent et revendiquent une réponse à l’Enigme d’exister  (aux énigmes de l’Existence). Cette réponse, Henrik Ibsen l’a appelée  le Troisième Royaume, ce lieu où la « synthèse des différences irréconciliables » serait trouvée ou trouvable. Ibsen a conclu qu’il n’existait pas dans ce monde et qu’il serait peut-être découvert à la mort. Pourtant, il se disait athée.

Un Poète-Prophète n’est pas toujours une Entité  Salvatrice, mais plutôt une Entité  iconoclaste, anarchiste, un ou une sorte de Kali/Shiva qui détruit et qui crée. L’IL et l’Elle du corps pensé. La /Le Poète-Prophète se bat constamment contre ses démons personnels (intérieur et extérieur), remportant des victoires – poèmes, chants, tableaux, actes de miséricorde, formes d’inspiration, d’amour, de passion, de compassion, de pardon…  Le Créateur de la Création essaie de donner, de partager, d’offrir, de communiquer, cassant la coquille noire et épaisse de la société, car il a un pouvoir transformateur.

Si on veut avancer dans la vie avec les autres, il faut  d’abord reculer pour mieux contempler le vécu. Une vie vécue à reculons, à travers la technique rétrospective, pour lui permettre de  retrouver l’élan et de continuer à avancer. Le recul méditatif du Créateur est au cœur de cette quête initiatique. Il faut trouver le courage de franchir le Rubicon, d’être prêt à survoler le passé, à le revendiquer pour s’évader dans l’au-delà. Et si on le peut, brûler les ponts au fur et à mesure.

Il ne faut pas espérer la paix et la tranquillité au retour. Revoir  le passé amorce la dynamique de l’agitation vécue au présent. Nous ne pouvons pas re-vivre, re-capter la vie ou corriger les erreurs du passé, mais nous pouvons recommencer à zéro. Le Poète-Prophète reconnaît les défauts (tout en s’interrogeant sur ce que signifie réellement l’échec). Il fait face à (…)  et, ce faisant, il s’éloigne de la mort et du  désespoir pour aller vers l’espoir du Réveil ou de la résurrection dans/de la vie.

Pourquoi laisser le réel  vider  la vie de toute sa poésie, de tous ses rêves, de tout son mysticisme et de tous ses mensonges? Qu’est-ce que  la vérité ?  Le savez-vous ?

 

 

 

 

RD : – La vie est une Question qui cherche une Réponse. Ou inversement…

 

RW : – Nous avançons, nous marchons dans la vie  à l’aide de symboles, et nous les échangeons au fur et à mesure que nous progressons.

En quête du Numineux: Mysterium Tremendum et de la turpitude gnostique: l’Epiphanie du Big Bang.

Manger Du Livre… Manger De la Création…

 

RD : – C’est-à-dire ?

 

RW : – Le numineux, mysterium tremendum, le mystérieux é-pouv-antable , sont inséparables de l’épiphanie, que James Joyce a défini comme « une soudaine manifestation spirituelle se traduisant par la vulgarité de la parole et du geste, ou bien par quelque phrase mémorable de l’esprit même. » Le numineux ne peut pas être enseignée. Il doit être réveillé dans l’esprit de l’être entier que représente le  Prophète-Poète.

Mon argument en faveur de The Ocean of Consciousness [l’océan de la conscience] remonte aux débuts de la compréhension expérientielle de la sainteté. C’est ici que se croisent les  limites du gnosticisme dialectique et de l’alchimie. La dernière  transcende  des divisions inhérentes à l’aliénation, de la fragmentation du Modernisme profond et du chaos superficiel annonçant le postmodernisme. Je suis d’accord dans une certaine mesure avec l’argument de Turkle selon lequel « L’objectif du développement sain de la personnalité n’est pas de devenir Un, un noyau unitaire, mais plutôt d’avoir assez de flexibilité pour naviguer entre des identités multiples  ».

 

RD : – Des identités multiples ?

 

RW : – Avoir des identités multiples pourrait laisser entendre  que nous marchons sur des sables mouvants, qu’il n’y a pas de terrain solide, que tout est chaos. Même si vous êtes cryptanalyste, capable de  transformer en « plein texte lisible et compréhensible les messages codés de Lacan mais aussi bien les énoncés des existentialistes, des déconstructivistes, des poststructuralistes français, et tous les autres écoles sifflantes issues de la France d’après-guerre » (apud McCorduck) vous n’en aurez  jamais fini avec les « -ismes »… Ce besoin de transformer et de détruire, de refaire et de réinstaller les mots et les textes, laisse croire que l’humour-egocentrique-terriblement-sérieux des supporteurs et des pratiquants du Postmodernisme, ainsi que leurs  théories sont des jeux de grands enfants…  Une façon de vanter la théorie qui devient avant tout plus importante que le texte (quel que soit le texte : livre, tableau, chant, vie, etc.). Mais hélas,  personne n’aura jamais eu le dernier mot !?

 

RD : – Quel est le mot qui vous dérange le plus, Ron Whitehead? Quel verbe ? Déconstruire ?-  peut-être…

 

RW : – Déconstruire un texte ne désignifie pas, ne rend pas le texte inférieur à ce qu’il était avant que vous l’avez ludiquement et chirurgicalement décortiqué, et si vous êtes un bon mécanicien, pour pouvez le reconstruire, même si vous lui avez déjà donné des nouvelles caractéristiques, lors de votre plaisir constructif-destructif… Peu importe combien de démontage, de déconstruction vous faites, il y aura toujours quelque chose qui reste, une essence significative qu’on ne peut pas détruire.

 

RD : – Que représente pour Vous, Ron Whitehead, la pensée poétique?

 

RW : – Est-ce que la pensée et la langue  sont une seule et unique chose ou un fruit composé de deux choses distinctes ?

 

RD : – La pensée vient en premier…

 

RW : – Oui, la pensée vient en premier. La langue est matricée à la pensée par la nécessité de la communication. Pensée et langue sont si étroitement liées, qu’elles apparaissent comme un tout, mais la pensée est le Soi, la langue est l’Autre. La langue est l’ombre de la pensée. Le langage intérieur, le monologue intérieur est donc alors plus proche, plus étroitement matricé à la pensée – plus près de sa source – que le langage verbalisé à l’extérieur ou le langage parlé. Le langage intérieur est diaphanique. La langue extérieure est a-diaphanique. L’âme du  Poète-Prophète peut-elle passer le langage à travers la diaphane, et le fait-elle?

 

 

 

 

RD : – Je crois que oui…

 

RW : – Oui! Dans une direction, et seulement dans une direction, elle le fait en supprimant la ponctuation. Une fois la frontière diaphane est passée, une autre logique est mise en œuvre: la logique de l’hallucination, du surréel, langue, le langage des rêves (pas le même que le langage du chaos Postmoderne). Et alors ? Le flux de la conscience, l’association libre, le récit serait si proche de… que nous pouvons arriver à l’expression de la pensée pure? Toute forme de langage est plus lente que la pensée, mais une chose est certaine: le langage est un point de mire sombre mais beau pour l’infirme aveugle, par exemple.

 

RD : – Croyez-vous en toutes ces théories de la littérature ?

 

RW : – Les connaissances, des débuts du modernisme jusqu’à The Ocean of Consciousness, en passant par le postmodernisme, sont réorganisées, redéfinies à travers la littérature, l’art et la musique. Les genres changent, les canons volent en éclats, tout comme la culture. La mythopoétique, le sens privilégié de la vue, du moderne, du contemporain, des poètes, des musiciens, des artistes de l’avant-garde sont des exemples de formes d’art d’une société, d’une culture, d’une civilisation, d’un monde, dans lesquelles l’humanité vit, non en sécurité dans les villes ni innocemment à la campagne, mais sur la marge apocalyptique et simultanée d’un Nouveau Royaume de l’Être et la Compréhension. La mythopoète ou le mythopoète, reprend le rôle du prophète-voyant. La création de mythes résonne  dans l’esprit des lecteurs, des nouveaux mythes qui parlent avec l’autorité des anciens mythes, mythes qui sont des dons et des sons de l’ombre.

 

RD: – Ron Whitehead, vous êtes le magicien rebelle de la poésie contemporaine américaine, vous ensorcelez le monde entier avec vos paroles/textes et performances. Est-ce que la poésie est un vraiment don ou une cause à défendre?

 

RW: – La poésie est un don divin qui doit toujours, coûte que coûte, être défendu. La poésie est la vie. La poésie nous sauve de la mort dans la vie, d’une existence banale.

 

RD: – Nous connaissons l’évolution du mot « poète » à travers les siècles… D’après vous, quelle sont les époques et quels sont les peuples période de l’histoire de l’humanité qui ont le mieux défendu et mis à l’honneur la création poétique?

 

RW: – D’Homère et de Sappho jusqu’au présent, la Poésie a été l’art le  plus apprécié de tous les  Arts. Oui, bien sûr, il y a eu des hauts et des bas dans l’histoire de la Poésie, tout comme il y a eu dans l’histoire des Civilisations que nous avons connues, et que nous connaissons. La liste est trop longue pour nommer ceux et celles qui, dans l’histoire de la Poésie, l’ont mieux défendue. Je sais qu’enfant, je me suis consacré à la Poésie, rêvant d’être un Poète. C’est vital pour moi… Donnez-moi la Poésie ou donnez-moi la Mort!

 

RD: – Poésie et musique. Musique et poésie. Créations interactives. Les deux arts du son, du rythme et du sens sont unis et se réclament réciproquement. Il y a un lien fort et ancien entre les deux. Le rapprochement entre les deux opère dans les deux sens. Sur cette terre des muses, vous avez vécu de très belles expériences. Musique des mots et mots en musique. Comment cela fonctionne, dans votre cas? Vous devriez avoir beaucoup de belles réussites à nous raconter.

 

RW: – Ah oui, la Poésie et la Musique sont des amants qui donnent naissance sans cesse à de nouveaux enfants, c’est-à-dire ils font venir au monde des poèmes et des chansons. La Poésie et la Musique sont si intimement liées que souvent il nous est impossible de les distinguer l’une de l’autre. C’est seulement quand ils se séparent après leurs amours, querelles et ébats que nous pouvons distinguer la Poésie de la Musique et la Musique de la Poésie. Bien que je sois poète, j’ai toujours aimé les deux d’un seul amour : la Poésie et la Musique également. La musique est le langage des anges. La poésie est le langage de la musique. Les deux sont donc des dons des royaumes des Anges.

 

RD : – Vous avez eu la chance de travailler avec de très bons musiciens américains…

 

RW : – J’ai eu la chance de travailler avec quelques-uns des meilleurs musiciens (de tous genres) de  notre planète ; c’est-à-dire avec David Amram, My Morning Jacket, Sigur Ros, The Sugarcubes, BONO, Lee Ranaldo/Sonic Youth, Robert Hunter/The Grateful Dead, Yoko Ono, Mike Watt/Minutemen/Iggy & The Stooges, David Thomas/Pere Ubu, Kira/Black Flagg, Michael Pollock/Utangardsmenn, Michael Fitzpatrick, Peter Pecere, Jeremy Podgursky, By The Grace of God, Jim Carroll/The Jim Carroll Band, Vassar Clemens, Art Stamper, Willie Nelson’s Band, Mickey Clark, Sarah Elizabeth, Tyrone Cotton, Ramblin’ Jack Elliot, des centaines d’autres. De  plus de  6000 spectacles que j’ai présentés autour du monde, 5000 d’entre eux ont été avec des musiciens de tous genres et de tous les coins de la planète.

 

 

 

 

RD : – Quel cadeau!

 

RW : – Oui, un cadeau béni ! Être sur scène, lire mes poèmes accompagnés par les meilleurs musiciens et chanteurs de la planète. Mon Dieu ! C’est un cadeau qu’aucune somme d’argent ne peut acheter.

 

RD: – Une poète d’Argentine, Cristina Castello, disait « La poésie est la Révolution de Dieu. » Peut-on faire des révolutions en disant des poèmes? Le Cosmos réagirait-il au dire d’un grand poète ou d’un grand musicien?

 

RW: – Après avoir terminé mon premier spectacle à l’affiche, devant deux mille spectateurs, au Festival international de Poésie de Nicaragua, 130 poètes de 50 pays, de tous les 7 continents, Yevgeny Evtouchenko, le plus célèbre poète de la Russie, à qui mon ami Allen Ginsberg m’avait présenté plusieurs années plus tôt à NYC, Yevgeny se leva avant le public et a crié « Ron Whitehead est un Poète-Prophète, il est un des plus grand poètes du monde!»

 

RD : – Qu’avez-vous ressenti en entendant ces paroles ?

 

RW : – Eh bien, moi j’avais envie de me cacher sous la chaise. J’ai été gêné et flatté en même temps donc je ne savais pas quoi faire ou dire. Oui, j’en étais certainement reconnaissant. Ce poète russe reste l’un des plus grands poètes du monde. Et il déborde d’énergie. Un type formidable.

 

RD : – Un Révolutionnaire !

 

RW : – Oui, la poésie, c’est la révolution. Tout ce qui nous sauve de la mort dans la vie est révolutionnaire. La poésie nous sauve de la mort dans la vie. Ma vie a été menacée tant de fois à cause de ce que je dis dans ma poésie ou à cause d’autres poètes et des musiciens et des chefs de file culturels avec lesquels j’ai travaillés et qui étaient mes amis.

 

RD: – Vous avez grandi pendant la période de Beat Generation. William Burroughs, Allen Ginsberg et Jack Kerouac sont les précurseurs du mode de vie de la jeunesse des années 1960, qui a ébranlé la société américaine dans ses certitudes. Elle a directement inspiré aussi bien les mouvements de mai 1968 que l’opposition à la guerre du Vietnam, ou les hippies de Berkeley et Woodstock. Pourtant la Beat Generation a aussi contribué à enrichir le mythe américain. La Beat Generation témoigne également d’un attachement profond aux grands espaces, à la nature et aux spiritualités chamaniques dans lesquelles l’homme est partie intégrante du Cosmos. Quel serait votre plus beau souvenir de cette époque?

 

 

 

 

RW: – J’ai des souvenirs extatiques ou euphoriques de cette période qui se poursuit aujourd’hui à travers moi et les autres. Mes amis David Amram et Lawrence Ferlinghetti poursuivent encore le travail, comme moi. Voici quelque chose que je dis toujours au sujet de la Beat Generation:

Aujourd’hui, les générations X et micro surf sont pleines de gens comme vous, créateurs  qui veulent  exprimer ces énergies créatrices enfouies dans leurs cœurs, qui suintent de chaque pore de leurs êtres. Ils meurent d’envie de changer, de guérir le monde. De sauver, artistiquement, le monde.

 

RD : – Est-ce toujours possible?

 

RW : – Est-ce qu’il est trop tard? Reste-t-il quelqu’un (un groupe? une foule ? un peuple, une langue ?) capable de montrer la voie, de servir d’exemple?

 

RD : –  D’être un guide?

 

RW : – Un mentor ! James Joyce, le Roi du Modernisme, disait que l’idée du héros n’était qu’un mensonge sacré, que les forces motivantes principales sont la passion et la compassion. Pas plus tard qu’en 1984, les gens se moquaient de George Orwell. Aujourd’hui, alors que nous habitons finalement dans un monde orwellien, pouvons-nous nous rappeler de la passion et la compassion ? Ce   rire ironique et satirique postmoderne, ce  jeu-mort-en-vie a-t-il tué le  sperme et l’ovule? Y-a-t-il encore un endroit  meilleur qu’ici ? Où ?  Il ne faut pas s’étonner que les jeunes d’aujourd’hui aient adopté Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William S. Burroughs, Herbert Huncke, Gregory Corso, Neal Cassidy, Lawrence Ferlinghetti, Amiri Baraka, Robert Creeley, David Amram, Diane di Prima, Ed Sanders, Anne Waldman, Bob Dylan

 

RD : – Ron Whitehead et tous les autres…

 

RW : –  …de la Beat Generation et d’autres poètes semblables, écrivains, artistes, musiciens, photographes, cinéastes, tout  comme leurs ancêtres inspirants, affirmatifs de la vie et antinomiens.  Ce sont des gens qui ont résisté et qui résistent encore  à TOUTE FORME DE POUVOIR, de droit, de force irraisonnée, et qui ont regardé ces formes du  pouvoir dans les yeux et qui leur ont dit NON, NON, je ne suis pas d’accord avec vous et je vous dis pourquoi. Et ils ont dit ces paroles, pas pour l’argent ou pour la gloire, mais par les convictions les plus profondes de la vie, par la croyance que nous, chacun de nous, peu importe notre couleur de peau, notre situation économique, nos préférences politiques, religieuses et sexuelles, chacun d’entre nous a le droit de vivre et de rêver !

Au cours de la prochaine décennie la Beat Generation sera reconnue comme le groupe le plus important de poètes et d’écrivains de l’histoire de l’Amérique. Les Beats ont donné naissance à de nouvelles générations, à de nouvelles énergies qui se réveillent à la prise de conscience !

 

RD : – Ron, vous êtes universitaire et BEAT. Ou BEAT et universitaire… Comment les deux fonctionnent-ils ensemble?

 

RW : – Oui, ça marche… Les portes sacrées des milieux universitaires, le bastion de la pensée conservatrice, les portes des universités commencent finalement à s’ouvrir en grinçant (tout comme il a fallu tant de temps pour qu’elles s’ouvrent à James Joyce, Virginia Woolf, Samuel Beckett et à tous les autres penseurs originaux, expressionnistes). Les portes s’ouvrent en grinçant et, enfin, au moins un dialogue, un discours sur les Beats a commencé. Heureusement…

 

 

 

 

RD: – Auriez-vous une immense joie de poète et d’artiste à partager avec nous?

 

RW: – Oui, la joie et la foi de ne jamais abandonner, peu importe ce qui se passe. Et voilà, je  partagerais avec vous le petit poème que j’ai écrit avec Sa Sainteté le Dallai Lama, qui a maintenant été distribué partout dans le monde :

N’abandonnez jamais 

 

N’abandonnez jamais

Quoi qu’il arrive

N’abandonnez jamais

 

Développez  le cœur

L’esprit consomme trop d’énergie

A la place du cœur

Développez le cœur

 

Ayez de la compassion

Non seulement pour vos amis, mais pour toutes et tous.

Ayez de la compassion

 

Travaillez au nom de la paix

Dans votre cœur et dans le monde

Travaillez pour la paix

 

Et je le redis

N’abandonnez jamais

Quoi qu’il se passe autour de vous

N’abandonnez jamais

 

RD: – Qu’est-ce qui vous fait mal, comme poète ?

 

RW: – Eh bien oui, de si nombreuses expériences magnifiquement douloureuses. Trop nombreuses pour les énumérer ici. Je vais donc seulement en mentionner une. J’ai mis en scène « l’Official Hunter S. Thompson Tribute » en 1996, à Louisville Kentucky, dans ma ville natale et à la fois celle de Hunter. J’ai fait venir Hunter et Johnny Depp et Warren Zevon et Roxanne Pulitzer et David Amram et tant d’autres. C’était un événement à guichets fermés et salle comble. Des milliers de gens sont venus. Toute la presse, du New York Times au réseau Arts & Entertainment. L’Université de Louisville, où j’ai enseigné pendant quinze  ans, avait accepté d’assumer les coûts de l’événement et moi j’organiserais le spectacle même. Une semaine avant l’événement, les Gens de l’Université de  Louisville ont retiré leur soutien en disant qu’ils avaient peur, à cause de toutes les références aux drogues et à l’alcool qui avaient été faites dans la publicité pré-événement, disant que leurs bailleurs de fonds cesseraient de donner autant. Donc, on m’a laissé seul à régler la note. L’évènement a coûté 100 000 $. Nous avons obtenu seulement 50 000 $. Du coup, je suis endetté depuis… J’ai finalement réduit la dette à 3 000 $, mais oui, je la paie toujours. Si j’avais à le refaire, est-ce que je changerais quoi que ce soit ? Non. Pas une seule chose. Je n’ai aucun regret. Aucune  plainte, seulement la gratitude.

 

RD: – Pour oublier tout ce chagrin, revenons doucement à la BEAT GENERATION… Alliant créativité débordante et fascination pour le milieu « Underground » des villes des cotes Est et Ouest des États Unis et tout l’art qui s’y crée (littérature, jazz, etc.), les artistes de la Beat Generation rejetaient la société organisée et corrompue et les valeurs traditionnelles; ils voulaient vivre simplement, à fond, ils cultivaient l’amitié, l’harmonie et la solidarité, l’univers calme et créatif de l’entente universelle. Ils se révoltaient contre tout ce qui était matériel et violent, contre toute forme d’égoïsme et de possessivité, contre l’hypocrisie, l’uniformité, la superficialité et tous les autres maux qui les accompagnent. Ils voulaient créer une société de sentiments simples, sans préjugés. Peut-on rester encore un beatnik, de nos jours? 

 

RW: – Je le suis. Je tiens toutes ces valeurs proches de mon cœur. Je les respire, je les vis, ils suintent de chaque atome de mon être. Toute personne qui choisit, et il y en a de plus en plus qui le font, de vivre selon ces valeurs peut le faire dès maintenant. Peu importe d’où la personne vient. Peu importe ses origines. Je rencontre un nombre croissant de jeunes, de tous âges, qui,  inspirés par les Beats, choisissent de vivre leur vie selon ces normes. Ils refusent de se prosterner devant les autorités prétendument supérieures et ils n’abandonneront jamais leur quête de liberté et d’égalité.

 

RD: – Salut, beatnik! [Hi, beatnik!] est le titre d’une chanson écrite et interprétée par le poète et chanteur français Léo Ferré en 1967. Les Beatniks est le titre d’une chanson écrite par Patrice Laffont et interprétée par Michel Sardou en 1966.  La France entière et le monde entier furent influencés et marqués à vie par les artistes beatnik… Quels rapports avez-vous eu avec des artistes internationaux qui appartenaient à ce même mouvement culturel et politique?

 

RW: – Trop nombreux pour les énumérer. J’ai travaillé avec Allen Ginsberg et William S. Burroughs et Gregory Corso et Herbert Huncke et beaucoup d’autres qui ont passé à l’autre côté et je continue à travailler avec Lawrence Ferlinghetti et David Amram et Diane di Prima et Amiri Baraka et Anne Waldman et Ed Sanders et bien d’autres. Avec mon ami Olafur Gunnarsson, le  grand romancier de l’Islande, j’ai produit le seul et unique Beat Generation Festival en Islande. Tous les leaders culturels y ont participé. Beaucoup ont donné des spectacles. Un événement extraordinaire. En Islande, le seul pays scandinave où l’on parle encore le vieux norrois, la langue d’origine des Vikings. Après le festival, j’ai gravi  en solo la montagne Viking, un endroit historique d’où de  nombreux ascensionnistes ont été emportés par le vent et tués.

Sachez que j’ai commencé ici un livre avec le poème The Storm Generation Manifesto  (Le Manifeste de la génération tempête). J’ai vécu en Islande pendant deux ans. J’étais à une semaine près d’épouser une belle Viking, Birgitta Jonsdottir, devenue entre temps députée au Parlement de l’Islande et membre originale de Wikileaks.

Vous voyez, je reste toujours à l’écoute des personnages d’influence et d’action du monde entier. En Avril cette année, j’ai été l’interprète principal en vedette au festival annuel international des arts en Estonie. Les Estoniens ont nommé leur festival  « tolérance zéro », titre de mon très long poème épique.

 

RD: – Durant votre vie, vous avez vécu dans plusieurs pays, vous vous êtes produit sur plusieurs grandes scènes, vous avez donné à vos fans plusieurs œuvres lyrique et musicales, l’une plus originale et plus importante que l’autre, vous avez remporté plusieurs prix, bourses et récompenses, vous avez pratiqué plusieurs métiers, dont celui de professeur d’université. Un globe trotter du lyrisme impliqué, socialement et politiquement… Dites-moi, s’il vous plaît, de toute cette avalanche événementielle, quelle serait votre plus belle satisfaction?

 

RW: – Le tout! Je suis tellement chanceux. J’aime les gens et je n’ai jamais rencontré un « étranger ». J’ai vraiment du plaisir à voyager dans d’autres villes, dans d’autres pays et à jouer sur le devant de telle ou telle scène et à devenir amis de… , de tous ces gens … Oui, j’aime pratiquer la hangoutology [la « flânerie »] avec les gens qui vivent là où ils sont et là où je suis avec eux. Chez moi –  c’est le monde, le monde  entier. Les peuples du monde sont ma famille. J’aime la vie. La vie a certainement été bonne pour moi.

 

 

 

 

RD: – Que représente la musique de la vie pour votre parcours de poète? Quel est le genre musical qui se conjugue le mieux avec votre vie et vos verbes incendiaires?

 

RW: – Nous habitons dans l’espace. Nous mesurons l’espace par le temps. Espace et Temps. Statique et Cinétique. Le Mouvement dans l’Espace crée le Temps. La Magie et le Mouvement façonnent l’Instinct en Rythme. Le Rythme mesure le Temps. Le Mouvement/Rythme est Actif, Action, Cinétique, la Causalité. Le mouvement peut être monotone, mais le mouvement rythmique est en tout cas créatif. Le Rythme souffle de l’énergie dans la forme. Un Monde Poétique est en train de se faire et l’union des Polarités Créatives de la forme et de son énergie, l’Espace et le Temps, sont consommés par le mouvement, le mouvement rythmique.

La Musique Poétisée est le langage des anges. C’est un cadeau pour nous les humains. J’aime la musique. J’aime la poésie. J’ai travaillé avec et pour tous  les genres musicaux. J’ai lu mon œuvre devant et avec des musiciens classiques, devant et avec des musiciens de la musique des montagnes,  à l’ancienne, ensuite j’ai lu sur de la musique country, rock alternative, punk alternative, grunge…

 

RD : – Vous avez tout essayé…

 

RW : Demandez-moi tout ce que j’ai fait et on restera à vie ici, à  jamais, car moi j’ai tout  fait! Et j’aime ce tout. Il y a quelque chose dedans, de  si beau, si charismatique, si magnétique … Le mouvement… Le corps autour de la danse de la musique et de la poésie.

 

RD : – La danse ?

 

RW : – La danse. Oui!!!

 

RD: – Poésie et esprit. Poésie et magie. Poésie et astres. Voyance poétique. Le poète vit entre terre et nuages et il a la conscience des choses, il sent les phénomènes à venir, il les capte à travers des sons et des sens lyriques qu’il appelle « licences», c’est-à-dire « mystères, choses, idées, sensations, sentiments, êtres et substances qui n’existent pas encore mais qui se formeront un jour, qui seront mis au monde, à partir d’un syllabe ou d’un son pleins d’entités et d’énergies inconnues)… La conscience et l’intuition du poète, son ressenti et ses visions ont accès aux entrailles du monde et sont plus vifs que la moyenne des autres hommes. Ce qui conduit à parler d’une sorte de voyance chez les poètes. Le grand poète français Rimbaud avait affirmé lui aussi : « Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. »

 

RW: – Le Poète-Prophète fait un appel téléphonique au jardin, à l’origine, au centre de tout. Ces lignes sont dessinées. Le contact psychique est établi : l’énergie électrique de la synchronicité se fait sentir. Mais le Poète-Prophète ne peut plus savoir avec certitude  où les mèneront les lignes de la vie  et si elles  n’ont pas déjà esquissé chaque parcours, chaque étape. Chaque acte est créatif…
… sentiments,  impressions sensorielles, implosion des stimuli extérieurs : Toute cette transmutation par alchimie…

Toutes ces images perceptives dans l’omphalos de l’être, ce tout qui les fait retourner  à la base, en inversant, en explosant, en allant vers l’extérieur à l’expression, à la représentation, la création, la création de soi, la création du créateur, du poète. L’expansion du Je vers le Vous du Nous. L’expansion de  tous et de tout, vers ce Je nouveau (nouveau jeu), vers l’Ouroboros, vers le Je Suis ce que Je Suis. Le Je englobe maintenant le Vous et le Nous comme une unité. Le ruisseau appelé Je converge avec un autre ruisseau appelé l’Autre. Les flux fusionnent pour former ce fleuve qui coule et coule afin de se jeter dans l’Ocean of Consciousness, dans le ventre originique et organique, là où les gouttes de la création deviennent des flots Je, Tu, Nous, Un.

La /Le Poète-Prophète déconstruit le réalisme. IL/Elle utilise la technique innovante de l’intercalation : la juxtaposition de plusieurs scènes dans le temps. Elle est Élue Coën*, Prêtresse Élue de l’Expressionnisme, Elle est le Cubisme, le Modernisme, le Dadaïsme, le Surréalisme, le Postmodernisme, mais ELLE  est davantage elle. Elle est Maîtresse Alchimiste, Maîtresse Magicienne. Sa main longue et mince est de plus en plus tendue vers moi, me saisit la gorge, et me tire dans le livre magique. Manger du Livre en effet! Je ne fais que consommer ce livre : le livre me consomme.

Moi, maintenant, avec Elle, je suis Élu Coën juxtaposant des scènes dans le temps et l’espace en elle, en moi, en VAISSEAUX REMPLIS DE SANG QUI COULENT À TOUTE ALLURE VERS LE COEUR. Étant REMPLIS DE SANG, ma perception originale, la sensibilisation, et les sens sont fracturées, fractalisées, ces vaisseaux sanguins, les VAISSEAUX REMPLIS DE SANG par la 4 e de couverture…

 

 

 

 

RD : – Vous parlez poésie…, vous respirez poésie…

 

RW : –  J’ai maintenant de nouvelles perspectives, de sensibilisation, les sens. Je regarde les autres. Leurs expressions sont-elles différentes quand ils me regardent? Je dois apparaître différemment. Je me sens différent. Je suis différent. Moi. Et moi maintenant ? Je, Je. Ha. Ah. Dis donc… Maintenant pendant que ma main bouge ce stylo à travers cette page, je change, je bouge dans le temps, je bouge sur place. Je suis transformé. Je ne suis jamais le même. Mes molécules sautent, se balancent, s’évanouissent, dansent à travers la page, en ricanant, en riant, en chantant… Je suis si heureux d’être nouveau! C’est le printemps ? Le printemps du je ! A nouveau! Dehors, ils crient Oui, Oui, Oui. En moi, ils  crient : Oui!!!!

 

RD: – Cher Ron Whitehead, vous êtes en ce moment, aux États Unis, en plein succès. On vous appelle « le poète chaman. » Pourriez-vous nous dire un peu plus sur ce syntagme qui vous concerne?

 

RW: –  Le poète chaman choisit d’être un coup de foudre. Elle ou il (le poète et la création) choisit/choisissent de devenir la foudre, se tenant entre royaumes, recevant des messages imagés qu’il ou elle traduit ensuite par des poèmes et des chansons qui sont traduisibles, à un certain niveau de l’être, par le lecteur, l’observateur même. Le chaman est le guérisseur, le visionnaire, le chef spirituel alchimique de la tribu. Elle ou il est prêt à sacrifier tout et n’importe quoi afin de recevoir de l’aide visionnaire poétisée qui va, on l’espère, contribuer à la survie de la tribu pendant qu’elle erre inévitablement dans l’inconnu.

Le chaman est le guerrier chef de file avant-gardiste qui va de l’avant de la tribu dans l’inconnu pour témoigner, pour voir ce qui est là, puis il revient à partager sa vision de témoin avec la tribu. À cause de ce que le chaman a vu, il est parfois nécessaire, parce qu’il n’y a pas de langue entièrement capable de décrire ce qui a été vu, il est nécessaire de traduire sa vision dans des poèmes et des chansons et des tableaux. Le chaman est le véritable chef de la tribu, comme Sa Sainteté le Dalaï Lama l’est pour le peuple tibétain, comme Crazy Horse et bien d’autres l’ont été pour leur peuple. Le chaman élève et inspire, conforte et guérit, et réveille tous ceux qui sont prêts à se réveiller.

 

RD: – Pour conclure, auriez-vous un message à transmettre à ceux qui n’aiment pas la poésie, à ceux qui déclarent les poètes « des rêveurs sans ailes ni pieds »? Merci pour tous ces moments magiques!

 

RW: – I Will Lick Your Leprosy [je vais lécher votre lèpre], The Storm Generation Manifesto :

comme Hillbilly ancestral autochtone de Kentucky
mangeur de microbe mangeur de péché mangeur de virus chaman errant
je vais lécher votre lèpre et vous faire
un tout encore c’est-à-dire si vous le voulez si
vous voulez être guéri être un tout à  nouveau
tous les soirs avant de m’endormir je bois d’un
grand verre de la peur en proie d’anxiété je mange vos
péchés et les miens comme des barres séchées de sang de serpent à sonnettes pour déjeuner
je mélange vos mots de virus informatiques pathétiquement faibles
avec mon sang du sang du Christ du poète
vin rouge de festin de noces avec l’esprit saint encore
j’étais là le suis encore là où je suis l’église et nous sommes
sommes tous des pommes de terre sales tourbillonnant nageant
en fûts de vin Porto whisky sherry qui claquent qui retentissent
l’un contre l’autre, et le plus nous nous cognons
en partageant des poèmes histoires chansons photos films de nos vies
le plus nous nous révélons, le plus nous reconnaissons
notre terrain commun reconnaissons que nous tous nous sommes l’être d’un seul être
oui apportez-moi vos microbes vos péchés
vos virus votre brisure votre colère votre
peur vos doutes vos soucis votre lèpre et je
léviterai au-dessus du sarcophage ouvert je vais monter dans le corbillard
cercueil carnavalesque tiré par des chevaux transformant transmuant tou(te)s
vos nos peurs dans le terrain commun de l’amour l’amour inconditionnel
je suis, nous sommes la foudre le tonnerre
nous sommes le nerf ouvert de Dieu nerf ouvert de Dieu
nous sommes la génération tempête, nous sommes la tempête la tempête
je vais lécher votre lèpre, nous sommes la tempête la tempête tempête
nous levons notre chapeau aux perdus et aux beats
nous poursuivons notre propre chemin
nous sommes la génération tempête
nous sommes la putain de tempête
nous sommes une nouvelle génération d’artistes
nous sommes des écrivains poètes peintres sculpteurs compositeurs musiciens
danseurs chanteurs dramaturges cinéastes
nous sommes l’expression créatrice
nous dispersons mensonges et injustice
nous sommes graphiques
nous sommes honnêtes
nous disons les choses comme elles sont
nous sommes féroces
nous sommes brutaux
nous sommes compatissants
nous sommes doux
nous sommes gentils
nous avons des cœurs tendres
nous sommes libres
nous sommes esprit
nous sommes sexe
nous demeurons dans les domaines de l’imagination créatrice
nous sommes l’imagination créatrice
nous savons que la distance la plus courte entre deux points est la distance créative
nous prêtons attention aux voix depuis longtemps oubliées et assagies de la forêt
nous vainquons les cupides ouvertement matérialistes qui, intentionnellement
détruisent les montagnes
nous honorons les montagnes et les océans et les aigles et les loups
nous chérissons la terre-mère et toute sa beauté terrible
nous sommes des guerriers spirituels non-violents
nous sommes la foudre
nous sommes le tonnerre
nous sommes des poèmes en-chantés
nous sommes des poètes visionnaires sans peur
nous avons des yeux de loup
nous avons des yeux de loup
nous sommes plus que l’œil de la tempête
nous sommes la putain de tempête
nous refusons
nous ne nous prosternerons point
nous n’abandonnerons jamais
nous sommes le nerf ouvert de Dieu
nous sommes la génération tempête
je vais lécher votre lèpre tempête lèpre tempête tempête tempête

 

RD : – Merci Ron Whitehead !

 

 

 

 

RW : – Merci, Rodica! Je voudrais terminer par un court poème pour Vous, chère poète:

poussière de vin

vivant nu dans une cabane dans les arbres
sur les rives de la rivière Ohio oh grande rivière
âme ​​orpheline tatouages mes seuls vêtements
apportez-moi du vin et si vous n’avez pas les moyens

bien alors s’il vous plaît apportez-moi de la poussière de vin
brossez votre table taché de vin brossez
la poussière de taches de vin dans une tasse et même
s’il n’y a que une vapeur de vin au

fond je vais mélanger les vapeurs de vin avec l’eau
de la rivière puis laisser l’eau s’évaporer
pour ne laisser que de la poussière de vin de la poussière de vin
que je vais savourer à bout de langue flocons de vin

oui s’il vous plaît si vous ne pouvez pas apporter du vin
à ma cabane dans les arbres sur les rives de l’Ohio
oh grande rivière alors s’il vous plaît s’il vous plaît
apportez-moi une petite tasse de taches de vin que

par alchimie je vais transformer en poussière de vin
et je vais mourir avec un sourire violet sur mon visage de niais

 

 

 

Photographe :
Sandie Griffin & Kim Torres
Lucent Dreams Photography
www.lucentdreams.com

 

 

* ELUS COËNS

L’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers est un rite initiatique plus souvent connu sous le nom d’Élus Coëns.

 

 

 

 

 

 

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REPORTER : RODICA DRAGHINCESCU

http://www.draghincescu.com

 

 C:\Users\rodica\Desktop\RD\rodica 0\Rodica\PHOTO SALZBURG.jpg

 

 

Traduction de l’anglais : HOWARD SCOTT

(Montréal, Canada)

 

 

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Pour commander un exemplaire du 21e livre/31e cd/dvd de Ron Whitehead,

 

The Storm Generation Manifesto and on parting, the wilderness poems,

publié par Holland Brown Books,  

dirigé par  Gill Scott Holland,

 

envoyez 25 $ (frais de port inclus),

 

avec votre nom et adresse postale

 

à :

 

Ron Whitehead

919 Cherokee Road, Louisville, Kentucky 40204.

Mobile : 502 396 5141.

Courriel : tmopinsight@yahoo.com

Site Web : www.tappingmyownphone.com.

 

Aussi, l’auteur vous invite sur Facebook & clubs de fans, ainsi que sur le site Facebook de Nick Storm Outlaw

 

 

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Ron Whitehead est un immense poète, écrivain, éditeur, organisateur de festival et d’animations culturelles, chercheur, professeur d’université, performeur hors norme.  Il a côtoyé des noms célèbres de la vie culturelle américaine, il a connu tous les grands noms de la musique, de la poésie et du cinéma américain…

 

Ron est le fils d’Edwin et Greta Whitehead. Il a grandi dans une ferme près de Centertown, dans Ohio County, dans l’ouest de Kentucky. Il a complété ses études secondaires à l’Ohio County High School en 1968. Il a ensuite étudié à Georgetown College, Western Kentucky University, The University of Louisville, et Oxford University (Angleterre). Tout au long de ses études universitaires, il a reçu de nombreux bourses, médailles et prix, y compris The Dean’s Graduate School Citation at UofL et The English Speaking Union’s Oxford Scholar Award, ainsi que le Joshua B. Everett Oxford Scholar Award. À Oxford il a étudié avec Dr. Valentine Cunningham, directeur des études anglaises, à l’International Graduate School d’Oxford University.

 

Comme poète et écrivain, il a reçu  un grand nombre de prix régionaux,  nationaux, et internationaux, y comprisThe All Kentucky Poetry Prize et The Yeats Club of Oxford’s Prize for Poetry.

 

En 2004, il fut élu membre du panthéon de la renommée Ohio County High School.

 

En 2006 Dr. John Rocco (NYC) a proposé Ron Whitehead pour le prix Nobel de littérature.

 

Ron a enseigné au niveau universitaire pendant 15 ans à The University of Louisville, Spalding University, Jefferson Community College, St. Catharine College, et Bellarmine University. Il a tenu de nombreux discours, il a fait des conférences et des ateliers d’écritures un peu partout dans le monde, dans des collèges, universités et institutions à profil culturel, y compris à Trinity College (Dublin, Irlande),à  l’Université de Islande (Reykjavik, Islande), à  l’Université de Braga (Braga, Portugal), à  l’Université de Nijmegen (Nijmegen, Pays-Bas), à New York University (New York, New York), à Hofstra University (New York, New York), à University of Louisville (Louisville, Kentucky),à  University of New Orleans (New Orleans, Louisiana), et dans bien d’autres universités du monde. Il a participé à des sessions de communications littéraires, il a animé des réunions, il a organisé  plus de 60 colloques nationaux et internationaux sur la littérature, la culture, et les arts, y compris le Thirteenth Annual James Joyce Symposium à University College et Trinity College à Dublin, Irlande et le Eighty-Second Annual Scandinavian Culture Conference à Hofstra University à Long Island, New York.

 

En 1992, Ron a fondé The Global Literary Renaissance, un organisme sans but lucratif, pour donner appui à la communauté littéraire mondiale. Il a été directeur du Global Literary Renaissance pendant 14 ans. Ron a organisé plus de 1000 événements de musique et de poésie à travers l’Europe et les États-Unis, y compris de nombreux INSOMNIACATHONs, des marathons de musique et de poésie de 24, 48, 72 & 90 heures.

 

Il a aussi mis en scène l’ Official Hunter S. Thompson Tribute (mettant en vedette Hunter, Johnny Depp, Warren Zevon, Roxanne Pulitzer, David Amram, la mère de Hunter, Virginia, & fils, Juan, & beaucoup d’autres), le London International Poetry & Song Festival (avec Richard Deakin), The New York City Underground Music & Poetry Festival (avec Casey Cyr & d’autres), le Festival international de 10 jours Meer Dan Woorden aux Pays-Bas (avec Jan Pankow & d’autres), LIVE at THE RUD Benefit Concert (avec Jim James and Sarah Elizabeth), et beaucoup beaucoup d’autres.

 

Il a préparé pour publication plus de 1000 titres et a édité plus de 600 titres, dont l’œuvre de Sa Sainteté le Dalaï Lama-Lama et du Président Jimmy Carter, Seamus Heaney, Jack Kerouac, Diane di Prima, Allen Ginsberg, John Updike, BONO, Yoko Ono, Andy Warhol, Amiri Baraka, Rita Dove, David Amram, Thomas Merton, Wendell Berry, Edvard Munch, William S. Burroughs, Hunter S. Thompson, Lawrence Ferlinghetti, Gregory Corso, Herbert Huncke, James Laughlin, Douglas Brinkley, Lee Ranaldo, Robert Hunter, Anne Waldman, Ed Sanders, David Minton, Bob Holman, Cathal O’Searcaigh, Eithne Strong, Theo Dorgan, Jim Carroll, Casey Cyr, Denis Mahoney, Frank Messina, Steve Dalachinsky, Jean Genet, Jan Kerouac, Christopher Felver, Brother Patrick Hart, Robert Lax, Sarah Elizabeth et beaucoup beaucoup d’autres. Ron a récemment pris sa retraite du monde de l’édition et de l’organisation des événements.

 

L’œuvre de Ron a été exposée autour du monde de New York City à Louisville à la Nouvelle-Orléans en passant par San Francisco, et de l’Inde à la République tchèque en passant par  l’Italie, et le Portugal, l’Irlande, les Pays-Bas et l’Islande, etc. Le programme « Poetry On The Peaks » [poèmes sur les pics] de l’ONU/UNESCO a sélectionné l’affiche message/poème par le Dalaï-Lama/Ron Whitehead « Never Give Up » [ne perds jamais espoir] comme thème pour 2002. Des milliers d’exemplaires étaient offerts gratuitement et envoyés dans des villes, des villages en montagne, bouddhistes et autres, aux groupes et organisations autour du monde.

 

Le poème « Never Give Up » a été publié maintes fois, y compris dans NATIONAL GEOGRAPHIC, dans  un livre de Sa Sainteté le Dalaï Lama et dans beaucoup d’autres.

 

Pendant ces derniers 17 ans, Ron a continué à travailler sans répit. Il est l’auteur de 19 livres et il a contribué à la réalisation d’une vingtaine de CDs.

 

www.tappingmyownphone.com

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