Rolande Scharf

 

 

(France)

 

 

 

 ÉCRIRE À QUI, À QUOI BON ?

 

 

 

 

 

 
Vivre sans écrire est une infirmité de l’esprit, un manque à vivre qui ne tue pas à la naissance mais qui corrompt l’âme en silence.

 

Dans le LABYRINTHE DU BRUIT le Léthé emporte silencieusement sur ses eaux puissantes et noires les êtres, tels des fétus affolés, vers les fonds grondants de gouffres innominés.

 

La barque de Charron ne ramènera aucune Eurydice dans les bras des Orphée désolés. Le savent-ils ?

 

Notre sort est scellé par le couvercle aux MILLE REFLETS  de nos trompeuses apparences sans que nous puissions traverser L’ESPACE PERCÉ de nos  désirs.

Nous errons, impatients et fiévreux, à la recherche du paradis primitif, sans voir que tel un mirage, il s’éloigne à mesure que nous avançons.

 

Et la  clepsydre chronophage, insensible aux gémissements des effarés et sourde aux appels de ceux qui ne veulent pas se taire, égrène solennellement LE LIQUIDE DES SECONDES.

 

Ils auront beau hurler devant la PENDULE DU TEMPS qui martèle leurs heures en ricanant, ils seront livrés au Moloch dévoreur de chairs sur le bûcher des espérances défuntes.

 

Nos jours, du premier au dernier, sont filés  par des Parques aveugles et sans pitié.

 

Et le cancer que je porte en moi troue mon âme depuis qu’en mon âge mûr j’atteins L’AUTOMNE DE MES DOULEURS.

Ce monstre  GUIDE ma plume rageuse dans LA COLÈRE DES MOTS que je vomis en pleurant.

Mes rimes s’envolent vers l’Ether où règne l’Ombre au sablier, armée de la faulx menaçante.

Malgré moi son souffle glacial gonfle ma tête de rumeurs folles.

 

Toutes nos actions, des plus nobles aux plus communes n’ont-elles pas pour but de nous étourdir pour mieux occulter le réel de notre condition ?

 

Au bal masqué des vivants, les instruments jouent de plus en plus fort, de plus en plus vite, et à la fin de la nuit, dans un vertige assourdissant, comme des chevaux fourbus aux flancs creux, nous nous répandrons, vaincus, et nos os s’effriteront sous les soleils noirs des galaxies indifférentes.

 

– Pourquoi écrire si ce n’est pour laisser une trace, un rêve fabuleux d’immortalité qui dirait notre passage ?

 

– Pour qui écrire si ce n’est pour combler LES DISTANCES entre nous et ceux pour qui nous avons brûlé d’un muet condamné à FLEURIR DANS LE NOIR ?

 

Comment accepter, sans l’écrire, de devenir rigides et froids quand le monde est encore riant et chaud…

 

Et qu’il y a tant de mots à naitre dans les corps des stylos ?

 

A présent, il me reste à revêtir d’illusion chatoyante la chair de mon « être encore en vie » pour penser que j’ai su DONNER VIE avec générosité et GUIDER avec intelligence les créatures  nées de moi.

 

Me pardonneront-elles de les avoir jetées dans un espace inconnu qui va par ma faute, au terme du voyage, les EMPOISONNER ?

 

Pour les suivants qui ne m’entendront plus, j’écrirai tant qu’il y aura des mots.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Rolande Scharf est médecin spécialisé en psychiatrie. Après des études secondaires à Metz et des cursus universitaires à Nancy et Strasbourg, elle travaille actuellement, à l’Hôpital de Jury, en Lorraine.

 

Comme beaucoup de ses confrères, elle est attirée par les arts et, de temps en temps, elle pratique la peinture, l’art dramatique, le piano, et l’écriture.

 

Intéressée par l’archéologie, la paléontologie et en général tout ce qui concerne la préhistoire, Rolande Scharf est tout à fait passionnée par l’étude et la préservation de la vie animale.

 

Écrire est la seule activité qui puisse se pratiquer avec un minimum de matériel, sans contrainte de lieu ou de temps, affirme Rolande Scharf. Il lui arrive souvent de prendre quelques notes entre deux consultations, lorsque ce qu’elle vient d’entendre puisse (re)devenir l’amorce d’une histoire ou l’esquisse d’un portrait sous forme de vignette. Sa plume et son pinceau s’invitent ainsi à un voyage- réflexion, hors des sentiers battus.

 

Elle aime imaginer des pièces de théâtre et des contes, ainsi que des poésies ou des nouvelles.
Les dernières années, Rolande a participé à divers festivals de poésie et a vu certains de ses textes littéraires publiés dans des revues franco-espagnoles, belges et françaises.

Articles similaires

Tags

Partager