Rolande Scharf

 

 

 

LA BOHÊME d’hier et d’aujourd’hui.

Quelques pensées en guise de reportage jamais fait.

 

 

  

 

  

 

 

Moto : Comment ne pas évoquer la chanson d’Aznavour si vous me parlez de la bohême. (RS)

 

 

Je me souviens, je me revois, je revisite mon passé.

 

 

La nostalgie déroule son catalogue de clichés et ravive le regret de ma jeunesse enfuie. Affligée de n’être plus ce que j’étais, de n’avoir plus tous les possibles à ma disposition  et plus encore, d’avoir perdu certains de ceux que j’ai tant aimés !

 

Sois indulgente ma nostalgie: confirme que j’ai vécu avec joie et honnêteté et fais passer mes réminiscences à travers le tamis des exigences de mon ego. N’éclaire que ce qu’il convient de mettre en lumière ; au besoin  gomme un peu les taches, repasse les faux plis et ajuste les mesures des oripeaux dont s’est parée ma folle jeunesse qui, peut-être n’était pas si folle que ça.

 

S’il convient de trouver du charme à la vie de bohême et aux galères des temps où « nous ne mangions qu’un jour sur deux » je suis ton homme ! Je suis prête à jurer qu’il était  intéressant  de grelotter dans une « humble mansarde » et de se laver au robinet d’eau froide sur le palier du septième étage puisque j’avais vingt ans et que chacun s’entend pour dire que c’est « le plus bel âge de la vie».

Gros plan sur mon miroir ; il n’a pas la complaisance de la nostalgie et me signifie que mon « bel âge » est bel et bien loin derrière moi. Il faut, pour vivre malgré les rides et les kilos dont le temps nous charge, se persuader qu’il nous reste la fraicheur de l’âme à défaut de celle du visage.

 

 

Dans le village passent lentement les caravanes d’un cirque ambulant. Bruyantes, exubérantes elles offrent leur insouciance à tous : ce soir ils joueront, sous un chapiteau un peu branlant dans les courants d’air et les odeurs de crottin.

 

« Ils viennent du fond des temps
Allant et puis revenant
Les tzi, les tzi, les Tziganes
Les Tziganes
Ce sont nos parents anciens
Les Indo-Européens
Les tzi, les tzi, les Tziganes »

(Léo Ferré)

Ces femmes à la peau brune et aux cheveux longs retenus par des peignes colorés, marchant sans bas, les chevilles caressées par leurs jupons, ces hommes aux yeux noirs à la voix éraillée et aux épaules robustes seraient nos ancêtres humains ?

Leur errance sur la planète signifierait-elle avec persévérance que l’homme est fait pour cheminer et non pour se fixer à une terre passive, sous un ciel sans surprise, englué dans la sécurité et le confort ?

Les bohémiens, les tziganes, les romanichels ou les gitans, tous ces gens qui marchent sans s’arrêter semblent trainer dans leur sillage nos rêves de liberté et notre désir d’exotisme. Leur vie cahotante sur les chemins de campagne sans soucis de l’heure et du temps semble idéale aux citadins pressés que nous sommes devenus.

Le poète (Aragon) séduit par leurs charmes s’approche et se réchauffe à leur gaité.

 

« Il existe près des écluses
Un bas quartier de bohémiens
Dont la belle jeunesse s’use
A démêler le tien du mien
En bande on s’y rend en voiture
Ordinairement au mois d’août
Ils disent la bonne aventure
Pour des piments et du vin doux »

 

 

Bohémienne lisant dans la main tendue l’avenir que l’on désire. Tziganes à la guitare embrumée de fado ou grisée de czardas et des doinas distillant avec les tambourins leur nostalgie originelle.

 

Pourquoi ces « étrangères » aux semelles de vent sont-elles supposées détenir les réponses que seul le créateur serait à même de donner s’il consentait à communiquer avec ses créatures ? Le dieu des origines se servirait-il de ces humbles voyageurs pour faire connaître ses intentions ? Les bohémiens cultivent cette croyance, s’assurant ainsi un pouvoir qui garantit leur sécurité.

 

La caravane s’étire ; le cirque s’installera et ce soir le clown fera rire les enfants ; le dompteur les effrayera en faisant rugir un tigre fatigué ; la caissière enfilera son habit à paillettes et volera sur son trapèze au-dessus des têtes médusées. Un garçon fera la quête, puis les lumières s’éteindront, me renvoyant à mon existence immobile. Je m’endormirai en rêvant de voyage, à la mitant du lit douillet tandis qu’ils démonteront le chapiteau et étoufferont les derniers feux de la nuit. 

                                       

 

Puis chacun regagnera sa roulotte ou son mobile home équipé des derniers perfectionnements de la technologie moderne : congélateur, télévision four à micro ondes …

 

Le folklore gitan, la vie de Bohême ne survivent que dans les fantasmes.

La musique tzigane s’est installée sur des CD et elle émarge à la SACEM.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rolande Scharf est médecin spécialisé en psychiatrie. Après des études secondaires à Metz et des cursus universitaires à Nancy et Strasbourg, elle travaille actuellement, à l’Hôpital de Jury, en Lorraine.

Comme beaucoup de ses confrères, elle est attirée par les arts  et, de temps en temps, elle pratique la peinture, l’art dramatique, le piano, et l’écriture. 

Intéressée par l’archéologie, la paléontologie et en général tout ce qui concerne la préhistoire, Rolande Scharf est tout à fait passionnée par l’étude et la préservation de la vie animale. 
 
Écrire est la seule activité qui puisse se pratiquer avec un minimum de matériel, sans contrainte de lieu ou de temps, affirme Rolande Scharf. Il lui arrive souvent de prendre quelques notes entre deux consultations, lorsque ce qu’elle vient d’entendre puisse (re)devenir l’amorce d’une histoire ou l’esquisse d’un portrait sous forme de vignette. Sa plume et son pinceau s’invitent ainsi à un voyage- réflexion,  hors des sentiers battus.

Elle aime imaginer des pièces de théâtre et des contes, ainsi que des poésies ou des nouvelles. 

Les dernières années, Rolande a participé à divers festivals de poésie et a vu certains de ses textes littéraires publiés dans des revues franco-espagnoles, belges et françaises.

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