Roland Rutili

 

 

 

(France)

 

 

Je t’aime…  plus du tout …

(Hymne aux choses dont je ne me sers plus…)

 

Dans ton habit

de noir vêtu

un doigté léger t’effleure.

Magique, tu emplis l’étendue de couleurs animées.  

À tes sonorités, les flots se métamorphosent.

Tu pénètres l’intégral, aux tréfonds de l’essence.

Généreux, tu relies les créatures.

 

Immergée dans ton éther,

la diversité s’embellit.

Les  différences se diluent,

en prémisses de tourbillons endiablés.

Les corps se meuvent

l’esprit se grise.

Féerie d’arabesques entre -maillées,

dont l’ivresse durera,

le temps de tes intonations nuancées.

 

Abandonnant leurs assises, 

de cette sarabande se fondent les formes,  

qui voltigent, dans l’apesanteur de l’instant.

 

Ta musique nous  ressource.

Fidèle aux siècles des siècles,

tes sonorités transbordent  et nous lient.

Tu égayes la demeure.

 

Et te voilà, soudain, de mauvaise humeur !

De tes pulsions neutroniques, hachurant la créativité.

Par intermittence, tu laisses percevoir un éclairage ténu, 

tu feins la mort, tu ressuscites promptement,

pour  reprendre  le flambeau des heures durant sans faillir.

Puis avec un crac tu re-claques dans le silence.

 

Des mains expertes ont farfouillé tes entrailles,

sans pour autant leur livrer les secrets de tes malaises.

Imprévisible,  gâchant la fête, la bonne humeur,

tu laisses les joyeux drilles interloqués

 

Pourtant  mes mains t’ont caressé.

Ma pensée a tenté d’infléchir le cours de ton histoire.

Hélas, j’ai déprimé a chercher ta consanguinité.

Ta lignée n’existe plus.

 

Adieu, bidule, machin, bel objet ramolli !

Adieu, cher précieux  Philips 785 !

Tu iras au rebut, remplacé par  

C 600 KR Yamaha, multi disques…

La technique sait bien faire l’amour aux êtres et aux choses…

                                                                      

 

La tâche 

 

Doigts dilatés dans ta crinière mouillée, je bois tes caresses.

Ta bouche braise, avale  mon sexe.

Méandres sauvages aux courbures envoûtantes, fascinent.

Ruisselet de sueur, ton corps gît abandonné aux affres du désir.

J’effleure ta platine du bout des lèvres, ma verge ardente bande à te fendre.

Agrippé à ta croupe, les galaxies s’écroulent, l’oubli m’enivre, je me meurs.

Vertige, fusion au néant,  nectar suave, ta tâche suintante m’envoûte,    

ton sexe exhale, ton sexe est partout.

Effluves de louve en rut, ces senteurs mystiques m’ensorcellent.

Ma bouche, dans ta fissure, s’imprègne du sel de l’amour.

Ma langue rose et longue savoure ton exsudat torride.

Tes mamelons rubiconds aux tétons dressés, subliment mes sens.

Les frissons granulent tes formes.

Le parfum capiteux des sueurs chaudes m’embaume.

Ecartelée, généreuse, ton entre cuisses m’hypnotise.

 

Perle de belladone, ta vulve m’aspire.

Toison de lumière, savane ardente, tes nymphettes entrebâillées, 

Invitent. Le jeu chavire.

Velouté exquis, mon gland coule dans l’abîme.

Embrasée, mon membre t’empale à dévorer tes chairs.

Griseries sublimes, univers sans nom, je bave amoureusement sur ta peau.

 

Murmures, gémissements, râles, plaintes, couvrent l’extase.

Soubresauts convulsifs, tes ongles tétaniques labourent mes cuisses.

 

Spasmes fébriles des corps compulsifs,   

je t’inonde,     

titube,

m’engloutie ,

ivre de toi.

 

Extraites grossièrement, de l’alchimie de cette nuit  de chair végétale,

                   quelques molécules posées à la naissance de tes épaules,

sont devenues  un exécrable parfum, 

                   répulsif

assuré des ébats charnels …

 

 

Trou  noir dans le dictionnaire

 

 

 

 

Devise : Ouvrez un dictionnaire là où il s’ouvrira tout seul. Mettez tous les mots de cette page sur votre langue, parlé plus tard, après mûre réflexion… (RD)

Deux êtres photogènes se rencontrent sur la page d’un ictionnaire scientifique. Ils bavardent à profusion sur les étoiles apparues. L’échange moléculaire de leurs propos diffuse des couleurs boréales. Au cœur de la fusion, la sublime boule bleue, l’astre terrestre. Elle captive les visiteurs célestes. Des deux de ce duo, une entité nourrit le sentiment  d’expérimenter toute une vie matérielle.

 

La passion se tempère,  une demande  fuse. Et une voix puissante éclate de mille sons…

 

–                     Tu désires connaître  la Terre ?  Tu n’as qu’une décision à prendre, naître là-bas !

 

–                     Mais je croyais que  je suis

 

Mon œil droit prend la place de l’œil gauche. Et vice-versa. Comme dans une hallucination, je discute avec la voix omnisciente… Et je deviné la suite : l’écho de ma voix forme une voix digne d’être désignée la plus poétique… de toutes les voix des poètes en vie.

 

–                     Non,  non, tes interrogations ne  sont  que fourvoiements… – me dispute la Voix.

–                     Les créatures qui grouillent sur cette planète se donnent énormément de mal, pour réguler leur expansion.

 

La voix autoritaire me coupe la respiration en trois… Elle perfore mon corps, elle chaparde mon état de créature voyageuse …

 

–                     Eux,  ils traficotent l’ersatz de plantes, l’aiguille à tricoter, le latex, les pilules abortives con – tra –  ceptives.  Ils se frappent violemment le ventre, récitent des incantations. Ils inventent des recettes de calculs Ogino, invoquent les dieux. Du tabernacle de la créativité, ils en font un réceptacle de choses de provenances diverses, cuivre, plastique, hormones, tubes, pipettes. Ils se bouffissent d’orgueil, et s’imaginent être les créateurs de leurs progénitures…, rien ni fait …. c’est-  nous !,   qui décidons – du- tout.  

 

La voix me fait la leçon sur la vie des Terriens…, sur ceux qui décident de  ma vie, je suppose. D’un air abasourdi, j’ose :

 

–                     Alors je pourrais

 

–                     Bien sûr…, fit la voix, tu peux naître ou renaître sur cette majestueuse planète.

 

Donc,  j’ai droit à naître (plutôt à renaître, dans ce cas-ci), le droit à une planète, la mienne, peut-être…

 

–                     L’univers t’appartient, tu l’as projeté, il existe, aussi immense que tu l’imagines, aussi, extraordinaire, il t’imprègne. Tous les deux, vous n’en  faites qu’un.

 

La voix parle comme un philosophe. Ou comme Dieu…

 

–                     Toi, y es-tu  déjà allé ? 

 

–                     Évidemment. Par trois récidives.

 

–                     Pourquoi cette triade de vies ?

 

Notre dialogue dépasse mes  attentes. Il prend la dimension d’une oralité scientifique, des fois confuse, d’autres fois explicite, comme dans un rêve de spécialiste en astrologie de la biologie des mondanités contemporaines. Drôle. Abracadabrant mais intéressant, quand même !

 

–                     J’ai choisi à deux époques, des géniteurs cousus d’or. Indifférents, menant une existence centrée sur eux-mêmes : Réceptions mondaines, chichis, ramassis de tralala, réceptifs à aucune autre valeur que celle d’un monceau  de papiers. 

–                     Ah !  Alors … 

 

Est-ce que je comprends la voix ?

 

–                     J’étais devenu  infect, l’odieux et j’ai fait connaissance avec l’impossibilité de revenir dans la clarté de vie. Confus, je sentais qu’il me fallait perdre ma peau. Et…  Et …, je me suis jeté à l’eau de la  troisième expérience…, copie conforme des précédentes. Cette fois- ci, le sort en avait décidé autrement, car  l’ordre structuré sur la  Terre avait vacillé sur ses fondements. Récession, et sévères ralentissements des valeurs économiques, climat  qu’ils avaient provoqué, facile à maîtriser !  Bah ! Du réchauffé, archi éculé pour la  classe d’escrocs qu’ils étaient, que nous étions. Les recettes réchampies, ont aggravé l’ambiance délétère, ce  fut la goutte qui fit déborder le vase. Impossible de récupérer nos pouvoirs sur ce  microcosme.

 

–                     Voyez-vous j’ai du mal à vous suivre… C’est trop interplanétaire pour moi, trop alambiqué ! Pourriez-vous utilisez des mots un peu plus simples ? Et des phrases un peu plus courtes ? Et des sens à la portée de tout le monde ? Dans ce cas-ci le monde, chère Voix, c’est moi ! Donc, redites-moi, s’il vous plaît, de quels pouvoirs vouliez-vous reprendre ?

–                     Celui de l’or pardi ! De l’or …, oui de l’or !

 

–                     Qu’est-ce donc que cet or ?

–                     Hé, hé… Eh bien, c’est une matière condensée, pâlichonne de couleur, une substance envoutante qui tente désespérément d’égaler Hélios. Les mortels de la planète, l’ont décrété précieux ! Va-t-on savoir pourquoi ? Sans doute, pour être vaporisé en écran de protection autour d’ Hercolubus ?  Cette  planète,  qui tous les 3600 ans passe devant le Soleil.

 

Je me rends compte que la voix a une forte sympathie pour ma planète de là-bas et pas pour la nôtre d’ici… Elle regagne ses forces :

 

–                     Nous,   nous nous contentons de  surchauffer  la fébrile activité  humaine pour  amonceler,   amasser toujours plus, encore et encore …de l’or. On donne  à croire qu’il est  encoffré dans d’inextricables bunkers,  foutaises et niaiseries ! Des photos circulent  sur l’or,  il  apparaît en lingots bien rangés,  disciplinés estampillés. Je vais te dire un secret,  cher promeneur des bois linguistiques, cher feuilleteur des dictionnaires, sache que des quantités phénoménales  de lingots sont faits de tungstène …  Tungstène, et oui,  recouvert d’une fine couche d’or

 

–                     Tungstène ? Qu’est -ce encore?

 

–                     Un autre métal,  un métal d’une densité quasi identique à l’or, sans trop de valeur,  un faux !  Usage de faux et tromperie.

 

–                     Mais à quoi bon … ?

 

Moi toujours perplexe et désireux de tout connaître… Et la voix :

 

–                     Illusion, tout est illusion sur cette planète.

 

Laquelle ? La voix patauge dans une sorte de confusion enivrante. Je l’écoute, cela m’informe sur les mystères de la vie des mondes et des mots…

 

–                     L’or,  nous  lui donnons une certaine saveur. Nous … Oui, Nous ! Tu l’as compris ?

Nous qui dominons  le monde,  nous ! Les éminentes  familles dont j’étais issu.

 

Je crois que dans ce « nous » j’ai rien à faire ! Nous, c’est la famille de la voix…

 

–                     Sous toutes ses formes tarabiscotées, l’or, on le montre. Aux cous, aux doigts, aux pieds, aux oreilles, collé sur les ongles, incrusté sur les dents, dans les  objets les plus fous,  et par dessus tout, les monuments érigés à nos effigies. Pour découvrir, connaître et tacher d’obtenir le bonheur, la  fange que nous avons initiée,  recherche avec soin, une poudre fine d’or, à  sniffer…

 

–                     Sniffer ? Dis donc… Cela veut dire ?  

 

La voix aime bien les métaphores et les élucubrations poétiques.

 

–                     Oublions, ce serait trop long à expliquer. L’or, miroir aux alouettes, émoustille les mirettes des besogneux. Ils en rêvent, ils en crèvent. Cette fois-ci, la crise actuelle se mutine en imprévisibles événements : L’effondrement de toutes nos Valeurs, charmant fouilleur des dictionnaires. Ma famille et la horde de toutes celles qui lui étaient semblables, se sont alors retrouvées sans aucun sous. J’ai dû aborder la vie sous un autre regard, apprendre le chemin de l’amitié, la sincérité, la vérité, l’échange, le respect, le partage et même,  l’amour.

 

–                     Tu es resté longtemps sur cette planète ? Sur cet astre, je veux dire… Raconte-moi, dis-moi tout mais moins sophistiqué… Il me faudrait un fil rouge pour comprendre…

Ensuite la voix, robotiquement :

–                     Ohhh ! Oui ! Une éternité, mes recognitions ! Oui, mes reconnaissances par la mémoire, me plaçaient année après année, sur le chemin du retour, vers la source ! La masse moire et lumineuse du néant me dirigeait chaque jour, chaque nuit… Il m’a fallu retrouver l’être de vibration,  de couleur et de chaleur qui subsiste en nous.

 

Au lieu de parler plus explicitement, la voix s’embrouille dans un langage fou. J’ai du mal à la suivre… mais pour ne pas déposer les armes, je pose des questions et des questions farfelues, comme un imbécile qui s’est égaré sur une page de dictionnaire.

 

–                     Crois- tu que la vie sur cette étoile, soit  restée à l’identique, de celle que tu as quittée ?

 

–                     Je ne peux rien te narrer, et encore moins te dépeindre le monde de l’instant. Je peux  juste te recommander, sans que tu puisses te prévaloir de rien, de bien réfléchir à ta décision.

 

Fichtre, la voix me parle comme à son unique successeur. Il ne manquait que ça… 

 

–                     Tu es seul maître de ta destinée, partout et continûment. Le minéral, le végétal, l’animal, l’humain, autant de formes de vies diverses. Toutes, mais toutes,  te  sont accessibles. Pour te matérialiser,  tu n’as que l’embarras du choix.

 

–                     Mais là bas …, c’est quoi votre là-bas ? Une aberration ? Un Songe ? Une Utopie ?

 

–                     Là bas, il y a un concert de choses à découvrir !

 

–                     Concert ? Avec des musiques ? Les sons des choses ? Les choses des sons ? Ah oui, mais comment ?

 

–                     Pardi! Par  ton expérience ! Va chercher dans d’autres livres… La moelle de la science et des mystères des mondes se trouvent dans des livres… Oui, tous ces miracles ont un support  de papier. Les savants-écrivains y consignent scrupuleusement leurs histoires, bref,  ce qu’ils croient être leur histoire, et ils y  recueillent  le produit de leurs pensées. Tu vas rire à foison,  c’est truffé de rocambolesques  niaiseries sur l’univers. Les savants se livrent  à des joutes oratoires, guerroient pour afficher leurs raisons. Les poètes et les prophètes, Zarathoustra, Osiris, Isis, et bien d’autres que tu connais,  ils  y étaient malmenés,  du moins lorsque j’y étais.

 

La voix a l’air d’être fatiguée, épuisée, tendue. Elle bat la campagne…Et moi, j’en ai un peu marre. Je veux une conclusion finale.

 

–                     Crois tu que la conjoncture ait changé ?

–                     Oui ! Oui, certainement, c’est ma conviction.

 

Et puis… plus rien, sauf…

 

Bruit de dictionnaire qui tombe avec fracas sur le plancher.  La voix est partie  …

 

Tant pis, elle n’entendra plus mon avertissement lyrique.

Entre temps, j’ai composé un poème sur cette genèse auditive…

 

 

ACROBATIES en  majeur

 

 

Où suis-je ?  Quel tohu-bohu !

Des cris,  des invectives. On hurle ?  

J’ai la tête en pleine lumière, le corps comprimé entre deux feuilles de papier.

J’ai peine à m’extirper, je me tortille, me ramasse en me gonflant.

 

Je rassemble mes fibres, je beugle tout ce que je peux.

Les deux piles qui m’enserrent s’écartent.

Le tintamarre s’est tu, suivi d’un court silence.

 

Des lettres et des corps tombent, je suis du voyage.

 

Dans la chute, devant mes yeux défilent des rayons d’étagères.

Campé sur leurs assises, empaquetées les unes aux autres, 

des formes et substances se tiennent rigides, inertes.

 

Ces objets seraient-ils les fameux  livres dont parlait la Voix?

 

La réponse ? Je reçois en  plein chef, une bordée de chocs.

Parmi les livres étalés sur le bureau, il y a le mien, écartelé,

Sous le poids de ses congénères.

 

Dans quel lieu ai-je ingurgité le langage des signes ?

Je ne saurais vous le dire…

 

À cet instant, j’apprécie les voix de l’inattendu.

Le cou tordu, j’ai tout loisir de scruter cet univers imaginaire.

Un filet de lumière pénètre le glossaire ouvert, et de ma propre voix, je lis :

 

 « Récalcitrant – 622,  à l’ opposé, 

à la page   – 623   Recommencer » !

 

Plaçant mon nez sur la couverture,

en contre-plongée, je déchiffre :

 

« Le maximum de la langue française au format mini » 

Ah ! Juste au-dessus «  dictionnaire Hachette »

Qu’est ce que c’est que ce charabia…. ?

 

Serais- je né SIGNET dans cet objet ?

Il faut bien que je me rende à cette évidence !

 

Pour la première fois je me mire.

 

Pas d’embonpoint, impeccable, tissé dans un fin coton.

La couleur lie-de-vin bordée d’un liseré rouge, me va à merveille ?

Oh, la première pensée  narcissique ! Ah,  je me plais !

 

Ma réflexion est de courte durée, le tohu-bohu de mon accueil redouble de violence?  

Récalcitrant opiniâtre, je vocifère :

 

–                     Je  ne suis pas une Récalcitrante! Suis un Récalcitrant … Est-ce clair ?

–                      Récalcitrant, récalcitrante, repris aussitôt  le premier mot d’en face.

–                     Quelle importance cela peut- il avoir ? L’essentiel dans notre univers, c’est d’avoir un sexe » !

–                     A-t- on idée d’être aussi susceptible et Réceptif à ces petites nuances ?

 

À la ligne du dessous,  un mot, personnage austère, bardé de bijoux sémantiques, e tient la tête. Il récapitule son magot, calcul de nouveau et recalcule, pour recapitaliser la somme de ses larcins. À tue-tête, il réclame  le silence. Mais qui l’entend ? Certainement pas les mots d’après,  Récidiviste de la page 623, agrippé à son Récif, frappant  comme un sourd,  sur le Récipient Recoller, traînant dans un Recoin de la page.

 

Coupable de Recel, la Receleuse, privée de sa liberté mijote en Réclusion, avec obligation de travailler. D’un pas chargé,  elle martèle violemment le sol de sa cellule. Elle  vocifère d’incompréhensibles injures, à en faire trembler  Hachette.

 

 

 

 

Et puis il y a …un mot pas tout à fait compréhensible…

Je le regarde, en l’examinant.

Monsieur Cherche, avec son porte-voix réglé au taquet :

 

–                     Avis à toutes les pages du Dictionnaire !

ALERTE ETRANGEMENT LINGUISTIQUE !

Soyez heureux de vos avatars routiers des dernières heures !

 

SUR LA PAGE  DES MOTS COMME NCANT PAR R,

Il faut utiliser tous les mots en rrrrrrrrrrrrrrrrrrrr

RIT QUI PEUT ! Nous  l’avons Réchappé Belle !

 

En guise de Réchauffement mondial,

c’est une glaciation-de- mots qui s’annonce.

 

Posant  une Réclamation, adressée par courrier Recommandé,

à tous ces médiocres, peu Recommandables, 

Ministères et Ministres de la Langue Française ! 

Et je rajoute : Il nous faut exiger un Récépissé, de l’accusé de Réception.

La Racaille à Reclasser ne doit  plus exercer un emploi responsable.

 

D’ailleurs, ponctue la susceptible et Réceptive demoiselle Lettre du pied de page.

En ajustant ses lunettes rondes, elle déclare d’une mine philosophique :

Dans la vie des mots de tous les jours, on ne récolte  que ce que l’on sème !

C’est pareil dans un vieux dictionnaire.

 

 

Le tintamarre, c’est un tant peu atténué,  la jouvencelle est jolie…

Sur ces lèvres lettrées, les regards littéraires se fixent,

pour lamper la suite policière.

 

Sa voie retombe…

 

Sa rivale, la Réceptrice, boutonneuse à l’extrême, 

de la même famille de mots commençant par R, prend ombrage.

 

Empressée à transformer l’univers serin en tempête  électrique,

 

Elle bondit,  fulminante REINE de la Page.

Elle invective, vilipende et  injurie,  toutes les obligations de se parler en r,

les répétitions et les pétitions RE,

– les rechez

– les  ré

– les réci

– les récla

– les réco

– les réclu.

 

De tous ces noms à particules de noblesse, de  la page 623 ,

personne n’est épargné, quoique ça commence toujours par R !

 

La réplique du dictionnaire ouvert à la page rrrrriste

est instantanée, unanime, dans une  cacophonie générale.

 

Des poitrines,  fusent les hurlements, les gorges linguistiques vocifèrent.

Les mots propres scandent leurs noms communs, 

 

 — ré …clame !

         ré …clamer !  ré …clamer 

                 re …classer !

                          re …clus !

                                re…coiffer ! re…coiffer 

                                         re..chercher !

                                                ré…cidiver !

                                                        ré…cipient ! ré…cipient ! ré…cipient !

 

C’est assourdissant, atroce  ce ROULEMENT de R.

 

 

Je tente en vain de m’extraire, de la gueRRe,

 rien ni fait,  d’ailleurs où pourrais je bien aller ?!

Ma chevelure s’est collée à la tranchefile du livre.

 

Que faire maintenant de Roland Rutili ?

 

D’une étincelle jaillit le feu, j’agrippe

 Récalcitrant à pleines cordes.

Je l’arrache de la feuille, et zut, un trou noir tache la page,

Je le précipite sur le dos de Réclusion de la page 623.

 

La métamorphose est spectaculaire, tout est dessus-dessous.

Les mots s’essayent  dans le désordre de leurs lettres éparpillées,

à trouver leur identité.

Ils font peine à voir,  des mots  se restructurent,

 « curé –

           – cicicalratci  

                         – uscuniérlac  

                                          itlicur » …

 

Chez les spectateurs/lecteurs  médusés, 

le silence est d’épouvante. 

L’effroi déguise les visages. 

Désespérés, les infortunés, qui dans un geste  de survie,

s’arrachent les  lettres, s’initient à la collaboration avec l’ENFER scriptural.

Le résultat n’est guère plus probant.

 

Après lecture,  les noms recomposés, n’en sont que plus hilarants.

 

Dans l’arène,  les observateurs sont terrifiés.

Voyant leurs mines décomposées,  je détonne d’un rire débordant.

 

L’atmosphère pressurisée éclate dans une hilarité   générale.

622 et 623   rentrent en goguette,

leurs vibrations s’étendent à l’ensemble du dictionnaire.

 

Une forte traction s’exerce à mon pied,

Mon regard rencontre le plus petit nom de la bande.

 

 

Récital cacophonique…

 

Mots et lettres chantonnent…

Dans les tintamarres

personne ne se soucie de leur présence.

 

Le Récalcitrant joue de la flûte traversière,

A ses côtés un autre mot désigne de l’embouchure, 

Récit – Récitante  – Réciter – Récitation- Récitatif.

Dans le jargon des gestes, ils m’invitent tous

à m’initier à un  concert linguistique.

 

De la tranche de queue du livre montent les sons.

Ils pénètrent les lettres, enivrent les mots pour une farandole musicale,

à l’usage des poètes et des troubadours rocambolesques

 

 

 

 

 

 

 

 

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Roland Rutili ne comprend pas le monde d’aujourd’hui. Surtout son fonctionnement robotique. C’est pour cela qu’il s’adresse souvent à la poéticité des énergies interplanétaires… Il tient des conférences publiques sur où et comment sur-vivre naturellement dans un monde artificiel…

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