Rodrigue Lavallé

 

 

 

(France)

 

 

FEMME DORMANTE

 

 

 

 

son œil est à l’absence

femme dormante ouverte sur le toit

sur l’écume iodé d’un souvenir

(je le sais à l’oiseau qui traverse sa tempe)

elle n’a plus maison ni jardin

plus de reflet tronqué dans la buée du soir

ni même d’enfant bleu fiché dans sa poitrine

ses cheveux se décoiffent

ses doigts s’amenuisent

tout angle s’adoucit

de son visage en

fractions de secondes

 

qui seules

demeurent

 

 

ICI DESORMAIS

 

ici couché désormais les eaux retirées dans les plis matinaux

je respire l’accalmie

le bruissement des autres des enfants dans la cour son souffle

 

un rai batailleur sur le pan de mur mauve

marcher dessus

jusqu’à elle laissée là toute

un jour de présence commune

 

si couché dans les mots qui sont visage désormais

j’ôtais les dentelles du sommeil pour voir sa parole

dévêtue comme un seuil

au-delà

linéaments de mes guerres ajustées à son échelle intime

 

ici désormais le livre effeuillé nu de cendre de saison sous les doigts

se couche

aux pieds de l’hiver

 

 

SUITE NOCTURNE

 

suée de voix nocturnes

quatre heures après

minuit

 

fil tendu

à craquer

post onirique

 

il referme l’œil

 

qu’est ce que

ne pas mourir

*

peau tannée du souffle

exhalé de la femme

à côté

 

ne se connaît pas plus

que lui

 

épaisse

 

quatre heure avant

demain

referme l’œil

*

ventre tictac

 

sur l’écran de veille

la pente commune

des laudes

glisse

 

plus tard ça

respire

 

plus tard

ça tremble

les minutes

*

une odeur tiède

d’oubli

 

il cherchera demain

son nom          à elle

dans le journal

 

au pied d’une

carte postale

ou dans le dictionnaire

 

entre visage

et villégiature

 

 

DANS LA COUVERTURE ROSE

 

enchevêtré dans la couverture rose

ton corps

cherche le lieu exact

où il ne pesait rien

 

du canapé bleu ce creux

qui semble

lieu précis d’enfance          indéfinissable

ce rien    essentiel          aux contours   pressentis

 

tu voudrais

jeu d’éveil

ce corps encastré

dans les plis chauds du draps de laine          au sein

de ton pays natal

ta langue maternelle

avant que toutes choses fussent

renommées

sous un autre soleil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Rodrigue Lavallé est né en 1972. Lyonnais d’adoption, il a suivi des études de psychologie avant de démarrer une carrière de formateur et conseiller d’insertion professionnelle, poste qu’il occupe encore actuellement.

 

Il publie des textes dans les revues web Le capital des mots et Voxpoesi.

Publications récentes ou à venir:

Soc et Foc (Florilège 2012 et 2013);

Incertain Regard n°6  (décembre 2012)

Bleu d’encre n°28 (décembre 2012);

FPDV n°34 (décembre 2012)

Rature (déc. 2012)

Vents alizés n°1 (janvier 2013)

Le livre à disparaître – revue à numéro unique (janvier 2013)

Recours au poème (numéro prévu en septembre 2013)

 

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