Radost Nikolaeva

 

  

 

(Bulgarie)

 

 

1.

Un poème philippin

konti mauru chi sonki

li borisovari kai chikura

sontirhima kalioke sinuori

balachimura balachimuri balashimuro

 

 

2.

Plan individuel d’évacuation

à tâtons, je cherche le chemin à prendre

tranquillement, et plus qu’avec indifférence, les voyants regardent

le cœur de l’Homme s’emplir de vent et s’apprêter

à prendre le large

en guise d’adieu, les grenouilles lui offrent le calme

et font semblant de fondre en larmes

 

 

3.

Le jour

la vie du canari, de l’éléphant, de la grosse femme de l’épicerie

dépend de la même chose. Du ragoût chaud

et des graines au fond de la marmite. De la solidité

des rayons des roues de la moto que prend

le gardien de phare céleste pour allumer et éteindre ces temps-ci la lune.

Ou surtout s’il y a,  piqué sur le revers du géant, un rayon de soleil,

et dans la poche du nain, une bombe.

 

 

4.

Après

Quand le vent emporte de nous toute vanité et gloire terrestres

il se pourrait que des graines d’esprit et de lumière restent de l’homme

pour les oiseaux des jardins.

 

 

5.

Dédicace

Toi, le Téméraire, à qui mes métaphores servent de semelles

quand bien même tu étais le garçon aux taches de rousseur,

le voleur, l’acteur du quartier

prends garde, le sort pourrait bien te tomber sur toi

pour défendre la poussière, et avec elle, la respiration accélérée de l’Univers sans fin. 

 

 

6.

Incertitude

Pour le silence la langue semble mieux faite,

Pour la dévotion, l’oreille,

Et pour voler, les jambes 

 

 

7.

Deuxième hymne sacré

Où ai-je entendu avant de naître

la résonnance de ce cri strident

imprégné richement de larmes,

d’exclamations et ricanements

 

et dans l’oreille velue du léopard

qui murmure avec mes lèvres

quelque chose de mieux que le déjà-dit

 

8.

Chronique d’une absence

C’est la chronique : des êtres inimitables

renvoient et accueillent de bon cœur

mais pleins d’émoi

le vent qui joue au portail

et s’inclinent même devant lui.

 

9.

Ode à l’indocilité

les yeux des filles

explorent jalousement la manière

dont ton corps soutient sa démarche

la manière dont les muscles ondulent, se retendent…

 

oui, c’est indéniable, il faut t’habiller avec légèreté :

une paire de chaussures, un petit billet dans la poche

et même va-nu-pieds tu seras mieux compris par Dieu

 

10.

J’espère être au paradis

Une papillon jurait la fidélité

à son papillon.

 

11.

Cesse, pluie !

Aux origines des temps,

les dieux coléreux des vers de terre

redeviendront…

 

 

Traduit  par Ralitsa Frison-Roche

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Radost Nikolaeva est une poétesse bulgare, chercheuse de la culture et de l’art manager. Elle  est  membre de l’Association des écrivains bulgares. Elle écrit des comptes rendus sur les nouveaux phénomènes dans l’art, des préfaces de livres, elle compose des recueils, des livres, et des almanachs de littérature. Elle est co-fondatrice de l’almanach de l’avant-garde littéraire – “LITAVRA” 1990.  Elle est fondatrice aussi d’une maison édition nommée LITAVRA (1993). Dès 1999 elle édite et publie la revue littéraire “Krug”. Elle est l’auteur des livres poétiques “D’un nom bon dans la poche ”, “Fauve et beau”, “All”, et de la monographie “Encyclopédie des noms propres des Balkans ”. Aussi elle est  l’auteur du scénario d’un film de long métrage “Atterrissage”(1991). Ses poèmes sont publiés en anglais, turque, russe et philippine. En 1998 elle fond la première Galerieappartement à Sofia, en 2001 elle ouvre une Galerie d’art contemporain à Kardzhali, et en 2006 elle fond le Centre international des programmes résidentiels des poètes et des peintres au village de Dazhdovnitza, Les Rhodopes d’Ouest. Elle est présidente du comité des directeurs de l’Art-mouvement Krug.

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