Porfirio Mamani-Macedo

 

 

 

(Pérou)

 

 

L’inoubliable

 

Qui se souvient n’oublie pas.

Tachés mes mains et mon front,
et je cherche un fleuve dans la nuit,
pour laver mon âme et mes yeux.
Voilà mes traces, ma poussière et ma nuit.

Qui se souvient n’oublie pas.

L’ardent soleil brûle nos pas, pas l’oubli.
Entre soif et sueur nous traversons
les jours en espérant une ombre sur le chemin.
Nous sommes celui qui prend des nouvelles d’un ami déjà perdu.

Qui se souvient n’oublie pas.

Nous sommes entrés dans un rêve,
diaphane comme l’eau
et nous avons vu un arbre immense
dont les racines touchaient le cœur de la terre.

Qui se souvient n’oublie pas.

Celui qui passe triste et seul,
errant par les rues aux yeux indifférents,
c’est nous, qui aujourd’hui
esquivons l’étranger qui nous regarde.

Qui se souvient n’oublie pas.

Il y avait une porte, une main, un visage
qui avait surgi de nulle part
pour accueillir notre malheur.
Il y aura toujours une fleur sur le chemin.

Qui se souvient n’oublie pas.

Nous vivons dans les ombres, cachés
pour ne montrer à personne
les taches que nous portons
gravées au fond des yeux.

 

Paris, 6/8/09

 

 

La rencontre

 

Sur le chemin tu le trouveras.

Regarde bien où tu vas,
il ne faudrait pas que tu le manques,
que tu lui aies parlé et ne l’aies pas vu.
Frotte-toi bien les yeux pour marcher.

Sur le chemin tu le trouveras.

Prends ce sentier, pas l’autre,
allonge ton voyage, fais le tour de chaque pierre,
chaque branche, chaque fleur que tu verras.
Cherche-toi parmi les pierres et la douleur.

Sur le chemin tu le trouveras.

Sous la pluie, sous le soleil, comme aujourd’hui,
n’abandonne pas ton chemin.
En chemin la sueur et la soif disparaîtront.
Pour écrire ton nom il te faut cheminer.

Sur le chemin tu le trouveras.

Que rien ni personne ne trouble ta marche,
il y aura des fleurs, des épines et toi.
Tu seras une ombre, un souffle qui se meut
au milieu de la nuit qui te noie.

Sur le chemin tu le trouveras.

Ne le renie pas. Si d’autres te disent qu’il n’existe pas,
passe au large, ferme tes yeux,
et chemine, le regard
fixé sur l’horizon ou le ciel divin.

Sur le chemin tu le trouveras.

Donne-lui de l’eau dans tes mains,
Accueille-le dans ton cœur,
Abrite-le de la neige.
Soigne-le dans ton humble maison.

 

Paris 6-08-09

 

 

Sur les arbres une croix

 

Prends soin de ton pas sur le sable.

Que les oiseaux, le fleuve, le pont et la ville
ne perturbent pas ton infatigable marche.
Cherche, regarde, surveille-toi où que tu sois,
la lumière du mal distrait ton regard.

Prends soin de ton pas où que tu ailles.

Sur les toits, les nuages, les étoiles
et la paix infinie qui demeure,
silencieuse au-delà du soleil et de la lune.
Que le bruit ne distraie pas ton esprit.

Prends soin de ton pas sur le sable.

Ne t’éloignes pas de la roche ni de l’olivier,
Suis la montagne de ton regard,
sens-là dans ta marche,
garde-là dans ton cœur.

Prends soin de ton pas où que tu ailles.

Un nouveau jour, une nouvelle ombre, un nouveau soleil,
et toi, creuse dans le fond de tes yeux,
la voix, le mot, le chemin et la Lumière.
Sers-toi de l’air que tu respires.

Prends soin de ton pas sur le sable.

Sur les arbres la Lumière illumine ce que tu dis.
Souviens-toi de la nuit qui t’oppresse
et ne foule pas à nouveau les sables
qui perdent tes traces et ta voix.

Prends soin de ton pas où que tu ailles.

Suis la rive de ce fleuve,
pas celui aux eaux polluées.
Sème-toi dans cette terre,
pas dans celle, infertile, qui te perd.

 

Paris 8-08-09

 

 

Les pèlerins

 

Une fleur à la fenêtre pour recevoir le soleil.

Sous les nuages, à l’ombre d’un arbre
des pèlerins épars
avancent sur des sentiers
déjà couverts de poussière et de cactus.

Une fleur bleue à la fenêtre pour recevoir le soleil.

Sur les mers, sur les montagnes, son nom,
illumine les chemins dispersés
de ceux qui, infatigables, le cherchent
dans les sables et sous le soleil ardent.

Une fleur à la fenêtre pour recevoir le soleil.

Dans les rues désertes
passe le pèlerin, seul,
avec au cœur une blessure
cherchant quelque part le repos.

Une fleur bleue à la fenêtre pour recevoir le soleil.

Sur les rives des fleuves et sur les montagnes,
dans les déserts et les débâcles, son nom
attend tous ceux qui déjà fatigués
ont traversé leur destin.

Une fleur à la fenêtre pour recevoir le soleil.

En silence vont les pèlerins,
emportant leur vie dans leurs yeux,
parmi les nuages, les pierres et les cris
que lancent les ennemis du chemin.

Une fleur bleue à la fenêtre pour recevoir le soleil.

Avec dans leurs bras la tendresse et la paix,
le repos est ce que désirent les pèlerins fatigués,
et accompagner sur la montagne cette Lumière,
qui illumine le temps et la distance.

 

Paris 20-08-2009

 

 

Le matin

 

Dans la fraîcheur du matin nous renaissons.

Ombre dans l’ombre nous marchons
sous les bruits et les vents qui emmêlent
nos pas indécis.
Levons les yeux pour marcher.

Dans la fraîcheur du matin nous renaissons.

Une lumière sous la voute céleste
ouvre des abîmes et des chemins.
Nous sommes l’ombre et le chemin,
Le fleuve et la rive.

Dans la fraîcheur du matin nous renaissons.

La pluie inonde notre corps
sur l’étroit sentier où nous avançons.
Des portes et des fenêtres déjà closes
nous trouvons, nous frappons et passons.

Dans la fraîcheur du matin nous renaissons.

Nos yeux embrumés, remplis de poussière,
divaguent dans l’ardeur funeste de la nuit.
Le vent frappe, froid et dur
au sortir de l’antre que fréquentent nos yeux.

Dans la fraîcheur du matin nous renaissons.

Nous trouvons quelques traces
qui dans l’infini se perdent.
Certains les suivent, d’autres
Exaltés par leurs rêves se perdent dans la brume.

Dans la fraîcheur du matin nous renaissons.

La voix du ciel divin
Traverse nuages, distances et matière.
Aujourd’hui, en abordant ce matin,
nous pouvons entendre cette voix, regarder cette Lumière pour traverser le jour.

 

Paris 21-08-09
 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Porfirio Mamani-Macedo est né à Arequipa (Pérou) en 1963. Docteur ès lettres à la Sorbonne Nouvelle. Il a obtenu son diplôme d’avocat à l’Université Catholique Santa María, et a fait ses études de Lettres à l’Université Nationale de San Agustin (Arequipa). Il écrit poèmes et nouvelles pour plusieurs revues littéraires en France. Actuellement, il est chargé de cours à l’Université de la Sorbonne Nouvelle.

 

Ouvrages publiés

Fiction
-L’homme du vent,(Nouvelles),  éditions du Petit Pavé, 2012
– NOUS VOULONS VOIR LA LUMIÈRE,(poèmes en prose) Editions de l’Atlantique (Collection Hermès), 2012
-Eaux promises( poèmes en prose), Paris, Edilivre, 2011
-La Luz del camino. (poésie) Lima, Hipocampo Editores, 2010
-Lluvia después de mi caída y un Requien para Darfur, (poésie) Lima, Hipocampo Editores, 2008.
-Avant de dormir,(nouvelles) L’Harmattan 2006.
-Poème à une étrangère. (poésie) Editinter, 2005.
-Un été en voix haute, (poésie) Trident neuf, 2004.
-Voix au delà des frontières, (poésie) L\'Harmattan  2003.
-Voix sur les rives d\'un fleuve, (poésie) Editions Editinter, Paris, 2002.
-Le Jardin et l\'oubli, (roman) Editions L\'Harmattan, Paris. 2002
-Au-delà du jour, (poèmes en prose) Editions Editinter, Paris. 2000
-Début de la promenade, (poésie) Editions Encres Vives, France. 2000
-Les Vigies (nouvelles) Editions L’Harmattan, Paris. 1997
-Dimanche, (récit) Editions Barde la Lézarde, Paris. 1995
-Ecos de la Memoria, (poésie) Editions Haravi, Lima, Pérou.1988

 

ESSAI

-Tres poéticas entre la guerra civil española y el exilio: Miguel Hernández, Rafael Alberti, Max Aub. Lima, Fondo Editorial de la Universidad Mayor de San Marcos, 2009
-La sociedad peruana en la obra de José María Arguedas (El zorro de arriba y el zorro de abajo), Lima, Fondo Editorial de la Universidad Mayor de San Marcos, 2007,
-Représentation de la société péruvienne au XXème siècle dans l’œuvre de Julio Ramón Ribeyro. Paris, Editions L\'Harmattan, 2007
-Flora Tristan : La paria et la femme étrangère dans son œuvre, (essai) Editions L’Harmattan, 2003.

 

Reconocimentos

2008
– Medalla de Oro de la Cultura, otorgada por la Municipalidad Provincial de Arequipa.
– Diploma de la Cultura otorgada por la Municipalidad Provincial de Arequipa.
– Diploma de la Cultura, otorgada por la Universidad Nacional de San Agustín de Arequipa

2009-2010
– Autor  invitado por La Maison internationale des poètes  et des écrivains de Saint-Malo (France)
– Diploma de Honor, otorgado  por la Alianza Francesa de Arequipa (Perú)

2011
-Autor invitado al Festival Découvrir de Concèze (France)

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