Pierre Vendel

 

 

(France)

 

 Poète et romancier

 

 

 

 

 

RD : – Monsieur Vendel, vous êtes professeur de français au collège La Source (Amnéville, Lorraine, France). C’est au sein de cet établissement scolaire que je vous ai rencontré pour la première fois. J’ai toujours remarqué chez vous la passion du livre, le respect pour l’auteur, l’envie de donner aux jeunes élèves amnévillois la possibilité de mieux connaître le monde de la littérature contemporaine, à travers des rencontres réelles avec des écrivains ou des acteurs. Vous êtes le seul professeur de français du collège qui invite des auteurs et des comédiens à intervenir directement dans les classes du collège.Pour moi, ces signes d’admiration pour les acteurs de la scène littéraire, représentent des liens forts avec ce qui se passe au niveau de votre propre univers d’auteur !

Dites-nous, cher Monsieur Vendel, depuis quand date cet amour pour la parole écrite et dite, au nom d’un bon livre de littérature ?

 

PV: – Comme je le dis dans la préface du « Passant », mon deuxième recueil de poésies, le déclic pour la parole écrite et dite m’est venue au début des années 80 en écoutant une chanson de Daniel Balavoine intitulée La vie ne m’apprend rien : « Les lois ne font plus les hommes mais quelques hommes font la loi ». Cette figure en chiasme m’a interpelé, tant d’un point de vue poétique qu’idéologique. J’ai alors vraiment pris conscience du poids que peuvent prendre les mots quand ils sont dits d’une certaine façon et j’ai commencé à vouloir, moi aussi, écrire, écrire pour mettre en alerte, pour éveiller les consciences. La première poésie que j’ai écrite avait pour thème le mur de Berlin. J’y analysais la vision que nous, occidentaux, pouvions avoir de ces gens privés de libertés et j’interpelais les pouvoirs afin qu’ils changent les choses…

Mais la poésie, et wholesale jerseys la chanson, dans un sens plus large, n’ont pas été les seuls leviers qui m’ont guidé vers la littérature. La lecture d’un roman de Philippe Djian a souvent été pour moi source d’émerveillement et de plaisir romanesque. Je me souviens notamment d’un passage de Maudit Manège, où le personnage principal se rendant chez une amie, assiste au triste spectacle d’un arbre qui durant la nuit, suite à un orage, s’est abattu sur sa maison. Il utilise alors cette métaphore « Sur le coup, j’ai For cru que le Bon Dieu avait frappé du poing sur la table ». J’avais trouvé cette image très belle, très poétique…

 

 

 

 

RD : – Vous avez débuté par l’écriture de deux recueils de poésie, chez Le Chasseur abstrait, deux plaquettes qui interpellent les amateurs de poésie engagée et de poésie plus romantique, deux livres écrits à l’aide d’une plume affûtée de deux côtés. Et maintenant, vous vous présentez devant nous, comme auteur d’un premier roman. « Viens me retrouver », un titre qui ne laisse personne indifférent. Comment vous est venue l’idée d’écrire ce roman ? Et depuis quand ce roman germait-il dans votre imagination ?

 

PV : – L’idée d’écrire ce roman m’est venue il y a un peu plus d’une dizaine d’années, un jour où j’étudiais la mise en abîme en littérature. J’ai alors imaginé un roman où le personnage principal écrirait le roman que je suis moi-même en train d’écrire. J’ai rédigé le point de départ de mon histoire, et puis, ne sachant plus comment continuer, j’ai abandonné ces quelques pages au fond d’un tiroir. Ce n’est qu’au mois de novembre 2010 que j’ai repris mon récit, parce que je savais alors comment le continuer…

 

RD : – Votre titre est une invitation à la recherche, à une lecture de découverte de quelque chose de mystérieux ! Mais, à la fois, c’est un titre qui parle d’amour, de pertes, et en quelque sorte d’un besoin de se retrouver… Roman d’aventure ? Roman d’amour ? Roman policier ?

 

PV : – C’est un peu les trois à la fois: c’est un mélange de roman policier et de roman d’aventures car il y a cette histoire d’un père de famille qui essaye d’échapper aux assassins de son épouse et qui envoie des messages codés à sa fille pour qu’elle puisse le retrouver. C’est aussi un roman d’amour car mon héros, Daniel, est amoureux de Sandrine Sport mais qu’il ne veut pas se l’avouer, parce que Jean Welcome! va tout faire pour sauver son ex petite amie en allant harceler l’auteur jusque dans ses rêves.

 

RD : – Roman qui s’adresse à quelle tranche d’âge ? 

 

PV : – C’est un roman tout public qui s’adresse aussi bien à des collégiens qu’aux adultes. wholesale nfl jerseys Je ne pense pas qu’il ait de difficultés particulières pour le comprendre à partir du moment cheap jerseys où l’on a bien cerné la trame de départ et cette alternance entre le monde de l’écrivain et le monde romanesque.

 

RD : – Votre roman débute par une dose d’humour absolument nécessaire à la littérature contemporaine, pour mieux accrocher les lecteurs… Vous avez beaucoup d’humour, Monsieur Vendel, et une fine ironie salvatrice…, vous jouez toujours avec les mots et les maux du temps ! Que faites-vous de votre humour, lorsque vous écrivez des romans ou des poésies ?

 

PV : – Plutôt que de parler d’humour, je parlerais d’ironie. Que ce soit en classe avec mes élèves, en poésie ou dans l’écriture d’un roman, je préfère attaquer en faisant sourire plutôt que de m’emporter. Après, c’est l’intelligence de celui ou celle qui est attaqué de la sorte qui fait le reste… C’est pareil quand j’écris: je préfère dénoncer des lieux communs, des idéologies ou des pratiques dangereuses (ou qui me paraissent dangereuses) par le biais d’une antiphrase ou d’une
exagération, pour faire réagir.

 

 

 

 

RD : – Les personnages de votre roman vivent à Metz. Je cite : « Daniel est romancier ; Jean, son personnage. Ils se débattent avec les méandres de leur vie. Daniel lutte avec les fils de son intrigue jusqu’au moment où, pour venir à bout de son nouveau roman, une idée s’impose : se débarrasser de Camille, l’amie de Jean. Or, ce dernier n’est pas de cet avis et décide de faire barrage au projet du démiurge. »

Ce sont des gens fictifs, des créations en papier, des « figurines» en chair et os de lettres, je m’imagine, mais qui devraient avoir eu au moins une fois dans leur vie livresque, des vies et des visages semblables à ceux que vous, l’auteur, leur maître, vous croisez dans votre quotidien. Qui vous a inspiré dans le choix des personnages de votre narration ? Et surtout dans la projection de leur vie romanesque ?

 

PV : – Je ne me suis inspiré de personne en particulier, en dehors de moi-même, pour créer mes personnages mais pour autant, mon roman n’a aucune vocation autobiographique. Inutile donc de rechercher untel ou untel dans les personnages qui le peuplent. Ils sont davantage un conglomérat, un assemblage d’êtres humains, de vices et de qualités humaines qu’il m’est arrivé d’observer au cours de mon existence. En revanche, des bouts de moi se trouvent disséminés dans Daniel, dans Jean ainsi que dans le père de Camille, mais ces parties sont infimes par rapport à ce que représentent ces personnages dans leur entité.

 

RD : – Pendant tout ce travail de conception du livre, quelle relation « auctoriale », et autre, avez-vous eue avec vos personnages ? Vous ont-ils fait souffrir ? Sont-ils devenus vos amis ? Ou, au contraire, est-ce vous qui leur avez infligé une certaine souffrance, pour mieux réussir à franchir leurs caractères de personnages ?

 

PV : – Oui, il m’est arrivé de souffrir en même temps que mes personnages, à travers ce que je leur faisais vivre. J’ai fait un bout de chemin avec eux, je les ai assistés, je les ai aimés. Ils sont à l’image des souffrances de notre monde, de ces images banalisées que nous proposent les médias. Ils incarnent chacun une souffrance particulière, parfois passagère, parfois indélébile et comme moi, ils restent marqués.

 

RD : – Que défendent-ils ces personnages, par la voix de leur auteur ? Que transmettent-ils à leurs lecteurs potentiels ?

 

PV : – Chaque personnage porte en lui même des valeurs intrinsèques, chacun mène une lutte, qu’elle soit personnelle ou idéologique, voire les deux. Ils sont à l’image de notre société, ce sont des représentants de notre société. Ils défendent un point de vue, le leur, et mènent un combat pour une cause qui leur parait juste, que ce soit les sans papiers, la pauvreté, le capitalisme ou encore le dérèglement des saisons et la pollution de notre planète.

 

RD : – Après deux recueils de poésie, le romancier Pierre Vendel réussit-il vraiment dans ses phrases narratives, à ne plus rester poète ? Oui ? Non ? (La réponse ne compte plus, car tout bon romancier doit avoir un minimum de talent de poète. Et dans le cas d’un poète social, révolté, impliqué, tel que Pierre Vendel, le danger de rester poète jusqu’au bout, est même une condition inhérente de la création d’un monde fictif mais fautif d’être plausible, soit-il inspiré ou parfaitement encadré de et dans la vie de tous les jours…)

Pierre Vendel, votre roman, mi roman d’amour, mi roman noir, mi roman social, est sorti il y a seulement quelques semaines mais vous devriez avoir déjà quelques messages de la part de vos lecteurs ! Que vous disent-ils ? Qu’aiment-ils dans ce livre ? Ont-ils des reproches à formuler ?

 

PV : – Non, quand on écrit un roman, je pense qu’il faut garder en soi une part de poésie. Je me sers ainsi souvent de la métaphore ou de la comparaison pour aborder certains sujets afin d’embellir l’imagination du lecteur en faisant naître des images parallèles dans son esprit.

Je n’ai pas encore eu beaucoup de retours au sujet de mon roman vu qu’il n’est sorti que depuis peu. Mais les premiers messages qui m’ont été adressés sont très encourageants. Le style plait ainsi que le suspens et la trame narrative, c’est à dire l’histoire racontée. Le principal reproche qui m’ait été adressé c’est qu’il ne soit pas plus long…

 

RD : – Pour conclure cette interview, dites-moi, s’il vous plaît, est-ce que le fait d’être entouré et lu en permanence par de jeunes lecteurs (vos élèves, votre fille), vous donne un surplus d’énergie littéraire, par rapport à d’autres auteurs actuels ? J’affirme cela, car dans votre roman il y a une belle énergie, une jeunesse d’esprit au niveau de l’intrigue, et un jeu narratif qui impressionnent…

 

PV : – Oui, indéniablement, le fait d’être lu par de jeunes lecteurs est extrêmement gratifiant. J’ai surtout pu le vérifier à travers mes poésies, lors des interventions que je fais dans les collèges et les lycées. Entendre des poèmes que vous avez écrits, étudiés et récités par de jeunes collégiens est très émouvant. Et puis, discuter avec eux de thèmes sociaux qui me sont chers et que j’aborde dans mes poèmes, les ouvrir sur le monde et ses réalités, leur faire prendre conscience des travers de notre société me pousse à écrire, et comme vous le dites, me cheap nba jerseys donne un surplus d’énergie.

 

RD : – A quoi pense(nt), le romancier et le poète Pierre Vendel pour le temps à venir ?

 

PV : – Je pense qu’on est de plus en plus individualistes, de plus en plus tournés sur nous mêmes, au détriment des valeurs collectives. J’espère simplement que l’on parviendra dans un futur proche, à recentrer les débats davantage sur l’humain et sur les vraies nécessités du moment.

 

 

 

 

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Pierre Vendel est né le 9 septembre 1967 Unordered à Metz. Lorrain de pure souche, il habite aujourd’hui à Talange, une ville située à quinze kilomètres au nord de Metz. Professeur de lettres au collège d’Amnéville depuis 1998, Pierre Vendel enseigne le français depuis wholesale nfl jerseys maintenant seize ans.

C’est au début des années 80, en écoutant « La vie ne m’apprend rien » de Daniel Balavoine, qu’il considérait comme une sorte de père spirituel, qu’il a pris conscience du pouvoir et de la beauté des mots : « Les lois ne font plus les hommes mais quelques hommes font la loi ». Ce chiasme a été le déclic poétique, la prise de conscience de la beauté de la langue, il a déclenché en lui l’envie de créer à son tour, le désir de jouer avec les mots, de les manipuler, de les faire rimer, mais également d’exprimer des idées aussi belles que rebelles. En 1984, il a donc écrit son premier texte poétique, sur le mur de Berlin (certainement, là encore, l’influence de Balavoine). Les poésies se sont ainsi enchaînées… et se sont régulièrement entassées au fond d’un tiroir, jusqu‘au jour où …

Hormis des poésies, « je n’ai rien écrit de vraiment abouti. J’ai un roman en « chantier » que je finirai lorsque les muses romanesques daigneront de nouveau souffler sur mon inspiration. Etant passionné de football, j’écris régulièrement des analyses de match sur le site http:// www.tousgrenat.com. » – affirme le jeune auteur.

 

Livres d’auteur :

FUNAMBULE, poésie, illustrations de Béatrice Garcia, Le Chasseur abstrait éditeur  2009

LE PASSANT, poésie, Le Chasseur abstrait éditeur  2010

 

 

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Reporter : Rodica Draghincescu

www.draghincescu.com

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