Pierre Vendel

 

 

 

(France)

  

 

LE MUR DE L’OPPRESSION

 

 

 

 

Il se dressait fier et sans gêne

Il séparait l’homme de sa femme

Il séparait l’homme de l’homme

Il séparait l’homme du reste du monde

Sans se poser de questions, délibérément.

 

Il était le syndrome de la liberté

La frustration d’un gosse qui habitait

Dans une ville en cul de sac

Comme un poisson qui serait condamné

De vivre à jamais dans une flaque

D’eau, exposée à l’évaporation.

 

Et le gosse en a eu marre de la répression

Et d’avoir voulu voler de ses propres ailes

On lui a coupé ses idées rebelles

Alors il s’est fait à leur idée

Cette idée que rien ne changerait

Qu’il n’avait même plus à espérer

Et qu’il mourrait quand même là où il était né.

 

Il était le syndrome de la liberté

On l’a détruit fièrement et sans se gêner

Pierre après pierre, le gosse a découvert

L’autre côté du mur, vue ouverte

Sur le monde où la pensée est permise

Cet autre monde libre en apparence

Qui a bien changé depuis août 61.

 

On a comblé par l’oubli une absence

D’hommes sur lesquels depuis longtemps

Déjà, le reste du monde ne comptait plus.

Puis on s’est découvert une nouvelle présence

Et venue de la nuit des temps, la terre comprend

Une poignée d’êtres de plus.

 

Le mur de l’oppression n’est plus

Humains allez cracher sur sa tombe

Car aujourd’hui quand la nuit tombe

Les Berlinois s’endorment des images plein la tête

Et librement rêvent de plus en plus loin.

 

 

 

 

DEPECHE D’UN TERRIEN

 

Un, deux, trois, feu, partez

Au signal, tout l’monde lève le nez

Spectacle, son, lumière

Feu d’artifice à la télé

Le journaliste annonce les guerres

Et toi, tu te ressers un verre.

 

Coup d’état sur ta fierté

Ton âme sœur chérie t’a quitté

Spectacle, colère, déclic

Tu craques, tu claques, tu prends tes clics

Feu de paille sur ton éthique

Simple état d’âme étatique.

 

Refrain :

Feux de toutes parts

Feux dans ses yeux qui m’éclipsent

Un brouillard

Feux sur ce monde qui s’éclipse

Fumée noire

Feux sur les livres d’histoire

D’un peuple qui se perd entre les lignes

De son passé sans insigne.

 

Un, deux, trois, feu, tirez

Quelques têtes sont encore tombées

Spectacle, sangs qu’on étrille

Feu d’artifice au bout du fusil

Tu minimises et tu maquilles

Ca brûle encore loin de tes grilles.

 

Vue d’un monde brûlé à vif

D’une boule montée sur un bûcher

Brasier incandescent né

D’essence de dragons maladifs

Ne restera plus que des cendres

Quand cette boule redescendra.

 

Refrain

 

Dépêche d’un terrien

Demande instamment un cessez-le-feu

Juste pour souffler un peu

Sur une terre aux mille feux.

 

 

 

 

LA PAGE BLANCHE

 

Il écrit

Une histoire d’amour, fidèle et sans nuage

Qu’il imaginerait fidèle à notre image

Il écrit qu’il écrit

Et les mots sont pour lui des pavés, des rochers

Qu’il lance à ceux qui veulent bien les attraper

Et les mots sont pour lui si tendres, si renfermés

Alors, il les ménage, de peur de les briser.

 

Il écrit

Mais les mots paraissent quelquefois bien singuliers

Et ce qu’il écrit n’a pour lui plus aucun sens

Sa main alors s’avance

Et ses doigts se crispent et se desserrent en vain

Son œuvre se disperse sans qu’il n’y puisse rien

Elle lui échappe, tel une demoiselle inconnue

Anonyme, comme des feuilles mortes, interrompues.

 

Il pensait tout savoir de notre amour

Il avait tout écrit, mis au grand jour

Et quand vint la nuit et ses récits nus

Il s’est imaginé en écrire encore plus

Alors le doigt dans l’œil, la mort dans l’âme

Il s’est résolu à courir cette femme

Alors le doigt dans l’œil, la mort dans l’âme

Il a écrit une page blanche.

 

Il écrit

Une histoire d’amour, incomplète, inachevée

Les mots ont des limites et ne peuvent inventer

Il écrit qu’il a écrit

Et de cette histoire, et de notre histoire il veut

Tout recommencer sur les bases d’une nouvelle donne

Mais on n’joue pas avec les mots comme à un jeu

Mais simples et étrangers les mots lui sont maldonne.

 

Il pensait tout savoir…

 

 

DE L’AMOUR  A L’AMERTUME

 

Elle me dit, le monde est fait pour toi

Taillé, construit à ta mesure

Tu n’as qu’à tendre les bras

Pour l’attraper, tu sais, c’est pas très dur

Mais moi je m’en fais tout un monde, moi

Moi qui ne voulais simplement être fait que pour elle.

 

Elle me dit que mon regard

Est celui d’un homme en peine

Celui d’un chien hagard

Qui n’a vieilli que par le sourd chaos des ans

Mais qui a pris tout son temps.

 

Elle me dit que l’expérience est une lanterne

Que l’on porte dans son dos et qui éclaire

Un passé bien terne.

 

Moi je suis l’eau tiède qui calme ses excès

La glace qui tempère ses brûlures

Elle est une source ardente aux couleurs entichées

Qui rêve d’un monde aimant et pur.

Mais il ne suffit pas de ruer dans les brancards

Pour guérir les malades, pour sauver les blessés.

Le monde est une sombre histoire

Mieux vaut se tenir à l’écart

Si on aspire à la sérénité.

 

Elle me dit, le monde est un diadème

En or, couvert de saloperies

Tu n’as qu’à dire je t’aime

Pour te sentir souillé de tromperies.

Mais moi, je lui dis je t’aime, moi,

Qui la coifferai du diadème de la fidélité.

 

Elle me dit qu’il faudra bien

Un jour ou l’autre payer

La rançon du bonheur

De tout ce qu’on croit être et qui n’a jamais été

Mais qui satisfait nos heures.

 

Elle me dit, le temps est un ravisseur du bonheur

Et on paye sa rançon en monnaie de singe

Mais on reste otage.

 

Le monde est une sombre histoire

Mieux vaut se tenir à l’écart

Si on aspire à la sérénité.

 

        

LES BORDS DE LA VIVONNE

 

 

                            

 

 

Je m’en allais rêvant

Du côté de Guermantes

A la recherche de je ne sais

Quelle muse disparue

Prenant l’air du Temps

Page après page, feuilletant

Le souvenir amer du temps perdu

Dont je disposais.

 

Au détour d’une ligne

Incapable de m’extirper

D’une effroyable sensation

Une présence féminine

Longtemps oubliée

Déshonorait mes illusions

Et l’envol de mes amours romanesques

En fumantes arabesques.

 

Je pris alors conscience

De ce Temps retrouvé

Où mes héroïnes s’en allaient

Au fil des pages bercer

Des rêves innocents

Décimés à bras le corps

En souvenir de la seule femme d’alors

Que j’eusse jamais aimée.

 

Je m’en allais en peine

Cueillant au fil des mots

Quelque bouquet de catleyas

Défait de-ci, de-là

Comme un lourd fardeau

Qui pesait sur mes épaules

Et je quittais les bords de la Vivonne

Et mes illusions vaines.

 

« La chair est triste, hélas

Et j’ai lu tous les livres »

J’appréhende le temps qui passe

Et j’ai peur de le vivre.

 

J’ n’veux pas savoir

Ce qu’est devenue la femme aux catleyas.

Je n’ai plus le souvenir

Du goût de la madeleine.

Aujourd’hui, je vais me coucher tard

Et je ne me soucie guère du baiser maternel.

Mais qu’il est bon d’avoir goûté

A ces délices, tant de plaisirs

Qui ravivent la flamme

De cette recherche du Temps passé.

Et je m’en vais rêvant du côté de Guermantes…

 

 

 

 

 

 

 

 

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LE CHASSEUR ABSTRAIT

 

 

 

 

 

www.lechasseurabstrait.com/chasseur/

 

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 Pierre Vendel est né le 9 septembre 1967 à Metz. Lorrain de pure souche, il habite aujourd’hui à Talange, une ville située à quinze kilomètres au nord de Metz. Professeur de lettres au collège d’Amnéville depuis 1998, Pierre Vendel enseigne le français depuis maintenant seize ans.

C’est au début des années 80, en écoutant « La vie ne m’apprend rien » de Daniel Balavoine, qu’il considérait comme une sorte de père spirituel, qu’il a pris conscience du pouvoir et de la beauté des mots : « Les lois ne font plus les hommes mais quelques hommes font la loi ». Ce chiasme a été le déclic poétique, la prise de conscience de la beauté de la langue, il a déclenché en lui l’envie de créer à son tour, le désir de jouer avec les mots, de les manipuler, de les faire rimer, mais également d’exprimer des idées aussi belles que rebelles. En 1984, il a donc écrit son premier texte poétique, sur le mur de Berlin (certainement, là encore, l’influence de Balavoine). Les poésies se sont ainsi enchaînées… et se sont régulièrement entassées au fond d’un tiroir, jusqu‘au jour où …

Hormis des poésies, « je n’ai rien écrit de vraiment abouti. J’ai un roman en « chantier » que je finirai lorsque les muses romanesques daigneront de nouveau souffler sur mon inspiration. Etant passionné de football, j’écris régulièrement des analyses de match sur le site http://www.tousgrenat.com  » – affirme le jeune auteur.

 

                        

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