Patrick Raveau

 

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(France)

 

 

Moi, l’aliéné le fou

qui n’ai pas su aimer l’amour

comme j’aime la pierre muette

sous l’eau vive 

La terre sous le gel

des saisons

Moi     l’illusoire        infini

L’ombre sans le soleil

la clarté vaine,  aveuglante

sans même le vestige d’un bleu

que ton ciel printanier

a fait naître

Ce ciel en moi  tout ce ciel vide

aujourd’hui cette démesure

privée de l’éclair de ton rire 

du froissement de nos corps d’hier

et moi le froid le très froid

en moi         sans toi, 

mes mains gelées qui cherchent le fruit

et l’or    sous la pierre

sous l’eau vive, ton visage tes lèvres

moi  la terre qui pénètre la terre, qui entre

dans l’antre de mes jours

moi

sans

toi

 

 

*

 

 

Secrètement tu t’extrais du paysage

où tes mains jouaient hier    magiciennes

dans la blancheur éclatante

d’un printemps

 

Tu marches sur les chemins étiolés

près des enjambées de jadis

au creux du décor figé,  tu contemples l’enfant

qui y joue    solitaire

parmi d’autres enfances 

d’autres lumières mourantes

 

Effacé du décor, tu danses près de lui,

tes mains lourdes de la mémoire

tiennent le chevalet de cette peinture ancienne

et tu danses tout près de ce pays

 

Mais tu sculptes déjà la matière du passé

l’archet de tes musiques futures

le ballet au cœur duquel tu viendras mourir

 

Feuillages de mémoire, l’arbre viendra fixer

la mouvance et fleurir         l’immobile

en une longue danse 

finale

 

 

 

 

La clairière se fait rêveuse

de touches d’or en blé d’argent

nos yeux furent las d’attendre

que le feu brûle en son corps

de lumière        pâle  

la rêveuse se fait murmure

femme dans le ruisseau du temps

qui la couche et l’emporte 

 

Nue  elle dort  lumière fauve

sang furieux     rubis de feu sur la terre

notre mémoire   

elle dort      iris blême 

incendiaire lueur qui,

d’ici jusqu’aux nuits

que nos paumes couvent ensemble     

Oisillon 

fébrile  de douleur vive 

s’élève          éclair

 

et qui, là où soudain  océan et soleil s’enfantent

rondeur rousse qui clôt le vide universel,

s’entrouvre un chant fragile

 

La clairière s’est faite  chant du soir

rougeur sombre  et cendres

de nos paroles  vives

 

 

 

 

                                                       

Tu as cru en la rugosité

du monde  quand le ciel foudroyé d’un éclair 

ouvrait la nuit          la tendre, l’innocente

la légère   l’insoumise

cru en l’illimité du chemin 

à la possible arborescence des possibles

ces mondes en toi qui irradient

                   Au creuset de tes déserts circulaires      

ont foisonné soleils,

graines et semences de l’esprit

 

mais quels autres paysages t’assiègent

encore       t’obsèdent et signent

ces lentes pérégrinations de toi

jusqu’à toi

 

et qui a  jeté la  pierre lourde du mensonge

dans le gel de tes croyances

 

mais tu caresses, rêveur obstiné, l’idée d’un espace

hors de toi   d’un infini qui en serait l’origine

et la fin           et tu bois —  animal découronné

le ciel contre tes paumes blanches 

pour que le bleu du jour naissant

s’y déteigne

 

L’incertitude te fonde et plombe en toi 

 l’abîme         mais c’est aussi la promesse d’un plein ciel

qui vient y naître  

obstinément

 

 

Dans la froidure des nuits

retiens l’or pâle   patiemment    

pour que naisse

dans ce fragile miroir  … 

l’éclat des mondes

le flamboiement soudain

 

Que ricoche l’infime, l’étincelle

la lumineuse, la fragile, l’incendiaire

 

Oiselet impatient

sur l’une des branches d’hiver

tremble un soleil frileux

piaillement fébrile du réel  

en ton être en partance 

 

        

 

 

et tu as su mourir en chaque nuit

en chaque souffle pour qu’expirent les mots

et qu’inspirent les morts

et ce désert illimité 

que tu franchis à chaque pas

en toi, hors de toi,

funambule sur l’équilibre fragile

 

Il t’a fallu mourir  pour naître

à l’étonnement d’un jour d’automne,

noyé dans l’illusion du temps

il te faut  écouter à présent

le souffle paisible

des braises et le crépitement

d’un feu  qui brûle ailleurs

dans l’âtre d’une maisonnée enfouie

dans le temps

une vieille femme y contemple la flamme

 

où tendrement bleuit la nuit

 

 

 

 

Danse l’orient

Etincelles d’atomes

de quelque Orion céleste

feu et nuit de l’homo sapiens

couronné d’étoiles furtives

 

Une rivière saigne d’une source oubliée

du rêve d’une mer plus vaste

Et qui serpente sur les ombres

et l’oubli des mondes

entre nos doigts crispés

 

Coulez   chapelets de regards       

rivières terrestres

nos yeux  dans la fugacité des effusions

portent le pourquoi   jusqu’aux confins

de notre nuit

 

S’étonnent les mots, la fièvre,

quand un concert de bleus résonne

sur la chair

de l’homme couché  en croix

au carrefour des espace-temps,  solitaire

Tout et rien

dans la crispation  de son souffle

et du râle universel

 

 

*

 

 

Tu fus l’ivresse

ici,      d’un océan d’oiseaux

aux ailes profanes

là-bas                    de l’étoile 

tache d’or

dans les plis de tes visages

l’étoile terrestre s’enracine

 

 

Toi  qui prolonges l’infime

 chant de l’homme

par ton cri, cette ombre en toi

cette voix

que tu ne connais plus

ce long chemin d’hiver

que tu gravis lentement

 

vers la cime d’un été

 

Toi,  le Rayonnant,   roi solitaire

point d’ombre brûlant

dans la rose anonyme

éperdue,  fleur sauvage et son halo

qu’ensoleille l’esprit du soir

 

Tu fus ivre  quand tu pleurais

entre ces mains terreuses

de jadis  ces clairières aux feuillages pleins du ciel

 

ivre quand tu arpentais les villes abyssales

aux crépuscules amers,

proclamant tout bas la magie

d’un royaume de fées

 

 

*

 

 

Moi

qui n’ai pas su trouver

dans le buisson des voix anciennes

le poème et la main ouverte

et du faux infini qu’offre ce bleu

arrogant d’un ciel illimité       aveugle

ai cru cependant  en l’amour infini

et porté mon songe

jusqu’en terre 

l’immobile

et sous la pierre, la muette,

n’ai su comprendre

le murmure du temps

le grondement des mondes,

l’évidence  la lumière que retient

le plumage de l’oiseau  

moi qui ai rassemblé les fragments

d’une folie passagère

 pour y coudre le visage  de celle qui

muette  chante  encore

dans la pénombre

de  l’universel émoi

 

 

 

 

J’habitais le silence

un souffle calme où

la présence

d’une pierre est déjà parole

 

qui jette le regard au delà du songe d’éternité

 

Mes pas frôlent le vent le précèdent et lissent

ses mots    lissent ses longues ailes blanches

 

 

J’ai lu entre les doigts du vent

l’empreinte des terres que pétrissent nos mains,

la caresse dans le gel des  feuilles, des longues nuits

d’hiver

 

où neiges couvrent le silence   

cristallisent le souffle.

 

dans la brume glissante      la nuit

où  dansent les mains   muettes

 

et j’ai cru lire  dans ma propre mort

le silence de la terre  que murmurent

les branches des forêts lointaines.

 

 

*

 

 

Tu cherches la source et le bleu

au-delà des glaciers éternels

 

tu dis           l’origine et la mort

tu dis l’origine est une source vive

 

et tu voudrais boire à la croisée des chemins

qui t’ont mené en ce lieu

du temps et de l’espace

 

S’ouvre en toi parfois un ciel        

brûlant toute limite

 

mais tu es mort, mille fois,

hier en chaque instant

en chaque crispation de ton corps sur la terre

ou sur ce corps d’un autre gisant de l’été

 

C’est ton regard pourtant

qui croît

derrière ces montagnes enneigées

et ce blanc silencieux         ton silence  

qui rayonne

dans l’arc d’un feu intense

et brûle  

au versant de tous monts

de toute mort

 

nulle source, 

nul brasier ne couvrira ton enfance

de cendres

en tous points         elle croît       

 

 

*

 

 

Friables         tes mains sur mon ombre

et ton ombre dans mes yeux

de sable

 

 

peu à peu  tu réapprends le geste lent

du fossoyeur

et je me fais    silences

 

lentement, contre ma bouche, je te murmure

et tu te fais muette

 

 

nos châteaux d’enfance n’abritent que l’éclair

des orages passés

 

 

Qui es-tu     

dans l’infini de nos visages

qui es-tu      

lorsque nos chants s’éloignent ?

 

voleur de soleils que j’ai portés en toi, 

je  m’immobilise

 

au versant de mon ombre,

l’impossible lueur

 

 

*

 

 

C’est là                 

dans le rougeoiement du soir

où l’esprit s’étend comme la lumière rase

sur la terre imbibée du sang

de l’été

comme un feu de lumières tardives

espoir et mort viennent réinventer

le silence

En ce pays où le ciel très proche nous invite

aux premières envolées de l’âme

et nous plonge dans l’argile

dans l’obscure demeure

l’humble costume séculaire nous abritant

qu’à peine ta voix chante par-dessus l’opéra

des silencieuses retombées de l’Etre.

Au creusé des plus profondes rides

de la terre         il nous faut réapprendre

à croître       dans le point d’aube et vieillir

lentement

dans le feuillet

des couleurs

que la nuit viendra verser

sur nos corps

plus proches.

 

 

 

 

Je me souviens de l’enfance

aux terres pleines d’humus

de l’olivier tremblé par ses feuilles d’argent

lorsque naissait au creux de la jeunesse

un semblant de ciel prometteur

où, l’oiseau enchanteur, à tire d’ailes

nous emportait dans ses paraboles sans fin

 

si nous avons crié la profondeur de nos douleurs

aux dieux de paille

et sur la terre, joué de nos ciseaux d’argent et de fer,

dressé des villes de verre, des horizons de pierre

nous continuons de louer tantôt l‘étoile, et tantôt  l’olivier

et toujours récitons ce mystère

qui sourd encore au creux de nos chairs,

lorsque nous nous rejoignons,

parfois dans l’invisible

 

 

Nous étreignons nos chairs pour atteindre

l’envers de la matière

Eteindre le silence de nos mécaniques sans parole

et parfois s’ensoleille le monde

et nait un arc-en ciel

 

Mais pourquoi soudain, ce silence premier

Ce vide que nos bouches recrachent avides ?

La poésie est-elle muette, qui chancèle

aux lèvres des marionnettes humaines

et toujours cette pierre muette,

ce poème esseulé qui recouvre le bleu,

d’un blanc manteau d’oiseaux pales

 

 

*

 

 

Toutes mes nuits se ressemblent

et s‘assemblent, qui brodent

l’ivresse et le deuil des jours

 

Ce n’est pas là cette clarté qui me fera don de l’immense,

mais la caresse fragile de l’ondée,

le murmure de l’eau au contour de la roche

le ciel peut-être, la naissance d’un soleil

dans l’entropie silencieuse des atomes

 

Ce n’est pas là l’été qui me dira l’éternité

mais la flamme d’un feu où l’hiver côtoie

la rousseur de l’automne, la main qui approche la pierre

et le sein qui se donne

dans la nudité de l’offrande

 

lorsque la douce exhalaison, le frôlement des paumes,

la braise qui embrase nos fronts sous des ciels en partance,

voyagent au-dessus de nos têtes

 

Et là, le feu souterrain nous ravit

tout ce qui me retient dans le jour

s’effeuille, et croit dans l’immobile

s’étonne toujours de contempler la rosée que la lumière allume

et ce n’est pas l’infini qui de son piédestal

me captive, mais ce qui  tremble, ce qui luit sans jamais

délivrer l’incandescence

 

Toutes mes nuits se ressemblent

et s‘assemblent,

autour de l’aimée sans visage

 

 

*

 

 

     Il ne connaissait pas la douleur, ni le soleil en son corps, ni même la lumière cachée dans la mémoire de ses pères, lorsqu’il effaça la courbe où il se jouait, pour n’être plus qu’un point, un souvenir… Ni cette main secrète qui distribua ses cendres aux nuits afin qu’elles se souviennent de son éphémère passage.

 

    Peut-être as-tu vu son visage, au délié des bruyères, écouté le pas des forgerons de l’aube et la faible lueur qui l’engendra naguère d’un feu plus céleste. Peut-être cette lumière vibre-t-elle encore en toi, étranger sur cette terre, vibre-t-elle dans tes poings refermés sur l’alouette mirage !

Peut-être un jour seras-tu aussi du voyage, alchimiste fugitif, géomètre d’une courbe aux dessins fragiles ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Je suis né en 1957 à Suresnes. J’enseigne actuellement la philosophie au lycée Charles de Gaulle à Poissy depuis une dizaine d’années.

 

J’ai publié à ce jour une trentaine de nouvelles dans des magazines spécialisés dans la fiction et le fantastique, notamment aux éditions Denoël (collection Présence du Fantastique, Territoires de l’inquiétude.), ou dans des quotidiens régionaux tels que “La Montagne“ ou l’Union“.

 

– Publication de nombreux textes courts, poésies, aphorismes, ainsi que des essais sur des poètes contemporains, (Adonis, Yves Bonnefoy etc.).

 

Premier prix du concours de la nouvelle organisée par « Infini » en 1994 avec « Mémoire du vent » et publication d’un court roman, « l’ultime songe de la cité » aux éditions Destination crépuscule.

 

– Prix Georges Perros 1995 pour le recueil : « Second versant  de la lumière ».

Plusieurs livres de poésie ont été édités, dont trois aux éditions l’Harmattan : « Paroles en ce pays muet », « Dans la brûlure des jours » et « Chemins naissants. », ouvrages que l’on peut se procurer à la Fnac où dans les bonnes librairies.

 

Je suis par ailleurs intervenu  plusieurs fois dans des lycées, (Mureaux, Verneuil sur Seine, lycée Français à Tunis), en tant que conférencier ou animateur d’atelier d’écriture.

 

Un roman de fiction sortira en mars 2011 aux éditions Lokomodo.

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