Nicole Gdalia

 

 

(Tunisie-France)

 

 

 

Elle aimait cette liberté

d’une voix

sélective

 

d’une écoute encore plus

 

d’un chemin

qu’elle s’était ouvert

dans les ronces et les épines

 

Seule

 

Libre

 

entourée des oiseaux

 

de ses anges

 

de l’invisible

 

 

(extraits du livre Conversation avec les oiseaux: Epars)

 

 

 

Dans l’essentielle solitude

Elle s’assemble pour

donner lignes à son

visage

face de l’Autre

 

Infini

 

les traits mortels

balbutient

 

terrifiant vis-à-vis

poussée du sens

marche avancée

le temps devient horizon

la boussole intérieure

vise à – perdition

certitude

un appel dans

la poitrine

 

fil de lumière

 

Sur les routes du Nom

elle se dévêtait

de ses oripeaux

la volupté ambiante

se dressait en écho

à celle là

qu’elle captait

dans ses chambres

secrètes

 

 

(extraits du livre l’Alphabet de l’éclat)

 

 

 

Déferlant d’amour

elle aimait

elle aimait le monde

contre la folie meurtrière qui partout tonnait

partout

grondait

contre la mort

contre le rétrécissement

elle appelait le chant

filament lumineux

s’y accrochait

suspendue

filante faufilante

sac et ressac

immergée au cosmos

 

*

 

Je sais des flamboyances

qu’en mémoire cèle

mon corps

étirements

éclatements

transparences

vides-pleins

pleins-pleins

éthers

champignons nucléaires

des aboutissements

apothéoses

 

*

 

Recueillir les fulgurances

les modeler en mots

les surgir en paroles

échos-souvenirs

manuscrits déchiffrés de

lointaines

contrées

terres intérieures

et je naîtrai de l’épaisseur signifiée

du verbe

vierge dévêtue féconde

Ève la vivante

créatrice matricielle

des heures accordées

parole pure

épousée à mon nom

 

 

(extraits du livre l’Alphabet de l’éclat, Les chemins du nom)

 

 

 

Et que répondrai-je

lorsque

dans le Lieu

la question sera

si moi j’ai été moi

moi au pré-nom passager

nuit de mon être…

aurais-je défeuillé en suffisance

les écorces

aurais-je approché au terme

au noyau

aurai-je accompli

ce qu’il m’aura été donné en part

sonde tes reins mon amie

sonde ton cœur

le chemin est à mi-dit

jusqu’au Nom

 

*

 

Je suis née avec toi

née de toi

sans fard

ni maquillage

tout d’une pièce surgie

j’ai vécu vrai

pour la première fois

sans lambeaux rapiécés

robe belle toute neuve

couleur de flamboyant

 

 

(extraits du livre l’Alphabet de l’éclat, Monodie)

 

 

 

Dans le silence convoité

j’arpente

de surplomb

mes vestiges

archéologie des chemins

pulsations immémoriales

plus abyssale est la marche

plus vif le sourcier jaillissement

recherche géologique

de l’homme en moi

fraternité asexuée de l’Être

énigme modeste et grandiose

des sédimentations

les spirales de l’ammonite

tournent tournent et s’enroulent

se rétrécissent jusqu’au

point

 

*

 

Se saisir du langage

vêtir ma voix

de l’espérance du mot

en extraire l’étincelle

secrète combinaison

de la lettre et du chiffre

géométrie créatrice de

l’alpha et l’omega

la forme

purifiée à l’extrême

appréhende l’harmonique signature

le ton est juste

et le poète aura le timbre du

prophète

 

 

(extraits du livre l’Alphabet de l’éclat, Mi-dit)

 

 

 

Les mots s’envolent

les mots éclatent et s’éparpillent

les mots me vêtent

les mots me chantent

les mots m’enchantent et

me caressent

les mots s’en vont et

me dénudent

j’en attrape un

je saisis l’autre et un troisième

et nous nous fécondons

être de parole

le convexe et le concave s’unissent

l’aigu s’élève

le rond se love

l’ouvert accueille

le long se fait sévère et

le ventru bonhomme

lignes et sons se maillonnent

lacs d’amour

l’univers se met en place

les notes s’orchestrent pour un unisson

 

 

(extraits du livre l’Alphabet de l’éclat, La courte échelle harmonique)

 

 

 

La ganse du temps

spirale de ma mémoire

je la remonte en quête de

l’Aleph

rejoignance des commencements où

l’Homme habite l’Homme

le créateur le poète

le dire le faire

 

en un éclair singulier

je décline en moi

la généalogie de mes ancêtres

et projette leur lumière dans

ma demeure

 

aux quatre portes vers l’horizon

les rêves tuilent son auvent

 

*

 

Sur les volutes du

vent

vienne jusqu’à Toi

mon chant

 

*

 

En leur voyage ivre

l’absolu

avait marqué

leur rencontre

 

 

À l’extrême pointe

du désir

l’outil de mort

les avait séparés

leur regard

scella

l’Éternité

 

 

La mort

de commun les

atteignit

glaise fragile

se brisèrent

 

*

 

Le dit

de la mort et de la vie

arc-boutant

du secret

 

*

 

Ils avaient lu

balbutiamment

dans le livre du monde

 

viendra le temps

du cantique

 

 

(extraits du livre l’Alphabet de l’éclat, Élégie d’elle)

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Née à  Tunis, Nicole Gdalia après des études à la Sorbonne, devient journaliste, poète, sculpteur. Agrégée de lettres, docteur en sciences de l’art et des religions, chercheur au CNRS, elle a enseigné à la Sorbonne nouvelle et à l’Ecole pratique des hautes études (5e section).

Épouse de Bruno Durocher, elle dirige depuis sa disparition (1996) les Editions Caractères.

Nicole Gdalia a repris et mène merveilleusement bien l’engagement culturel de cette maison. En 2017, les Editions Caractères vont fêter leurs 67 ans. Longue Vie !

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