Nathalie Riera

Brindille

 

(extrait du recueil Puisque beauté il y a)

 

Elle veut le poème dans son péché de dénuement, sa vertu de silence, son oubli, dans la verticalité de l’arbre. L’échauffante effeuillaison pour que les fruits s’ensoleillent, de la plus profonde radiation du cœur au vermillon le plus tendre. Elle veut le poème dans son infra-beauté, son infraction. Elle veut sur son corps en délit l’effraction du givre, l’interférence, le non-lieu. Elle ne veut plus le poème au baiser triste, au rire douleur, à la joie spleen, mais équitable, plus détaché, dans l’arrière-plan, ou autre part, et toujours plus fragile comme brindille dans la prose des tenons et des mortaises. Romance de l’espoir, dit-elle et mon corps de feuille dans ses nuances les plus paille.

 

Elle veut le poème invalide, dans la musicalité de l’arbre où l’oiseau ne chante plus à la fenêtre de ses branches. Gracile graminée dans l’échauffante frondaison du désir. Incivil poème. L’aubade à ses lèvres, elle me dit ce que j’aime l’entendre me dire, récidive dans ce qu’elle a de plus libre et d’écorché en plein vent. Elle veut du poème des spasmes d’oiseaux, des soubresauts de fraîcheur, refuse les eaux repues, mais entendre encore leur partition de galops, la mélopée du soleil qui sait nous rendre chaque chose et chaque jour comme plus précis ou plus affinés, à jamais initiés. Elle veut le poème aux mains pleines de terre, l’encre verte sous ses ongles, et autour d’elle, l’insomnie des fleurs, les molles ondulations des ramures, l’immuable, comme des massifs de parfums cherchent à jamais l’accord dans l’embrasure des clôtures, la dispersion et la disparition, l’escapade vers l’horizon de ce qui était bleu et vert. Elle veut le poème comme un fruit dans sa terre de couleurs, et après le noir et blanc des ressacs, la rousseur du feu, des cheveux d’herbe comme des éloges de verdure. Elle veut le vent dans la plaine, vous fredonner que tout ne tient jamais qu’à la brièveté d’un trait. Cet habile à-coup de lumière sur les brindilles…

 

it was blue and it was green
and my name is Elegeia

 

 

© Nathalie Riera, Puisque Beauté il y a, Éditions Lanskine, Septembre 2010

Articles similaires

Tags

Partager