Natalia Litvinova

 

(Argentine)

 

 

BALBUCEO DE LA NOCHE

BALBUTIEMENT DE LA NUIT

 

 

 

 

 

Ma bouche est pleine de paille sèche.

Je suis cloué aux étoiles.

 

Lyubomir Nikolov

 

 

 

 

 

seule je ne peux pas comprendre la nuit.
je n’ai pas la vision de l’animal.

j’ai besoin d’autres yeux qui parlent ma langue
et me disent oui ou non à ce que je vois.

seulement

oui ou non.

 

 

 

une lumière dessine sur le mur.
j’essaie de l’atteindre avec le pied.
je pourrais interrompre son flux,
je ne suis pas élastique mais j’ai un corps.
ce n’est pas grave.
je suis un mur pour sa calligraphie.

 

 

 

je me suis réveillée au milieu de la nuit.
juste en son milieu.
quand les nuages ouvrent un passage
à l’invisible. ou je ne sais pas,
mais je me suis réveillée d’un œil,
l’autre dormait et dictait
ce que seuls les rêves savent,
balbutiement qui a entraîné la chute
des paupières.

 

 

 

quand le vent souffle
l’armoire s’ouvre
et me jette quelque chose de toi

j’imagine que la terre
a fait marche arrière

et bientôt

tombera ton corps

 

 

je suis bizarre pour la nuit.

ma peau dégage la lumière
que j’ai gardée durant le jour.

je ne laisse pas d’ombre mais des éclats

où mon corps se consume.

 

 

 

quand souffle le vent nocturne

l’oiseau noir se dresse

ses ailes deviennent floues

bientôt une lumière tombera
sur son plumage

pour le convertir en étoile.

 

 

 

au matin, tout avec moi ouvre son œil.

sauf la lumière. elle est toujours là.

j’aime me réveiller pour qu’elle soit.

 

 

 

mon corps a changé de cours.
je suis entrée dans le souvenir.
là où la lumière ne sert à rien.
j’avais laissé un chemin
de mie de pain.

mais j’ai cédé à ma tentation,

j’ai appelé les oiseaux.

 

 

 

la nuit me revient fertile.

comme un ange
je copule avec l’obscurité.

les jours se vengeront de moi.

ça fera mal.

 

 

 

 

touche la fleur et ta peau s’ouvrira.
touche les déchets du jour antérieur comme nourriture du lendemain.
touche les ailes des mouches, aime leur certitude.
touche le vocabulaire de n’importe quel souvenir.
touche ta propre nuit, son obscurité protège.
touche, touche, touche.

 

 

 

j’ai cru devoir accumuler des voix
pour composer le cri exact
et frôler avec lui tout ce qui existe.
mais respirer a suffi

 

 

l’eau coule plus chaude, je reste sous son jet.  
j’attends que la peau rougisse.
j’aime me faire du mal ainsi, sans me faire de mal.
je glisse la main vers mon sexe et je sens. le parfum
s’est perdu. il s’en est allé par un canal obscur vers la rue
imprégnant les feuilles d’automne.
me sentiront les rats, les pierres, les moineaux.
et peut-être des enfants qui jouent à lancer des bateaux en papier.

 

 

 

Traduction en français de Stéphane Chaumet

 

 

 

 

 

_______________________

 

As a juror of the 1st international art contest organized by the Italian art&design magazine, IT’S LIQUID, I had the privilege to share some moving moments as an art lover.
One of them was the work of video-art signed by Pablo Gimenez Zapiola, entitled ”Meaning in Motion”. Especially the poems used by the artist, to enrich his artwork, captivated my attention and my vote, the fluid verses were full of ardent and touching images, but also of strange and complex, reverberating meanings, meanings in motion…
The poems were signed by NATALIA LITVINOVA, a very young and gifted Russian poet, born in Belarus, who lives now in Buenos Aires, the city of Borges and Sabato, and writes both in Spanish and Russian.
Natalia Litvinova’s poetry is a complex and thrilling fusion between the imagery of the hidden face of nature and the strange architecture of human soul.
In her limpid and contemplative poems, Natalia is watching/writing the world with the eyes of the child: ”language takes me/through the turbulent rivers/of childhood.” She always succeeds, in a natural manner, to build with usual words an unusual state of being and pure moments of reverie, where paradox and surreal images are present in a moving metamorphosis.

In my opinion, she is one of the best new world poets, an expressive and fresh voice in contemporary poetry.

 

Constantin Severin

 

 

http://ciclopaenlabocadeunmudo.blogspot.com

http://constantinseverin.wordpress.com

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