Mihók Tamás

 

 

(Roumanie)

 

 

 

dominicale

 

je m’émeus deux fois

de plus et je fatigue

deux fois plus vite

 

la réflexion de chaque

geste que je poursuis

m’accable

 

(je chante pour

ne pas vomir)

 

je dors deux fois de plus

et je rêve deux fois

plus vite

 

ta voix est

juste l’écho

des ivresses ratées

 

(je chante pour

ne pas vomir)

 

la réflexion de chaque geste

m’accable

je vis deux fois

 

et ça signifie

une moitié

de vie

 

 

 

fractale 

 

j’ai rêvé que j’avais passé

un pont & de l’autre côté il y avait

un pont plus petit & ainsi de suite

 

je me rétrécissais et la vitesse de l’information

était sur le point de dépasser

la vitesse de perception

 

je me suis efforcé de m’arrêter

pour regarder les cygnes

j’ai loupé, les ponts

 

sont devenus des toboggans

avec d’eau thermale et le crépuscule

m’a donné une baffe sur la nuque

 

puis tu as surgi

du noir & tu

m’as baptisé ben

 

tu m’as poussé avec une

chaise roulante décapotable

tout au long des rails

 

tu m’as apporté des jouets bruyants

à côté de moi tu vas devenir fou

tout d’un coup

 

 

 

la dernière fatigue

 

il lui avait érigé une statue à détroit

et je me souviens comment tu l’avais appelé

canaille parole avide je pense toujours

à la portion de macaroni au fromage et rillons

comment tu as versé la sauce de sarmale sur ma veste

dans le restaurant doïna à paris

comme je m’essoufflais pour le dernier métro

puis pour ma première baise

celle-ci n’est plus arrivée même si

les lasers mauves nous rendaient fous

je rêvais de notre clé gîtant au fond de la seine

du graffiti sur les murs du canal, toi

corporatiste plus grande que la fumée

moi avec les sandales dérapant dans l’herbe

nouveaux excréments avicoles

sur la pierre gravée

baphomet.

 

 

 

shoulda

 

des ruelles tortueuses qui mènent à ton foyer

le bruit du pavage lorsque la pierre cubique

se décroche à l’unisson et se met à léviter

et les cailloux se chargent de la gravitation un

par un juste au-dessus de ma tête

un casse-tête fin

et inutile : à chaque coup

je hausse les épaules

la ruée de tes jambes minces

organique : les minous effrayés / anorganique : le nylon

tout s’en enlaçant sur le trottoir en coup de vent

sous des yeux

et des dentures blanches

étincelant autour des carrefours

devant le gang tu t’arrêtes toujours en profile

ton pardessus flotte contre tes hanches

tu as maigri sept kilos à l’étranger

et bientôt tu me diras adieu

à voix striée et un minimum de regret

 

 

 

12 points morts de

notre complexité

 

1. intempestif)

je ne connais pas les oiseaux par leur gazouillis

mais quand tu t’en es allée j’ai dû faire face à

un pinson 3 heures et 2 paquets de cigarettes

 
2. visionnaire)

notre ruisseau était gonflé

j’ai imaginé deux testicules

sur une vallée quelconque d’où déborde

cette crasse et comme elle nous jette vers la rive

une boîte de conserve avec l’anneau tordu

 
3. confessionnel)

avec toi

je me sens

une carcasse

vide

tu me disais

le vent souffle

à travers de moi

par monts et

par vaux

&

j’en

ai

eu

assez

 

4. transitif)

je t’ai laissée partir &

j’ai éprouvé la sensation

sur place (alors

 

j’ai senti pour la première fois comme

la poésie est le boulet de canon

à cause duquel je claudique)

 

5. festif)

carcasse vide oh carcasse vide

le printemps viendra et les petites fleurs

vont se coller à toi comme la rouille

 

6. plausible et inutile)

encore une chose

tu as sucé

toute mon énergie

avec tes réveils de bonne heure

tu es un vieil homme

quel toupet

tu as eu et comme

tu as raison

 

7. chétif)

ta subtilité est comme un hymen

rompu et momifié à l’intérieur

 

8. maladif)

tu as été ma cicatrice

on s’est moqué jusqu’où

on s’est confondu

 

9. expérimentale)

quand je n’arrive pas

à me connecter à toi

je ronge la seule mèche

qui atteint

ma bouche

 

10. réflexif)

tes ironies sont des bassins avec jacuzzi

je m’en baigne jusque mon slip de bain

se gonfle et les bulles me porte à la surface

 

11. tardif)

le pinson vola &

j’ai mis les écouteurs dans les oreilles &

j’ai entendu la sonnette de sortie de la vie

 

12. normatif)

à côté de toi

j’ai été

un vieux

vif

maintenant

je suis

un vieux

cuit

 

 

 

[équilibre]

 

ton système nerveux

tel qu’une usine entassée de japonais

des gestes coupés à moitié des fournaux

coupés à moitié mis à bouillir

en nourrisant des millions de hikikomori

on démarre les nouilles aux pépites de soja

ton regard centripète compte les billets

et une pince rose hello kitty

nous pique chaque jour du cerveau

petit à petit disparaît aussi l’absence

la sauterelle zonzonnant envers l’arche

tu as juste un briquet et du temps

on se rejoint au fumoir pour renifler

nos ventres gargouillent parmi les puces électroniques

une cascade de lait concentré

on regarde le ciel d’un angle mort

 

 

 
promesse du petit doigt

 

choisis un type

de bonheur &

demande-moi

quoi faire

 

je ne saurai pas je te dis

dès maintenant mais

je t’ai mis à part

une large palette

d’improvisations

 

c’est bien cela

dont il s’agit

que tu te sens chez toi

seulement dans l’esprit

d’autrui & un

petit travolta

dans ta tête

 

entre nous les fibres du

passé c’est tellement élégant

comme tu tiens mon manteau

 

c’est bien cela

dont il s’agit

que l’espace d’entre

nous est devenu

ton espace

privé

 

 

traduction du roumain : Denis Bortiș

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Mihók Tamás (Oradea, 1991) est un poète bilingue et traducteur littéraire. Diplômé à l’Université de Lettres d’Oradea, actuellement doctorant à l’Université Petru Maior de Târgu Mureș, dans le domaine philologie. Il a publié trois volumes de poésies : Șantier în rai (2013) [Chantier en paradis], winrar de tot (2015) [winrar de tout] et cuticular [cuticulaire] (celui-ci étant traduit en hongrois et publié ayant comme titre cuticulum vitae), et cinq traductions de littérature hongroise respectivement dans la langue hongroise. Ces traductions s’appuient sur les textes du volume cuticular (Maison d’édition Max Blecher, 2017).

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