Michel Mellet

 

 

 

(France)

 

 

DSK : les dés sont jetés calmement

 

 

 

 

Devise : Tous contre un, même lui…

 

 

Paris le 28 avril 2011

Salon du Four Seasons (ex-Hôtel Georges V)

 

·         C’est fait ?

·         C’est fait !

·         Il y en avait combien ?

·         Suffisamment !

·         Ils vont le publier ?

·         Oui !

·         On peut donc y aller, lancer les opérations ?

·         Tu as le feu vert ! Mais avant cela, revoyons les différentes phases. Je risque gros… . Sans jeu de mots.

·         T’en fais pas, le scénariste a mené au bout son boulot, tout est sous contrôle.

·         …

·         Depuis l’élection du petit bonhomme, tout le monde sait qu’il ne tiendra pas la longueur, trop brouillon, trop impétueux, trop désireux de s’affirmer, ce qui ne veut pas dire qu’il ne sera pas capable de retourner l’opinion en sa faveur au moment voulu. Il lui a bien fait un gosse qui arrivera, pile poil quelques mois avant les prochaines élections ; il faut donc assurer, s’ouvrir un boulevard.

·         Ok, ok, je le sais, tout le monde le sait, les détails !

·         Voilà, depuis que le petit bonhomme, pour t’écarter, t’as mis à la tête du FMI, nous avons cherché une bonne poire UMP, pas trop embrigadée, suffisamment friquée et, par la bande, nous lui avons suggéré de te piéger, nous l’avons mis en contact avec notre scénariste. Il est persuadé que l’idée est de lui et s’en est vanté à sa maîtresse et dans son club. Il y aura des témoins pour le confirmer. Tu te feras accuser de viol, comme tu viens de le laisser supposer aux journalistes de Libération, tu passeras en justice et nous nous arrangerons pour que l’on puisse remonter sans trop de difficultés jusqu’à l’instigateur de ce qui pourra passer pour un piège dans lequel ton attirance connue pour les femmes t’aura fait tomber. Tu as bien préparé le terrain avec cette Hongroise, en draguant les minettes de Sciences-Po, en donnant cette interview. ..

·         Ok, Ok, compris, la suite !

·         Bref, nous avons trouvé une jeune africaine arrivée il y a quelques années aux States, belle femme, grande, bien foutue, sérieuse, de celles que tu culbuterais les yeux fermés. Nous avons soigné le scénario avec notre pigeon UMP. Il lui a promis un gros chèque, l’a fait engager au Sofitel de NY ; il fallait que ta fille aille y faire des études pour que tu aies des raisons d’y séjourner, tu as fait le nécessaire en temps et heures.

·         Oui, cela n’a pas été facile, elle voulait aller à Harvard…

·         Elle devait montrer une attitude sans reproche depuis son engagement, il faut qu’elle soit crédible dans son témoignage… que cela pleure dans les chaumières, que cela mobilise les associations féministes… Africaine, non contaminée par la mentalité féministe américaine. Bref, la femme bien sous tous rapports pour témoigner et être crédible.

·         Elle a accepté facilement ?

·         Le pigeon a aligné les chèques avec des zéros au Libéria. Elle te connaît, mais prétendra le contraire. Dès son entrée dans la chambre, tu la sautes, tu t’arranges pour avoir des traces, elle en laissera, elle a ses ordres, elle a bien répété le scénario : se débattra, te grifferas, puis se sauvera comme par hasard, ensuite tu adoptes une attitude équivoque et le tour est joué…

·         La suite ? Comment les enquêteurs vont-ils remonter la piste… ?

·         Ne t’en fais pas, les témoignages sont déjà prêts ! Ces lourdauds de Ricains se laisseront prendre.

·         Combien de temps en prison ?

·         Quelques jours pour être crédible.

·         Combien de temps pour être innocenté ?

·         Il ne faut pas que ce soit trop rapide. Quelques mois tout au plus. Tu auras le temps de remonter la pente des sondages. Les Français sont des veaux lubriques, ils aiment les histoires de cul et encore plus si la morale est sauve, si l’innocent est sauvé.

·         Les liens avec le pigeon sont bien évidents ?

·         Non, il fallait être crédible, ne pas tout leur servir sur un plateau.

·         Ses relations avec le petit bonhomme ?

·         T’inquiète : photos et films, tout y est…

·         N’empêche que c’est risqué… avec ces pu… de puritains…

·         Non, tu en sortiras blanchi et le petit machin sera enfoncé. Je te prédis 80% de voix favorables…

·         Donne-moi les détails…

·         Moins tu en sauras, plus tu seras crédible. Ne t’en fais pas, c’est un des meilleurs scénaristes hollywoodiens à la retraite que nous avons présenté en douce au pigeon, grimé et sous un faux nom…

·         Au fait, c’est bien celle dont vous m’avez montré la photo, je ne voudrais pas avoir à me taper un cageot, je ne serais pas crédible…

·         Non, bien mieux. Il vaut mieux que tu ne la connaisses pas du tout, mais ne t’en fais pas, tu la reconnaîtras de suite…

·         …

·         …

 

 

La Maison Blanche

Janvier 2011

 

·         Monsieur le Président, à la chambre basse, les Républicains s’opposent au budget. Nous serons en faillite à la mi-mai. Nous atteindrons à cette date la limite légale de 14 294 milliards de dollars de dette publique permise par le Congrès. Le Trésor pense pouvoir argumenter pour tenir jusqu’en août mais nous n’y croyons pas…

·         Une solution ?

·         Difficile à dire.

·         Nos créanciers ? Les Chinois, les Banques, le FMI ?

·         Ils ont trop à perdre. Les Chinois ne bougeront pas contre la promesse du maintien du cours de leur monnaie, nos banques nous doivent tout et n’y comprennent plus rien de toute façon. Reste le FMI. Leur patron ne nous fera pas de cadeaux, il voudra montrer sa force pour se dédouaner de ce qui se passe en Europe. Il voudra prouver qu’il n’y a pas deux poids deux mesures…

·         Ce qui veut dire ?

·         Qu’à la mi-mai, il pourrait déclarer l’état américain en faillite.

·         À quelle date passerons-nous le cap du déficit permis?

·         Exactement le 16 mai.

·         Nous ne pouvons nous le permettre. Une faillite du capitalisme après la faillite du communisme perturberait trop les opinions… Il faut agir sinon ce sera la révolution dans le monde entier.

·         C’est un obsédé sexuel. On pourrait le piéger, le discréditer.

·         Je n’aime pas trop cela.

·         Nous ne voyons pas d’autres possibilités.

·         …

·         …

·         OK, vous y allez mais mollo. Il faut que ce soit imparable, que nous soyons totalement invisibles.

·         Ne vous en faites pas, l’opinion est déjà prête à entendre ce qu’elle veut. Son histoire avec sa subordonnée, son utilisation des Escort-girls de Kristin (Davis) en 2006 nous facilite le travail. Il ne faut pas que cela se passe à Washington, nous pensons à NYC, sa fille y fait des études…

·         Et pour le 15 au plus tard…

·         Bien sûr !

·         Naturellement, je ne suis au courant de rien. Nous ne nous sommes pas vus aujourd’hui, cette réunion n’a jamais eu lieu. Passez voir X, il modifiera les fiches d’entrées et vos emplois du temps. Il fait du travail soigné…

·         Bien sûr

 

Les hommes en gris se lèvent et, passés la porte du bureau, visages détournés des caméras, se permettent  un sourire aux lèvres : ils auront sous peu un moyen de pression sur leur patron, le premier président noir des Etats-Unis. Ils seront riches à vie, eux et leurs descendants.

 

 

Paris, palais de l’Elysée

Février 2011

 

Paris, rue de Solferino

Mars 2011

 

 

Moscou, Kremlin

Bureau du Premier Ministre

 

 

Beijing

Bureau de Xi Jinping: vice-président de la République populaire de Chine, secrétaire général du Parti communiste chinois et président de la Commission militaire centrale

 

 

Atlanta

Siège du Women’s lib

 

·         Présidente, IL a recommencé, le Rital a recommencé ! Avez-vous vu cette vidéo LE montrant mimant en public la sodomie d’une policière sur son lieu de travail ?

·         Non !  c’est impossible ? IL ne se permettrait pas !

·         IL se l’est permis ! ILS ne respectent rien… Si vous voulez me suivre à mon bureau, la vidéo est sur You Tube…

·         …

·         …

·         Intolérable ! Une offense gravissime faite à toutes les femmes.

·         Nous ne pouvons laisser passer un tel affront. Il faut le descendre !

·         Assassiner un chef d’état ?

·         Non, pas physiquement mais le faire tomber par où il a pêché.

·         Vous savez bien que malgré toutes les Sœurs que nous lui avons envoyées, il a toujours su rebondir, retourner l’opinion de ces machistes d’Européens en sa faveur. Il faudrait leur coupeur les c… à tous ces salauds…

·         Trouvez une autre cible, bien pensante, bien intégrée. Faites la démonstration que les salauds se valent tous.

·         Il  y a bien ce gros Français à Washington… il « aime » les femmes…

·         Vous pensez à ce gros dégueulasse de…

·         Oui

·         …

·         …

·         On le casse ?

·         Faites pour le mieux.

·         …

 

 

Cabinet de Linda Tripp

Columbia / Comté de Howard / Baltimore / Maryland

 

·         Lucianne (Goldberg), j’ai un truc à te proposer…

·         Oui

·         Une grosse affaire

·         Tu m’en diras tant.

·         Une très grosse affaire.

·         Pas O. quand même ?

·         Non, un Français…

·         Explique

·         Pas au téléphone

·         J’arrive…

 

 

Ophélia s’est arrangée pour être du 28° étage ce matin. C’est le grand jour. Elle va mériter son salaire.  Elle a répété avec ses mentors tout le WE précédent. Ce sera un mauvais moment à passer, ces 150 kg de viande grasse sur elle… elle en frémit d’horreur rétrospective tant les simulations ont été réelles, mais elle a besoin de cet argent…

 

On peut aussi imaginer que la femme de chambre n’est pas au courant de la moindre des manigances imaginées un peu partout, qu’elle ne sait rien du piège dans laquelle elle va jouer un rôle important.

 

NYC le 14 mai 2011

 

Ophélia est affectée à l’étage 28 ce matin. Inhabituel ce n’est pas son service normal. Il n’y a là que de gros richards  bedonnants ou des femmes acariâtres qui ne peuvent supporter sa beauté. Il ne faudrait pas qu’elle ait des problèmes et, avec eux, avec elles, il y a toujours des problèmes. Ils se croient tout permis ; l’argent ou la position, excusent tout à leurs yeux…

 

La réception vient de lui confirmer que la chambre était vide. Elle sonne quand même, à tout hasard. Un collègue vient lui ouvrir.

·         Tiens, t’es là… ?

·         Oui, tu peux y aller.

 

Il sort (tiens, pourquoi sort-il ? Ce n’est pas dans le règlement de rester seule… !). Elle entre, rabat la porte derrière elle et s’apprête à pousser la porte du salon quand un WASP la pousse. Elle recule, bredouille une excuse et veut regagner le couloir… La porte palière qu’elle vient à peine de pousser lui résiste… L’homme lui empoigne le bras et la tire vers le salon…

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Ma petite enfance a été hantée par les mensonges, les abus de pouvoir des adultes, les incohérences de la radio. Je n’avais que 5 ou 6 ans".  Dès lors Michel Mellet s’enferme dans son monde de réflexion et observe les Hommes. Observation minutieuse, acerbe, trop tôt cynique. L’enfermement en collège religieux exacerbe le sentiment de solitude, de sa différence avec les autres, d’être le borgne du royaume des aveugles. La rencontre à 18 ans avec celle qui devait devenir sa femme lui permettra de se réconcilier un peu avec le monde et fera naître un autre regard.

Prenez une grande dose de lecture, de solides études scientifiques, ajoutez-y beaucoup de réflexion et de comparaisons, la compagnie des philosophes, un divorce incompris, des voyages un peu partout et vous obtenez le Michel d’aujourd’hui. Celui qui continue à hurler sa colère, qui va chercher la petite bête dans chacune de ses lectures mais qui, au fond, se moque bien de tout cela et observe, amusé, en retrait, ses contempteurs et l’humanité.

Le hasard des rencontres le fait participer à un atelier d’écriture et il se met à rêver d’écrire, de bien écrire… s’il en a le temps. Il continue en effet ses voyages dans les pays de l’Est, l’Océan Indien… Son approche humaniste n’est pas toujours bien comprise des industriels.

Ses écrits font feu de tout bois et plus particulièrement d’ouvrages accessibles à tous : réflexions à partir des journaux, de racontars, d’absurdités de la vie. Il cherche à remettre de l’ordre, à donner du sens, dans / à un monde qui n’en veut pas. Il le sait et persiste. Pour s’amuser : Je ne savais pas que c’était impossible, c’est pour cela que j’ai réussi. Admirable formule.

Epicurien, stoïcien, cynique ? Choix impossible. L’Homme est bien plus que cela ou bien moins : la [fameuse] liberté [de pensée] de l’Homme est celle du poisson qui frétille au bout de sa ligne… les gènes gouvernent tout. Devant un tel discours, ses amis font de leurs index une croix et rejettent ce démon en riant aux éclats.

Ses lectures ? le grand cycle de Dune. De la science-fiction bien sûr. Pas celle d’Albator ou de Star Wars. Seule la vraie science-fiction permet actuellement une réflexion imagée de ce que pourraient devenir notre monde.  Ce ne sont pas les fusées qui importent dans ces récits mais l’avenir de la pensée humaine. Et cette pensée va mal, très mal. Qu’importe… Il en a été ainsi de tout temps. "Et pourtant elle tourne" que disait l’autre…

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