Michel Mellet

 

Michel Février 96

 

 

(France)

 

 

Moto :Il ne faut pas écrire pour les fâcheux, bilieux, cacochymeux, vétilleux, scrofuleux, encéphalobulbeux, psychotrolleux. (MM)

 

La ros(s)e
(Élucubrations narratives sur fond rose osé)

 

Vous utiliserez le maximum de fois le mot « rose » dans une connotation négative pour votre prochain devoir… La prof d’écriture avait été lapidaire. Pas question cette fois de lui refiler une allitération d’expressions contenant le mot « comme ». Elle n’avait pas été dupe et m’avait décerné l’IgNobel du plus mauvais texte de la soirée. Martine, à son accoutumée, mort ose, avait mis en doute mes dires…, incapable de comprendre que j’aime écrire vite et si possible relativement correctement. Là, pour le désespoir de la prof, j’utilise le maximum d’adverbes de manière…

 

Bref, impossible de rédiger un récit en quatrième vitesse, entre la poire et le fromage. Il faudrait que je réfléchisse. Et c’est dur de réfléchir, elle ne se rend pas compte … comme si je n’avais que cela à f. Elle veut ma mort !

 

Rose. Le Nom de la Rose, cela ne sent pas la rose, Four Roses, les balais roses, les panthères roses, les copains m’appellent cirrhose… la chanson d’Annie Cordy résonnait à mes oreilles. Tiens c’était une idée…, à condition de détourner un peu le texte et de comprendre non pas le mot « rose » mais le son « rose ».

 

De prime rose, non, abord, cela ne va pas être facile. Je ne vais pas commencer par couper Rose en deux mais son allergie me fait penser au chlore. A la chlor-Ose ! Bien sûr, il ne s’agit pas de néc-rose, nous ne sommes pas dans les proses se rit l’autre. L’autre ? Non, pas Rolande S. qui ne parle que de new -rose. C’est de l’art rose qu’elle veut dans la p… rose dont il est question. Avec ma sclé – rose du cerveau, cela ne va pas être coton. Du moment que je n’ai pas d’apo new rose, je devrais y parvenir sans parler d’éther ose -xualité ce qui pourrait choquer les dames de notre cours de vendredi.

 

D’abord – de l’énergie, un peu de sac à rose ne fera pas de mal à mes neurones.

 

Mais attention à ne pas tomber dans la facilité, je ne veux pas jouer le sketch de la  rose heure a rosé.

 

A trouver dans mon texte des prétextes, genre: primerose, couperose, chlorose, nécrose, léproserie, névrose, morose, arthrose, sclérose, aponévrose, hétérosexualité, saccharose, arroseur, arrosé, etcroses

 

 

J’exècre le rose
(TEXTE COMBATTANT LE ROSE DES pROSES)

 

Le soleil se couchait dans une débauche de tons : rouge, orange et  rose. Les poussières atomiques soulevées par le conflit commencé entre les eux Corées fin 2010 et qui s’était vite étendu au monde coloraient le ciel de milles couleurs mièvres. Rouge, orange et  rose…

Toulouse, ma bonne ville, la cité Rose avait disparu dans le feu nucléaire d’un missile iranien perdu le mois précédent. La poussière des briques roses recouvrait tout. Avec elle le froid de février, de l’hiver nucléaire, s’était installé, encore plus vif que celui qui avait perturbé la fin du mois de novembre. A cette date, seule l’absence de taches solaires expliquait la chose mais maintenant… Derrière les vitres teintées en rose du centre de recherches de Mazamet où j’étais, je pensais à la fin du monde, de notre monde, à la raison fatale qui m’avait faut quitter l’Institut de Fontenay-aux-Roses. La Corée du Nord et ses vingt trois millions d’habitants, Séoul détruite, avaient été vitrifiée en quelques minutes, avant même que ses missiles n’atteignent Tokyo et les grandes villes japonaises. La question de la succession de Kim Jong-il avait été réglée définitivement et Kim Jong-un vaporisé. La Chine avait riposté, la Russie avait suivi. L’engrenage infernal.

Nous étions condamnés, TOUS, nous le savions. Je pouvais maintenant boire autant de Four-Roses que je voulais. Je n’en mourrais pas…

Les poussières roses venues de l’horizon s’insinuaient partout et nous les avions inhalés avant même d’être prévenus. Eviter la panique générale avait été le maître mot des autorités. Comment pouvait-on envisager d’éviter une telle panique ? Inimaginable. Les autorités avaient vite réglé la question : la région était condamnée… comme ses habitants. Un réseau de mines, de barbelés, de miradors, avait poussé en une nuit et nous allions y mourir à petit feu. Impossible de soigner tant de gens. Nous sommes passés par pertes et profits, ruminais-je.

Dans le patio, Gilberte, la secrétaire d’Ireland, le boss, pleurait doucement, pleurait ses jeunes enfants restés à Carcassonne, hors de la zone condamnée. Jamais elle ne les reverrait, ne leur parlerait. Si sa logique comprenait l’état du monde, sa sensibilité y était imperméable. Ils ne lui survivraient que quelques mois. Elle ne pouvait l’accepter consciemment et sa raison s’était réfugiée dans un monde de petites filles en robes roses dansant sous le chaud soleil du Sud, de bébés roses joufflus à souhait, de barbecues entre amis. Hagarde, elle leva le regard vers les buissons de roses de l’atrium. Oh, les belles roses ! (il en restait encore quelques unes) s’exclama-t-elle d’une voix haut perchée de fillette ! Elle les contempla longtemps puis, poussée par l’irrésistible tentation des fleurs,  s’avança pour en cueillir. Un faible cri de douleur accompagna sa chute.

Jean est déjà près d’elle. Elle s’est piquée ! crie-t-il. Il prend ses mains dans les siennes, s’efforce de la ranimer. Elle s’est piquée avec les épines…. Il lui tapote le visage, la soufflète. Pas de réactions. Lionel arrive avec  le brancard de l’infirmerie. Il faut réagir rapidement, avec toutes les mutations apparues ces dernières semaines la vitesse d’intervention est primordiale. Déjà le doigt enfle. Jean notre médecin, entaille la pulpe de son scalpel, pose sur la blessure une lame de microscope. Alcool à 90, bec Bunsen… attente, microscope.

Coloration rose qu’il annonce à la cantonade. Ce sont des grams négatifs Pas de Clostridium, pas de tétanos… Il n’a pas fini d’énoncer son verdict que déjà l’opisthotonos se déclare. Gilberte se cambre, roule du brancard auquel personne n’a pensé à y ajouter les barres latérales. Emoi dans l’infirmerie. On se précipite. Le souffle est court, la rigidité gagne les muscles de la face… Les rares appareils encore utilisables s’éteignent. Que se passe-t-il ? L’univers se fait rose. Et les regards se portent  vers les fenêtres. Un champignon blanc pousse au-delà des vitres rosées. L’onde de choc va être sur nous.

Vite, couchez-vous par terre, à plat ventre ! Sur le sol !

Trop tard. Le bâtiment est soufflé. Je suis projeté contre le mur, criblé de verre, aveugle, sourd… le monde qui m’entoure brûle. Mais… Mais je ne m’entends pas hurler. Ah les cons…  Pourquoi ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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"Ma petite enfance a été hantée par les mensonges, les abus de pouvoir des adultes, les incohérences de la radio. Je n’avais que 5 ou 6 ans".  Dès lors Michel Mellet s’enferme dans son monde de réflexion et observe les Hommes. Observation minutieuse, acerbe, trop tôt cynique. L’enfermement en collège religieux exacerbe le sentiment de solitude, de sa différence avec les autres, d’être le borgne du royaume des aveugles. La rencontre à 18 ans avec celle qui devait devenir sa femme lui permettra de se réconcilier un peu avec le monde et fera naître un autre regard.

Prenez une grande dose de lecture, de solides études scientifiques, ajoutez-y beaucoup de réflexion et de comparaisons, la compagnie des philosophes, un divorce incompris, des voyages un peu partout et vous obtenez le Michel d’aujourd’hui. Celui qui continue à hurler sa colère, qui va chercher la petite bête dans chacune de ses lectures mais qui, au fond, se moque bien de tout cela et observe, amusé, en retrait, ses contempteurs et l’humanité.

Le hasard des rencontres le fait participer à un atelier d’écriture et il se met à rêver d’écrire, de bien écrire… s’il en a le temps. Il continue en effet ses voyages dans les pays de l’Est, l’Océan Indien… Son approche humaniste n’est pas toujours bien comprise des industriels.

Ses écrits font feu de tout bois et plus particulièrement d’ouvrages accessibles à tous : réflexions à partir des journaux, de racontars, d’absurdités de la vie. Il cherche à remettre de l’ordre, à donner du sens, dans / à un monde qui n’en veut pas. Il le sait et persiste. Pour s’amuser : Je ne savais pas que c’était impossible, c’est pour cela que j’ai réussi. Admirable formule.

Epicurien, stoïcien, cynique ? Choix impossible. L’Homme est bien plus que cela ou bien moins : la [fameuse] liberté [de pensée] de l’Homme est celle du poisson qui frétille au bout de sa ligne… les gènes gouvernent tout. Devant un tel discours, ses amis font de leurs index une croix et rejettent ce démon en riant aux éclats.

Ses lectures ? le grand cycle de Dune. De la science-fiction bien sûr. Pas celle d’Albator ou de Star Wars. Seule la vraie science-fiction permet actuellement une réflexion imagée de ce que pourraient devenir notre monde.  Ce ne sont pas les fusées qui importent dans ces récits mais l’avenir de la pensée humaine. Et cette pensée va mal, très mal. Qu’importe… Il en a été ainsi de tout temps. "Et pourtant elle tourne" que disait l’autre…

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