Michel Benard

 

 

 

(France)

 

 

 

 

L’amitié du dénuement

 

Réchauffe les enfants égarés,
La sainte face leur apparaît
Comme un miracle
Sur la pourpre tapisserie
Du funambule des rêves
Qui chutera comme un ange foudroyé,
Par les versets du désespoir.
Chant de l’ultime
Entre les colonnes du temple
Où l’absence s’achemine.

 

 

 

 

Sur « L’homme marchant » de Liliane Caumont.

 

Dans l’anonymat de l’enfance
L’homme trépané s’enlise
Silencieusement dans le magma
De sa civilisation.
Ses cris étouffés,
Ses yeux bandés,
L’homme décapité gît
Sur un coussin de lin
Dans l’isolement de son ébranlement.
L’homme s’enchaine à sa destinée,
A l’illusion miroir
Des cendres du néant,
Jusqu’à l’étouffement
De l’étoffe humide d’un mirage.
Au seuil de l’obscurité,
Le monde se veut austère,
La vie muselée, fanatisée.
C’est l’homme de l’involution,
De la lente érosion,
De l’irrésistible déclinaison.
L’homme entravé s’obstine aveuglement,
Avance vers son autodafé,
Vers l’obsession de son exclusion,
Impie il sert la messe de l’oubli
Jusqu’à fuir les ombres de la mémoire,
Le cauchemar serait-il éveillé ?

 

 

Son cri se pétrifia sur les grisailles lépreuses du mur décrépi, d’un monde corrompu sous ses fragments de dorures patinées.
L’ordre s’affiche au cortège de sa détresse, la pensée libérée glisse sur le rouge d’un destin ensanglanté, fil de vie ponctuant le désespoir d’une femme captive, levant les yeux au ciel, en rêvant de l’immense puissance de la parole sur une page blanche.
Qu’adviendra-t-il de ses enfants ?
Son cri déchira le ciel !

 

 

Sur l’œuvre sculptée d’Ipousteguy, la « Mort de l’évêque Neumann ».

 

Au milieu d’une foule anonyme,
La multitude des pas de l’indifférence
Macule le tapis neigeux
De ses empreintes silencieuses.
Sournoise, la mort se dédouble,
Seule la main tendue
D’une jeune enfant aveugle
Dispense sa lumière intérieure,
Vers un vieil homme agonisant
Sur la chaussée glacée,
Réchauffant encore en sa sainteté,
Un oiseau gelé entre ses doigts.
Par amour, elle lui donne
La pureté de toute son âme,
Mais déjà le visage voyage
Sur les degrés des trois âges.
Nous sommes perdus
Au milieu du labyrinthe,
Lorsqu’il ne nous reste plus
Pour unique salut,
Que le miracle d’une pluie d’étoiles.

 

 

A chaque méandre du chemin,

 

Prendre pleinement conscience
Du miracle de l’instant,
Oser regarder en face
La minute en sursis.
S’éblouir, s’étonner sans cesse,
Prendre par la main l’invitation
Des arcanes inconnus.
Entonner à deux ce chant
Dont nous ne possédons
Plus la partition et marcher
Dans les silences nomades.
Innocents, avec l’âme des enfants,
Nous irons jusqu’au dédoublement
Du miroir du monde, dans l’espoir
De la floraison de nos rêves,
Tel un immarcescible bouquet
Sans cesse recomposer.

 

 

Lorsqu’il ne reste plus

 

Sur les lèvres des enfants
Que le cri indigné des damnés,
Que la détresse de l’homme
Se mesure à l’aune de sa précarité,
Les illusions s’envolent en poussière
Sur les pierres du vent,
Portant en mémoire
Les stigmates d’épines
Abandonnées sur le sable
De la destinée,
Et toute la fragilité
D’une statue de sel érodée.

 

 

 

 

 

 

 

Né à Reims le 17 Novembre 1946. Lauréat de l’Académie française, chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, Poète, peintre abstrait, essayiste, ex-animateur radio culturelle ( + de 1000 émissions) conseiller culturel et responsable d’expositions dans divers organismes nationaux et européens, rédacteur de nombreuses revues, fondateur de prix littéraires, il a mené des actions avec Amnesty International, Poètes sans frontières etc, pour la liberté d’expression des artistes et écrivains dans le monde. Titulaire de nombreux prix, dont le Prix européen Jean Monnet, le Prix Jean Cocteau, le Prix de poésie du Festival d’Avignon, le Prix Wilfrid Lucas, le Prix Michel-Ange, l’Orphée de la poésie, etc. etc.


Il a édité plus d’une trentaine d’ouvrages et livres d’artistes, dont en bilingue français-roumain, traduits par la poétesse et femme de lettres Manolita Dragomir-Filimonescu, « Fragilité des signes » éditions Augusta 2011, « Encres mêlées » éditions Marineasa 2003, « L’alphabet de silence » éditions Augusta 2007 et très récemment « Le regard du miroir » éditions ArtPress 2011.


D’après lui, l’objet de langage en poésie est lié à celui de la musique intérieure : le « miracle » de la poésie réanime la vie, c’est peut-être encore la seule espérance possible encore offerte à l’homme. Il y a dans la poésie le sens d’une imprégnation d’infini et d’éternel. La poésie tisse ses rêves, jusqu’à croiser l’extase.

 

http://michel.benard.over-blog.com/

Articles similaires

Tags

Partager