Michel Bénard

 

Michel Bénard

 

(France)

 

 

 

a lu :

 

 

Ode « Voyage en cosmogonie »

Editions – EUR – (Edizioni Universitarie Romane)

Traduction professeur Mario Selvaggio

Illustrations Franco Cossutta

Préface Michel Bénard. Format 15×21

 

 

 

Ode

 

 

 
C’est un nouveau périple en poésie auquel nous convie notre amie, Ode qui prend sa source dans celle du Saint-Laurent, pour devenir un hommage et sage dialogue. Poète et éléments.
Au cours de ce long voyage fluvial le ton sera donné, le mot clé repose sur un écho au reflet de l’amour cosmogonique. Donc universel !

 

L’eau du fleuve se fera l’objet d’une quête poétique initiatique où le rythme du langage s’écoule avec régularité dans un parfait enchainement.

 

Sur la voie de la connaissance la poète (1) va se dépouiller et mettre sa parole à nue.

Véritable parcours saupoudré d’un certain ésotérisme où le Verbe se mêle aux eaux mémorielles du fleuve.

 

« J’irai seule là où tu me guideras

Dans les Ombres même du Secret… »

 

Comme dans une ancienne formule alchimique nous côtoyons le feu solaire, l’air du grand vide du ciel, la terre comme élément germinal et l’eau lustrale qui se partage entre le fleuve et la mer dans un embrassement céleste.

 

Les voies sont parfois incertaines pour nous conduire dans l’entre deux d’une quête d’Amour et l’amer constat de son contraire le désamour, tout en sachant que :

 

« …/…ce n’est que l’Amour

qui est Lumière…/… »

 

Nous constatons parfois que la voix de la poète, au-delà de l’aspect initiatique, se fait prophétique, la vision se projette par-delà le temps, pour observer déjà le profilement d’un froid glacial envahir des peuples sans humanité, sans état d’âme. Serait-ce le prélude d’un retour vers l’obscurantisme ou autre fétichisme ?

 

Cette poésie est symboliquement si dense, que je me sens quelque peu désemparé pour l’évoquer comme il se devrait, auquel cas il serait nécessaire d’en souligner tous les aspects, toutes les formules et paraboles.

 

Ode, observe la terre comme un simple grain de sable dans le grand Tout, comme une grande Cathédrale dans un ciel de milliards d’étoiles.

 

« Je suis née de l’union

d’une Etoile

tombée dans le Grand Fleuve…/… »

 

Oui, que sommes nous dans cette éternité infinie ?

L’homme principal ennemi de lui-même, ne pourrait-il pas retrouver le chemin du bon sens et de l’humanité ?

La question demeure en suspend ! Est-ce la poète qui a choisi le fleuve ou le fleuve qui confie son message codé à cette dernière ? Il faut voir ici le défi de la poésie comme semence d’espoir.

 

« …/… la Semence de l’Espoir

tu la trouveras

dans la poussière d’Etoiles… »

 

En un mot il s’agit ici d’une remarquable réflexion sur la signification de la vie, de ses possibles perspectives, la femme en est beaucoup plus proche et sensible car elle en est la matrice.

 

En ce passage initiatique la poète se confond à la terre matricielle, à l’univers géniteur. Notre poète se fait l’archéologue des secrets de la mémoire en soulignant la condition humaine à l’échelle cosmique.

 

Y verrait-elle la couleur des mots venus des galaxies et des constellations ?

Le temps n’existe plus, il n’y a pas d’hier, pas de demain, passé, présent, futur ne font qu’Un. La poète ici s’affranchit des attaches, des pesanteurs, elle est l’univers, nous sommes éternels.

Tout bouillonne, tout fusionne en elle, conscience est prise de la dramaturgie du grand mensonge des religions, des effroyables déviances, des écritures apocryphes conduisant à la soumission, à l’allégeance aveugle, à l’ignorance et perte d’identité allant jusqu’à faire subir les plus infantiles superstitions, les dominations patriarcales, les menaces les plus terrifiantes aux noms de « dieux » imaginaires, inventés par les hommes avec pour référant ce besoin de forces supérieures afin de mieux manipuler, aliéner, les masses naïves et crédules.

Ne fût-il pas dit et redit que les religions étaient l’opium du peuple !

 

«  Pourquoi l’Homme s’est-il inventé

des religions…/… »

 

Pour le faire sombrer dans une sorte d’esclavage des dogmes et des traditions archaïques et religieuses transgressives.

Fadaises, oui sans doute, mais au prix de quels dangers ?

 

« …/…car ces dieux ne sont pas Amour

mais prétextes à la Haine…/… »

 

Les lois ethniques, tribales, sociétales, autant de barrières et cloisonnements n’ayant de raisons que d’entretenir le plus souvent l’ignorance.

La poète, ne rêve que de la révélation de la lumière, de la vérité globale et universelle purifiée de tous ses ersatz.

 

Mais au plus profond de la désillusion, il faut croire encore en la renaissance de l’espérance.

Clé essentielle de ce recueil, prendre conscience de l’état des lieux et creuser les fondations d’un autre monde érigé sur une véritable justice, sur l’équité, le partage, la connaissance, la concorde, le respect et la libre Liberté raisonnée. Petit clin d’œil à Rimbaud !

 

« La dimension de l’Homme est d’ordre cosmique »

 

Puisse, notre poète architecte construire la maison de l’Homme, et non pas le temple des « dieux » de chiffons, au fil du cours des  transparences pacifiantes et des sagesses miroitantes du Saint Laurent.

 

« Je garde Espoir

à la rencontre des Mondes

…Je vais vers eux… »

 

 

 

Ode2

 

 

________________________________________

Note : (1) « La poète » en accord avec l’auteure.

 

 

 

nos saisons

 

 

 

« Nos saisons humaines » de Nathalie Lescop-Boeswillwald

Editions NLB

Préface Christian Boeswillwald

Illustrations en quadrichromie Madalena Macedo

Format 18×18. Nombre de pages 45

 

 

 

Le train glisse dans une nuit profonde et encore sombre. Cinq heures du matin entre Reims et Paris.

Ce nouveau recueil : «  Nos saisons humaines  » de Nathalie Lescop-Boeswillwald est là, entre mes mains. Alors je me demande si le préfacier Christian Boeswillwald s’est déjà posé la question de savoir si écrire une recension ne laisse pas aussi l’émotion vous gagner, sachant que l’auteure est une amie fidèle et de longue date, car la voie est déjà en partie tracée, alors nul droit à l’erreur au risque de dériver.

Ce recueil est déjà un hymne à la vie, combien même les saisons s’y profilent lentement et où apparaissent ici et là quelques feuilles rousses et empourprées.

 

« Dans le fouillis des herbes hautes

Aujourd’hui, c’est l’automne…/… »

 

Expression poétique et picturale dialoguent, s’équilibrent, se valorisent et se rehaussent l’une et l’autre au travers une émotion complice.

Les poèmes sont enluminés des œuvres imaginaires de Madalena Macedo et se questionnent en silence autour d’un vol d’oiseaux migrateurs.

 

«  Ils sont là, sous nos encres de lune pâle,…/… »

 

« Un regard vers le ciel, quelques oiseaux en vol serré…/… »

 

Telle une mélodie accompagnatrice nous côtoyons ici la confidence, le souffle retenu, la réflexion, la sagesse et en récurrence l’emprise du temps à la fois ami et ennemi.

Alors sans trop se l’avouer on grime, on détourne les premiers signes venant altérer les méandres da la vie.

 

« Que la mémoire enjolive au fil des ans…/… »

 

Entre les lignes de ces poèmes il nous arrive d’entendre les feuilles crisser, mais très vite de nouveaux bourgeons gorgés de sève éclatent à la vie.

Des images simples mais éloquentes habitent ce recueil jalonné de formules émouvantes tout autant que pertinentes.

 

« Il est des janviers qui épousent septembre…/… »

 

Des textes portant toute l’expérience de la maturité sans oublier leurs attaches aux racines, aux territoires de l’enfance. Cependant latente, une profonde blessure est présente, sourde, discrète et redondante à la manière d’un mouvement pendulaire.

La beauté naturelle de certaines poésies nous émeut de tant de pertinence, de suggestions révélatrices. Emouvante surprise où l’émotion nous touche, nous taraude. Chapelets d’images d’une grande noblesse évocatrices et poétiques :

 

« Quelque part…Ailleurs

Une tendresse en renaissance en lisière océane

Et qui n’attend qu’un signe…/… »

 

Joie avouée de croiser des souvenirs et des visions de doigts dans l’encre violette à la Doisneau, précisément où c’était encore le temps des plumes « Sergent Major » avec parfois quelques accents verlainiens :

 

« Septembre…

Se risquer au silence

Pour sauver

Ce qui peut l’être encore… »

 

Nous percevons chez Nathalie Lescop-Boeswillwald une poésie remplie de sèves multiples, nourrit d’humus et se désaltérant de perles de rosées.

Il est un poème que je soulignerai, non pas pour son aboutissement stylistique, mais pour sa fréquence sentimentale, son élévation émotionnelle, il s’agit d’un texte d’une fille à sa mère rythmé par :

 

« Un unique refrain, je t’aime…/… »

 

Et le seul battement de :

 

« Deux cœurs cousus l’un sur l’autre. »

 

Cet ouvrage est une incantation, une communion avec la fondamentale simplicité et pourtant cruelle de la vie.

Au travers de notre pérégrination, il arrive de croiser sur notre chemin, une amie coutumière et fidèle des poètes, « Dame nostalgie » sous un ciel lourd de neige et de lumière blafardes.

Alors notre poétesse profite des ambiances de cet univers en filigrane pour se mettre en recueillement du monde et de s’efforcer à percer les brumes de l’éternité où :

 

« Le poète retrouve le chemin du verbe…/… »

 

Scènes simples, séquences de mémoire, pages bucoliques, celles en fait qui ouvrent les portes les plus proches sur la vie, parce que vraies !

Ici je vous convie à oublier le temps qui s’effiloche, à laisser les heures s’égrener, mais surtout à préserver :

 

«  L’envie de vivre ici et maintenant. »

 

 

 

il fait un temps

 

 

 

Jeannine Dion-Guérin,

« Il fait un temps de tournesol »

Editions Editinter – Poésie – 2015

Préface Michel Bénard

Illustrations photographiques Dominique Goutal-Guérin & Michèle Lacker

Format 14×21. Nombre de pages 142

 

 

 

La poésie de Jeannine Dion-Guérin s’est toujours voulu une poésie de communion, d’observation, d’attention, ne visant qu’un essentiel épuré. Les images y vibrent toujours sur le juste jeu des mots.

Notre poétesse se fait véritable «  maître » de ballet en poésie, la nature s’offre à elle, la vie exulte de toute part telle une véritable chorégraphie.

Par magie, l’environnement se transforme en lac nocturne, en coffret de pierreries. De petits textes se révèlent être de véritables joyaux, des esquisses délicates et épurées qui pourraient rappeler quelques traits évocateurs et puissants d’un Vincent Van Gogh en filigrane, mais omniprésent.

 

« Nous voici communiant

à l’inspiration renouvelée

du solitaire Vincent »

 

« Le couchant croasse

dans le raclement de gorge

d’un corbeau acariâtre »

 

Jeannine Dion-Guérin ne perd jamais de vue l’acte essentiel de la poésie, qui est de donner aux mots leurs places précises sur la partition du Verbe, d’éveiller la beauté et l’étonnement.

Elle prend conscience d’évoquer le peu de temps qu’il reste à la terre épuisée par l’avidité ignorante de l’homme à anéantir son propre jardin. Néanmoins confiante elle continue à semer ses poèmes tels des graines sur les terres en jachères.

Parfois il arrive à notre poétesse de  s’acoquiner avec malice, ce qu’elle fait d’ailleurs de bien noble manière et avec le sourire innocent d’une jouvencelle.

Nous avons ce sentiment d’effacement du temps, de respirer des odeurs de salpêtre des vieilles pierres, de humer la terre des labours.

 

« Laissez-moi deviner

l’odeur de ma propre terre

 

quand vous l’aurez retournée… »

 

De la nature, Jeannine Dion-Guérin puise sa plus grande leçon de vie car de la magnificence à déliquescence  la distance est tenue.

Par le souvenir de ce qui fût nous sommes vite plongés dans ce qui est, le plus préoccupant étant ce qui sera !

Anticiper l’approche de la mort par la dérision, en faire un jeu, un défi :

 

« Je meurs un peu, beaucoup, à la folie…

 

mais je me plais de mon vase étroit

à plus que vous défier le temps ! »

« Le tournesol fané au cœur

S’est-il posé la question ? 

La vie, la mort, pile ou face, mais où est notre place ? Tout se fond, se mêle, s’entremêle, torpeur, catalepsie, métaphores, dénuement, passion, tout transcende, oui, allez donc savoir où est notre vraie place ?

 

Certaines fois, nous sommes conduits à songer que notre amie n’écrit pas ses poèmes mais qu’elle les peint.

 

« Peindre oui, mais avec des mots. »

 

« Ainsi s’affiche le tableau… »

 

Notre poétesse ressent le besoin de se marginaliser, d’essaimer  hors du rang comme une graine qui se conjugue à l’énigme de l’univers, qui interroge sans cesse le mystère de la destinée avant d’offrir la promesse de son fruit.

Musique végétale, chant minéral, symphonie des hirondelles, senteur de terre, couleurs, brillance, devenir, la fusion est ici absolue.

L’exemple nous viendrait-il des oiseaux migrateurs, qui parviennent toujours à destination malgré les vents contraires.

 

« Nous perdons le cap

de notre ultime destination… »

 

Même les grands arbres nus se révoltent !

 

« …/…cime dépouillée, du poing

tendu invectivant les nues. »

 

Ce sont la nature, l’arbre, le tournesol, le blé qui s’enracinent au cœur même de l’œuvre de Jeannine Dion-Guérin, allant jusqu’à la plus harmonieuse communion, avec cette pointe d’amer regret de voir l’homme anéantir impunément cette merveilleuse nature dont il dépend.

 

« …/…sais-tu au moins,

que l’homme en bleu

et la machine à ses pieds

 

 ne sont là que

 pour signer ta disparition

bel et bien programmée ? »

 

Sorte de destruction sinistre et sournoise de tout ce qui est censé représenter la vie !

L’écriture chez cette dernière est audacieuse, car depuis longtemps elle a rompu avec la métrique traditionnelle, afin de mieux s’exprimer en toute liberté, en se délestant de la rime, de la ponctuation, parfois même de la majuscule, afin de ne conserver que la sublimation de l’image et le rythme musical.

 

« Des hirondelles musiciennes

entonnent une partition d’ailes

sur la portée des vents

 

Eparses des notes s’ébrouent »

 

Disons, qu’elle fût à bonne  école avec des mentors tels que Guillevic et Pérec.

La pensée instinctive picturale est ancrée en Jeannine Dion-Guérin, c’est une omniprésence et comme le rappelait Pablo Picasso approximativement: « …/… il n’est pas nécessaire d’utiliser des couleurs pour réaliser un tableau, le seul agencement de mots peut très bien convenir…/… »

Indélébile lien entre l’humain et l’universel, la chair et la matière.

Le poète convie ici le peintre à son banquet, à s’élancer dans la farandole de la vie, la poésie lui dispense sa lumière.

Le peintre doit laisser sur sa toile son impression, en quoi le poète répond par une expression, comme ultime parcelle d’amour.

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 
Michel Bénard – écrivain, peintre, critique littéraire, critique d’art

Lauréat de l’Académie française

Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres

 

 

http://michelbenard.eklablog.net/

 

Articles similaires

Tags

Partager