Michel Bénard

 

Michel Bénard

 

(France)

 

 

 

La musique intérieure se fait singulière,

Mélodique ou symphonique

Nous venant d’un autre monde

Contenant tous les parfums

Des grands espaces en liberté,

Où se découpent les galops

Des chevaux sauvages crinières au vent

Arborant pour robe l’évanescente

Lueur des étoiles.

Ce sont d’étranges fleurs libérant

Les fragiles parfums du temps.

C’est l’irisation des lumières divines

Nous drapant de fragments d’éternité,

Oscillant entre joie et rêverie

Amour et complice amitié.

 

 

 

Sous les étoiles du dôme bleu,

Une larme de lumière

Au bec d’une colombe

Se dépose sur la colonne des anges.

Une mélodie nostalgique s’élève

Sous les doigts de l’organiste,

Alors que le soleil s’infiltre

Aux travers des vitraux en pâte de verre.

La musique coule avec les eaux lustrales.

Sur les perles de cristal tombées du ciel

En cet instant divin,

Si «  dieu » n’est pas visible

Peut-être n’est-il pas loin !

 

 

 

Le temps d’une note bleue

L’espace déploie son énigme,

En filigrane d’un paysage

Aux lueurs minérales,

Aux gammes éphémères,

Aux mouvances célestes,

Se fragmentant

Au seuil de la nuit

Pour se sublimer

En nuances d’espérances,

Dans des incantations

De beauté transcendante

Aux vibrations des voix

Qui font pleurer l’airain,

Le temps d’une note bleue

Une lumière anoblit l’homme.

 

 

 

Bien singulière partition

Juste le temps d’une parade,

D’une nostalgique mélodie,

S’égrenant d’une guitare métissée.

L’âme s’érode sur l’icône du ciel

Où défilent espoirs et souvenirs

Habillé de noir, de bleu et de blanc,

L’espace n’est plus

Que longue litanie,

Un point d’orgue, une note dédiée

Sur une scène ouverte,

A l’émotion fugitive.

 

 

 

Je vois les notes danser

Sur les partitions retrouvées,

Et t’offre cette musique composée

Sur les reflets bleus d’un vitrail.

Nous irons jusqu’à l’hymne de l’âme,

Nous pénétrerons par le portail

Central de la cathédrale,

Jusqu’à la fresque patinée

Aux nuances de la voute céleste.

Notre légende se gravera

Au cœur de la grande rosace,

Dans cette utopique destinée

Où ma prière enveloppera ta voix

Dans l’intimité de la nuit.

 

 

 

L’accordéoniste

Le fardeau quotidien s’allège,

La fracture temporelle s’estompe,

Sous l’ensorcellement des doigts accordéonistes.

Miraculeusement, nous sommes transportés

Par l’ivresse d’un tourbillon,

Où défilent mille images emportées par le vent

Qui se déposent sur la couleur des saisons,

Sur les pages froissées de la vie,

Sur le zinc d’un bistrot de Paris

Ou dans la lumière d’une place d’Italie.

Les chromes et les boutons nacrés de l’accordéon

Lancent des gerbes d’éclats,

En distillant les amours passion

Et celles de la déraison.

Les pavés luisants de la nuit

Résonnent du pas des femmes,

Contiennent leurs sillages parfumés.

Tourner, tourner, tourner…

Jusqu’à l’embrasement de la chaleur d’un baiser,

La douceur d’une caresse, l’émotion d’un enlacement.

L’héritage musical ouvre ses gammes sur le monde,

S’accroche au revers de la mémoire

Comme un signe d’espoir.

Mais déjà, la dernière note retombe

Sur la mouvance d’un corps et d’une âme

En état de questionnement !

 

 

 

Les notes enluminées du livre d’heures

Vibrent tout en touches de verdure,

Sur l’embrasement d’un feuillage automnal.

Les cercles orphiques

D’un corps de lumière,

Traversent le regard

Comme une douce nostalgie.

Quelques reflets assourdis pèsent

Au lourd rideau du ciel gris,

Et les cadenas du pont d’Amour

Emprisonnent les cœurs

Dans les eaux aux clés perdues.

 

 

 

Les roulements lointains des djembés

Se mêlent aux rumeurs des vagues,

De longues pirogues colorées

De pêcheurs miséreux,

Relèvent dans leurs filets

Mythes, grigris et utopies

Des légendes d’un peuple noir

Qui porte l’origine du monde,

Pour rituellement les transmettre

Aux hommes de conscience,

Aux sculpteurs de la Paix,

Aux porteurs de flambeaux

Des sagesses et des connaissances,

Aux rêveurs de mirages en exil.

La nuit étoilée, pléiades et constellations,

Interrogent les augures du sable,

Que protègent les branches dépouillées

D’un grand baobab séculier,

Où palabrent griots et marabouts.

 

 

 

Note bleue

Ce n’est que l’imperceptible

Frémissement d’une note bleue,

Du point de fuite,

D’une touche singulière

Sur l’insondable mirage diaphane

Du théâtre du monde,

Où la trace d’ébène

D’une coulée de larme,

Alterne avec l’éblouissante blancheur

D’une nappe de silence.

 

 

 

A Paul Maulpoix

 

 

Virevoltant sur la musique des sphères

Et le prélude de la grande fugue,

Le poète dialogue avec l’espace,

Ciselant des empreintes de rêve

Sur l’allégorique muse de pierre

Porteuse de sa semence.

Enigmatique, la silhouette s’éveille

Esquissant sur le vaste horizon

Les paroles d’une prophétie,

Nous rappelant du bout des lèvres

L’inénarrable couleur du sang,

Et la possible venue

D’un printemps à contresens.

 

 

 

Naissance du point d’orgue,

Ondoiement, envolée,

Indicible touche d’extase

Au cœur diaphane du temple,

Eclosion de sphères universelles

Sous l’irisation d’un vitrail.

Gammes en suspension,

Absence du temps,

Frissonnement saisissant

D’une fine nuque marbrée

Et d’une mèche de cheveux

Sertissant un grain de beauté.

Elévation soudaine d’une voix de cristal,

Histoire d’amour d’une corde à l’archet.

La musique, encore la musique,

Privilège d’un espace magique

Disposant ses nuances féeriques

Sur l’émotion d’un silence transparent.

La musique, encore la musique,

Transcendance du point d’orgue,

Explosion du drame de l’âme

Drapant le corps des anges déchus.

 

 

 

En hommage à Isadora Duncan…..

 

 

L’ombre d’une danseuse

S’étire sur le sable humide,

Ses pas s’effacent sous l’écume

Turquoise des vagues.

Isadora, je pense à toi!

Ta grâce ne fût que tournoyante symphonie,

Ton souffle traversa nos chairs

Pour l’éveil de l’humanité,

Ton corps dévoilé se mît

Au service des cœurs et des âmes,

Par son langage codé

Il fût symbole de liberté,

L’identification cosmique

En communion avec l’éternité,

Par delà les frontières

De l’espace et du temps.

Ta vie cependant fût stigmatisée

Par d’effroyables  tragédies,

Entre tant d’amours incertaines,

De poésie, d’alcool et de facéties

Sous la plume de sang d’Essenine

Marqué du sceau d’une mort étrange !

Les deux enfants de ton sein

Happés par le silence du tombeau des eaux,

Jusqu’à l’ultime de ta destinée,

Où avant le tombé de rideau

Dans ce dernier ballet privé

Tu fus étranglée par la légèreté

D’un foulard de soie.

Isadora je pense à toi,

Qui ne dansa que pour l’harmonie

De l’union des hommes à la galaxie,

Au ciel et à la terre.

Par le divin de tes entrechats

Et le langage de tes arabesques,

Tu célébras l’hymne de l’universelle poésie

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Né à Reims le 17 Novembre 1946. Lauréat de l’Académie française, chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, Poète, peintre abstrait, essayiste, ex-animateur radio culturelle ( + de 1000 émissions) conseiller culturel et responsable d’expositions dans divers organismes nationaux et européens, rédacteur de nombreuses revues, fondateur de prix littéraires, il a mené des actions avec Amnesty International, Poètes sans frontières etc, pour la liberté d’expression des artistes et écrivains dans le monde. Titulaire de nombreux prix, dont le Prix européen Jean Monnet, le Prix Jean Cocteau, le Prix de poésie du Festival d’Avignon, le Prix Wilfrid Lucas, le Prix Michel-Ange, l’Orphée de la poésie, etc. etc.

Il a édité plus d’une trentaine d’ouvrages et livres d’artistes, dont en bilingue français-roumain, traduits par la poétesse et femme de lettres Manolita Dragomir-Filimonescu, « Fragilité des signes » éditions Augusta 2011, « Encres mêlées » éditions Marineasa 2003, « L’alphabet de silence » éditions Augusta 2007 et très récemment « Le regard du miroir » éditions ArtPress 2011.

D’après lui, l’objet de langage en poésie est lié à celui de la musique intérieure : le « miracle » de la poésie réanime la vie, c’est peut-être encore la seule espérance possible encore offerte à l’homme. Il y a dans la poésie le sens d’une imprégnation d’infini et d’éternel. La poésie tisse ses rêves, jusqu’à croiser l’extase.

 

http://michelbenard.eklablog.net/

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