Michel Bénard

 

 

(France)

 

 

 

Hommage aux tirailleurs sénégalais, marocains, algériens, indochinois et aux hommes de toutes les nationalités emportés par les flots rageurs de la barbarie et de l’effroyable génocide de 1914-1918.

 

 

 

 

 

 

Les femmes ne savaient pas qu’elles portaient

Dans leurs ventres les enfants du massacre,

Les fils de l’extermination programmée.

Les souliers cloutés sentaient encore

La boue visqueuse des tranchées,

Les casques des sacrifiés contenaient

Les parcelles de mémoires brisées,

Soldats oubliés, vies crucifiées,

La mort, la mort toujours recommencée,

La mort, la mort en son omniprésence,

Et oser croire encore aux fétiches disloqués.

Tant d’hommes innocents marchèrent

Aux pas cadencés vers les charniers.

Pourquoi ont-ils quitté leurs terres d’Afrique ?

Le dictat de l’ordre national se voulait colonial !

Le sang reste rouge sous la peau d’ébène

Pour une hostie qui sera noire.

Les croix seront blanches ou brunes,

Mais Dieter, Adrien, Samuel, Mordekhai, Yambo, Youssef, Khan, Ryan,

Ne feront plus la différence.

Les vestiges des ossuaires

Auront tous la couleur de l’ivoire.

 

 

 

Fuir l’oppression du siècle,

 

Fuir l’incertitude programmée,

Du train des civilisations,

Des wagons de l’ailleurs

Vomissant leurs lots d’indignés.

Fuir l’illusion des temps

Et l’usurpation de l’histoire,

Pour oser aller s’exiler

Vers les vallées de l’espérance

Aux lisières du silence.

 

 

 

Les fantômes de Landowski

 

Sur ces terres brulées, stigmatisées,

Portant encore les fragments de la mort

Et l’odeur froide du sang,

Sur ces terres blanches où rode toujours

L’horreur d’effroyables combats,

Un soleil rasant enveloppe

Dans leur sommeil d’éternité,

Les massacrés de l’inutile,

Les innocents du sacrifice,

Qui silencieusement se relèvent,

Huit fantômes mystérieux aux yeux clos,

En lambeaux d’uniformes, nus et dépouillés,

Avec pics et pioches, grenades et fusils,

Ils hantent nos mémoires

Et reviennent nous absoudre.

En ce ciel de feu des oiseaux noirs

Tracent des lignes de chevaux de frise

Sur les transparences de l’azur.

Huit fantômes aveuglés

Par l’effroyable furie,

Qui se réfugient dans le silence

Et les ténèbres des abimes de l’oubli.

 

 

 

Sur la plaine les meules

 

Sont en flamme,

Les fumées occultent le paysage,

Les objets de la vie

Jonchent le sol.

Le vide des rues est saisissant,

Murs éventrés, carcasses calcinées,

Stèles des morts profanées

Des poussières de l’oubli.

Le cri du silence est cinglant,

Le drame est palpable,

Il impose son viol dans le corps,

Le cœur et l’âme,

Il sent la chair mutilée.

La guerre et son cortège

Viennent encore de transhumer !

 

 

 

Prémonition de cendre

 

« Auschwitz ! L’impardonnable, l’inexcusable, l’inconcevable, l’innommable, …….et pourtant ils ne seront pas les derniers ! »

 

Le silence des neiges porte encore

Les millions d’empreintes de pas

Serpentant inexorablement

Vers la solution de l’extrême.

Ombres d’hommes, brumes de femmes, fumerolles d’enfants,

Ce brouillard d’agonie n’avait plus de sens,

La raison trébuchait sur le corps des damnés

Encore porteurs des aigreurs de la peur.

Ici l’horizon s’arrêtait

Aux lignes des barbelés,

Face à la hargne des chiens enragés

Et la haine aveugle des tortionnaires bottés.

Le temps ici n’avait plus d’histoire,

Les couleurs du paysage étaient exsangues,

Et sur les chemins de pierres et de boue

Jalonnés de lugubres miradors,

La guitare d’un tzigane,

L’étoile de David et celle de Dimitri

En appelaient à la mort.

Le silence des neiges contient encore

Le cri d’acier des essieux d’un convoi,

Que freinait déjà la prémonition de cendre.

Aujourd’hui, sur l’espace fantomal du camp,

Il ne reste qu’une colonne d’absence

Qui se dresse comme un phare

Sur les stigmates de nos mémoires.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Michel Bénard
Ecrivain, Peintre,
Lauréat de l’Académie française,
Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres
Site personnel :  http://michelbenard.eklablog.net/

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