Melora Walters

 

(USA)

 

 

 

Melora Walters est une actrice américaine née le 21 octobre 1968 à Rivadh (Arabie Saoudite).

 

Melora Walters a remporté un large succès critique pour son interprétation de Claudia, la jeune artiste droguée de Magnolia de Paul Thomas Anderson. Interprète de deux films antérieurs d’Anderson : Hard Eight et Boogie Nights, elle débuta à l’écran dans Le Cercle des poètes disparus de Peter Weir et compte parmi sa filmographie Ed Wood de Tim Burton, Beethoven de Brian Levant, L’Effaceur de Charles Russell, Twenty Bucks de Keva Rosenfeld, Cabin Boy d’Adam Resnick, Wisegirls de David Anspaugh et Les Associés de Ridley Scott, où elle fit une apparition non créditée dans le rôle de la femme de Nicolas Cage.

 

Elle tourne également Retour à Cold Mountain d’Anthony Minghella, L’Effet papillon d’Eric Bress et J. Mackye Gruber et tient un rôle régulier dans la série « Big Love » aux côtés de Bill Paxton et Chloë Sevigny.

 

Melora Walters tient aussi la vedette de la série « Threat Matrix » après avoir été la protagoniste de « L. A. Doctors ». Elle a également tourné en guest star dans des séries aussi diverses que « New York Police Blues », « Dream On », « Nash Bridges », « Roseanne », Murphy Brown », etc.

 

Ancienne étudiante du Pratt Institute de New York, elle a joué à ses débuts dans plusieurs spectacles off-Broadway.

 

 

 
RD : – Melora Walters, vous êtes une actrice connue, célèbre. Qui n’a pas vu « Le cercle des poètes disparus », « Retour à Cold Mountain », « L’effet Papillon », etc. ?! Des films pleins de métaphores… et ce n’est par hasard dans votre cas, puisque vous-mêmes,  êtes poète. C’est si rare de rencontrer un acteur qui écrit, est publié et a du talent … Dites-moi, s’il vous plaît, quand on est poète dans l’âme, le cinéma nous va-t-il comme un gant ? Ou bien est-ce le contraire ?

 

MW : – Je pense que le fait d’être actrice est un plus pour le poète que je suis, car cela m’aide à mieux donner vie aux paroles.

Dans chacun de mes rôles j’essaie de découvrir l’âme du personnage. Le dramaturge a créé le personnage, mais d’une certaine façon j’essaie de donner une vie physique aux paroles et aux pensées.

Je crois que les plus anciennes formes de l’art ont toujours été associées à un rituel.

Les poèmes étaient des chants, des prières, des incantations, et ils étaient joués, dansés, interprétés, et parfois illustrés (pensez au Livre des morts, Egypte). Dans ce sens-là, je crois que le cinéma me va comme un gant.

 

RD: – De la poésie ou du cinéma, quel a été votre  inclination la plus forte ? Y a-t-il eu une parole, un mot déclencheur, un sentiment ou une histoire vécue qui vous a/ont poussée vers ces deux arts…?

 

MW: – Décidément poésie et art vinrent ensemble. Comme enfant, je dessinais et écrivais tout ce que j’avais vécu.

Je n’arrive pas toujours à trouver de mot déclencheur. C’est simplement ma façon d’être et de vivre la vie.

Les mots sont venus avant tout autre chose, pour moi c’était la seule vérité, à part le monde naturel qui bougeait et bouge encore autour de moi.

Le cinéma est venu … beaucoup plus tard. C’était lorsque j’ai connu d’abord Bergman, Fellini, Godard, Truffaut, et les premiers films d’Antonioni que j’ai commencé à penser à faire un jour du cinéma.

 

RD : – Qu’est-ce qui vous lie à la poésie ?

 

MW: – Un besoin intérieur, je pense, et une philosophie existentielle… Tout cela me lie à la poésie.

 

RD: – Et au cinéma ? Un besoin intérieur ? Un modèle –icône ? Une philosophie existentielle ?

 

 

 

 

 

MW : – Le cinéma représenterait pour moi un besoin effroyable… Celui  d’exprimer ce que veut dire d’être vivante.

 

RD: – Pendant l’âge d’or du cinéma muet (1918-1930), la poésie était un ingrédient principal des films de l’époque. Les artistes se laissaient influencer par les poètes et vice-versa. Dans ce temps-là, cinéma et poésie furent indissociables. D’après vous, le film artistique, en général, serait-il le poème par excellence parce qu’il se situe dans la durée pure ?

 

MW: – Oui, oui… En plus, c’est drôle que vous ayez choisi cette photo-là pour montrer à vos lecteurs mon visage, parce que je venais juste de me faire couper les cheveux pour ressembler à Louise Brooks.

 

RD: – Votre écriture est-elle cinématographique… ?

 

MW : – Je conçois mon écriture comme écriture, tout simplement. Rien de plus…

Je vois des images lorsque j’écris. Je suis influencée par mon vécu, par ce que je vois, et surtout par la façon dont je vois le monde. Mais je ne pense pas que cela soit cinématographique.

Récemment, j’ai écrit un scénario que j’aimerais réaliser. Il s’appelle « Waterlily Jaguar ». Il a été inspiré par les films « Il Grido » d’Antonioni, et « Faces » de Cassavetes.

Et dans ce cas-ci, oui, pour écrire un scénario pour la première fois, j’étais obligée de penser le tout de façon cinématographique.

 

RD: – Dans vos livres êtes-vous un penseur qui interprète ses sentiments ou un acteur qui interprète ses pensées ?

 

MW : – Dans mes livres je cherche à saisir des moments, des instants de vie. Je suis simplement là, j’existe dans mon écrit.

La plume dans la main, je cherche sur papier, désespérément à décrire ce que je ressens.

 

RD: – Quelles sources d’inspirations vous nourrissent en terres lyriques ?

 

MW : – Il y a tellement de sources d’inspiration qui me nourrissent. C’est sans fin.

Je peux vous dire que j’adore l’œuvre de Jose Saramago ! J’aime Zagajewski, surtout « Try to Praise the Mutilated World ».

 

RD: – Qu’est-ce qui vous inspire encore ?

 

MW : – Qu’est-ce qui m’inspire encore? L’histoire ancienne, la mythologie, les choses que j’entends et que je vois, les phrases, les images,  l’art et encore l’art, des noms comme  Giacometti, Carravagio, Cézanne, Rodin, Goya, Van Gogh.

L’art des anciens Sumériens, une toute petite sculpture babylonienne d’Astarté dans le Louvre, mon dieu, l’inspiration est partout et c’est sans fin.

Tout m’inspire.

 

RD: – Et sur les plateaux de tournage ? Dans les studios de television ?

 

MW: – Dans les studios de télévision, je pense que ce sont les écrivains qui m’inspirent. Ils sont obligés d’écrire sans cesse, et de garder l’histoire en mouvement, donc c’est comme être sur la mer et tendre une corde qui nous attache au bateau.

Sur les plateaux de tournage, je pense que c’est davantage le personnage de tel ou tel film, mais encore une fois, c’est le scénariste qui m’inspire. La différence par rapport à la télévision est qu’on a un début, un milieu et une fin qui est là, présente dès le début.

Parfois, je trouve une musique ou un artiste qui, à mon sens, me rapproche du personnage que je dois jouer. Par exemple, quand je travaillais sur un film appelé « Pluie », des tableaux d’Edvard Munch m’aidaient à mieux définir mon rôle.

Maintenant que j’ai prononcé cette phrase-là, je pense que je devrais dire qu’il y aurait une source différente pour chaque rôle.

J’aimerais ajouter que j’ai été très chanceuse de pouvoir travailler avec Paul Thomas Anderson. Puisqu’il est à la fois scénariste et réalisateur, le processus a été particulièrement intime. Dans ses films, je deviens tout simplement le personnage, l’actant. C’est difficile à expliquer, c’est comme si je devenais un instrument, disons cela, et qu’il jouait de cet instrument, tel Yo-Yo Ma qui joue de son violoncelle.

 

RD : – Melora, veuillez nous raconter votre plus beau souvenir de poète.

 

MW: – J’ai relié à la main deux livres que j’ai dédiés à mes enfants. Ils étaient édités par Writ Large Press, qui m’a donné l’occasion d’envisager des pages d’écrit, poétiques,  et d’autres artistiques, complètement et bellement mises en page par moi-même. Les titres avaient été gaufrés en creux sur papier par Aardvark Press. De ces titres, on a réalisé de belles couvertures. Chiwan Choi, de Writ Large, et moi avons choisi une police que j’avais trouvée, utilisée par Apollinaire pour « L’ombre de mon Amour » (textes que j’adore). J’ai disséqué ce livre, littéralement, et puis j’ai essayé de le recréer dans mes propres livres. J’ai passé des heures à plier, couper, coudre, coller. C’était fastidieux, ardu, pénible, et pourtant, très beau.

 

RD: – Quel serait votre plus beau/meilleur souvenir d’actrice, s’il vous plaît.

 

MW : – Mon plus beau moment d’actrice ?  Je l’ai vécu sur le plateau de « Magnolia ».

Paul était assis à côté de la caméra, à seulement un mètre de moi, et il me chuchotait des consignes. Je ne savais même pas ce qu’il disait, c’était comme si j’étais en transe et que le temps s’est arrêté. Qu’importe… Chaque moment fut magique. Je pouvais entendre le tic-tac du film dans la caméra.

J’espère que je connaîtrai d’autres beaux moments à l’avenir.

 

RD: – Que vous a offert de plus beau le cinéma dans votre vie ? Et que vous a-t-il pris, si c’est le cas ?

 

MW : – Il y a des réalisateurs et des producteurs qui m’ont donné une conscience de la magie dans le cinéma. Ils m’ont donné le sentiment que je n’étais pas seule sur le plateau, que quelqu’un d’autre ressentait/ressent les mêmes choses que moi.

Je dirais la même chose pour l’art ainsi que pour l’écriture.

Non, je ne pense pas que le cinéma  m’ait pris quelque chose….

Mais… les hommes avec qui j’ai eu des relations amoureuses me disent qu’il avait eu quelques  effets néfastes sur moi… Évidemment, je ne suis pas du même avis !

 

RD: – Dans votre filmographie, quel serait le film et le rôle qui vous ont le plus transformée ?

 

MW: – Chaque rôle me transforme. Peut-être le rôle du film « Pluie » a-t-il  eu le plus grand effet sur moi.

Je pense que c’était parce que le contenu renvoyait à la mythologie, de sorte qu’il a déclenché quelque chose de profond en moi.

 

RD : – Lequel de vos livres vous a apporté le plus de bonheur ?

 

MW : – « Sonnets and Failures », publié grâce à l’éditrice Leah Maines, parce que c’était mon tout premier.

« The Siren » et « In the Painting, Heraclitus, Wrings His Hands Above the World et Appears To Be Crying », parce que ce sont des bouquins dédiés à mes enfants.

 

RD: – Vous êtes née en Arabie Saoudite, à Riyad. Votre nom fut Yoruba, mot qui signifierait en quelque sorte : « camaraderie ». Que représentent encore ce temps-là  et ce mot-ci  pour Melora Walters ?

 

MW : – En fait, je suis née à Dhahran, Arabie Saoudite. J’ai passé la moitié de mon enfance là-bas, et l’autre moitié aux Pays-Bas. J’ai vécu des extrêmes opposés.

On m’a dit que mon nom venait d’un livre intitulé « John Brown’s Body » de Stephen Vincent Benet, qui est d’ailleurs un poème épique sur la Guerre de Sécession aux États-Unis. Si on considère que le nom vient de Yoruba, Benet voulait unir Sud et Nord, Noir et Blanc, Mâle et Femelle, de façon symbolique.

Quand on y pense, c’est une tentative de trouver un équilibre.

On m’a dit aussi que le nom Melora venait du mot « ameliorate » (améliorer).

Donc, pour répondre à votre question, je pense que je dois dire que je (pro)viens du chaos, j’y vis, et j’essai d’y survivre.

 

RD : – L’artiste représente-t-il le monde en général, ou son monde à lui ? A-t-il une mission sociale à accomplir dans ce monde?

 

MW: – Je pense que chaque artiste est différent.

Pour moi, j’aborde tout d’une perspective personnelle. Tout au long de ma vie, l’art, le cinéma, et l’écriture ont été mes seuls endroits sûrs. C’est presque une expérience religieuse. Sacrée. Ils m’ont sauvé. J’espère donc que tout au long de ma contribution à l’embellissement de l’univers créateur, ce travail d’artiste ou d’écrivain, ce « moi »  peut-être saurait et pourrait sauver quelqu’un d’autre.

 

RD: – Comment participe à la reconstruction de l’humanité le poète Melora Walters ? Et l’actrice ?

 

MW: – J’aimerais penser que tout comme l’art m’a donné de l’espoir, ma contribution à l’épanouissement de l’univers créateur va donner espoir aux autres.

 

RD : – Quels projets qui vous tiennent à cœur avez-vous pour 2012 ?

 

MW: – Me tiennent à cœur deux nouvelles expositions d’art, ensuite la publication de mon nouveau volume de poésie intitulé « Dear Mr. Brancusi », la réalisation de mon film « Waterlily Jaguar », et de merveilleuses possibilités !

Oh, je serais heureuse de collaborer encore avec vous !

 

RD : – Auriez-vous aimé que je vous pose une question que je n’ai pas su poser ? Si oui, posez-vous-même cette question si attendue et répondez-y, s’il vous plaît !

 

MW: – Hmmmm…

Que pensez-vous que vous que vous ferez quand vous serez une vieille femme, peut-être nonagénaire ?

Et je ferai la même chose… comme maintenant. Sauf que…, je vais habiter à Paris !

Ce fut un grand honneur et un grand plaisir pour moi de faire cette entrevue.

Je suis reconnaissante pour vos questions stimulantes, questions qui plongent au-delà de la surface des choses, qui vont dans la profondeur et touchent directement le cœur et l’âme.

Merci.

 

RD: – Merci à Vous aussi!

 

 

 

 

 

 Rencontrez  Melora Walters en peintre:

http://serpentinepress.com/

 

 

 

Traduction de l’anglais : Howard Scott

Relecture & supervision : Rolande Scharf

 

 

 

 

 

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Cette interview a été réalisée par Rodica Draghincescu

www.draghincescu.com

 

 

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