Maurice Couquiaud

  

 

 

 

(France)

 

 

Pour deux sous

 

Venez !

Pour deux sous d’imaginaire,

je vais vous conter une histoire au toit de chaume.

Ses murs sont des parpaings de chair,

chaque fenêtre une impression de transparence,

son grenier des souvenirs éblouis,

sa porte un regard attendri.

Passez d’abord par le jardin…

où je fais pousser ce que je voudrais vous dire !

 

 

Greffe

 

Il suffit peut-être de greffer un mot sur une phrase

pour en faire un poème épanoui.

Il doit agir comme une bouture

prélevée dans un ailleurs étrange

où chaque branche est un sentiment,

toute lueur une racine à exprimer.

Si je pose une main sur le sein de ma femme

tout son corps devient l’amour.

 

 

 

L’engoulevent

 

La gueule béante sur le présent, un engoulevent s’était emparé de sa rêverie.

 

La terrible bête avalait tous les mots qui passaient, tous les soupçons et toutes les rumeurs saumâtres, croquait des coupables et des innocents, ruminait la parole des ministres et l’esprit coulant des lois, dévorait les êtres moutonniers, grignotait les révoltés et des révoltants, mâchonnait toutes les évidences, les injustices et les sanctions volages, lapaient goulûment les sources de la véhémence. Tout faisait ventre et cris !

 

Le pauvre poète ne pouvait plus écrire, car les pages dégoulinaient devant lui sous un flot de baves rancunières mêlées à des récits d’amours mortes et empaillées. Ivre de colère et d’ambition, l’engoulevent hurlait des rimes frappées de lieux communs, lançait des incantations frelatées, vomissait des assonances banales sur des clichés palis. Battant des ailes parmi des ballons dégonflés de leur imaginaire, sautillant sur des grouillements argumentaires, il demeurait cloué sur le sol des certitudes.

 

Sortant de sa léthargie, le poète indigné saisit tout à coup la bête à la gorge et serra, serra….. pour s’apercevoir soudain qu’il étranglait un charmant jeune homme aux yeux clairs et stupéfaits : « Qu’ai-je donc fait de si mal ? » se plaignait celui-ci. « J’avais donné à mes vers le bon goût du slam, la jeunesse des mots. Toi qui te crois si fort, peux-tu m’apprendre les secrets de la bonne poésie ?».

 

« Oh ! Pardon, pardon, mon ami ! Je ne peux rien t’enseigner. Simplement, garde tes débats pour tes envolées dans le vent de la prose. Le talent du poète n’est pas d’expliquer le charme ou le dégoût, mais d’exprimer l’indicible qui les habite. A l’instant d’écrire, essaye simplement de relier subtilement le monde imaginaire à celui de la réalité, agréable ou rugueuse. Glisse ta conscience dans l’imaginal poétique, ce passage intermédiaire où l’alliance inattendue des mots fait vibrer les images nouvelles de l’émotion, où se marient les gaz rares de la sensibilité. Débarrassé des clichés vainqueurs, tu entreras dans la densité profonde du langage, dans la chaude intimité de la poésie, non pour tatouer sa peau, mais pour saisir et diffuser plus largement un peu du parfum qu’elle dégage dans ce qui l’entoure,…Même et surtout dans la douleur, pour la soutenir, entretenir sa beauté dans l’émotion, plutôt que du lait caillé chaque matin, offre lui du lait frais !

 

 

 

 

 

 

 

 

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Maurice COUQUIAUD, poète, essayiste, fut rédacteur en chef de la revue Phréatique pendant dix-sept ans; est membre du Centre International de Recherches et d’Etudes Transdisciplinaires; vice-président du Groupe de Recherches Polypoétique; est l’auteur de plusieurs recueils de poésie et d’essais.

Bibliographie sommaire :

L’éveil des eaux dormantes, poésie, Le Nouvel Athénor éditeur, 2006 ( ISBN 2-907069-56-X )

L’horizon poétique de la connaissance, essai, L’Harmattan, 2003 (ISBN 2-7475-4905-4)

L’étonnement poétique: Un regard foudroyé : essai, L’Harmattan, 1998 (ISBN 2-7384-6117-4)

Chants de Gravité, poésie, L’Harmattan, 1996 (ISBN 2-7384-4869-9)

Un Plaisir d’étincelle, poésie, Éditeur : Recherches polypoétiques, 1985

Un Profil de buée, poésie, 1980

L’Ascenseur d’images, poésie, 1976

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