Mathias Lair

 

LIRE… MATHIAS LAIR

 

avec

 

MATHIAS LAIR

 

 

Un petit click et vous y êtes ->

http://lechappeebelleedition.com/mathiaslair_oublideblouis.html

 

____________________________________________

 

 

 

 

L’argument

Il arrive que la beauté éblouisse : nous ne voyons plus rien. Dès lors, quel souvenir reste d’une histoire amoureuse ? Peu de choses au regard de ce qui a été vécu.

La lutte contre cet oubli fut le moteur de l’écriture de ces cinq récits. Mais celle-ci nous embarque ailleurs, les mots ne font rien retrouver, sinon à un autre étage que celui de la réalité. Toute autographie est autofiction, heureusement sans doute.

Ainsi, la « petite joie » de la première femme devient-elle l’exploration des terrains vagues de l’adolescence, et la découverte que toute aventure amoureuse est nouée à l’histoire sociale autant qu’individuelle. Avec Lila, le narrateur se trouve embarqué dans un racisme dont il se croyait exempt. Avec Hannah, il explore la fin de l’amour, elle s’avère interminable… Avec Marie, il touche aux limites de l’impossible entre homme et femme. Puis retour sur Hannah, à une passion qui se révèle utérine, imaginairement incestueuse comme toute passion. Faut-il en passer par là pour que la question de l’amour se pose enfin clairement ?

De la première femme à celle qui aurait pu être la dernière, se dessine un parcours au cours duquel le narrateur devient, peut-être, un homme. Il lui aura fallu, pour y parvenir, traverser la déréliction.

Finalement, c’est peut-être bien dans le style que l’auteur retrouve quelque chose de ces femmes qui l’ont ébloui. Puisque ces cinq récits diffèrent dans leur écriture, comme si chacune d’elles apportait sur la page son propre univers.

 

 

L’extrait

Au bout de onze ans, toujours là. Pourtant tout est oublié, presque. Ma vie derrière moi, prise au piège. Très peu de souvenirs, pourtant je ne puis m’en détacher. Comment faire ? Depuis ce sommet, survie seulement. Quelques rites discrets, seuls connus de moi : à mon bureau, allongée nue, alanguie, les bras en couronne autour de la tête, Lilette au divan rouge veille sur moi. Le corps exact d’Hannah. Que Matisse l’ait peinte avant qu’elle ne soit née ne m’étonne pas plus que ça. Dans l’entrée, quelques cauris dans une lampe à huile, devant la photo d’un stupa, les yeux fauves peints d’un bouddha – éteints par la jouissance, il n’y avait plus rien dans ses yeux ; plus de lueur humaine.

Dix ans avec elle. Tout consumé en même temps que vécu. Comme rien. Un continent lentement s’enfonce dans l’eau insensible, ses contours immergés tremblent puis s’effacent, laissant un vague sillage, une légende, un conte d’Atlantide… Au point d’éveiller le doute sur ce qui fut.

 

 

Données techniques

Mathias Lair
Oubli d’éblouis

Recueil de nouvelles
Collection Pioche
123 pages
Parution en Mars 2013
20 euros
ISBN : 978-2-919483-18-1
ISSN : 2118-0458

 

 

Et aussi ->

 

 

 

 

enfin

de Mathias Lair

aux éditions Gros Textes

74 pages au format 13 x 21, 8 €

(+ 1,50 € de port. Gratuit à partir de deux exemplaires).
Commande à Gros Textes, Fontfourane,
05380 Châteauroux-les-Alpes
(Chèque à l’ordre de Gros Textes)
renseignement au 04 92 43 23 03

 

 

Ne pas pouvoir leur dire, les lèvres scellées. La bouche si froide qu’elle flambe – si fort qu’elle disparaît.

Les entendre tous, comme ils ne peuvent faire. Leurs voix résonnent en dedans. Vibrent en écho tous leurs sous-entendus (vagues et sillages allusions déclinaisons reflux vrilles) – qu’eux même ne connaîtront jamais.

Inconnues, mais elles sont familières car toutes les voix sont la même, participent toutes d’un même concert. D’un individu l’autre, que d’infimes variations sur le même thème. Jouissant d’être noyées dans la même harmonie. Ne songent pas à s’éloigner l’une de l’autre. Comme un nuage d’étourneaux : celui qui s’envole le premier, le fait-il de son propre chef où se sent-il poussé par les autres ? Toujours est-il que l’ensemble suit et, réunis, ces oiseaux minuscules font un bruissement d’ailes fort et profond.

De correspondre, les voix se renforcent l’une l’autre. Un léger haussement de ton à un point du nuage, et les rythmes s’éparpillent, puis retrouvent l’unisson, reviennent au calme.

Pas une plus ou moins que l’autre, un accord où chacune ne fait qu’exécuter sa partie. Chacune pousse têtue son chant unique. Et pourtant fait masse.

*

Elles volent autour, le lit au centre de leurs évolutions. Elles s’inquiètent, elles commentent les faits et gestes. Parlent plus doucement quand elles s’approchent. Comme une ouate, infiniment bonne, infiniment aspirée.

Dès qu’elles s’éloignent, reprennent leur rythme naturel (s’étaient efforcées, en se rapprochant, de retenir leur souffle), comme des oiseaux sur leurs branches reprennent de plus belle, cela monte descend se reprend, elles s’accrochent les unes aux autres, dans un charivari, pas un mot de distinct.

Sans doute les syllabes sont-elles à portée. Mais impossible de les capter. Tendre l’oreille, quel insurmontable effort, il faudrait puiser l’énergie. Les mots passent au-dessus, dans un frôlement.

Mais le vrai sens n’est pas dans les mots, il niche dans les correspondances entre les voix. Une seule n’est rien sans une autre, sans l’ensemble des autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Né à Elbeuf en 1945, Mathias Lair, poète, nouvelliste, essayiste et journaliste à ses heures, publie essentiellement en revues et chez de petits éditeurs.

Il a édité des ouvrages de poésie sous le nom d’Apostrophe, et publié la revue Mot pour Mot.

 

Il défend depuis longtemps le droit des auteurs : il a fondé le CALCRE (Comité des auteurs en lutte contre le racket de l’édition) en 1978, présidé le SELF (Syndicat des écrivains de langues française), a été administrateur du MOTif et du CPE (Conseil permanent des écrivains), secrétaire général de l’Union des Écrivains. Il est aujourd’hui un des élus du Comité de la SGDL, il vient de co-fonder l’Union des poètes & Cie.

Articles similaires

Tags

Partager