Martine Frequelin

 

 

 

(France)

 

 

Celles qui ont la conscience mélancolique de la durée et de la fin des choses

 

 

(Dans le miroir, sur les traces lyriques de Jacques Prévert)

 

Celles qui follement…
Celles qui aveuglément…
Celles qui fatalement…
Celles qui dans l’obscur des cœurs lisent les cœurs-semblants
Celles qui cherchent quelqu’un devant pour dérouler leur film intérieur
Celles qui aiment si l’amour transgresse toute pudeur
Celles qui s’effacent dans l’adoration pure de l’homme aimé
Celles qui évanouissent les doutes sous les caresses des prunelles
Celles qui voient au fond des casseroles leurs rêves envolés
Celles qui demandent trop en imaginant l’’érotique où chacun engloutirait l’autre.
Celles qui pleurent tout bas leur bas ventre stérile
Celles qui se droguent du désir du mâle
Celles qui ont de l’amour
Celles qui n’en ont pas
Celles qui en cherchent
Celles qui n’en cherchent pas
Celles qui sont guerrières de l’impossible
Celles qui avalent mensonges, non-dits, silences restés mourants sur le bord des lèvres
Celles qui succombent en toute candeur au malin bluffeur-séducteur
Celles qui sont nées prisonnières de traditions millénaires obéissantes muettes
Celles qui refusent celles qui sourient à l’inconcevable violence
Celles qui s’imaginent la vie en découpant le gigot du dimanche
Celles qui s’oublient dans la soumission consentante à l’amant
Celles qui ont le cœur en cendre après la mort d’un enfant
Celles qui meurent sous les coups d’une "âme-sœur"
Celles qui  "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé !"
Celles qui combattent la différence et l’indifférence
Celles qui écrivent pour s’oublier, pour remplir les blancs de la vie, élargissant leurs possibilités de survivre
Celles qui sentent à jamais l’odeur de mort de leur enfance violée pendues à une vie perdue
Celles qui savent enchanter le présent ordinaire par leur sourire
Celles qui parlent trop comme s’il fallait faire le vide pour laisser venir d’autres mots
Celles qui parlent peu comme s’il fallait se dénuder l’intérieur en public
Celles qui ont la conscience mélancolique de la durée et de la fin des choses
Celles qui cherchent toujours la pièce manquante du "puzzle pudique"
Celles qui savent habiter ce monde par un éclairage inédit
Celles qui étouffent dans leurs bulles noires d’amertume, de regret, de tristesse, d’envie
Celles qui mentent aux autres toute leur vie et s’égarent dans des constructions irréelles
Celles qui "Tout ment en l’absence d’amour"
Celles qui courageusement….
Celles qui librement…. ne connaissent pas le mot

TOUJOURS

 

 

Dis-moi NON, mon OUI…
 

(Divagations orphiques)

 

Non, Oui, Peut-être, désaccord… accord… hésitation.
Non, Oui, Peut-être, douloureux dilemme

Faire face aux critiques, rancunes, déceptions
Non m’oblige au risque d’être mal jugée,  il devient source d’anxiété
Non va m’envahir de culpabilité
Non ou Oui mais alors il faut que je me décide à répondre sans aucune réflexion au préalable ou si peu
Non irrévocable,

Oui impulsif, Peut-être porte, sortie possible à cet embarras peureux
Non, Oui, ils vont m’obliger à être active, à oser être moi-même.

Non, Oui. Ne pas me dérober
Non, oser le Non, le refus, le rejet, la désapprobation, la révolte et sans
doute blesser ou choquer
Non au risque de perdre cette complicité de surface
Non, savoir l’imposer, ne plus être dans le non-vu, le non-moi, le non-être,
le non-sens donc….
Non à la vision déformée de moi,
à la vision déformée des autres,
au rapport de pouvoir entre moi et le monde,
au masque camouflant mes émois,
au poids du passé freinant ce présent de Non !

Non-Non à la souffrance physique qui ne me fait pas grandir !

Non aux vastes chagrins alourdissant l’existence
Non aux petites infamies par lâcheté
Non à la mauvaise foi par orgueil
Non sans raison par esprit de contradiction
Non aux certitudes pour fuir une remise en question !

Non à l’angoisse comme poison,
à la compassion factice,
à la frilosité, la léthargie par besoin de sécurité
Non à la mémoire pleine de ces refus de progresser
Non au refus de mûrir, de vieillir, de s’humaniser
Non au refus de laisser le pays de l’enfance, de la jeunesse, de la fécondité
Non à notre civilisation qui s’effondre si la vieillesse est une charge et non
une dignité !

Non au manque de confiance en la métamorphose de la vie
Non à l’anesthésie de l’habitude, du quotidien
Non au peuple de rampants qui se fraient un passage à travers les
compromissions, les hypocrisies
Non au regard indifférent sur les hommes perdus en chemin
Non à l’isolement, la solitude de son proche
Non à ne rien dire, à ne rien faire pour préserver sa sécurité
Non à la recherche de soi dans le miroir des autres
Non au semblant de vie, mais…

Oui à la vraie vie qui arrive en catimini comme un voleur là où on ne l’attend plus.

Non à l’amertume et à la tristesse. Il suffit de voir le sourire d’un enfant
et le ciel s’éclaircit.
Non, Oui, peut-être ? Ne plus être insondable, indécise, craintive,
masquée ! Ah oui,  alors je saurais dire
NON ! Comme OUI !

Non par nécessité, obligation, timidité, mais pour qu’enfin j’aie

ce courage d’être moi-même.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Martine Frequelin aime le monde de la musique, l’espace polyphonique du théâtre, et celui des livres. Professeur à Metz, Martine se remarque par une belle culture littéraire et un style direct et tumultueux. De temps en temps, elle écrit sur des sujets qui l’inspirent.

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