Martine Cros

 

 

 

(France)

 

 

DU FRAGMENT DE REVE

DANS UN SQUARE

 

 

–      Texte  inédit      –

 

 

te voici zéphyr

surfant sur le regard glacé

où j’hivernais béante

de crevasses

 

springtime springtime

j’ai toujours su ta joie

à parer les gerçures

de larmes d’Ondine

 

–Renouveau est-ce Toi

et le doute susurre

— mais tout refanera

car la fille des flots

ne sait plus comment pleurer

 

noir onirique

écartèle

où jouit la fracture

du corps du cœur

des pensées y suppurent

et je fuis

 

springtime saut de sang neuf

tu me délivres à la croisée

des blés et de ses moires

à la frontière solaire des pluies

des cascades de soie

 

voici les miradors d’acier

voici la ville enceinte

les parfums d’outre-soi

ne s’y respirent plus

quelle artère mère

quelle rue emprunter

toutes belles et vertes

pour rejoindre l’immense

rendez-vous

celle-ci m’engouffre

à sens interdit

 

temptation road

tu es tiède ébène

presque obscène

longue galbée

comme jambe de star

 

très loin de ce goulot étroit

la lumière attend patiente

que mes peurs se rouent de coups

je passe à la peau des murs

je m’incurve à leurs porches

à la pluie qui fantasme

 

— si tu veux belle jambe nue

je déchire

l’hymen de ta robe

je m’abaisse et m’abysse

m’élance à nouveau dans le vent de la ville

longe les mailles du vaudeville

tissées par le commun des morts :

ceux qui marchent sans regard

 

j’avance vers la lumière

vers l’opale place

pâle qui m’apaise

me cogne au  blanc

sonore

des copeaux de sanglots

suis-je – hey ! — perdue

en ce blanc printanier

vol d’oiseau ovale

étale in the white peace square

juste là en haut à gauche

une plume noire d’encrier céleste

creuse coulure inconnue

ô ténébreuse brune

voilier qui fuit ou qui fut

vient chavirer l’ordre candide

des dernières

lanières

de mon souffle ténu

 

white square signé

d’une aile d’ange

virée du ciel

— te souviens-tu avoir démissionné

— et je dois te porter déserteur potentielle !

 

seule dans ce vaste opéra

de silence

vierge

aux artères battantes

( peu )

d’enfants et d’amantes

je saisis la plume sanglante

et d’une cicatrice aux encoignures

je me soumets et signe comme un Faust

 

— cicatrice : écris-moi le premier mot humain

 

darktime darktime

in the white

opera square

when springtime

is aware

the first touch is

everywhere

where my heart hopes to die

 

hier au crépuscule

et l’aube déjà

 

fragment de rêve

à l’orée d’un square

pan de jour tombée nue de nuit

 

Rêve  tu me meurs

Je dis :

Je m’offre m’abandonne

( S’offrir sans mains de désir )

 

Je dis :

Je pardonne pardonne tout

(Admettons que je rêve : )

Je t’attends

Toute la nuit

Je marche

Pas à pas tu ne reviens pas

Tu t’es enveloppée

D’onctueuses Chrysalides

Tu te soumets à leur consolation

 

 ( ô Liszt )

 

j’ai joué pour toi au piano bar

de l’hôtel de l’Opéra

ce prélude où tu luis

un passant m’applaudit

moi je pleure dans mes doigts

ta bouche de bronze

où se brise mon armée

 

je me suis donnée vive

dans un bar inconnu

 

( pour me venger

venger )

 

à une fée d’hivers

sur lavabo livide

comme un semblant d’été

 

rêve

 

je dis :

aucune condition

 

et je ne peux m’offrir

ni ne peux pardonner

ni être l’aimée

ni cesser de rêver

 

et je ne peux qu’espérer

être si humaine si

avec mes démons et merveille

merveille tu me meurs

merveille tu me pleures

 

belle flotte

sur la mer morte !

seul grince encore dans la nuit

un gouvernail d’encre

et des ailes brûlées

par le crève d’un rêve

crève cœur crève coque

dédié à noyade

comme

dans un flacon

ce fragment de sable

du bac

 

Dijon,  le 9 mars 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Martine CROS est née le 12 juin 1963, à Berlin, d’un père biterrois venu du sud de la France danser avec sa mère berlinoise tout au nord de l’Europe. Elle a vécu de nombreuses années à Nancy où se déroule sa scolarité ; à Metz, elle passe 3 années à l’institut de travail social. Depuis plus de 20 ans, elle s’est installée en Bourgogne, vers Dijon.

 

Elle a toujours écrit des poèmes depuis sa tendre enfance. C’est son fil conducteur, de funambule, sa colonne vertébrale, sa pensée permanente, les pulsations de son cœur.

 

Sa passion est d’écrire, son rêve est de peindre à nouveau, et elle souhaite se remettre au piano. Rien que cela…

 

 

Son blog de poésie :

http://allerauxessentiels.over-blog.com/

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