Marina Roman

 

Marina Roman

 

(Roumanie)

 

 

 

LUCIAN MUNTEAN. Un artiste en évolution

 

Quand, il n’y a pas longtemps, je suis entré dans le salon de photographies dont Lucian Muntean a inauguré la Galerie d’Art Calea Victoriei 33, j’ai eu comme la sensation de pénétrer dans l’espace de la peinture métaphasique de Giorgio de Chirico. Des architectures énigmatiques, des paysages de rêves. Réalité et fantastique, un univers de la liberté, parfait. La liberté totale obtenue / acquise par une rigueur accomplie : les photos ont été prises avec une machine digitale, par superposition d’images – exposition multiple, sans manipulations ultérieures – et imprimées après sur papier photographique : « De manière digitale on ne peut pas imprimer plus de deux photos et à un intervalle de quelques secondes l’une après l’autre. Dès le début il faut avoir dans l’esprit la composition finale et bouger rapidement ». D’ailleurs, Exposition multiple est le titre donné par l’artiste à sa plus récente exposition. Quelques photos ont déjà été exposées à la Biennale d’Art Contemporain de Casablanca (Maroc), mais le projet a pris naissance en 1999 quand il a travaillé la technique de la surimpression sur pellicule pour une expo à Cluj-Napoca sur le thème du rêve.

Lucian Muntean dit avoir eu en 2014 la chance de quelques voyages inoubliables : Rome, Monténégro, Lisbonne, Casablanca, Paris… et un Roumanie : Alba-Iulia, Hunedoara, Jibou, Slatina, Tulcea et Sighişoara.

 

 

 

Des lieux réels. Des cartes imaginaires.

 

Marina Roman

 

Je les appellerais plutôt des cartes de l’imaginaire.

Personnalité artistique d’exception, Lucian Muntean, n’arrive pas à trouver sa paix que dans une permanente errance. C’est ainsi que s’explique sa passion pour les voyages et la photo. Les images dans le temps deviennent des souvenirs et dans ses ouvrages – soit en photos, soit en peinture (acrylique sur toile ou carton) – il change de forme et crée une autre réalité congruente à l’archétype. Diplôme de la Faculté de Géologie de Cluj, il construit à partir du cycle Cartes imaginaires, sa propre géographie.

L’abstrait émue par une chromatique subtilement harmonieuse. Vue par le hublot de l’avion la réalité s’épure et son image devient une essentielle. J’étais émue par la tranquillité et la paix dont il m’a dit que par la distanciation, par l’objectivité, les choses deviennent relatives mais acquissent de nouvelle signification et se transforme en symbole. Sur la crise, sur le collapse économique de la Grèce en parle le symbole de l’euro qu’il a peint dans des tons chauds et a circonscris par des vagues bleu violette. Sage ou cynique sans doute que Platon eut raison, en Grèce il y a cette île sur la forme du symbole de l’euro, mais maintenant elle a était acheté par les allemands. Toujours vue de l’avion, Nicosie, la cite en forme d’étoile à onze coins est spectaculaire. Dans l’hémisphère turque sur une colline, le symbole de la dimension de quelque terrains de handball et qui raconte l’histoire de malentendus entre les grecques et les turques clignote avec intermittence et peuvent être vue d’une grande distance. Abstrait, les œuvres signées Lucian Muntean ont chacune une histoire. Vraie. Celui qui regarde peut les investir en jouissant de son propre histoire. Et c’est la faute à…

 

 

 

Le reporter Lucian Muntean

 

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Il a commencé en 2000 un projet de recherche anthropologique réalisé d’une série des photos-reportage qui présente la vie des habitants d’un village des Monts Apuseni à l’aube de l’adhésion de la Roumanie à l’Union Européenne. L’exposition Rogojel réunit 40 photos (en couleurs et blanc et noir imprime sur papier  « l’Atelier du livre » ou il a collaboré avec Răzvan Supuran). La scarification du cochon  le coupage du bois des attitudes familiales, des typologies… un véritable scénario pour un film sur le temps d’un village oublie dans le temps : Rogojel.

 

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Liberté & Captivité

 

Une salle à bain aux murs d’un gris-bleuâtre, patinés par les terreurs d’un petit oiseau princier condamné à vivre dans une baignoire misérable. Ironique et auto ironique en prêtant quelque chose de la couleur triste du flamant le peintre délabre le mur d’un contour à peine vu de l’Afrique. Dans un autre ouvrage, les pingouins, dans une colonie pénitenciers sui generis ressemblent dramatiquement à l’homme. L’intuition, non seulement plastique de Lucian Muntean, fait que le rouge d’un pilier du bassin reflet sa couleur dans un autre ouvrage dont les protagonistes sont deux dauphins – dans un accent de cinabre comme le sang vieillit. Intéressant me semble le fait qu’en choisissant de travailler dans des couleurs acryliques il ne semble pas trop préoccupé de la technique mais de l’histoire que la couleur peut rencontrer.

 

 

 

L’aquarelle optimiste

 

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Cauchemar ou féerie, les yeux larges ouverts ont sommeillant – pourquoi pas – sur un banc dans la cour ensoleillée de sa maison à Sighişoara, Lucian Muntean rêve. Une autre série d’ouvrages, réalises en 2011 sous le générique Le rêve, aquarelle, il dévoile son talent en tant que dessinateur bien exercé quand il avait 19 ans et il travaille comme peintre céramiste a l’atelier de création de la manufacture de porcelaine de sa ville natale.

Goût pour la vie et pour l’art : la nourriture peut être brillante, musicale et amusante. Le geste synesthésie se matérialise dans des lignes courbes, douces, des couleurs calmes, en dialogue chaud et froid, dans des formes épicées, de quelques notes et accessoires musicales… Des contours détournés de leur fonction primaire pour la gratuite d’un sourire.

 

 

 

Esprit ludique

 

Peintre, photographe mais aussi photoreporter, curieux comme un enfant et infatigable dans sa recherche, il a trouvé dans un document de 1826 la cite de Sighişoara, une série de dangale (marque, matrice des signes qui servaient à marquer le bétail). L’esprit ludique est allé de pair à la tentation anthropologique et ainsi est née le cycle Dangale.

 

Lucian Muntean s’étire au contingent et fonctionne symboliquement. Cet exercice culturel apporte, encore une fois, le témoignage d’une personnalité artistique souple et forte, en pleine ascension.

 

 

Marina ROMAN

 

 

 

 

 

 

 

 

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Marina Roman est membre de l’Union des Cinéastes de Roumanie et membre fondateur de l’Association Roumaine de Film « Document. Art ». Elle a commencé sa carrière comme journaliste culturel depuis 1982. Elle est diplômée de l’Institut d’Art Théâtral et Cinématographique “I.L.Caragiale” de Bucarest (1980). Théâtrologue, filmologue, de même qu’éditeur et secrétaire générale de rédaction ou éditeur en chef adjoint, Marina Roman a toujours abordé avec plaisir et professionnalisme la presse écrite, la radio et la télévision. Elle est professeur associé à l’Université Hyperion de Bucarest, chargée de cours de Télévision à la Faculté de Journalisme. Sa thèse de doctorat est éditée sous le titre « Ambiguïté théâtrale et finalité liturgique dans l’œuvre d’Andreï Tarkovski »

En sa qualité de critique et promoteur d’art, Marina Roman a mené une riche et prodigieuse activité pour l’affirmation des jeunes artistes talentueux. Pour Marina Roman, l’art c’est surtout émotion. La preuve? Son récent volume de vers, «La fascination de la Méduse», en témoigne pleinement et en plus, sa poésie a du succès.

 

marina

 

www.lucianmuntean.ro
www.modernism.ro

 

 

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