Marie-Jeanne Heusbourg


(France)

 

Lieux magiques

 

  

C’est une île, posée comme un diamant, au milieu de la mer de nos tourments. Une île au large de l’espoir, en marge de la vie, au-delà de la mort… Une île vierge, d’une indicible beauté, suspendue entre ciel et terre, dont la terre n’a jamais été foulée par l’homme.
Aucun avion ne l’a jamais survolée, aucun bateau non plus n’a navigué dans les eaux d’un vert émeraude qui l’entourent.
Y vivent là des animaux fabuleux, des oiseaux multicolores qui chantent la beauté du monde, le jour tout comme la nuit. S’y épanouissent aussi des fleurs géantes qui répandent des parfums d’éternité et des arbres donnant des fruits d’une saveur incomparable.
Sur ses plages blondes et ensoleillées déferlent des vagues d’or qui y déposent des coquillages enchanteurs qui, si vous les ouvriez, vous offrirait à entendre des secrets précieux et des messages mystérieux.
S’y dresse aussi une haute montagne dont la cime est toujours enneigée et on y trouve des cavernes emplies de trésors gardés dans des coffrets dont seules des muses ont la clé pour vous en donner l’accès, si vous savez les apprivoiser.
C’est certainement là, direz-vous, le paradis terrestre que tous les explorateurs rêvent de découvrir un jour. Non, cette île éternelle, irisée, odorante, musicale et toujours bercée par les vents symphoniques les plus doux…est la Poésie.

L’enfant  de tout pays…

C’était l’instant où l’on ne distingue plus le jour de la nuit, le soleil de la lune, la mer s’avançait dans un silence sableux vers la cabane du vieil homme agonisant…

Les étoiles du ciel et de la mer s’étaient données rendez-vous dans ses yeux illuminés et éclairaient d’une lueur discrète son visage usé.

Près de lui, un enfant, un enfant sans nom, sans âge, un simple enfant.

Et le vieux regarda la plage, la mer, le ciel, puis l’enfant.

Fils, dit -il, écoute le vent, écoute le cri assourdissant du silence, c’est la plainte du monde, de ce monde hagard, angoissé et trop fier, écoute fils, le monde appelle un sauveur pour lui panser les plaies, le soulager, et lui montrer les fleurs naturelles de la pureté; écoute fils, entends-tu?

L’enfant resta silencieux, le vieux continua.

Il y a bien longtemps, un vieil homme qui mourait me l’a fait entendre et à lui un autre vieil homme et ainsi depuis le jour où le monde fut assez âgé pour se souiller. Depuis ce temps, fils, des hommes inconnus se lèguent la plainte du monde, d’âme en âme, de cœur en cœur, de vie en vie, il y a toujours un enfant à qui ils montrent ces hurlements et cet enfant, fils, cet enfant aujourd’hui, c’est toi.

Tu déchireras, tu guériras, tu construiras, déchiffre la vie, défriche le monde, tu seras savant, bûcheron, docteur, puis boulanger, maçon, lave le monde et repeins-le en blanc. Et si tu ne peux en blanc, alors du plus clair que tu peux.

Tu voyageras, fils, tu voyageras… Et ta route sera semée de crachats et de croix, pour te pendre, mais tu iras, tu iras, on te lancera des pierres pourries, des coups d’acier, mais tu iras, tu iras, fils, je le sais, je le sais.

Et pour que ta route soit moins dure, tu te bâtiras un univers bien à toi, rien qu’à toi, secret, magique, merveilleux, un univers où tu vivras, un univers que personne ne pourra venir souiller et meurtrir. Et quand le monde turbulent et ton univers vierge et inviolé se fondront en une harmonie cosmique, alors tu jetteras l’ancre sur une plage et dans une cabane, sur un lit, un enfant, un enfant comme toi sera là et tu lui diras en blanc, fils, en blanc, en blanc…

Et soudain le noir envahisseur s’empara de la pièce. L’enfant effrayé sortit de la cabane en courant et tomba, haletant, le nez dans le sable de la mer qui se retirait à vagues feutrées.

Des mouettes folles tournoyaient autour de lui et des poissons hystériques sautillaient à ses pieds.

En blanc, en blanc…

Il se releva et se remit à courir de toutes les forces de ses petites jambes.

En blanc, en blanc, en blanc!

Comme les mouettes qui volent, comme les poissons qui sautent.

En blanc, en blanc! Comme l’eau et la neige, le sable, la nuit.

En blanc!

Et l’enfant s’endormit à l’abri d’un rocher.

Un poète était mort

Un monde criait

Un enfant dormait, un poète allait naître…

Que l’on soit d’Afrique, de Chine, que l’on soit noir ou blanc, il y aura toujours un enfant…Un poète.

Voyage  amoureux

En compagnie de ton corps
Ont résonné les cloches de nos soupirs,
Du bourdon de tes heures noires
S’envolent les accents de nos voix sourires,
Les canaux de Venise nous porteront un jour
Vers d’autres lieux, d’autres terres,
Place Saint Marc nous écouterons
Le chant du cygne

Au flanc de tes coteaux
J’ai plaquée mes désirs,
Au creux de tes vagues
J’ai ancrée mes navires,
J’étais bateau perdu
En écume d’océan,
Lorsque j’entendis sirène douce
Au mitant de vent bruyant

Au sillon de ta peau
Aux cavernes de ton temple
Tu as jeté violente graine
Tel ensemencé maudit
Aux champs de tes royaumes
À mes mots griffes
Tu as préférés mes gestes satins
Et Venise s’éclaire
De nous voir nous aimer…

Le  printemps

 
 

                                      Émerger du printemps

                                 Nus comme aube brillante,

                                                                                 Émerger de l’eau claire

                                 Nus comme diamant.

Regarder soleil

                                                                            Jusqu’à larmes aux yeux,

                            Prendre main qui se tend,

                                                                     Plonger dans un soir tiède

Se faire l’un à l’autre,

                                   Un bel enfant d’espoir.

                                                                               Prendre regard de gosse

                                  Et y lire amour !

Oublier l’heure, le temps,

                                                                                        Et vivre.

                            Oublier les arrivées, les départs,

Les fuites éperdues,

                                                 À travers les champs de sa personne

                                              Cheminer enfin

Sans lien, sans rêve

                                                          Nager en béatitude

                                                                               Dans l’exaltation …

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