Marie-Jeanne Heusbourg

 

 

(France)

 

 

 

Bons sens est mort…

 

 

Aujourd’hui nous déplorons le décès d’un ami très cher qui se nommait
« Bon Sens » et qui a vécu parmi nous pendant de longues années.
Personne ne connaît son âge, car les registres de naissances
ont été perdus, il y a bien longtemps, dans les méandres de la
bureaucratie.
On se souvient de lui pour des leçons de vie, comme « La journée
appartient à celui qui se lève tôt « , « Il ne faut pas tout attendre des
autres » et « Ce qui arrive est peut-être de MA faute ».
 » Bon Sens  » vivait avec des règles simples et pratiques, comme « Ne pas
dépenser plus que ce que l’on a », et des principes éducatifs clairs,
comme « Ce sont les parents, et non les enfants, qui décident « .
 » Bon Sens  » a perdu pied quand des parents ont attaqué des professeurs
pour avoir fait leur travail en voulant apprendre aux enfants les bonnes
manières et le respect. Un enseignant renvoyé, pour avoir réprimandé un
élève trop excité, a encore aggravé l’état de santé de  » Bon Sens « .
Il s’est encore plus détérioré quand les écoles ont dû demander et
obtenir une autorisation parentale pour mettre un pansement sur le petit
bobo d’un élève, sans pouvoir informer les parents de dangers bien plus
graves encourus par l’enfant.
« Bon Sens » a perdu la volonté de survivre quand des criminels recevaient
un meilleur traitement que leurs victimes. Il a encore pris des coups
quand cela devint répréhensible de se défendre contre un voleur dans sa
propre maison et que le voleur pouvait porter plainte pour agression.
 » Bon Sens  » a définitivement perdu sa foi quand une femme qui n’avait
pas réalisé qu’une tasse de café bouillante était chaude, en a renversé
quelques gouttes sur sa jambe, et pour cela a perçu une indemnisation
colossale.
La mort de  » Bon Sens  » a été précédée par celle de ses parents : Vérité
et Confiance, de celle de sa femme Discrétion, de celle de sa fille
Responsabilité ainsi que de celle de son fils Raison.
Il laisse toute la place à ses trois faux-frères: « Je connais mes droits »,
« C’est la faute de l’Autre » et « Je suis une victime ».
Il n’ y avait pas foule à son enterrement car il n’ y a plus beaucoup de
personnes pour se rendre compte qu’ il est parti.

 

 

 

Après les mots

 

 

Il est quelquefois des mots

 

Des mots qui font pleurer

 

Mais qu’importent,

 

Puisqu’ils ne sont que phrases creuses…

 

Moi, je ne veux en cet instant

 

Qu’écouter ce mot,

 

Ces trois seules syllabes

 

Que tu murmurais

 

À mon oreille tantôt,

 

Ce mot qui disait

 

 » Je t’aime « 

 

Devant celui-là,

 

Que me sont les autres?

 

 

Quelle montagne ne franchirais je pas?

 

A quel coup  n’accepterais-je de me soumettre?

 

Mes amies d’hier sont devenues

 

Conjures et parjures,

 

Mes parents d’hier sont devenus féroces ennemis !

 

Mais que me sont ceux-là,

 

À côté de ton amour?

 

Que me sont-ils ceux-là,

 

À côté de tes mains?

 

Qui s’imprègnent grandioses

 

De l’enfer de mon corps.

 

 

Un empire est en mourance

 

De quel empire étais-je sujet?

 

D’un royaume de stuc et d’illusion

 

De voile ocre qui cachait voile noir et déchiré

 

Aujourd’hui, tout commence ou tout finit

 

Mon passé hors de moi,

 

Il est bien efface

 

Nous ne serons plus que deux

 

À vivre mieux

 

Être deux qui s’aiment

 

Plutôt que cohortes d’en face

 

Froides, grises et comédies partisanes!

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

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Marie-Jeanne Heusbourg est Lorraine. Elle vit dans l’écrit et pour l’écrit. Passionnée par la littérature et les arts, elle consacre toute sa vie à la lecture admirative des Autres… De temps en temps, elle écrit pour soi-même. Sa plume sait toujours trouver les puits d’encre où s’abreuvent les mondes de la solitude.

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