Marie-Jeanne Heusbourg

 

Marie-Jeanne Heusbourg

 

(France)

 

 

 

La mélodie du printemps

 

Marie-Jeanne Heusbourg2

 

Dans la forêt endormie, les bois sont noirs comme une tombe, silencieux comme un cimetière. Au milieu, je me baladais parmi les pins. Les hiboux hululaient des chants inquiétants et les arbres paraissaient plus menaçants les uns que les autres. Je m’enfonçais un peu plus, je me perdais dans les ténèbres.

Et, tout d’un coup, la lumière revint. Le soleil crépitait sous des nuages cotonneux et l’herbe se remit à vivre. Elle se réveillait comme mon âme endormie… Là-haut, le soleil brûlait la cime des arbres… Une lueur réchauffait tout mon être gelé. Une brise légère et le vent emporta mes malheurs plus loin. La lumière transperçait les mains des arbres, illuminait la forêt chantante comme elle illuminait mon corps engourdi.

Je sentais des bourgeons naître sur mes rosiers, j’entendais ma tête chanter des mélodies et sentais mon cœur exploser en un million de papillons bleus qui batifolèrent autour de moi. Mes pas n’étaient plus lourds ni silencieux mais légers et crissaient sur chaque brindille. Je dansais avec le vent, mes cheveux virevoltaient avec les feuilles et mon âme transperçait de joie.

Je repensais ensuite aux saisons passées, où les bourgeons finissaient par devenir fleurs, où les feuilles passaient du vert à l’orange et les herbes gelaient toutes, jusqu’à la dernière, avec le premier vent cruel. Puis vint une petite brise qui souffla dans ma tête, emportant loin mes idées noires.

C’est avec un grand sourire que j’oubliais ma nostalgie des mauvais temps et que je repris ma danse avec le vent. Je laissais s’envoler mes peines et mes colères et recommençais mes chants joyeux. Je voulais sourire à chaque instant au printemps de ma vie qui illuminait mon paysage. Et, avec un éclat de rire, je m’enfonçais un peu plus dans les bois de la forêt et de cette mélodie de saison : » le printemps en noir multicolore »

 

 

 

Partition

 

Marie-Jeanne Heusbourg3Partition musicale par JJ. Grandville : une valse

 

http://www.oldbookillustrations.com/pages/waltz.php?lng=fr

 

 Nous sommes des clés de sol

Posées, rondes et pleines de vie.

Sur portée de mots d’amour

Et partition de fugue désir.

Nos corps sont des gammes chromatiques

Dont les mains moites,

Égrènent notes aigrelettes ou sourdes,

Et plaquent accords harmonieux.

Au fil de nos gestes-mesures

S’accrochent à nos seins-dièses

Et à nos ventres bécarres,

L’allégro de nos jambes,

Suit les ordres de la baguette

De nos vouloirs chefs d’orchestre.

Les partitions de nos partages,

Se jouent à guichets fermés,

Au théâtre-plaisir.

Se déchiffrent des sourires,

S’y découvrent aussi des lèvres

 Gourmandes qui boivent et décomposent.

Enfin, au creux de nos reins,

Éclatons d’un final éblouissant,

Fatiguées mais décontractées,

Par notre plaisir-symphonie

Par nos souffles – mêlés

Par nos gestes – arpèges et nos cries-notes

Ceux de notre partition en plaisir-majeur !

 

 

 

 

Couleur musicale…

 

Marie-Jeanne Heusbourg4

 

Un son grave, puissant, résonnait sur la Terre, en écho dans tout l’Univers. C’était le Do. Le Do originel, vibration éternelle de la Vie. Tout semblait dormir, baigné dans les profondeurs d’une teinte sombre, proche du néant : le Violet. Le Violet primordial !

Des notes perlées de pluie vinrent ricocher joyeusement sur l’écorce de la terre, faisant timidement sortir les premières pousses de cette carapace noire et sèche qui se colora peu à peu. De jolies petites fleurs Indigo dégagèrent un parfum aussi délicat que la rosée, bercées de bruissements d’insectes qui frémissaient au ras du sol. La note Ré se fit entendre, plus douce que la brise du matin.

L’herbe poussa sur la Terre, et bientôt toutes sortes d’animaux commencèrent à la brouter, emplissant le silence de leurs mugissements, pépiements et autres cris de joie ou de douleur. La peine, la colère, la peur ou le désir s’exhalaient de la Terre, et la note Mi, modulable à l’infini, inonda de Bleu tendre la planète qui devint alors la plus belle dans l’immensité du Cosmos !

Enfin, l’Homme foula pour la première fois le sol de la Terre, et sa voix s’éleva, mélodieuse et conquérante. La Terre regorgeait de forêts, de plaines et de vallons d’un Vert intense où l’Homme régnait en Maître. Mettant son intelligence au service du moindre de ses besoins, il devint le jardinier du monde, dont il puisait sa subsistance. Avec la note Fa, l’Homme affirma sa suprématie sur toutes les espèces. Devenant conscient de son individualité propre, il put alors dire : « Moi ».

Des enfants naissaient des hommes, et avec eux la lumière de l’Amour. La note Sol, celle des berceuses et des comptines, illumina d’un Jaune ensoleillé les cœurs et les âmes, reliant les humains au monde merveilleux de l’Imaginaire et des rêves. Ce fut un moment de prospérité et de bonheur dont les hommes se souvinrent longtemps, perpétuant de générations en générations le souvenir de ces mythes et légendes fantastiques.

La note La entama son chant triste et nostalgique quand les hommes commencèrent à être nombreux sur la terre et à s’entre-déchirer. Une lueur Orange brillait derrière leurs paupières tandis que montaient vers le ciel leurs plaintes aux harmonies mineures, chantant le regret d’un paradis perdu. L’Humanité évoluait en bien et en mal. Elle le fit jusqu’au paroxysme. Tandis qu’une partie des hommes s’entre-dévorait, d’autres groupes et associations se formaient un peu partout, apportant l’espoir et la consolation aux âmes en détresse.

La Terre se sentait déchirée. Partagée entre le désir d’un idéal qui lui semblait encore inaccessible quoique tout proche, et la tentation irrésistible de retourner au chaos primordial, de rejoindre les Abymes et le Néant. Tendue à se rompre, une longue corde flottait entre le ciel et la terre, le feu d’un Rouge Sang, brûlant chaque jour un peu plus sa résistance. Espoirs, peurs, jamais les sentiments n’avaient été à ce point exacerbés. Ils s’exprimaient dans des dissonances étranges, parfois très belles, qu’ils infligeaient à la note Si. Note si fragile pourtant, et si merveilleuse : la note dite « sensible »…

Une harmonie cosmique enveloppait peu à peu la terre, ébranlant tout l’Univers. Il suffisait maintenant de si peu de choses pour atteindre la Perfection ! Il ne restait à parcourir qu’un minuscule intervalle jusqu’à l’Octave. L’octave suprême, rédemptrice : la couleur Blanche
Les hommes sauraient-ils la voir, et l’entendre ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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Marie-Jeanne Heusbourg est Lorraine. Elle vit dans l’écrit et pour l’écrit. Passionnée par la littérature et les arts, elle consacre toute sa vie à la lecture admirative des Autres… De temps en temps, elle écrit pour soi-même. Sa plume sait toujours trouver les puits d’encre où s’abreuvent les mondes de la solitude.

 

 

 

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