Marie-Jeanne Heusbourg

 

 

 

(France)

 

 

Le Moi ésotérique

 

 

 

 

Je ne me souviens plus de moi. Regard voilé,  yeux pillés, serres des convoitises nourries par des hallucinogènes, traînées de sang cachaient à peine ma joie de vivre.

 

L’envolée des arbres, la stature des ombres, l’agréable bercement du sol qui se dérobe sous mes pieds.

 

Ma tête, cet univers tanguant, hanté par des souffles, soupirs, souvenirs confus qui deviennent des mondes. Des mondes obsédants, déchirants. Un étrange pouvoir mordait mes tripes, exaltait l’envolée immobile de mon corps indifférent aux déséquilibres de ses mouvements.

 

Percé sur l’échelle d’un émoi inconscient, sous l’emprise d’une ivresse tant recherchée, mon moi se délectait… Comme une vermine à travers un champ de guerre silencieux et enfumé, mon corps s’abandonnait dans une joie irraisonnée, et s’offrait comme hasard aux feux d’une éphémère  jouissance.

Souffle hachuré, morsures, spasmes imaginaires, fissures de cerveau, sommets de la tour de cristal, mon moi semblait tomber dans le vide. Mes yeux apparaissaient en mon esprit, aveugles, illuminés faiblement par des reflets de vies. Étrange, errance, ô superbe.

 

La rage des choses tentait de décoller mes pieds du sol ! Ensuite, l’impression, déjà, de tomber  dans les bras de la peur. Elixir douloureux, des molécules de plénitude perçaient  mes oreilles.

Dans mon dos, quelqu’un me dit de me laisser tomber plus bas. Accueillir à mon sein, l’invasion de la sphère non imaginaire, celle qui se sert de mon sang comme ceinture nécessaire à l’équilibre. En réalité… tout équilibre n’est-il pas une domination ?

 

Je me perds… Soupirs, une sorte de force synonyme de code erroné pour mon issue vers l’âme de lumière. Et cette salive de la mort soudant mes mains aux remparts de la tour de cristal.

 

Incompréhensibles forêts, bruissements de vent, échos de murmures indescriptibles à perte de vue en mon corps inexistant.

 

Effacé soit celui qui en moi reste, désinhibé !

 

Des langueurs des râles égrenés par les sirènes de terres rêvées. Où suis-je ? La portée certaine néanmoins non promise par aucun de ces diablotins des brumes bues dans le cocktail de l’œil. Paix abrutie de rustres. Voluptueux nectars mènent vers des sentiers noirs.


Il y’ avait toujours ces cimes-abîmes et cette pause de respiration en moi, roulant, comme un clown fou de rire, vers moi et surtout contre moi, le nez dans le vent.

 

Qui suis-je ? Mon visage présent sourit dans la peinture saturée de l’enfance passée. Bientôt dans ma tête, la frénésie des libertés torsadées ! Comme une liane,  l’émoi d’un surmoi circulait, aveugle de l’ivresse hors de contrôle ! Cette part de moi, fracassante comme un intrus sans respect.

S’ouvrant lentement, comme des millions de fois, ces étapes des mutations, cet air de souffre indiquant le rêve qui devient mort et emplit ma tête. La larme s’unit avec le feu presque froid de ma vie.

 

Perdue, la frontière entre la matière et  l’absence de vie, au milieu de la présence féroce de cet étranger avide de me putréfier…  De mon vivant, je vois le vide s’ébranler. Parcourant le vertige par débris, s’échappent des failles de mon esprit, je découvre  la géométrie des cercles et de leurs regrets infernaux. Il y a toujours en moi, les spectres des illusions tenaces, chaos de l’espoir de toutes mes vies en ce monde.

C’est alors que, inopinément, chaque fois, le couteau de la brise me scie le poignet gauche, que ce sang si mal nourris gave l’invisible tété par une armée incroyable de rongeurs difformes, bruyants et gloutons. Qu’est-ce ? A terre, ma tête abrite souvent des bruits sourds, des craquellements. Des bruits de rongeurs.

Qu’ai-je dit et fait ? Qu’ai-je bu, fumer ou renifler ? Hum ! Renifler…mm…. J’ai survolé par millimètre, du menton, l’imperceptible cime de ce corps. Oui. J’ai ingéré, sans m’arrêter, le fluide d’une aura bien vivante. J’ai accepté d’inspirer ces vapeurs des âmes mortes pour qu’enfin des ailes me libèrent de la tyrannie de la terre. Et maintenant ? Ce corps est mon sort. Un jouet gagne au troc infernal des partisans du monde sombre.

L’illusion est là, l’attente, comblée par des trajets sans embuches, route habillée de goudrons de velours. J’attends… Qui ? Où ? Pourquoi ? Qu’importe ! Y aurait-il un brin de lame, du tranchant, juste pour me dépouiller d’un filet de sang ? Il se pourrait que je me reprenne. Une seconde de perdu pour voir où je suis. Sombrer, toujours sombrer. Espérer, et se raccrocher à un monde sans adresse. Et voilà… je vois une personne qui me détecte… Il m’approche,  m’enlace, comme on danserait dans un bal. Je n’ai pas peur, incroyable mais vrai, je ne le repousse pas ! Pourtant je suffoque. L’étreinte est barbare… Ce choc ne me choque pas ! Moi-même ? Suis-je une autre ?

Eh ! Que fait-il ? La colère mue mon esprit en fascination. Tout le long de l’arc de mon bras, une sensation, partenaire, comme un renfort, pour encore me projeter dans le néant de la quête de la liberté proscrite….

 

Dans le secret des choses !

 

Chuttttttttt, un secret, c’est un secret… qui porte d’autres secrets et mystères !

 

 

Illustrations : http://maskote.centerblog.net/rub-jeux-de-lumieres-.html?ii=1

 

 

 

 

 

 

 

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Marie-Jeanne est Lorraine. Elle vit dans l’écrit et pour l’écrit. Passionnée par la littérature et les arts, elle consacre toute sa vie à la lecture admirative des Autres… De temps en temps, elle écrit pour soi-même. Sa plume sait toujours trouver les puits d’encre où s’abreuvent les mondes de la solitude.

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