Marie-Jeanne Heusbourg

 

 

 

(France)

 

 

 Trahison…

 

 

Perdu au fond sans fin de la forêt, dans les odeurs mêlées de sucre et d’aigre doux, mille frissons de feu parcourent les troupeaux et les oiseaux de proie se taisent de terreur. Tout gémit, tout craint la mort perdue, tout est sans fin, vivant le jour, dormant la nuit, les animaux savourent enfin ce peu de paix. Les femelles murmurent, le vent souffle en riant. L’espérance infaillible se tait.

Il est étrange ce regard qui part de l’oiseau siffleur, étrange aussi le cri que lance un fou rieur. Toi qui ne peux pas voir la forêt et ses fauves, écoute, n’entends-tu pas la mort qui rôde encore?

Deux loups, assis, parlant, côte à côte, à mi-voix, évitent les regards du lion en colère. Qui a trahi qui?

Le renard s’est écroulé derrière un tas de feuilles, la loutre mange encore un morceau de poisson, le babouin semble lire, les mains sur les genoux. Quant au rhinocéros, il rit, tout simplement. Le serpent à lunette, nommé partout cobra, danse avec la tortue, et s’en roule de gris dans la poussière opaque? Qui a trahi qui?

Chacun semble se démener mais le remords qui ronge en secret chaque cœur attend que vienne l’heure.

L’heure, son heure, l’heure d’avouer.

La peur, la peur, la peur de se trahir.

On ne peut longuement en silence mentir.

Le hibou sait, rien ne lui est caché.

Sire Lion, puisqu’on vous dit le roi, sachez ce que je sais et que nul n’entendit. Celui qui a trahi est ici, parmi nous, il nous voit, nous entend, il tremble et craint ma voix, il n’ose me faire taire, il ne veut se trahir, mais il sait que je sais et s’apprête à mentir.

A ces mots, le silence était maître des lieux, on entendit froisser quelque part une feuille; «JE suis celui qui sait», dit une voix bizarre, Mais les animaux rirent et ne comprirent pas. Qui donc a créé l’homme? Mais qui donc a trahi? Qui a créé ainsi cet être si secret ? C’est moi! Cria le tout -puissant, mais qui a trahi qui?

Chuttttttttt, le silence ne fait mal à personne !!

 

 

 

 

Avoir été et être encore…

 

La Cérémonie des Adieux

 

 Adieu mes amours……………………………………………………………………….Bonjour mes amours

Vous étiez nombreux……………………………………………………………………………………Tu es unique

Adieu mes illusions…………………………………………………………………….. Bonjour ma certitude

Adieu mirages joyeux………………………………………………. Bonjour mon oasis d’eau claire

Vous étiez chimères……………………………………………………………………………………..Tu es réalité

Adieu fous et amis…………………………………………………………………………….. Bonjour toi l’amour

Vous étiez aventure………………………………………………………………….. Toi, tu es mon aventure

Vous étiez livres de chevets…………………………………………………………….Tu es mon livre d’or

Vous étiez somnifère…………………………….Toi, tu ouvres grands les portes de mes nuits

Vous étiez beaux…………………………………………………………………………………Toi, tu es la beauté

Vous étiez brillants………………………………………………………………………..Toi, tu es le diamant

Vous étiez buissons……………………………………………………………………………….Toi, tu es l’arbre

Vous étiez forme flou…………………………………………………………Toi, tu es présence présente

Vous étiez le jeu………………………………………………………………………………………Toi, tu es le feu

Vous, je vous ai aperçue………………………………………………………………………Toi je te regarde

Vous, vous m’avez tout pris………………………………………………………..Toi, je t’ai tout donné

Vous, je ne vous ai rien dis……………………………………………………………. Toi, j’ai tout confié

Vous, je vous ai pris…………………………………………………………………………. À toi, je me donne

Vous, je vous ai tué……………………………………………………………………… Toi, je te ferais vivre

Vous, je vous ai usé………………………………………………………………………… Toi, je te garderais

Vous, je vous ai plus………………………………………………………..Toi, est-ce que  tu m’as aimé ?

 

 

 

 

Etre en devenir…

 

Naître et n’être

 

Naître d’amour

Quand les yeux se ferment

Naître de mort

Après la levée du corps

Naître de cendres

Quand l’incendie s’éteint

Naître d’eau

Après marée brutale

Naître de toi

Avec peur au ventre

Naître de sel

Avec soif dans la bouche

Naître de brume

À l’aube d’un jour d’été

Naître faible

Et se croire fort

Naître un

Vouloir finir deux

Naître croyant

Grandir parjure

Naître tout séparé

Et vieillir à doigts noués

Naître vieillardes

Et passer la courbe

Naître de tristesse

Et vivre sourires retrouvé

Naître d’amertumes

Au bout d’une chute

Naître de bronze

Se tremper d’airain

Naître de plomb

Et vouloir devenir or

Naître guitare

Et devenir violon

Naître solo

Devenir symphonie

Naître de larmes

Et devenir vermeil

Naître de lune

Et devenir étoile

Naître sentier

Et finir route

Naître de soi

Et vivre d’autres

Vouloir être seule

Mais refuser solitude

Naître de haine

Et vivre d’amour

Vouloir être soir

Et être déjà matin

Vouloir être nuit

Ne pouvoir être que jour

Naître de griffes

Et devenir velours…

Le temps file

La laine du temps

Femme chance

Femme pleure

Femme meurt

Femme vit !

 

 

 

 

Illustrations : http://maskote.centerblog.net/rub-jeux-de-lumieres-.html?ii=1

 

 

 

 

 

 

 

 

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Marie-Jeanne est Lorraine. Elle vit dans l’écrit et pour l’écrit. Passionnée par la littérature et les arts, elle consacre toute sa vie à la lecture admirative des Autres… De temps en temps, elle écrit pour soi-même. Sa plume sait toujours trouver les puits d’encre où s’abreuvent les mondes de la solitude.

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