Marie-Jeanne Heusbourg

 

 

 

(France)

 

 

 

 

Lettre à mon père…

 

Sais-tu, oui, sais-tu quel est le meilleur vin ? Non, alors écoute-moi !

Le meilleur vin, c’est voir apparaître le père que l’on aime. C’est le voir arriver, timide, les yeux en symphonie, le cœur en archet de violon. C’est lui tendre la main par-dessus une chanson. C’est le voir s’avancer vers toi avec ce sourire qui t’enchaines le cœur et le corps qui ressemble à ce port que j’imaginais étant adolescente encore rêveuse, je dessinais pendant des heures au long de mes nuits solitaires, le portrait du père qui saurait m’émouvoir…

 

 

Sais-tu papa, oui, sais-tu quel est le meilleur vin ? Non, alors écoute-moi !

Le meilleur vin, c’est le visage de ce père qui s’illumine, quand il prend ton regard et qu’il s’enroule de toi. C’est ses bras forts et blancs qui se tendent pour se saisir encore et encore de toi. C’est toujours ses bras qui t’appellent avec violence et qui se crispent de toi, toujours de toi…

Sais-tu papa, oui, sais-tu quel est le meilleur vin ? Non, alors écoute-moi !

Le meilleur vin c’est une main qui se pose sur ton front brulant aux soirs de grandes fatigues. Une main qui efface les marques du vent qui giflaient ton visage et grinçaient dans ta tête…

Sais-tu papa, oui, sais-tu quel est le meilleur vin ? Non, alors écoute-moi !

Le meilleur vin, c’est après s’être mis au lit, voir les yeux de ce père, doucement, comme les notes d’une berceuse se fermer. C’est t’appuyer sur un coude, poser un baiser tel un papillon sur le front du dormeur, et admirer cette paix, cette douceur qui s’installe dans le dedans de lui…

Sais-tu papa, oui, sais tu quel est le meilleur vin ? Non, alors écoute-moi !

Le meilleur vin, c’est attendre sur une place grise, qu’il vienne, qu’il arrive, et quand il est là, lui dire simplement : « viens je t’aime »…

 

 

 

 

Lettre à ma mère !

 

Si tu étais là ce soir et que nous parlions ensemble ces quelques heures qui vont du couchant au levant, mon dieu! Comme nous vivrions ! Comme nous brillerions plus fort que le soleil ! Comme nos sentiments l’une envers l’autre seraient plus clairs que le clair de lune !

Oui, j’aimerai que tu sois là, maintenant, toi, ici, assise dans cette lueur bleutée, un peu irréelle, un peu d’il y a longtemps. Assise là, juste en face de moi…

Je serai venue m’installer à quelques centimètres de toi. J’y serai venue, un peu gauche, un peu empruntée peut être aussi…

Tu poserais tes bras autour de mon cou et tes lèvres viendraient se poser sur mon front. Tu me parlerais de ta journée, tu me poserais des questions. Oh ! Tu ne me parlerais pas trop sur ces détails qui dans le passé ont fait des ravages !

Tu as appris que le mystère est à l’amour, ce qu’est pluie du matin à la terre fertile ! Ne sommes-nous pas terre fertile, toi et moi ?…

Si tu étais là ce soir, assise à mes côtés, nous nous raconterions des contes merveilleux. Nous nous parlerions de nous…

Tu me raconterais tant de choses, mais surtout, ta voix de sirène me murmurerait les milles et une nuit…

Je te dirai que je t’aime, tu me dirais sans doute la même chose, mais nous le dirions différemment. Je te regarderai et je te dirai que je parle à ces oiseaux que tes doigts ont posés sur une branche d’arbre…

Je te regarderai encore et je te raconterai l’histoire de ces deux arbres qui se sont reconnus dans le rouge du jour qui finit et qui sentent leurs branches se pencher les unes vers les autres…

Je te dirai aussi ces mots simples, ces mots de tous les jours qui sont gravés dans un mur et que je relis chaque matin et que je savoure chaque soir…

Ainsi donc maman, tu écris sur nos murs, tu graves le plâtre de notre palais, de notre temple !

Sache encore que je souhaite que tu marques plus fort les lettres d’or de notre histoire. Et que te chanterais-je encore? Oui, je sais des mots que ton cœur et ton esprit ont tracé sur une feuille blanche que tu m’avais remise hier, avant hier ou les jours d’avant.

Je te les redirai afin que jamais, tu ne les oublies. D’ailleurs, le pourrais-tu? Non, car des mots tels que ceux là ne peuvent s’effacer de la mémoire de celui qui les a dits, comme ils ne peuvent être oubliés par celui qui les a reçus…

Comme je t’aime ! Et toi, que me dirais-tu?

Tu me parlerais de cette pomme de pin que nos mains ont ramassés au printemps d’il y a longtemps et qui se dresse au milieu de nos livres…

Tu m’emmènerais auprès de ce bouquet de fleurs que tu as composé pour que nous le regardions ensemble…

Comment les appelles-tu déjà ces fleurs? Je me souviens maintenant…

« Des immortelles »…

Tiens! Mais ne parlions nous pas de notre amour dans ces derniers mots que nous venons de prononcer? Je crois bien que oui…

Aimons-nous, prenons-nous, endormons-nous, jusqu’au réveil matin et il fera bon vivre demain…

L’amour se voile souvent d’épine déjà si tant, alors combien plus l’adoration! Et puis amour!

On adore un dieu, je ne suis pas un dieu, je ne suis que ta fille, les filles ne se font pas adorer, c’est tellement grand déjà de les aimer !

« AIME MOI ALORS SIMPLEMENT ».

 

 

Lettre aux enfants à venir

 

Vous dormez encore dans le fond du cœur et au plus chaud du corps de celle qui sera votre mère. Vous êtes encore des inconnus pour lui comme pour elle Pourtant, ils pensent très souvent à vous déjà.

Qui serez-vous ? Comment serez-vous ? Quel sera la couleur de vos yeux ? Serez-vous blonds, bruns, vos cheveux seront-ils bouclés ou raides ? Aurez-vous la peau douce comme votre mère, ou sera-t-elle plus rugueuse, un peu comme votre père ? Serez-vous intelligents, ou le serez-vous un peu moins ?

Que deviendrez-vous lorsqu’ils vous auront accueillit parmi eux ?

Il me faut ce matin vous prévenir à l’avance : quand vos yeux s’ouvriront sur eux, ne vous étonnez pas s’ils ont l’air de vous oublier quelques secondes, et qu’ils se jettent dans les bras l’un de l’autre.

En effet, ils auront préparé votre venue avec tellement de chaleur, d’amour, mais de peur aussi. Votre arrivée future est un évènement tellement important pour eux !!

Vous êtes des boutons de rose et ils sont, votre père et elle, les jardiniers qui écarteront de vous les mauvaises herbes qui pourraient vous étouffer, et cela jusqu’à ce jour merveilleux de notre floraison, où les jardiniers pourront se retirer en offrant à l’admiration de toute l’œuvre à laquelle ils se seront consacrés.

Oui, ils feront de vous une œuvre merveilleuse qui éblouira par le blanc de votre pureté et par le rouge de leur amour.

Vous serez le cachet de cire, le sceau opposé au bas de ce fil invisible, mais combien tenace et indestructible qui va de votre père à votre mère et retourne de votre mère à votre père.

Ce fil que le langage des hommes appelle « AMOUR ».

 

 

Marie-Jeanne est Lorraine. Elle vit dans l’écrit et pour l’écrit. Passionnée par la littérature et les arts, elle consacre toute sa vie à la lecture admirative des Autres… De temps en temps, elle écrit pour soi-même. Sa plume sait toujours trouver les puits d’encre où s’abreuvent les mondes de la solitude.

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