Lydie Wagner

 

 

(France)

 

 

 

INVENTER SON FUTUR

 

Bonnes gens, plaignez-moi

En ce jour maudit

Où le piège m’a avalée.

Il fut un temps où le futur

Avait une limite

C’était l’an 2000.

Une petite voix me disait :

En l’an 200 tu auras 52 ans

Et ça paraissait si loin !

A cette date mythique

Nous aurions déjà colonisé la lune

Nous allions avaler des pilules

Le monde allait être beau et juste

Les voitures se déplacer sur coussins d’air

Et les robots faire tant de choses à notre place.

Que de couleuvres avalées !

Mon futur n’était pas celui-là

Dans mon esprit, il n’était pas

Ou alors c’était de continuer

Faire les choses incontournables

Qui m’ont valu de l’admiration

Qu’en faire ?

J’aurais préféré être aimée.

 

Alors si je devais inventer mon futur

Il serait fait d’amour

De reconnaissance d’erreurs douloureuses

D’incompréhension.

Comment inventer son futur sans changer son passé ?

Peut-être

Prendre un jour après l’autre

Se réjouir d’être en vie

Tolérer les bobos

Qui prouvent qu’on est là

Pour un petit moment encore,

Même s’il se réduit

Comme une peau de chagrin.

D’accord, ce n’est pas gai.

Mon futur tiendrait dans un mot :

L’acceptation.

 

 

 

 

 

 

MAIN TACITURNE

 

Prudente, décidée

Inquiète et sûre

Elle s’approche …

Lentement

Effleure le bras

Remonte à l’épaule

Les doigts se referment

Pétrissent avec précaution

Son arrondi.

L’index tendu

Rejoint la colonne vertébrale

Descend …

S’arrête devant chaque vertèbre

Avant de la franchir

Une colline, un vallon.

S’arrête en bas

A la naissance du ravin

Entre les deux montagnes arrondies.

Pas tout de suite …

Les doigts ont senti

Des ondes,  passer d’eux à la peau

Le duvet en a frémi.

La hanche est là, tout près.

La main entame un virage

Vers elle

Le corps n’a pas bougé.

Invitation à poursuivre l’exploration ? Oui.

La hardiesse est de mise maintenant.

Alors une main ne suffit plus

L’autre entame le même parcours

De l’autre côté du corps.

Chuuut …

Aller sans hâte

Sans pression

Dessiner sur le corps

Sa propre forme

Sculpteur dans le noir puissant

Ne rien voir, juste sentir

Et faire ressentir

Apaiser le frisson naissant

Non, ce n’est pas fini.

Le meilleur est à venir

Je te dirai plus tard

Ce que tu veux savoir.

 

 

 

RECETTE

 

Voyageuse au milieu des vestiges

Additionne tes émotions

Avec les arômes colorés

Des marchés aux épices

Ajoute une pincée de sonorités indigènes

Tu obtiens une pâte

Plonge-y les doigts

Pétris, malaxe

Et fredonnant

Dépose-la dans une forme

Pour une douzaine.

Allume ton four empli de branchages

Souffle sur les serpents rouges

Enfourne pendant une heure moins le quart.

Coupe de rondelles de fruits

Multipliés par le nombre de convives.

Au sortir du four

Dispose-les sur la pâtisserie.

Que le couteau ne tremble pas

En divisant la manne de réconciliation

Partage-la en égales parts

Sur chacune verse une larme de coulis

Rouge,  comme le soleil somnolent.

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Lydie Wagner aime la vie et les gens qui débordent d’énergie.

Licenciée en Lettres, Lydie a exercé longtemps  le métier de professeur de français en région lorraine. A part la musique et la lecture, Lydie s’intéresse au monde du livre. Elle fréquente un atelier d’écriture et de performance culturelle, et partage sa passion avec d’autres collègues de plume.

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