Lydie Wagner

 

 

 

(France)

 

 

ETRE OU AVOIR MARYLIN

MONROE.

L’Histoire secrète des Choses.

 

 

LETTRE à…

 

 

 

 

En camping avec mes parents, j’ai appris la nouvelle de votre mort par le transistor. J’ai couru l’annoncer à mon père : ». Sa réponse immédiate m’a laissée interdite : « Et alors ? Ça ne change rien à ma vie et à la tienne non plus d’ailleurs. » J’avais la confuse impression que c’était injuste de sa part, et si je le comprends aujourd’hui, je conserve le même sentiment.

J’étais trop jeune alors pour avoir vu un de vos films, mais je connaissais votre nom et des photos de vous sur les couvertures des magazines. Vous me paraissiez parfaitement parfaite avec votre sourire étincelant. D’ailleurs, vous aviez toujours le sourire sur vos lèvres, vous sembliez si heureuse. Pourtant quelque chose d’indéfinissable émanait de vous. Et tant d’années après votre disparition, on en parle encore. Je ne crois pas qu’il existe une seule personne au monde dont on a autant reproduit l’image et dont la vie a été autant disséquée, autant niée, reniée, jalousée, aimée que la vôtre .On sait tout de vous et moi je crois  qu’en réalité, on n’en sait rien du tout.

Votre enfance difficile d’orpheline trimballée d’oncle et tante à des familles d’accueil, vos mariages malheureux, ce sentiment de terrible insécurité… Bref, vos retards compulsifs sont connus de tous.

Je vous regarde toujours d’un air mélancolique, admirateur et protecteur, à la fois. Derrière la belle image sur papier glacé se profile la silhouette d’une femme courageuse et volontaire, qui a beaucoup lutté pour arriver à ces sommets. Dire que vous avez été victime du star-system est un lieu commun et c’est insuffisant. A mon avis, votre plus grand malheur a été d’être victime de vous-même.

On dit que… On croit que… On raconte que…On s’imagine que… On se met et on se sauve :  à votre place.

 

 

 

 

Petite fille déjà, une amie de votre mère vous a appris à vous maquiller, vous emmenait chez le coiffeur où on vous teignait les cheveux. Agit-on ainsi avec une petite fille qui a surtout besoin d’être aimée ? Trop tôt, vous avez été conditionnée pour offrir aux regards des autres une image subliment sensuelle. Plus tard, comme vous aviez d’indéniables atouts physiques, vous avez continué dans cette voie. Que connaissiez-vous d’autre ? Vous vous êtes appliquée à être une image de ce que les gens voulaient contempler, une posture, une affiche dans l’inconscient collectif, vous n’êtes restée que cela. C’est tout à fait injuste. Si vous saviez à quel point aujourd’hui votre image apparaît sur une quantité hétéroclite d’objets, vous en seriez bien malheureuse : coussins, tasses, porte-clés, T-shirts, sacs à main. Je vous ai même vue sur un paillasson ! On se nettoie les pieds et le caractère avec Vous ! Savoir que l’on s’essuie les pieds sur votre visage me consterne.

De votre vivant, vous recherchiez le respect des autres. Si vous saviez à quel point il vous échappe encore aujourd’hui !

Je sais que vous aimiez les livres et surtout la littérature russe, que vous écriviez des poèmes que, pardon, je n’ai pas lus. Lorsqu’une idée vous venait, vous la griffonniez sur des petits morceaux de papier. Vous dessiniez aussi. Vous aviez besoin de vous exprimer et les rôles que vous interprétiez ne pouvaient satisfaire cette soif.

Vous vous étiez astreinte à suivre des cours de danse et de chant. On ne rendra jamais assez justice à votre talent de chanteuse et je voudrais souligner que votre voix avait un remarquable vibrato. Votre chanteuse préférée était Ella Fitzgerald, vous auriez pu avoir plus mauvais goût. Et vous vous êtes battue pour elle afin qu’elle puisse chanter dans des lieux réservés aux blancs. Vous ne supportiez pas la ségrégation envers les noirs, ce qui vous amenée à soutenir les mouvements pour les droits civiques. Vous étiez humaine et généreuse. Qui le sait aujourd’hui ? Très peu de gens, je le crains. Justice doit être rendue à la personne que vous étiez. Saviez-vous qu’à cause de cela vous étiez surveillée par le F B I qui avait sur vous un dossier de centaines de pages ?

Un jour quelqu’un m’a dit que vous étiez « border line » ! Oui , vous étiez double, une image et une personne. Dans un documentaire que je possède, on vous voit en photo devant votre table à maquillage où est alignée une impressionnante quantité de crayons à maquiller, de pinceaux , de poudres que vous mélangiez afin d’obtenir la couleur que vous vouliez . Un peintre n’en aurait pas eu davantage.

Vous étiez double mais, lucide, vous saviez à quel moment vous étiez l’une ou l’autre. Ce sont les autres qui ne le savaient pas. Comment peut-on ainsi jongler avec deux personnalités si différentes et surtout aussi longtemps ?

Comme vous dormiez peu et mal, on vous a donné des pilules pour dormir. A cette époque, on les donnait comme des bonbons. Au matin, vous étiez trop embrumée et on vous en donnait une autre pour vous réveiller et vous permettre de faire votre travail. Les studios n’auraient jamais toléré du retard dans le tournage. Ces excès ont provoqué plusieurs comas dont on vous a sortie in extremis. Vous étiez entrée dans un cercle infernal dont personne n’a tenté de vous sortir. Alors, vous vous êtes tournée vers une psychanalyse. Ah ! Ces psychanalystes américains ! Ils avaient pignon sur rue et vous avoir comme patiente leur ramenait une kyrielle de clients. Le studio s’enrichissait grâce à vos films et les psychanalystes gagnaient argent et notoriété. Existait-il une personne aussi exploitée que vous dans ce milieu ?

Et vous n’avez même pas gagné beaucoup d’argent : si vous deviez sortir pour une soirée, vous empruntiez une robe du studio parce que vous n’en aviez pas. Et vous viviez dans le pays où l’argent est roi ! Vous n’aviez pas de maison à  vous, vous avez longtemps vécu chez les autres ou à l’hôtel. Et le territoire où vous avez évolué ne fait que quelques kilomètres carrés. Cela semble dérisoire au regard de votre notoriété mondiale.

Si je me sens si proche de vous, ce qui peut sembler curieux, c’est que nous avons un point commun, un seul, mais il est de taille : comme vous, j’ai essayé de faire face malgré  les failles internes, j’ai beaucoup sacrifié à l’image au détriment de ce que je portais en moi.  Je sais ce que c’est que de se contraindre pour correspondre à l’image qu’ont les autres ont de nous. Je me suis révoltée contre cela, vous l’avez fait aussi, pire que moi, mais le milieu où vous évoluiez était si impitoyable qu’il vous a vaincue. Vous étiez trop douce, trop aimante et pour cela vulnérable, comme un insecte prisonnier d’une bouteille de verre et qui se cogne aux parois. C’est aussi cela qui me touche en vous.

 

 

 

 

A la fin de votre vie vous étiez trop blonde, presque blanche, trop pâle, trop mince, presque désincarnée. Et aujourd’hui encore, je me demande comment une personne pouvait être à la fois aussi radieuse à l’extérieur et aussi abîmée à l’intérieur. Là réside tout votre mystère…

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

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Lydie Wagner aime la vie et les gens qui débordent d’énergie.

Licenciée en Lettres, Lydie a exercé longtemps  le métier de professeur de français en région lorraine. A part la musique et la lecture, Lydie s’intéresse au monde du livre. Elle fréquente un atelier d’écriture et de performance culturelle, et partage sa passion avec d’autres collègues de plume.

 

 

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