Lydie Wagner

 

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(France)

 

 

 
Cher Ami,

 

Que vous dire que vous ne sachiez déjà ?

Regard en arrière

Obligation de la messe du dimanche

Danse du fouet sur jambes nues

Cris entre quatre murs

Incompréhension, sentiment d’injustice

Gouffre entre l’intérieur et le dehors

Puis, sécurité de l’école

Refuge dans le repaire des mots

« Vaillant » avec « Yves le loup »

Merlin prisonnier de Viviane

Dans une colonne d’air tourbillonnant

Chevaliers caracolant d’un château

A un donjon isolé

L’amour courtois.

De paysans mangeant des fèves et tuant des corbeaux

A Hugo et Gavroche

Moi, déjà du côté des bannis,

Des sans-grades, des oubliés

Frères de souffrance.

Enfin, la résistance enclenchée

Perçoit une échancrure dans le ciel hostile

Le subi et le non-dit face à l’ouverture

De l’air ! De l’air ! Respire !

Va, vis et deviens !

Le courage comme un tas de sable

Où on puise jour après jour ?

Ou un constant renouvellement ?

Oui, avance, rame,

Vois défiler les rives

Le but, silhouette aux contours diffus

Fait signe, ouvre grands les bras

Viens, viens, tu seras celle-là.

 

 

 

BIENTOT

 

Bientôt le soupir fuse

Bientôt la respiration se saccade

Bientôt le souffle enfle

Bientôt le courant d’air s’échappe

Bientôt les tuiles tressaillent

Bientôt les portes vont et viennent

Bientôt les arbres embrassent la terre

Bientôt les êtres échevelés courent

Bientôt le vent en rafales déshabille

Bientôt la mer se gonfle

Bientôt les vagues se bousculent

Bientôt les quais submergés pleurent

Bientôt les toits se déchirent

Bientôt tout s’envole, tourbillonne

S’envole ma pensée

Bientôt air et eau se fracassent.

       Mardi,  5 heures du matin.

 

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MOTS AIMES MOTS DETESTES

Mots détestés

 

*Partir, départ : quand j’étais petite, je préférais partir de chez les gens que de les voir partir de chez moi. Je savais que je reviendrais mais je craignais qu’eux ne reviennent pas. Pourtant, partir, c’est aller vers de possibles découvertes, une promesse d’un ailleurs ou d’aventures. Un « enfin » qui existerait. Quoique le mot « enfin » contienne le mot « fin », souvent synonyme de mort. Un paradoxe de plus.

*Mathématique : en nom comme en adjectif. Une logique qui m’échappe, moi qui suis incapable de faire un SUDOKU pour junior, même de niveau 1. Les chiffres et les théorèmes ? Un mur où je me cogne, me fais des bleus au cerveau. Vite ! Un antalgique ! Pire que mathématique, le mot algorithme qui lui, me fait un doigt d’honneur… ou d’horreur. J’ai souvent entendu dire que la musique est mathématique, certains y trouvent même de la poésie. Est-ce possible ?

Mots aimés

*Chat : le chuintement  comme « Chut ! Le voilà ». La voyelle comme « Ah ! Te voilà toi ! ». Silence de ses déplacements, de ses bonds sur coussinets. Il se love dans des recoins insoupçonnés. Cependant, ses griffes rétractiles lui ont donné une réputation de fourberie et sa discrétion se mue en indiscrétion : il voit tout et on ne le perçoit pas.

*Solstice : d’été bien sûr. On pense à soleil, lumière, vacances, exaltation et douceur en même temps. Mais aussi « fête de la musique » où les gratteurs de guitare amateurs font couiner leurs instruments sur les places publiques au grand dam de mes oreilles et des riverains malchanceux. Une mauvaise idée géniale qui, par malheur, a essaimé dans de nombreux pays, jaloux de nos inventions cuculturelles.

 

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INSTANTS SACRES

 

Serpente le chemin

Entre les voûtes bruissantes

Tant de pas l’ont creusé en son milieu

J’y mets les miens

Me viennent des souvenirs que je ne connais pas

Images pithécantropiques, sauvages

Là-bas, la mer, une promesse de perdition de soi-même

En une éternité apparente

Le vent s’époumone, dansent les feuilles

J’avance, ne me retournerai pas

Je hume, enfouis mon visage dans les frondaisons

Porte mes quinze ans comme un étendard

La vie que je tiens bouillonne et s’écarte

En échancrure de plaisir

Ce moment durera autant que le chemin

Une étoile meurt, une autre naît

Et moi, je vais

 ?   

 

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RECUEILLEMENT

 

Amoureuse de l’aube

Tu poses tes pieds sur les pierres souffrantes

Serre à t’en faire mal tes yeux chasse d’eau

Recrée l’abondance de la mer

Tu as laissé les autres dans le bocal

Au toit en arêtes

Ton esprit tricoté de peur

Ose un regard missile

Dont l’éclair froid

Crucifie le scarabée crieur

Tu ouvres le sécateur de tes mains

Vers la fleur effrayée

Les papillons de ses pétales  chutent et craquent

Et tu fais pivoter ton sourire assassin.

 

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Illustrations : JONATHAN LE PAPILLON

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lydie Wagner aime la vie et les gens qui débordent d’énergie.

Licenciée en Lettres, Lydie a exercé longtemps  le métier de professeur de français en région lorraine. A part la musique et la lecture, Lydie s’intéresse au monde du livre. Elle fréquente depuis trois ans  un atelier d’écriture et de performance culturelle, et partage sa passion avec d’autres collègues de plume.

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