Louis Lafabrié

 

 

Louis

Soixante ans, originaire de Millau. N’a jamais publié. N’a jamais cherché à l’être. Mais écrit, écrit… Et croise un jour Édith Azam. Étonné d’être ici, ne sait pas trop comment dire, parce que les bio, n’est-ce pas…

 

azam

edith

lafabrié

 

 

(France)

 

 

Textes

à ne pas rêver !

 

 

PARTIE 1

 

Le gros

de ses mains moites

l’a purulé le corps

 

Le gros

de ses mains moites

l’a purulé la tête

 

L’a dit

moitement

benoîtement

Miroitement

le gros

l’a dit

si tu parles

Les mains du gros

l’ont dit

si tu parles

je te fais la peau

Couic

 

Le gros, eh, le gros

tes mains

CRAAAACCCC

Coupées tes mains

Le gros

tes mains coupées te purulencent

exquisement

 

Ta peau, le gros

t’as vu,

benoîtement

je me l’ai fait

 

C’est l’usine

elle tourne

elle tourne

elle usine l’usine

elle use elle s’use

elle usine sans halte

elle usine l’ouvrier

ses millions d’ouvriers

elle ouvrille vrille vrille

elle usine à la plume

elle usine du chapô

elle scribe scribe scribe

CRRRR CRRRR CRRRR

 

sans discontinuer

elle tamponne elle déchire

elle serre les boulons

elle boulonne les os

elle visse visse visse

des stylos tournevis

et des stylos marteaux

qui frappent frappent frappent

 

Les ouvriers leurs mots ?

C’est l’usine à la chaine

c’est l’usine à la chienne :

l’usine d’écriture

Aucun temps mort, non,

pas la place.

Aucun mort, non

on prend les verbes

on traficote

on pioche au souffle :

le langage,

on le remet debout.

C’est l’usine,

ça transpire,

ça sent la vie humaine,

ça écrit sous la peau,

ça fait la chair :

d’écrire.

La pensée :

ça transpire.

 

C’est l’usine.

Ça râpe  ça grince et ça creuse.

Les mots cherchent à la gorge :

des frappes chirurgicales

des incisions parfaites

des coutures à la bouche.

On aligne ligne ligne

jusqu’à la pause.

Cinq minutes

plus que quatre

trois deux un.

Puis zéro.

On repart.

On repart à zéro

pour s’inventer une autre langue

pour s’éventrer un vovovo

un tout nouveau :

vocabulaire.

 

Une fois de plus,

une fois encore,

on s’en va chercher

en haut de l’usine,

en haut sous les toits

des stylos stylets

des mots inventés

des mots barbouillés

des mots serre boulons,

des bavasses

des bruyeux

des pauseurs

des jouisseurs

fulmineurs

généreux

excentriques :

des… on fait ce qu’on peut.

On mouline,

de tous côtés on mouline

on mouline du vide

jusqu’à s’emmoliner

se fondre dans un mot

à se tordre de rire

à se tordre de lire

dans les gestes

sur les lèvres

sur les murs

dans les os

vers les yeux

sous la peau

sur les banderoles

ou sur les panneaux

tout devient lecture

les mots sont partout.

 

C’est l’usine,

les mots à l’usine

qui nous travaillent avec leurs mains

les mots nous portent à bout de bras

les mots nous travaillent la chair…

 

Les mots,

avec leurs mains :

nous accouchent.

 

Ventre….

Et lui, qui se serre, se serre,

pour ne plus rien dire

et qui ne peut pas

et qui ne sait

qui est trop petit

et son cri,

lui,

qui le cache

le terre dans son ventre

le Cri imprononçable

du carcan de l’enfance

tout petit tout petit

c’est tout petit la vie

 

Ventre,

toujours l’enfant à naître

Ventre

et trouver sa parole

Ventre

et trouver l’autre en soi

Ventre

Le tunnel à ouvrir

pour la petite petite

pour la petite vie

Prononcer des paroles

trouver des mots pour soi,

des mots pour la mémoire

Ventre

avoir peur de son

ventre

Mais tout de même

un jour

un jour oser son cri

et sa petite petite

et sa petite vie.

 

Il est des récessions intimes                                 

qui soulèvent le cœur

et brisent les appuis…

 

Il est de l’innommable

des faux enfants

des enfances vieilles…

 

Il est des confusions tristes,

des genres empoisonnés

des soumissions christiques

 

 

Il est des murs qui trouvent leur force

des roches qui tiennent l’écart

des coups de folie

des brisants

des constructions brisant les pactes

des dégâts qui nous traînent

 

 

Il est des intranquillités

Il est des intranquillités

Il est dans intranquillités

A CREVER

 

C’est un cri posé là

un cri silence

un cri masse

 

Un cri se donne à voir.

Sur les trop pleins bruissants

de ce centre village

aux voix moteurs roulant

à chaque présence,

un cri

un seul cri :

un seul

 

C’est un cri arraché

un cri mémoire

un cri à l’ancrage brisé

 

C’est une pierre blessée

qui pleure sous mes yeux :

c’est un cri qui s’accorde

avec l’espace/temps.

 

Un cri c’est une montagne

qui pousse sous la terre,

c’est une tempête nordique

qui vient de loin de loin

de loin loin LOIN !

Et qu’on attend longtemps

la mort dans les vertèbres.

 

Un cri ce sont les os

plantés en sens inverse

qui nous percent la gorge.

C’est autiste un cri :

c’est un mur.

Alors ?

Alors dans la lenteur

ouvrir à nouveau le passage.

Reconnaître les pierres

laisser venir à soi

le silence arraché au monde.

 

 

Accueillir ce qui est désarmé !

Refondre ce qui est friable !

Habiller ce qui est démuni !

Soutenir ce qui se débat !

 

Chaque silence signe un cri l

La parole comme la falaise,

la parole est toujours le tranchant

du langage

 

Tête affolée

Tête perdue

Tête sans tête

Tête molle

Tête dure

Tête malade

Juste le ventre

ce fichu ventre

Ventre ballotté

Ventre éclaté

Haribotisé mon ventre ?

Caillouté mon ventre

et ça me boloto

et ça me bonobo

ça me lobotomise

Mon POUMPAPOUM à moi

il est là distillant

de grands coups cisaille

A chaque POUMPAPOUM

respiration cassée

et VLAN !

Des étranglements de ventre !

Et mon corps, mon corps

mon corps est un texte impossible !

C’est pourquoi : plus de tête !

C’est pourquoi : plus de cœur !

C’est dans mon ventre que ça écrit

mon ventre qui parle à ma place

mon ventre… et moi les yeux fermés

car il les mieux ronds que moi

pour voir où se trouve nichée

ma voix

réconciliée

 

Cités repaires

ventres ouverts des maisons

livides

 

Et dans la bruyance d’un bar

dans sa citerne tiède

dans ce café d’un soir

où la mère tangue l’alcool :

tu te noies

dans les yeux purs

d’une Océane

de trois ans

presque… à peine

 

Et les corbeaux croassent

ET CROA ET CROA ET CROA

Et les nabots jacassent

ET CASS ET CASS ET CASS

de ne pouvoir

de ne l’avoir

Ils font un jeu d’effroi

taillant pour Belle

chemin de croix

CROA CROA

 

Et Belle

Solitaire

indifférente

ignore l’heure…

et le temps passe,

et PASS et PASS PASS…

 

Respire.

Ce jour, j’opère. Le mot. À cœur ouvert.

                                                                 J’inspire.

N’importe quel mot.

                                                                 J’expire.

Le mot. Ce mot.

À cœur le mot.

                                                                 J’inspire.

J’exprime : ça ne meurt ça s’oublie, ça s’oublie. Mais ça meurt.

Tu ne tues pas le mot. Pas le mot. Pas le mot. Ça ne meurt.

Mais, opère : l’opération du Mot :

je pose le mot et ne retiens rien !

 

Reprenons : je pose le mot et je retiens rien.

                                                                 J’expire.

Ou je retiens tout.

                                                                 J’inspire.

Je pose le mot.

Et c’est malade.

J’opère à cœur ouvert le mot pour les malades.

Je le veux cœur ouvert.

J’aspire à le couvrir.

                                                                 J’expire.

Ça ne meurt ça ne meurt ça ne meurt.

Le mot revient tout seul couvrir le petit cœur

J’imprime.

                                                                 J’expire.

J’imprime que j’expire

que je meurs dans un  mot

qui m’arrache le cœur.

 

Raconte-moi, raconte moi…

                                                                 J’inspire.

J’inspire un battement

j’inspire un autre vocabulaire.

                                                                 J’inspire

                                                                 je souffle

j’inspire et me concentre,

je n’ai pas le sang froid :

des dictionnaires.

J’ouvre le mot,

                                                                 j’expire,

direct au cœur.

Ça ne meurt ça ne meurt.

J’entends son souffle rauque.

                                                                 J’expire me concentre,

son souffle poitrinaire,

ça ne meurt ça ne meurt.

Mes mains tremblent

le mot bat,

                                                                 j’inspire,

le mot tout doucement,

j’ouvre grand les poumons,

me rythme le regard.

                                                                 J’inspire et je tremble

et lui ouvre le cœur

                                                                 j’inspire

et il m’ouvre la bouche

                                                                 j’expire

et me déforme aux lèvres

                                                                 j’inspire

et me remplit la voix

                                                                 j’expire

et le mot cœur ouvert

                                                                 j’expire

dans mes yeux il,

                                                                 j’expire

le mot,

                                                                 j’expire

dans mes yeux

                                                                 j’expire

                                                                 ça ne meurt ça ne meurt.

 

                                                                 ÇA NE PEUT PAS MOURIR !

 

 

Savon dans bouche

c’est ça écrire

Et c’est pas si terrible

ça va ça vient

ça salive l’écriture

ça salive olive

ça nous grotte la bouche

ça prend source la langue

et ça râpe et dérape

C’est un savon d’écrire

c’est une résurgence

qui nous emplit la bouche

doucement de salive

ça live là dans bouche

ça live fond des dents

ça vient par-dessus langue :

l’écriture salive

et ça remplit la bouche

et ça bouche la grotte

la langue est savonneuse

ça respire une langue

et c’est chaud dedans

et la bouche est rouge

de tout un langage

et la langue au bout

pique l’écriture

et la fait grossir

et ça coule en bouche

les mots le savon

coulent en bouche

coulent en bouche

coulent en bouche

et la langue fait mal

et c’est le mal des mots

qui se savonnent entre eux

et forment l’écriture

la douceur de la langue

le savon salivé

et faut le déglutir

faut bien se l’avaler

s’avaler se laver

l’ingurgiter son écriture :

 

DÉGLUTITION ET SAVON DANS LA GORGE

ET C’EST ÇA L’ÉCRITURE :

LA BRÛLURE A LA GLOTTE

LES MOTS CRACHANT DES MOTS

ET TA TÊTE PENCHÉE DE PEUR QUE CA REVIENNE

ET ÇA REVIENT TOUJOURS

L’ÉCRITURE TOUJOURS LÀ

A PICORER TA LANGUE

A TE FOUETTER LES SANGS

POUR QUE TU TE SALIVES

QUE ÇA NE CESSE PAS,

JAMAIS

DE SALIVER

PARCE QUE

TA BOUCHE EST PLEINE D’ECRITURE

TA BOUCHE NE PENSE QU’A ÇA

PARCE QUE TON CORPS ENTIER SALIVE

TON CORPS NE PENSE QU’À CELA

A BAVER BAVER SON LANGAGE

POUR EN VENIR A BOUT

TON CORPS CHERCHE COMMENT PENSER

ET METTRE EN FORME SON LANGAGE.

 

 

Toi,

toi tu pourrais

avec les autres

lui tenir tête

ça le reposerait

le temps ces dix heures

à clocher comme l’église

 

Tais-toi mais tais-toi donc

il m’a choisi, Moi.

C’est naturel

il a cette habitude

que ce soit moi qui creuse

pour trouver la matière

et sans manière

 

Toi, toi,

Tu ne fais pas bouchon

toi tu laisses glisser

pisser tous les liquides

Alors que moi je bouche

j’oppose

j’empêche de tomber

 

Moi je me fourre

où je me pense

je soutiens tout

Toi t’as pas l’œil

et je dis : pouce !

J’accuse Mon cher

j’accuse mon pouce

j’accuse réception

de ce qui :

compte.

Extraire la matière

qu’on peut sortir

d’un petit geste sec :

À ce jeu-là

ne t’en déplaise

je me suis imbattable

Je déforme

je creuse toute la matière

jusqu’à la morve

je touche le fond :

l’esprit tout court

et je l’embouque

lui casse respiration !

J’écris tu comprends :

j’écris, et c’est du jus d’organes

que je m’en vais piocher :

avec mes mains !

 

C’est ridicule ?

Mais comment ça c’est ridicule ?

Ridicule un nez déformé ?

Mais je vais jusqu’aux tripes oui,

je vais jusqu’au tendons

jusqu’au mou jusqu’au tendre

jusqu’au moelleux

 

J’ai le nez déformé oui oui oui

Il fait froid, il fait gris

j’ai la déformastikation verbale

et je l’éprouve dans

la disjonction de mes doigts.

Mais je vais jusqu’au bout.

Jusqu’à faire peur :

j’enfonce !

Je veux une présence chaude :

du vivant.

J’aime l’idée dégrouillis dégrouillas

Des vers vivants !

J’écris !

Je sors de mes gonds,

rentre mes ongles dans la pensée.

Je ne me gratte pas simplement la tête

pour chercher

des pensées à écrire

Non,

je ne lésine pas

je fais des travaux d’extraction

jusqu’à mes premiers mots

jusqu’à mes premiers morts

je fais des sauts jusqu’à la moelle

je me visse le corps

je n’abdique pas, jamais !

Je résiste !

 

Et puis, dans la chaleur

dans le cocon juteux du vivre

alors oui

je laisse aller

je laisse aller laisse aller laisse aller etc…

 

parfois je ronfle !

 

T’es parti où, mon vieux, t’es parti où ?

T’entends les coups de battoirs du boucher en dessous ?

Ouvre les yeux et regarde ta main

si tu suis bien les lignes invisibles

tu as peur d’écrire sur les lignes passées ?

C’est curieux ton visage

tu sembles coupé d’être en vue ;

ton monde est ouvert.

Ouvert aux bruits,

aux sens et à l’imaginaire.

Regarde ta main yeux fermés,

ne triche pas.

 

Devant le froid qui grimpe dans tes jambes

Tourne les pages les yeux fermés :

Tes yeux clos ont plus d’existence…

Ne forme pas complètement les mots

ne va pas dans la longueur de la page,

laisse les lignes se chevaucher.

Et même si le froid,

par en bas,

ne cesse de monter,

laisse ta tête paupières closes

ouverte aux lettres mal formées.

Gagne l’intérieur de ton front,

écris les yeux dans l’étranger

 

La froidure te tient les cuisses

ta main hésite

les vieux démons qui s’en reviennent

les livres et leur bataille ?

Tout ça c’est dans ton dos

car tu ne te tiens pas droit.

Tu es mal penché sur le texte

et tes paupières tressautent

CONCENTRE TOI CONCENTRE TOI !

Non, pas en force, non…

Doux, doux, Loulou, doux…

Ferme les yeux,

descends descends

le noir n’est pas si noir,

descends…

 

Oui ton corps est glacé mais…

tu sais ton front chaud

et cette main,

douce,

et ces paupières,

douces.

A l’intérieur,

Mets ton regard à l’intérieur

pour que tes yeux échappent au monde.

Descends descends

au plus bas, au plus noir

viens-là près de ta bête

celle qui te démange

et qui te fait douter

Viens viens

à l’écriture

 

Le front collé au mur

Pour un texte debout

Écrire debout

la peur qui :

remonte

le long de ma dorsale

et mes jambes

et mon corps

et mon sexe

et mon corps que je vrille

et mes larmes pas loin

et mon front au mur

 

Et je vais

front debout

contre

 

Et le flasque m’envahit

et la cloche d’église

qui sonne toujours les dix heures

et les voix des enfants

qui traversent la rue

et mes larmes pas loin

et mon front vent debout

et ma nudité pâle

Mon front collé au mur

pour inscrire une trace

et mes reins qui se creusent

et mes chagrins d’enfant

et la mort qui revient

et mes larmes pas loin

et mon front

et le mur

le mur

J’appartiens à ce mur

qui se grave en mon front

et qui m’oblige

debout :

front debout je suis :

debout

Et les scories du texte

et front grave

et front fier

je suis debout

je suis debout

et pourtant je flasque

et mes larmes pas loin

et mon cul rétention

et mal être debout

 

Sur le mur

je me voudrais nu

et qu’on me touche

doucement

de partout

être touché

être nu

dans les bras d’un

dans les bras d’une

et je voudrais aussi

toucher le corps des femmes

toucher le corps des hommes

écrire ce qui vient

écrire sur la peau

écrire à tes chevilles

écrire à tes genoux

et gagner sur les cuisses

écrire front au mur

jusqu’à m’en déformer le corps

et toujours mes larmes pas loin

pas loin

debout debout

Le front collé au mur

et mon texte : pareil

et la honte du corps

et bander doucement

écrire un texte

et c’est debout

 

Debout :

tu luttes pour ton front

pour ne pas perdre appui

C’est drôle un mur

le l’écrit-mure l’écriture

la tête

le bras

la main

le stylo

tout ça fait mur

le front le front

pour un texte debout

et mes larmes pas loin

et cet acharnement

et ça tremble d’en haut

et l’autre qui vient seul

et l’autre le dernier

le dernier solitaire

 

Et tu as mal au mur

les chevilles qui vrillent

et le corps tout tordu

les genoux qui fléchissent

et les reins qui se creusent

et ton front sur le mur

qui traverse le mur

et ta langue qui tombe

sur carrelage froid

c’en est toute une histoire

mais ça remplit le vide

ça donne à recevoir

cette langue qui tombe

qui roule devant le mur

qui lui rampe dessus

et puis qui cogne encore

qui cogne à tout briser

à briser le béton

à fracasser les pierres

la langue troue les murs

alors oui oui

écrire un texte :

debout

 

 

PARTIE 2

Accords nus :

transparence et lumière

La folie

la mort du printemps

une transparence

où tout

est mystère

 

La puissance des mots

le seul lien pour vivre

un lien qui féroce

un lien cinglant

mais à tenir.

Alors l’errance

pour chercher

entre le rêve et la pierre

Quel jardin s’ouvrirait sous mes pas

Entre le rêve et la pierre :

Accords nus,

transparence et lumière.

 

Pour quelque temps

être

passant

pour quelque temps encore

 

un piano fou

où sonnent mes dix doigts

où sonnent… oh…

mes désaccords

mes dissonances cérébrales

ma raison échappée

en bulles rouges… oh…

Mon piano

gueule ouverte

mon piano

libéré

dans ses accords

désaccordés,

mon piano

mon…

déchiré,

mon piano droit,

déshabillé,

ses notes bleu

mon sang à vif,

le ciel qui vibre :

douloureux

c’est mon piano,

bête blessée

ce sont mes mains… oh…

Accords nus…

Comme dansans les yeux

de Raphaëlle,

dans ses yeux gris

azur mouillés

si beaux et si

remplis d’absence…

Les yeux si doux de

Raphaëlle,

où je buvais

tout le silence

et bon sang

que c’était violent

l’étrange absence

de Raphaëlle,

ses longs cheveux

ensoleillés

son corps ses murmures

ses lèvres,

elle était pure,

à la folie

à la folie mais…

à la folie mais les chevaux…

à la folie,

à la folie,

mais les chevaux de Mer…

mais les chevaux de Mer

dans leur crinière blanche

crachaient l’écume et le venin,

oh…

Raphaëlle, oh…

le piano,

et boire à nouveau leur silence

et comme il violent

d’être beau…

 

Arc-bouté sur mon piano droit

mes mains tachées de sang

cherchent l’écueil tranchant

chercher, toujours, casser

le sens.

Tout moi, crispé,

Chercher encore,

chercher, toujours,

l’Accord Nu

L’Accord Faux

L’Accord Fou

Qui ouvre la passe !

 

Mes mains glacées,

mes mains gerçures

Piano-sang tout brûlant

Piano-sens déchirures

fouiller jusqu’à l’extrême

et retrouver enfin

les notes oubliées

de cet Accord naissant !

Oui, chercher fouiller

et retourner la terre !

Donne-moi !

Allez ! Donne-moi !

Donne ! Donne-moi mon accord !

Mon seul Accord, mon tout premier,

Pour que s’ouvre la passe !

 

Donne-moi le langage

et ma propre musique !

Que l’Accord Nu cherché

Se plante en pleine terre

un arbre haut et fort,

aux racines profondes,

au feuillage aussi grand

que les oiseaux désirent !

Donne-moi la musique

pour que je vive,

enfin,

pour que je vive

que je vive !

 

Alors,

alors plus tard, bien plus tard,

maintenant, déjà, demain,

la sagesse l’emportera,

et ma révolte sera intacte :

et ne vous y trompez pas,

mes coups, je les ajuste…

Ne me cherchez donc pas

sachez que pour toujours

l’Accord est Nu

l’écorce : fragile…

 

On ne défie pas la Beauté,

on ne défie pas celle…

brisée.

 

 

PARTIE 2 : plus calme

 

Le silence des pierres

me parle aussi de toi…

Du feu qui brûle les rosiers

de ce qui fait tenir les roses…

De mes bras maigres,

de nos prisons,

de ma chair nue,

et nos parts d’ombre de…

ma blessure :

ma source-femme…

Le silence des pierre

me parle aussi de toi

de l’oiseau

qui chante à toute heure

mon impossible…

Et c’est…

Oh c’est un arrache-cœur,

c’est un Arrache-Cœur,

un nom terrible… pour un oiseau…

 

Les cimetières

Ont la clarté

des lunes ouvertes.

La mer, là-bas,

cherche sa roche de repli.

 

Nul ne repose ici-bas.

Le temps s’invite au temps d’avant,

mais on ne revient  pas, jamais, vers les images.

L’âge nous pousse chaque jour

 

Le chien dehors,

le chien pressent la fin.

Le chat, veille en silence.

 

De gare en gare,

les trains se croisent,

nous restons là,

si dérisoires…

 

Parfois peut-être,

parfois en moi,

l’esprit du vent.

et ma respiration

une roche de repli.

 

Mon souffle solitaire

en ce lieu essentiel,

et calme comme un lac.

 

Le passé s’effiloche

maison lézardée

meubles disjoints

au-delà…

les herbes sauvages

qui poussent dans les fentes

Tombeau ouvert

de mes aïeux …

 

La grève en bord de mer

ses galets ont perdu la fièvre des hauteurs

mais si près de la terre oh

si près de l’eau…

Le cœur tremble d’angoisse devant quelle fusion ?

La peur ? La sècheresse ?

 

Le soleil m’éblouit

il fait rouge dans ma tête

tant que passe la nuit

tant que passe mon rêve…

Ô vent

grimpe plus haut.

Le lierre tue le mur

au fur et à mesure,

déjà,

je redeviens poussière…

 

Mon passé comme un chat

se lisse les moustache,

chat moqueur qui se miaule

de toutes mes angoisses…

Alors dans mon désert,

dans mon cynisme aussi,

je ronronne les heures,

les zestes de colère.

On meurt,

tous…

On meurt

d’être impossible…

 

La nuit n’est pas si noire

mais elle est votre nuit

 

Le cœur dans ses fêlures ?

Pulsif

Compulsif

 

L’écart est : une opération

poser cela

retenir ça

 

Mais rien ne tient

rien ne se pose

 

Allumer la radio :

Les voix

ne remplissent pas le vide

Tout file sauf l’angoisse

qui vous perce le front

 

Si la mort vient à point

qu’y pouvez-vous ?

Laissez venir

 

Ce matin, elle a changé de peau.

A remisé la vieille dans le grand cagibi

où sont rangées les précédentes.

Elle s’est faite légère,

s’est en allée dans l’air,

marcher,

à la rencontre de la source.

 

Elle est partie longtemps

puis elle revenue

au même endroit, à la même place et….

Sa peau déjà

n’était déjà plus neuve…

Sa peau si neuve ce matin.

 

Elle a ouvert le cagibi,

elle a lustré sa peau d’hier,

et puis les autres,

toutes les autres…

les peaux d’avant,

ses peaux vieilles…

ses peaux en écailles d’enfance.

 

Et moi je l’ai regardée faire

me demandant si c’était vrai :

peut-on parfois changer de peau ?

 

Matin froid, le réveil,

je ne sais où le jour…

Tous les multiples :

me bousculent

Et se brisent.

Il me faut respirer et respirer encore,

plonger vers des sons inconnus

laisser le chant monter

avec douceur

 

Alors…

 

Les hommes endormis au fond de moi s’éveillent

Un à un ils s’étonnent

et me font une voix

 

Je me découvre Autre

sans jamais l’avoir vu.

 

Qu’apprendrais-je de moi

sans y être

étranger ?

 

Ce vide entre nous

et mon dos qui se crampe

et mon corps tout tordu

tendu vers toi

ma main mon bras

mon corps entier tendu tordu

et puis la crampe

J’ai mal à mon désir.

 

Si je t’atteins je jouis

si je t’atteins je meurs

Ma main, mes doigts,

essayent encore,

tentent toujours

pour en finir

de ton absence

 

La table qui te rentre au ventre

ton coude dans le vide

Corps tendu, surtension,

qui ne sait plus

comment brûler

 

Laissez-moi l’inconnu

ne me l’enlevez pas

ne m’enlevez pas mon enfance.

 

Laissez-moi l’inconnu

Ne me l’enlevez pas

ne m’enlevez pas ce que penser veut dire.

 

Laissez-moi l’inconnu

ne me l’enlevez pas

ne m’enlevez pas l’Impossible Désir

 

Laissez-moi l’inconnu

ne me l’enlevez pas

ne m’empêchez pas d’être libre

et regarder la mort

en face

 

Juste une tête obtuse où :

la béance des vents

balaye les savoirs

Et tord les souvenirs.

Une tête grossie

écrite en boursoufflures

dans le placard des mots.

 

Il n’y a plus de sens : que silence.

Nous le voyons,

ce silence,

nous le touchons.

Nous prenons langue avec,

nous prenons langue

en silence.

nous sommes des silencieux : contrariés.

Nos corps sont fait d’illisible,

de vie en pointillés

de silence trop proche.

C’est d’abord,

d’abord c’est le silence qui nous habite.

Nous sommes frères d’illisibles,

et le silence est,

le seul geste.

 

 

 

 

J’ai beau savoir que nous sommes

pour l’essentiel composés d’eau

je me méfie de l’eau

c’est mon côté chat

Fichues lectures de mer

et la pluie frondeuse au dehors

 

Ça dégouline à l’intérieur de mon cerveau

tandis que l’eau me remonte, capillaire,

par les pieds et les jambes

 

Ces trombes d’eau qui me tombent

c’est la mer qui se venge :

je ne l’aime pas

 

La mer

toujours en moi

lancinante.

Obstacle à toute forme de nage

 

chaque jour est une rupture.

Un jour…

Un jour il fait froid

un jour au soleil

un jour dans les rails

on voit la trajectoire,

on voit les chemins

on voit l’herbe verte.

Un jour dans les champs

un jour un détail

un jour on roule

les vitres ouvertes.

Un jour un désir

on attend l’autre jour

les jour de volonté,

on jour on s’échappe

on voit la lumière.

Un jour la montagne,

la montagne et la pente,

un jour le sommet

un jour l’horizon…

un jour on compte la mort tout autour.

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